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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 4 min 18 sec

Revue de presse de l'April pour la semaine 46 de l'année 2017

lun, 20/11/2017 - 14:50

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 46

[Factor Today] Richard Stallman and the Vanishing State of Privacy

Par la rédaction, le vendredi 17 novembre 2017. Extrait:
> (Nous sommes à présent sujets à un plus grand niveau de surveillance qu'à n'importe quel autre point dans l'histoire, et la plus grande part vient de la révolution numérique des dernières décennies) We are now subject to a greater level of surveillance than any point in history, and most of it is thanks to the digital revolution of the last few decades. Lucy Ingham hears from the legend Richard Stallman about how the digital transformation has dramatically eroded our privacy, and what it means for our lives
Lien vers l'article original: http://magazine.factor-tech.com/factor_winter_2017/richard_stallman_and_the_vanishing_state_of_privacy

Et aussi:
[Boursorama] Savez-vous préserver votre vie privée sur internet?

[Rue89Lyon] Eau, logiciels libres et monnaies locales: 5 choses à savoir sur les communs

Par Philippine Orefice, le vendredi 17 novembre 2017. Extrait:
> L’eau, les logiciels libres, les jardins partagés, les monnaies locales… autant de réalités qui sont aujourd’hui englobées dans l’appellation «communs». Pourtant, alors même qu’on les croise tous les jours, il est parfois difficile de comprendre leurs spécificités.
Lien vers l'article original: http://www.rue89lyon.fr/2017/11/17/logiciels-libres-monnaies-locales-5-choses-a-savoir-sur-les-communs

[estrepublicain.fr] Ville numérique: quelles économies?

Par Ghislain Utard, le mercredi 15 novembre 2017. Extrait:
> La Ville de Nancy a amorcé le virage du logiciel libre et multiplie les services en ligne. Pour quelles économies? Avec quels bénéfices pour le citoyen? Éléments de réponse avant la semaine de l’innovation publique.
Lien vers l'article original: http://www.estrepublicain.fr/edition-de-nancy-ville/2017/11/15/ville-numerique-quelles-economies

[ZDNet France] Linux domine totalement les supercalculateurs

Par la rédaction, le mercredi 15 novembre 2017. Extrait:
> C'est finalement arrivé. Aujourd'hui, les 500 supercalculateurs les plus importants du monde utilisent Linux.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/linux-domine-totalement-les-supercalculateurs-39859992.htm

[Libération] Surveillance: la première boîte noire est née

Par Pierre Alonso et Amaelle Guiton, le mardi 14 novembre 2017. Extrait:
> Le président de la Commission de contrôle des techniques de renseignement a révélé que cet algorithme utilisé par les services de renseignement est mis en œuvre depuis plus d'un mois.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/france/2017/11/14/surveillance-la-premiere-boite-noire-est-nee_1609993

Et aussi:
[Numerama] Loi Renseignement: les boîtes noires sont désormais actives
[Le Monde.fr] Justice: les enquêteurs pourront bientôt utiliser des logiciels espions

[La gazette.fr] Mounir Mahjoubi: «Le numérique doit libérer les agents de tâches inutiles»

Par Delphine Gerbeau et Romain Mazon, le lundi 13 novembre 2017. Extrait:
> L’administration innove-t-elle assez ? Comment peut-on parvenir à 100 % de procédures dématérialisées à court terme? A quelles conditions resteront-elles accessibles au plus grand nombre? Quels seront les impacts de cette transformation sur les services publics, et la fonction publique, de l’Etat comme territoriale? A quelques jours du lancement de la semaine de l’innovation publique, interview de Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au numérique
Lien vers l'article original: http://www.lagazettedescommunes.com/533016/mounir-mahjoubi-le-numerique-doit-liberer-les-agents-de-taches-inutiles

[Developpez.com] Qu'advient-il du code open source après le décès du développeur?

Par Olivier Famien, le lundi 13 novembre 2017. Extrait:
> Alors que l’on a assisté pendant longtemps à un combat entre les logiciels open source et les logiciels propriétaires, il faut reconnaître que depuis plusieurs années, ces deux mondes ne sont plus perçus comme opposés, mais plutôt complémentaires.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/172888/Qu-advient-il-du-code-open-source-apres-le-deces-du-developpeur-Quelles-solutions-adopter-pour-eviter-les-problemes-lies-a-l-abandon-du-code

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Reprendre sa vie numérique (et ses données) en main - Tristan Nitot

mer, 15/11/2017 - 08:27


Titre : Reprendre sa vie numérique (et ses données) en main
Intervenant : Tristan Nitot
Lieu : Web2day 2016 - Nantes
Date : juin 2016
Durée : 22 min
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Bonjour, bonjour ! Tristan Nitot. Je vous donne dix secondes pour vous asseoir, parce que j’ai une mauvaise nouvelle : j’ai 20 minutes et 54 slides. Donc j’espère que le représentant du Guinness book of records est dans la salle parce que c’est maintenant que ça se passe ! Voilà.

Donc Tristan Nitot. Je suis Chief Product Officer d’une start-up qui s’appelle Cozy Cloud1. Je suis aussi membre du comité de prospective de la CNIL ; un ancien du Conseil national du numérique. J’étais même venu il y a deux ans dans cette même salle, sur cette même scène, avec mes collègues, et j’ai écrit un livre sur les données, la surveillance de masse et la vie privée à l’ère du numérique [Surveillance:// ].

Il faut vraiment que j’aille vite donc accrochez-vous !

Je vais vous parler de données numériques évidemment, de vie privée, et je tiens d’abord à dire qu’ici, sûrement, la plupart d’entre nous utilisons trois ordinateurs. Alors évidemment vous pensez à un PC ou à un Mac, c’est un peu pareil. Vous avez un smartphone qui est un ordinateur. Qui n’a pas de smartphone dans la salle ? Levez la main ! OK ! Donc c’est vite fait, personne. Si ? Non ? Même pas ! Donc tout le monde en a un.

Et on a un troisième ordinateur, alors lui on ne le voit pas, c’est le cloud, c’est cet ordinateur qui est dans les nuages. Et je suis ravi. Moi ça fait 36 ans que je fais de l’informatique. J’ai commencé quand j’étais tout gamin, en 1980, où j’ai écrit mon premier logiciel à 14 ans. Et depuis j’ai toujours trouvé ça absolument formidable, toutes ces évolutions, j’ai trouvé le Minitel formidable quand c’est arrivé — oui je sais, ça fait rire avec le recul ; je trouve le Web formidable et c’est pour ça que j’ai passé 17 ans sur le projet Mozilla qui a donné Firefox2 que certains d’entre vous utilisent peut-être. Et je suis vraiment un fan d’informatique, mais je pense qu’il y a un moment il va falloir qu’on décrypte un peu le bullshit ambiant. Et c’est pour ça que je voudrais, dans un premier temps sur cette présentation, juste revenir en arrière sur des sujets qu’on a peut-être oubliés, emballés par notre enthousiasme, emballés par cette envie d’aimer la technologie et de découvrir ses possibilités. Il y a un moment il faut quand même prendre un petit peu de recul et commencer à réaliser que dans un certain nombre de conférences, de prises de position marketing, certains se sont quand même bien foutus de notre gueule !

Déjà, première vérité : le nuage ça n’existe pas ; c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre. Je crois que c’est super important de le dire. On dit : « Ouais, c’est dans le cloud ! » Non ! c’est dans l’ordinateur de quelqu’un d’autre ! Et ce quelqu’un d’autre, justement, il possède cet ordinateur, ça fait qu’on laisse nos données dans le cloud, donc on met nos données sur l’ordinateur de quelqu’un d’autre et puis, évidemment, on ne peut pas contrôler le logiciel puisqu’on n’a pas accès à cet ordinateur de quelqu’un d’autre, on peut juste s’en servir et, du coup, on n’a pas le contrôle de ce qui est fait de nos données.

Donc le côté nuage sympathique, etc., c’est juste pour cacher le fait qu’on n’a plus le contrôle de l’informatique qu’on utilise.

Il y a quelque chose ensuite, deuxième vérité, qui est : les données sont le pétrole du XXIe siècle. Oui, ça c’est vrai, et surtout dans des conférences comme Web2day, on le sait quoi que les données c’est le pétrole du XXIe siècle. Ce qu’on dit peut-être un peu moins c’est que des sociétés viennent pomper ce pétrole jusque dans nos poches. Vous voyez, là sur la droite, c’est une copie d’écran de mon smartphone sous Android en train d’installer l’application Facebook. Et là, il me propose de pomper en gros tout ! Tout ! Mon identité, mon agenda, il va pomper tous mes rendez-vous, il va pomper tous mes contacts, il les envoie ensuite à Facebook ; ma position GPS ; mes textos il les lit ; il contrôle mes appels et il va aussi pomper toutes mes photos, mes contenus multimédias, mes fichiers. Voilà. Et en bas il y a un bouton vert « acceptez ». Eh bien non, non ! Je n’accepte pas ! D’ailleurs je ne l’ai pas installée cette application Facebook sur mon smartphone, parce qu’il y a un moment c’est juste… C’est juste scandaleux qu’on pompe toutes mes données comme ça. Je n’ai pas pu ; franchement je n’ai pas pu accepter ! Alors on va dire « ouais Nitot il n’aime pas Facebook et tout ». C’est vrai, mais il n’y a pas que Facebook, il y a Google aussi.

Vous voyez, ça c’est Google Location History. Vous vous connectez sur votre compte Google et si vous cherchez bien vous trouvez ça. Ça, ce sont mes itinéraires à Paris le 2 décembre 2014. Donc j’habite, attendez que j’arrive, moi j’habite par là, enfin j’habitais par là, j’ai déménagé depuis. Je me suis promené, j’avais un premier rendez-vous ici. Ensuite j’ai pris le métro là et donc ça fait une grande ligne droite ; ensuite j’ai un autre rendez-vous ici. Ensuite je suis allé à mon bureau qui était là à l’époque où je travaillais chez Mozilla. Et même si on zoome on voit le nombre de fois où je suis allé dans les toilettes dans la journée puisque je n’étais pas repéré par la même borne GSM. Et ensuite, j’ai repris le métro et je suis rentré chez moi le soir.

Google a toutes ces informations et si vous cherchez bien, il vous montre qu’il les a. Et ça, ça pose aussi un problème. C’est un problème parce qu’en fait on donne toutes nos données en échange d’un service qui vaut très peu cher. Si vous regardez la comptabilité, j’ai fait le calcul sur l'année 2014, rapportées au nombre d’utilisateurs, la Recherche et développement et l’exploitation du service Facebook coûte moins de six dollars par an et par utilisateur. Autrement dit, on donne toutes nos données personnelles en échange d’un service qui est le prix de trois ou quatre cafés dans un bar nantais. Il y a vraiment une arnaque là-dessus, parce qu’on n’a pas conscience de cet état de fait.

Si vous permettez, je vais faire une métaphore agricole. Donc ce sont des cochons et parmi ces cochons il y en a deux qui discutent ensemble. Il y en a un qui dit à l’autre :

« Tu sais je suis super content d’être ici.
— Ah bon ?
— Ah ouais ! Mais regarde, la bouf est gratuite. La bouf est gratuite, c’est génial, open bar ! »
Et l’autre lui répond : « Ouais ! Et en plus on est logés gratuitement et ça c’est cool ! »

C’est cool, sauf que les clients, ce sont ceux qui mangent le saucisson. Les cochons ne sont pas les clients du fermier ; je crois que c’est très important de le dire et donc nous, on est des cochons du numérique parce qu’on pense qu’on est des clients de Facebook et de Google et la réponse est non. Non, nous ne sommes pas les clients de Google et de Facebook. Les vrais clients ce sont ceux qui payent et ceux qui payent ce sont ceux qui vont utiliser nos données, c’est-à-dire des annonceurs publicitaires, des traders de données, etc.

Donc ne soyons pas des cochons qui pensons être les clients du fermier !

Il y a une autre chose qu’on a peut-être un petit peu oubliée c’est que déjà en 1999, une personne très intéressante qui s’appelle Lawrence Lessig — Lawrence était il y a encore quelque temps candidat aux présidentielles américaines, c’est un juriste de très haut vol — et il expliquait que si au 19e et au 20e siècles ceux qui régulaient la société c’étaient des juristes qui faisaient des lois, eh bien aujourd’hui, au 21e siècle, ceux qui font la loi ce sont ceux qui font le code. Et s’il y a des informaticiens dans la salle, comme moi, sachons qu’on a une responsabilité vis-à-vis de la société sur le type de code qui est écrit parce que c’est nous qui décidons de ce que l’ordinateur peut faire. Et l’ordinateur étant tellement présent dans nos vies, dans nos poches, partout, eh bien c’est nous qui décidons ce que les gens peuvent faire ou ne pas faire.

Il y a aussi un type très intéressant, Edward Snowden qui, il y a tout juste trois ans, révélait des informations extrêmement importantes sur la NSA. Edward Snowden, pour ceux qui habitent sous un caillou depuis ces trois dernières années, c’est donc un lanceur d’alerte, qui travaillait pour la NSA, qui est parti avec les poches bourrées de clefs USB sur lesquelles il y a avait à peu près tous les slides Powerpoint de la NSA, donc les services d’espionnage américains. Il y a des dizaines de milliers de documents qui ont été donnés à des journalistes, qui sont encore triés aujourd’hui, trois ans plus tard, et qui continuent de sortir. Mais il y a vraiment eu quelque chose de très important qui est sorti de ces documents, c’est que la NSA veut espionner les sept milliards de terriens qui habitent sur cette planète.

Et évidemment, c’est plus facile pour ceux qui sont connectés de façon électronique avec des téléphones, par exemple ils écoutent les communications téléphoniques, et évidemment, les trois milliards d’internautes c’est encore plus facile. Alors ce n’est pas forcément super facile d’écouter trois milliards d’internautes ! Mais dès lors que ces trois milliards d’internautes mettent leurs données chez Google, Facebook, Yahoo et Microsoft, eh bien c’est beaucoup plus facile de poser « quelques micros », entre guillemets, électroniques, qui vont venir capter les données sur les trois milliards d’internautes, parce que, justement, elles sont concentrées dans quelques endroits stratégiques que sont Google, Facebook, Yahoo, Microsoft et une dizaine d’autres.

Donc j’ai représenté ça visuellement comme étant des silos à données, d’immenses, en fait, espaces de stockage. Mais dans la vraie vie on y stocke du grain de céréales et dans le cyberespace on y stocke nos données et, évidemment, ils ne communiquent pas entre eux. Ça n’empêche pas la NSA de venir pomper nos données chez ces gens-là.

Et ça, évidemment, on ne l’explique pas trop parce que ce n’est pas super bon pour le business. Et il y a un moment où il faut quand même prendre un peu de recul et savoir que la collecte de données massives, la surveillance de masse, est rendue économiquement possible par cette concentration de données dans ces grands silos que sont Google, Facebook, Yahoo, Microsoft, qu’on appelle aussi parfois les GAFAM.

« Ouais, mais moi je n’ai rien à cacher ! » Évidemment, de toutes façons, quand on se sent impuissant, on essaie de toujours de se justifier, la politique de l’autruche, tout ça. Je vais faire très vite parce qu’on n’a pas beaucoup de temps. Mais on a tous, absolument tous, quelque chose à cacher en tant que personne. En tant que personne ! Ceux qui ne sont pas d’accord avec ça sont priés de venir me voir à la fin avec leur fiche d’impôts ; on va en parler. Et puis me donner leur mot de passe Facebook, je vais juste regarder, c’est promis, et puis une liste de leurs textos.

Évidemment, il y a des tas de choses qu’on voudrait cacher, l’intimité amoureuse, je ne sais pas, ou une intimité juste personnelle. Que tous ceux qui n’ont pas de loquet à leurs toilettes se sentent concernés. Enfin personnellement, quand je vais aux toilettes, je n’y fais rien d’illégal, mais je ferme quand même le loquet des toilettes. Et j’ai des enfants, je les ai faits moi-même avec ma femme, mais je vais m’arrêter là en termes de précision sur le geste technique, vous voyez ! Parce que ce n’est pas illégal de faire des enfants, c’est bon pour nos retraites, mais je ne préfère qu’on en parle pas plus. Déjà là, ma femme voit le truc elle va me dire « chéri, il faut qu’on parle ! »

Et il y a des choses beaucoup plus sensibles et peut-être moins tangibles qui sont le fait qu’on a des idées, des idées qui sont peut-être politiques, une vision du monde, ce qu’on a envie de faire, ce dont on rêve, etc., qu’on ne peut pas exprimer en public et, qu’en fait, on se refusera de penser si jamais on se sent observé. Il y a une étude parue récemment qui est absolument fascinante. C’est qu’exactement au moment où il y a eu les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, eh bien il y a un scientifique qui a regardé l’audience des pages sur un certain nombre de sujets liés à la surveillance de masse, sujets qui sont propres à la NSA. Eh bien dès lors qu’il y a eu ces révélations Snowden, on voit l’audience sur ces pages de Wikipédia qui baisse radicalement. Pourquoi ? C’est tout à fait légal de regarder des pages Wikipédia et de les lire, eh bien on se dit « ah oui, mais là, les trucs sur le Jihad ! Non, ça ne m’intéresse plus trop ! » C’est-à-dire qu’en fait c’était intéressant quand les gens ne se savaient pas surveillés, espionnés, mais dès lors qu’ils se disent « je suis peut-être surveillé », eh bien ils font de l’autocensure et ils s’interdisent de regarder des pages sur des sujets qui sont pourtant d’actualité et extrêmement importants pour nous en tant que citoyens à savoir. On n’ose plus, en fait, regarder les pages sur le jihad, de peur d’être pris pour un djihadiste et de finir en tôle. Alors que je pense, en tant que citoyen, c’est essentiel de se renseigner sur ces choses-là pour se faire une opinion.

En tant qu’entreprise aussi, toutes les entreprises ont des choses à cacher : des listes de clients, des références, des taux de remise, des états de stocks, des listes de fournisseurs, des ingrédients secrets, etc. ; c’est très important. Donc on a aussi, en tant qu’entreprise, besoin de vie privée d’entreprise, si vous voulez, parce qu’on fait des choses légales, mais on a besoin de le cacher parce, que si ça tombait dans les mains d’un concurrent, ça poserait des problèmes.

D’ailleurs la NSA et on voit ici un slide qui vient directement de la NSA, qui a été rapporté par Snowden, qui décrit comment toutes ces sociétés-là, dont on voit les logos ici, en fait sont espionnées et permettent, via un moteur de recherche interne, de regarder ce qui est communiqué via ces systèmes-là. Ça c’est le programme PRISM3, mais il y en a d’autres, un autre qui s’appelle Blarney et un autre qui s’appelle XKeyscore ; XKeyscore4 c’est un moteur de recherche sur les personnes au sein de la NSA pour savoir ce qu’elles disent, ce qu’elles pensent, avec qui elles communiquent, etc.

Et c’est intéressant, parce que la NSA ne fait pas juste ça pour lutter contre le terrorisme, c’est même plutôt un prétexte. En fait, les vrais clients de la NSA ce sont des agences comme le Department of Commerce, c’est-à-dire, en gros, tout ce qui est activité économique, le ministère de l’économie américain et d’autres qui vont communiquer ça à des sociétés qui sont concurrentes des sociétés par exemple européennes. Donc des informations sur Airbus vont finir chez Boeing grâce aux programmes de la NSA !

Alors qu’est-ce qu’on fait parce qu’on est un peu quand même dans le caca ? Qu’est-ce qu’on fait pour ça ? Eh bien moi je vous propose qu’on invente le futur qu’on veut plutôt que de rester stoïques. Après tout, on est dans une conférence où il y a beaucoup d’innovation, il y a beaucoup d’informaticiens et les informaticiens, je vous le disais, ont le pouvoir. Et moi, en tant qu’informaticien, j’encourage les autres à inventer un monde, un monde informatique qu’on veut et qui ne sera donc plus décentralisé pour éviter cette centralisation qui pose problème ; et quelque chose qui soit respectueux de la donnée personnelle, pour inventer un monde dans lequel on a envie de vivre pour nous et puis pour nos enfants.

Et le principe de ce monde, j’ai appelé ça un SIRCUS, un Système d’Information Redonnant le Contrôle aux UtilisateurS, désolé, je ne suis pas super fort en acronymes ! Donc le SIRCUS repose sur sept principes. L’idée, fondamentalement, c’est de faire un genre de cloud personnel. Alors le cloud oui, bien, mais personnel, à un endroit où on stocke mes données et où elles ne sont pas utilisées par des personnes qui n’ont pas mon intérêt en jeu.

Donc les sept principes du SIRCUS, je vais vous les détailler.

  • Le premier c’est qu’il faut se débarrasser de la publicité ciblée. Parce que, quand vous utilisez un service dit gratuit, vous devenez un cochon du numérique. Donc il vaut mieux payer et être un vrai client et non pas, finalement, une bestiole qui va être abattue ou au moins qu’on va traire pour récupérer les données. Le problème central, premier, c’est la publicité ciblée, parce qu’un service financé par la publicité ciblée, c’est un service qui a intérêt à accumuler les données pour profiler l’utilisateur et servir le client, c’est-à-dire celui qui a besoin de la donnée.
  • Deuxième principe, c’est utiliser du matériel qu’on contrôle. Là, ce que vous voyez à l’écran, c’est une machine qui s’appelle une Cubieboard5. Aujourd’hui, on fait des choses de ce genre-là qui sont très peu chères, par exemple un Raspberry 2 ou 3 ça vaut environ 35/40 euros. Ça utilise la technologie des téléphones mobiles et des tablettes. Ça fait des processeurs très bon marché qui sont capables de faire des tas de choses absolument extraordinaires. Ce qui est complètement paradoxal c’est qu’on doit ça à la technologie des téléphones qui nous espionnent ! Mais avec ces systèmes, on arrive à faire des serveurs personnels, qui valent quelques dizaines d’euros, sur lesquels on va pouvoir faire tourner du logiciel.
  • Justement troisième principe. On va mettre sur ces machines que l’on contrôle du logiciel libre. On pourra dire open source pour ceux qui veulent. C’est, en gros, du logiciel dont le code source est visible, donc il est auditable ; on sait ce qu’il fait ; ce n’est pas une boîte noire qu’on fait tourner, c’est du logiciel dont on comprend le fonctionnement ou au moins dont les experts peuvent comprendre le fonctionnement et attester que le logiciel fait bien ce qu’il dit qu’il fait. Il est transparent et, en plus, comme c’est du logiciel libre, il est adaptable à nos besoins. C’est-à-dire que s’il ne fait pas ce qu’on veut, comme il tourne sur une machine dont on a le contrôle, eh bien on va pouvoir demander à quelqu’un de le modifier ou on peut le modifier soi-même. Ça c’est le troisième principe du cloud personnel.
  • Quatrièmement, c’est utiliser du chiffrement. C’est-à-dire que mes données sont dans ce petit serveur qui fait tourner du logiciel libre, eh bien il va communiquer avec ma tablette, avec mon laptop, avec mon smartphone. Évidemment, c’est là que la NSA va laisser traîner ses grandes oreilles. Et donc c’est pour ça qu’il faut du chiffrement entre mon cloud personnel et les différents devices que j’utilise pour accéder à mes données. Sinon, c’est comme si je ne faisais rien, puisque mes données vont transiter en clair sur Internet et donc elles sont interceptées. Par exemple, on sait que la NSA a , en fait, mis des bretelles sur les principaux câbles de fibre optique sous-marins qui traversent tout le globe.
  • Cinquièmement, quelque chose qui est très important et qui est parfois pas toujours compatible avec l’approche du logiciel libre, c’est qu’il faut qu’on ait une User eXperience, une interface graphique, une simplicité d’utilisation, qui soit énorme. Il faut que le logiciel soit un délice à utiliser ! Et ça, évidemment, les informaticiens qui ont écrit le logiciel n’ont pas toujours la capacité à prendre le recul et à faire preuve d’empathie, finalement, pour l’utilisateur lambda et se dire « est-ce que mon oncle machin, ma petite sœur ou autres seront capables d’utiliser ce logiciel ? » Donc il faut faire quelque chose de très simple à utiliser et plaisant à utiliser.
  • Sixièmement, il faut que ce système puisse converser avec d’autres systèmes pour faire des échanges, publier des agendas, partager des événements ou des photos ou je ne sais quoi, et ça, ça ne se fait que s’il y a des standards qui permettent l’interopérabilité entre les différents systèmes.
  • Et septièmement enfin, il faut une killer feature. C’est-à-dire que si je veux utiliser un cloud personnel à la place des systèmes de Google, de Facebook, de Yahoo, de Microsoft, d’Amazon, etc., il faut que je sache faire quelque chose que les autres ne savent pas faire. Parce que ça ne suffit pas de proposer une alternative si cette alternative elle est juste aussi bien mais qu’elle va nécessiter un effort de migration depuis les systèmes existants, centralisés. Il faut offrir quelque chose qui donne vraiment envie aux utilisateurs de se dire « ah oui, mais je vais migrer sur mon cloud personnel parce que là je peux faire ça et ça, Google ne sait pas le faire ! »

Alors il existe, en fait, plusieurs systèmes aujourd’hui qui font du cloud personnel sur le marché. Aux États-Unis il y a une boîte qui s’appelle Solid, en Allemagne il y a une boîte qui s’appelle Nextcloud.

Organisateur : Tristan !

Tristan : C’est l’heure ?

Organisateur : Tu nous avais prévenu qu’il y a avait 54 slides et que tu avais 20 minutes. Je crois que, malheureusement, il en reste quelques-unes. Du coup ce que je propose c’est on va prendre une dernière question dans la salle, très rapidement, avant de passer à la prochaine intervention.

Tristan : D’accord. Je n’ai pas vu passer l’heure. C’est pire que ce que je pensais, même à fond. OK ! Eh bien c’est une catastrophe ! Officiellement ! Oui ! Vous aurez vu à quoi ressemble Cozy Cloud qui est ce qu’on fait. Voilà. Merci.

[Applaudissements]

Apéro April le 24 novembre 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

mar, 14/11/2017 - 05:22
Début: 24 Novembre 2017 - 19:00Fin: 24 Novembre 2017 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro francilien aura lieu le vendredi 24 novembre 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

Revue de presse de l'April pour la semaine 45 de l'année 2017

lun, 13/11/2017 - 12:56

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 45

[L'OBS] Contre Google, Amazon & Co: les 6 familles de résistants aux Gafam

Par Dominique Nora, le dimanche 12 novembre 2017. Extrait:
> Hier héros positifs de l'innovation, les Gafam [Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft] sont-ils en train de devenir les nouveaux vilains du capitalisme mondialisé? Séduisants et gratuits, leurs services sont plébiscités par des milliards d'usagers. Pourtant, en Europe et aux Etats-Unis, les attaques pleuvent à présent sur Larry Page (Alphabet/Google), Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Facebook/Instagram/Whatsapp), Tim Cook (Apple) et Satya Nadella (Microsoft).
Lien vers l'article original: https://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20171110.OBS7195/contre-google-amazon-co-les-6-familles-de-resistants-aux-gafam.html

[Journal du Net] Comment les entreprises peuvent tirer parti du crowdsourcing

Par Jordan Elle, le vendredi 10 novembre 2017. Extrait:
> Alors, qu'est-ce que le crowdsourcing au juste? Le crowdsourcing est l’externalisation d’une tâche à l'ensemble de la communauté des logiciels libres.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/web-tech/expert/67926/comment-les-entreprises-peuvent-tirer-parti-du-crowdsourcing.shtml

[ZDNet France] Munich sur le point de repasser de Linux à Microsoft

Par Thierry Noisette, le jeudi 9 novembre 2017. Extrait:
> Plus d'une décennie après son très remarqué passage au logiciel libre, la capitale de la Bavière est tout près de revenir à Microsoft. Un dernier vote, en principe acquis, a lieu le 23 novembre.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/munich-sur-le-point-de-repasser-de-linux-a-microsoft-39859792.htm

[Journal du Net] Plaidoyer pour une stratégie open source ciblée au sein de l’industrie des transports

Par Claire Lepelletier, le mardi 7 novembre 2017. Extrait:
> Une stratégie open source ciblée crée les conditions d’un avantage concurrentiel décisif. Et ce, y compris pour les industriels des transports.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/solutions/expert/67911/plaidoyer-pour-une-strategie-open-source-ciblee-au-sein-de-l-industrie-des-transports.shtml

[Numerama] Comment surveille-t-on et censure-t-on Internet?

Par Victoria Castro, le lundi 6 novembre 2017. Extrait:
> Comment Internet est-il surveillé? Filtré? Censuré? Ou tout simplement, comment fonctionne-t-il, quand il fonctionne? Tentons de donner des réponses claires à ces questions complexes.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/tech/303113-comment-surveille-t-on-et-censure-t-on-internet.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Données personnelles - protection de nos libertés individuelles

dim, 12/11/2017 - 11:33


Titre : Données personnelles : où en-est la protection de nos libertés individuelles ?
Intervenants : Isabelle Falque Pierrotin, présidente de la CNIL - Isabelle Attard, ex-députée écologiste - Arthur Messaud, juriste - Yves Decaens, présentateur
Lieu : Le téléphone sonne - France Inter
Date : juillet 2017
Durée : 42 min 15
Écouter le podcast
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Rouage essentiel de plus en plus d'industries, la collecte de données personnelles met partout en cause la relation entre progrès technologique et libertés individuelles.

Transcription

Yves Decaens : « Toute personne a le droit de décider et de contrôler les usages qui sont faits des données la concernant », la loi d’octobre 2016 pour une République numérique1 est très claire en complément de ce qu’indiquait déjà, d’ailleurs, la loi Informatique et libertés à la fin des années 70. Même à l’ère numérique qui est la nôtre, la protection des libertés individuelles reste l’axe central de notre législation et les règles européennes qui entreront en vigueur au mois de mai prochain viendront encore le confirmer ; les organismes publics et les entreprises doivent s’y préparer, mais comment s’assurer du respect de la loi ? Comment maîtriser les données qui nous concernent ? Comment garder notre autonomie dans un monde de plus en plus connecté ? C’est le sujet du téléphone sonne ce soir. Vos questions au 0145247000 ; sur Twitter #telsonne ou par mail franceinternet.fr.

Voix off : Yves Decaens - Le téléphone sonne

Yves Decaens : Et pour en débattre, bonjour à vous trois Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la CNIL2, Commission nationale informatique et libertés ; Isabelle Attard, ex-députée du Calvados, auteur de nombreux amendements sur la loi numérique ; Arthur Messaud de La Quadrature du Net3, association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. Et donc bonjour à vous. Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la CNIL, d’abord un mot, quel est le rôle de la CNIL dans cette affaire ? Vous avez un rôle de conseil, rappelons-le, mais aussi de rappel à l’ordre.

Isabelle Falque-Pierrotin : On a un rôle de conseil ; on a un rôle d’accompagnement ; on a un rôle de sanction pour, effectivement, ceux qui ne respectent pas les orientations de la loi. Mais je crois que votre introduction a bien dit les choses. On est dans une situation où l’individu, maintenant, veut avoir la maîtrise de ses données. Donc nous, nous essayons d’accompagner cette évolution.

Yves Decaens : Première question avec Thierry qui nous appelle, je crois, de Craponne. Bonjour Thierry.

Thierry : Bonsoir. Dès que nous sommes connectés à Internet, nous sommes suivis. Quelle est l’opinion de vos intervenants ?

Yves Decaens : Autrement dit, à quoi bon essayer de se protéger ? C’est ce que vous voulez dire Thierry ?

Thierry : Je donne un exemple. Dès que j’ai appelé France Inter, ils m’ont rappelé trente secondes plus tard en me disant : « Nous vous connaissons. »

Yves Decaens : Ça c’est votre numéro de téléphone !

Thierry : Nous vous connaissons, donc France Inter me suit !

Isabelle Falque-Pierrotin : Je crois que la remarque de votre auditeur est très juste. On entre dans un univers où, je dirai, le profilage, le ciblage, est invisible. Et il est quasiment systématique par rapport à tout ce que nous faisons en ligne, voire ce que nous faisons dans la vie physique. C’est-à-dire que notre navigation en ligne permet de nous profiler de façon fine, à laquelle s’ajoutent nos données de géolocalisation, les données qui sont collectées sur tous les petits outils que nous avons à notre main, nos montres connectées, nos compteurs communicants dans la maison etc., et donc, effectivement, chaque individu, a l’impression d’être passé à travers un tamis qui sert beaucoup aux entreprises et peu à lui-même. Et donc, je crois que l’enjeu de cet univers numérique c’est faire remettre l’individu au centre, lui donner la possibilité d’exercer ses droits et, le cas échéant, de dire « ça je ne veux pas ». Par exemple partager ma géolocalisation avec toute une série d’acteurs économiques.

Yves Decaens : Isabelle Attard, donc vous êtes ex-députée du Calvados, je le rappelle. Vous avez présenté de nombreux amendements à l’époque de la loi numérique. Vous aussi, toujours dans le même sens, la protection des libertés individuelles.

Isabelle Attard : Oui, et pas que, pas que la loi numérique. Justement, parce que dans toutes les lois sur l’état d’urgence, la loi terrorisme et renseignement, on touche également, de toutes façons, la notion des données personnelles, de leur utilisation. Ce que disait l’auditeur est très intéressant : c’est effectivement, dès que vous vous connectez, vos données peuvent être utilisées. Maintenant, il faut savoir quel est le consentement, quel est le degré de consentement des internautes pour telle ou telle finalité. C’est bien ça aussi qui est l‘enjeu du règlement européen qui va être en application l’année prochaine, mais également, ce dont il faut avoir connaissance en France, aujourd’hui. C’est-à-dire que si je me connecte, si je consens à donner mes données pour une utilisation, ce n’est pas pour qu’on utilise ensuite pour autre chose. Et donc voilà !

Yves Decaens : On voit dans les enquêtes que les automobilistes, par exemple, sont prêts à être plus suivis à condition que leur police d’assurance soit baissée, par exemple. Ils sont prêts à ça !

Isabelle Attard : Dès qu’on a la notion d’argent, de négociation ; finalement, si on est propriétaire — parce que certains voudraient qu’on le devienne — si on devient propriétaire de nos données ça veut dire qu’on peut les commercialiser et en retirer un bénéfice économique. Là c’est un terrain extrêmement glissant !

Yves Decaens : Très intéressant, en fait. Complètement actuel.

Isabelle Attard : Très intéressant, avec différentes théories qui s’affrontent, mais en tout cas c’est très intéressant et, personnellement, je n’ai pas envie d’aller dans ce niveau-là, dans cette direction-là.

Yves Decaens : Arthur Messaud, vous êtes juriste à La Quadrature du Net, l’association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet.

Arthur Messaud : Je vais repartir juste de la question posée par l’auditeur. Pour être pisté sur Internet il faut votre consentement. Ça c’est le droit actuel. Si vous ne dites pas « j’accepte » on n’a pas le droit de le faire.

Yves Decaens : Ça c’est le principe.

Arthur Messaud : C’est le principe.

Yves Decaens : C’est la théorie, mais en réalité c’est différent.

Arthur Messaud : Il y a deux choses. D’abord, dans la pratique, il y a une définition du consentement qui a été acceptée, qui était particulièrement large, notamment le consentement implicite. Du moment que, en bas d’une page, il y a marqué : « Si vous continuez à naviguer sur ce site vous acceptez telle et telle chose » — petite note que personne ne va lire — à ce moment-là, on va considérer que vous avez donné votre consentement. Heureusement, cette situation va changer dans le droit qui va entrer en vigueur en 2018 : on va vous demander un consentement explicite qui exige un acte de votre part. Donc là, déjà, les personnes vont retrouver du contrôle, au moins de la maîtrise sur ce qui se passe ; mais ce que soulignait Mme Attard est vraiment l’enjeu du débat actuel. C’est : est-ce que un consentement peut-être négocié contre un service ? Est-ce que pour accéder au monde.fr, à Gmail, à Facebook, vous êtes obligé d’abandonner votre vie privée ? D’accepter d’être fiché pour accéder à ce service ? Est-ce que la vie privée, une liberté fondamentale, est l’équivalent de l’argent ? A une valeur économique ?

Nous, très clairement, on dit que non, on dit que toutes les libertés fondamentales — le droit de vote, le droit de s’exprimer, le droit de se déplacer, de se marier — sont en dehors du commerce. Ça veut dire qu’on ne peut pas les vendre contre de l’argent. Sinon ce qui se passe, en fait c’est ce qu’on voit déjà, c’est que si vous voulez avoir accès à service qui est vraiment sécurisé, à un journal qui ne va pas vous pister, à des services respectueux, vous devez payer, systématiquement. Et ceux qui ne peuvent pas payer, ceux qui ont trop peu d’argent, eux doivent payer avec leur vie privée et des libertés fondamentales. Et là, c’est clairement contraire aux idéaux démocratiques : les libertés sont gratuites pour tous ; on ne peut pas les vendre.

Yves Decaens : Mais comment fait-on ? Comment contrôler tout cela ? Isabelle Falque-Pierrotin, par exemple.

Isabelle Falque-Pierrotin : Je crois qu’il y a toute une négociation qui se déroule avec ces grands acteurs de l’Internet qui, évidemment au départ, n’avaient aucune envie de limiter la combinaison extrêmement extensive qu’ils font des données de leurs clients. Et depuis quatre à cinq ans, avec l’ensemble des autorités européennes de protection des données, on essaye de faire en sorte que cette combinaison excessive de données que font ces acteurs soit encadrée et que, notamment, les individus puissent, selon les finalités qui sont poursuivies, pouvoir consentir ou éventuellement dire qu’ils ne sont pas d’accord. Donc si vous voulez, je crois que, à la fois la pratique et puis l’évolution du cadre juridique qui donne des droits nouveaux aux personnes, vont dans le sens, finalement, d’une maîtrise plus grande de l’individu.

Mais moi j’attire quand même l’attention des auditeurs sur la difficulté du consentement, parce que qui dit consentement dit nécessité de comprendre ce à quoi on consent. Nécessité d’avoir un consentement qui soit simple à exercer. Or, sur tous ces sujets, dans le fond, les choses sont quand même assez complexes et donc il ne faut pas non plus que l’ensemble de la charge de régulation pèse sur l’individu lui-même et qu’on lui demande en permanence de consentir à un certain nombre de choses. Donc il faut qu’il y ait effectivement du consentement, mais il faut aussi que les acteurs, dans leurs pratiques, intègrent aussi, par défaut, un certain nombre de garanties qui protègent les libertés individuelles et les données personnelles.

Yves Decaens : Alors justement, problème souvent d’information, parce qu’on ne sait pas vraiment ce qui se passe au-delà de notre écran d’ordinateur. C’est le sens, entre autres, de la question de Sylvie qui nous appelle de Toulouse. Bonsoir Sylvie.

Sylvie : Oui bonsoir.

Yves Decaens : Nous vous écoutons.

Sylvie : J’avais une question concernant le calendrier partagé. Nous avons un calendrier Google partagé, que nous remplissons avec toutes les activités de la famille, les enfants… Et on s’est posé la question des garanties, en fait, de confidentialité, concernant ces données très personnelles et qui sont versées dans le calendrier familial de Google. Y a-t-il un risque d’exploitation de ces données personnelles ? Et aujourd’hui, existe-t-il un autre calendrier partagé qui aurait une charte respectueuse de nos données personnelles ?

Yves Decaens : Qui peut répondre à cela ? Isabelle Attard.

Isabelle Attard : Oui. C’est intéressant parce que je remarquais dernièrement que lorsque vous réservez un billet d’avion par Internet, l’horaire et le nom de la compagnie, etc., apparaissent directement, justement dans votre agenda Google, donc c’est très intéressant, sans que vous ayez rien fait, en tout cas en apparence. Et de toutes façons, les données sont épluchées. Auparavant les mails étaient scannés, le contenu des mails sur Gmail.

Arthur Messaud : Toujours apparemment.

Isabelle Attard : Il faut voir si la réglementation interne à Google aurait changé, mais toutes les données seront utilisées après, à des fins commerciales, évidemment. Évidemment ! Puisqu’on vous fera ensuite, et ça c’est important d’en parler dès à présent, de la publicité ciblée. C’est exactement le principe de l’utilisation des données, des métadonnées. Les données c’est, on va dire, le contenu de vos messages, de vos échanges que vous faites avec des échanges mails, mais aussi avec vos SMS, avec toutes les applications de messagerie, quel que soit le nom de l’application. Et il y a les métadonnées, c’est-à-dire les informations telles que l’heure où vous faites un message, où vous écrivez un message, à qui, par quelle antenne relais passe votre message. On peut vous localiser sans que vous ayez cherché à l’être spécialement, mais votre téléphone correspond, de façon régulière et permanente, avec une antenne à proximité. De toutes façons, il y a déjà ces informations-là. Donc à nous de savoir comment réagir ; il y a la notion de responsabilité des utilisateurs, des internautes.

Yves Decaens : C’est-à-dire ? Comment ?

Isabelle Attard : Du réalisme. Peut-être ne pas forcément mettre toutes les informations sur ces machins-là partagés !

Arthur Messaud : Je ne suis pas d'accord.

Yves Decaens : Ne plus utiliser un calendrier déjà.

Arthur Messaud : C’est ça le problème. On n’utilise plus le calendrier.

Isabelle Attard : Ce que je veux dire par là, c'est les utiliser, mais s’assurer — et c’est ce que disait Isabelle Falque-Pierrotin tout à l’heure — c’est-à-dire que les GAFA doivent assurer cette confidentialité et c’est ce qu’on leur demande. On doit pouvoir utiliser la technologie.

Yves Decaens : Les GAFA, donc Google, Amazon, Facebook, etc.

Isabelle Attard : C'est-à-dire qu'il y a ce qui se passe aujourd’hui et il y a ce qu’on aimerait voir arriver pour la suite, pour la protection de nos données.

Yves Decaens : Arthur Messaud.

Arthur Messaud : Je vais répondre directement à votre question en trois points

Premier point est-ce que Google analyse le contenu de votre calendrier ? Alors là je n’ai pas les CGU [Conditions générales d’utilisation] sous les yeux, mais je peux vous dire que Google, son métier en tout cas c’est de faire de l’analyse des données privées pour faire de la publicité. Et quand on voit ce qu’il a fait sur le mail pendant des années, c’est-à-dire qu’il lisait le contenu des mails, chaque mail envoyé, sans le consentement de la personne qui écrivait à la personne Gmail, systématiquement, et qu'il faisait des fiches sur tous les correspondants. Quand on voit que son activité principale sur Gmail c’était de faire ça, le calendrier c’est assez évident qu’il doit y avoir une exploitation.

Vous nous dites comment on peut faire autrement ? Pour un calendrier partagé, ça va être un problème ; pour chaque problème il existe des solutions. Moi je vous invite à vous rendre sur le site de Framasoft4 qui est un site français qui propose des alternatives aux services Google, donc vous aurez votre solution, je pense.

Mais prenons un peu de hauteur et est-ce que vraiment, à chaque fois qu’il y a un service qu’on a l’habitude d’utiliser, qui est pratique, que tout le monde utilise, que tout le monde connaît, est-ce qu’à chaque fois qu’il y a un service comme ça qui porte atteinte à nos droits fondamentaux, il faut que nous on réfléchisse comment faire ? Qu’on demande à un ami geek est-ce que tu connais une alternative, etc. ? Est-ce que c’est à nous de faire l’effort individuellement, avec nos connaissances techniques limitées ? Ou est-ce que ce n’est pas à ceux qui ont la puissance, la puissance intellectuelle, la capacité technique, eux de faire cet effort-là, ne serait-ce que nous demander le consentement avant d’exploiter notre vie privée ?

Yves Decaens : Et on peut ne pas utiliser Google ! Il existe d’autres services. Qwant5, citons-le ! Par exemple.

Arthur Messaud : Mais ce n’est pas à nous de faire des efforts. En fait c’est au législateur d’imposer à ces personnes qui ont la maîtrise de la technique la plus poussée de les faire. Si on demande à chaque individu d’être un expert en technique pour protéger ses libertés fondamentales, c’est un doux rêve. Ça n’arrivera pas. On n’aura pas les capacités. Eux ont les capacités.

Yves Decaens : Isabelle Falque-Pierrotin.

Isabelle Falque- Pierrotin : Oui. Je cois que, comment dire, il y a un rapport de force qui doit s’équilibrer, se rééquilibrer entre les individus, les citoyens européens, et ces grands acteurs mondiaux. Ces grands acteurs mondiaux, jusqu’à présent, considéraient le gisement de données personnelles comme un gisement, je dirais, exploitable à l’infini et permettant tous types de combinaisons selon tous types de finalités. En gros, quelle que soit la manière avec laquelle vous interagissiez avec Google, les données qui étaient collectées à cet effet étaient mutualisées et servaient au profilage.

Depuis quelques années, entre les autorités européennes de protection des données, il y une coopération qui conduit à dire à Google cette combinaison tout azimut n’est plus possible. Cela va prendre un peu de temps que le modèle économique et les pratiques de l’entreprise s’ajustent totalement. Mais il est évident que grâce au cadre juridique européen, grâce aussi aux pratiques nouvelles des personnes, on a la possibilité de rééquilibrer le rapport de force. Mais moi je crois que même si ça n’est pas aux individus, effectivement, de se protéger en permanence, on a quand même aussi à intégrer un certain nombre de réflexes de base dans cet univers numérique. Et c’est particulièrement vrai pour les jeunes. Quand on dit aux jeunes : « Faites attention sur les photos que vous postez, sur les comptes que vous avez. Quand vous avez dix comptes n’ayez pas dix fois le même mot de passe pour éviter que tout ceci soit mutualisé », si vous voulez ça fait partie d’un hygiène, aussi, et une prophylaxie de base qu’il faut avoir dans ce nouvel univers connecté.

Donc je crois que c’est tout un ensemble de leviers qui permettent in fine de garder une forme de régulation de cet univers.

Yves Decaens : Autre question. Celle de Bertrand qui nous appelle d’où ça ? Du Gosier. C’est ça Bertrand ? Le Gosier. Où est-ce que c’est Le Gosier ?

Bertrand : Oui. C’est à la Guadeloupe.

Yves Decaens : Très bien. Nous vous écoutons.

Bertrand : D’abord merci pour vos émissions qui illuminent nos débuts d’après-midi, avec le décalage horaire pour nous, à la Guadeloupe. La question que moi je me posais c’est que ces données qui sont, en tout cas pour mon compte, captées à mon insu parce que je ne souscris jamais à la distribution de celles-ci, ces données ont une valeur marchande que les opérateurs se revendent entre eux. Cette marchandisation de nos données, elle nous échappe en termes de bénéfice. Est-ce que ça, ça pourrait être pris en compte, corrigé ? Et est-ce que des propositions dans ce sens pourraient être mises en œuvre de telle sorte que notre consentement, à ce moment-là, aurait en contre-partie un bénéfice ?

Yves Decaens : C’est ça. On pourrait être rémunéré sur le commerce de nos données personnelles. Arthur Messaud.

Arthur Messaud : C’est déjà le cas en fait. Vous avez accès à des services pour lesquels vous ne payez pas contre votre vie privée. Dans les faits, on est déjà rémunéré en échange de notre vie privée, nos données personnelles. Et en fait, ça ne va pas du tout. D’abord on ne sait même pas si le prix qu’on paie est justifié. Un euro par mois pour un service mail, est-ce que ce n’est pas beaucoup plus intéressant que de livrer toute sa vie privée, de se laisser ficher, etc. ? Donc c’est déjà le cas, en fait, la proposition dont monsieur parle et c’est une situation qui ne va pas du tout. On voit des écarts entre les plus riches et les plus pauvres se créer en termes de qui peut se protéger, avec quels moyens, en fonction des services auxquels on a accès. Et comme je vous le disais au début, l’idéal démocratique s’oppose à cette marchandisation de la vie privée.

Yves Decaens : Isabelle Attard.

Isabelle Attard : Il ne faut pas oublier que dans nos données personnelles il y aussi les données des autres et que nos données contiennent, effectivement, des tas d’informations qui concernent un cercle extrêmement large de personnes autour de nous. Donc quand on réfléchit à cette commercialisation, finalement, des données, à partir du moment où on admettrait que nous sommes propriétaires, à titre individuel, de nos données, c’est déjà relativement faux, de manière intrinsèque.

Et ensuite, je préfère réfléchir comme le fait le collectif SavoirsCom16 avec Lionel Maurel, c’est de voir les données comme un ensemble de données collectives, comme les biens communs. Et à ce moment-là on réfléchit différemment. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de commercialiser des données et de dire bon, puisque Google ou puisque d’autres GAFA ou d’autres services sur Internet utilisent les données que je produis — ça c’est important de le rappeler — je dois en tirer quelque chose, une compensation financière, puisqu’ils utilisent mes données. Moi, je préférerais qu’on réfléchisse en termes de collectif : nous créons des données collectivement parlant. Comment faire pour que, ensuite, on puisse se protéger ? Comment retirer ce consentement ? Ce qui est important à rappeler dans le règlement européen qui va être bientôt en application, dans les mots c’est très clair ; Isabelle Falque-Pierrotin parlait tout à l’heure de clarté, c’est écrit : « Le consentement donné par un acte positif clair ». Parce qu’aujourd’hui si on doit se farcir — pardon du terme — deux cents ou trois cents pages de conditions générales d’utilisation pour savoir exactement comment nos données vont être utilisées, je n’appelle pas ça clair, je n’appelle pas ça facile, et c’est mettre encore plus de complexité dans le monde du numérique alors qu’on a besoin de davantage de clarté.

Yves Decaens : Oui. Un mot.

Isabelle Falque-Pierrotin : Juste une réaction sur cette idée de, finalement, marchandiser ses propres données. Je crois que c’est très dangereux comme évolution parce que ça risque de mettre en place une sorte de système numérique à plusieurs vitesses, vous voyez, avec des marchés de la donnée en fonction de l’arbitrage que les uns et les autres feront. Donc je crois qu’il y a une tendance qui est une tendance qui est potentiellement assez dangereuse, finalement, pour les droits des personnes. Mais ce que je veux dire néanmoins c’est que, en fait, on a déjà des bribes de moyens pour l'individu, finalement, de piloter lui-même ses données dans le nouveau règlement européen à travers, par exemple, le droit à la portabilité des données.

Parce que le droit à la portabilité des données, qu’est-ce que c’est ? C’est le fait de pouvoir récupérer toutes les données que vous avez fournies, y compris celles qui ont été déduites de ce que vous faites sur Internet, pour soit les garder pour vous et en faire ce que bon vous voulez, soit, éventuellement, les porter auprès d’un autre fournisseur de service. Et donc là on voit bien que c’est un moyen non pas de créer un marché secondaire de la donnée, mais de créer la possibilité pour l’individu, finalement, de ne pas être prisonnier d’un écosystème industriel ou commercial par rapport à un autre.

Yves Decaens : Mais rien ne garantira quelles seront supprimées, en revanche.

Isabelle Falque-Pierrotin : Elles ne seront pas supprimées ! Non, non ! Il n’y a pas de suppression de la donnée. En revanche, c’est une ouverture à la concurrence et c’est le moyen de ne pas être prisonnier d’un acteur, qui me paraît très intéressant.

Yves Decaens : Autre point de vue, celui de Ludovic qui nous appelle de Thiers. Bonsoir Ludovic, nous vous écoutons.

Ludovic : Bonsoir. C’est plutôt, en fait, effectivement en résonance à l’intervenant précédent. La question c’est peut-être aussi de la poser en termes d’hypocrisie : aujourd’hui tout le monde utilise, ou presque tout le monde, des réseaux sociaux, des applications qui sont sur le téléphone ou les smartphones et qui sont d’accès gratuit. Aujourd’hui, on n’a pas trouvé de moyen économique de faire en sorte que des entreprises qui fabriquent ce type d’applicatifs ou de réseaux puissent survivre, tout simplement, économiquement sans monétiser la donnée, vu que les services sont gratuits. En fait, ma question derrière, est : tout le monde utilise tout cela, voudrait protéger la totalité de ce qu’il fournit, mais en même temps n’est pas prêt du tout à payer le moindre centime pour l’utilisation de tous les applicatifs. Je passe sur la musique etc., et sur les réseaux sociaux en particulier. Ça prolonge un peu ce que vous avez dit tout à l’heure. Moi je ne suis pas trop pour la monétisation, non plus, des données à titre personnel. Mais comment faire pour que ces entreprises aient envie de développer, mettre des milliers de programmeurs derrière qui soient rémunérés, tout simplement.

Yves Decaens : Donc pour vous, l’attitude de ces entreprises, en quelque sorte, elle se défend ?

Ludovic : Ce n’est pas qu’elle se défend, je n’ai pas dit que c’était la bonne solution. Après on peut tout imaginer, un Internet mondial, étatisé, qui protège le tout, peut-être. Mais aujourd’hui, vous ne ferez pas travailler les gens de Facebook ou de ce que vous voulez ou de Google gratuitement s’ils n’ont pas de moyens de récupérer une monétisation de l’information qu’ils ont.

Yves Decaens : Arthur Messaud.

Arthur Messaud : Deux choses. Une première chose, ce discours : les gens ne sont plus prêts à payer. En fait, toutes les entreprises un peu sérieuses qui ont besoin de sécuriser leurs informations ou qui font un vrai travail vont payer et vont payer même Gmail. Il y a des versions payantes de Gmail et des versions payantes de Facebook. En fait, des ressources monétaires directes, il y en a ; il y en a plein.

Ensuite l’idée de où est-ce qu’on va trouver des développeurs ou des contributeurs prêts à s’investir gratuitement ? Est-ce que vous avez entendu parler de Wikipédia qui est l’encyclopédie la plus importante au monde, qui est gratuite, faite par des bénévoles, sans modèle de surveillance de la population ? Est-ce que vous avez entendu parler de VLC, un lecteur vidéo qui est gratuit et qui est fait par des bénévoles, encore ? De Linux ? De Firefox ? Toutes ces choses qui, en fait, sont des produits du logiciel libre, extrêmement poussées en termes de sécurité, extrêmement intéressantes, systématiquement gratuites, faites par du bénévolat ou des systèmes économiques alternatifs. Et même quand on parle de communication, sur votre téléphone vous dites que vous avez plein d’applications, vous avez peut-être Signal qui est aussi gratuite et qui ne fait pas d’exploitation de vos données personnelles.

Vous allez avoir, comme ça, toute une panoplie, en fait, de logiciels qui sont déjà ou libres ou décentralisés, qui sont déjà sur le marché, qu’on utilise au quotidien — Firefox typiquement beaucoup de gens l’utilisent. Cette idée qu’on a absolument besoin de surveiller la population pour pouvoir financer les avancées techniques est fausse ! Les avancées les plus intéressantes dans la technique se sont financées autrement.

Yves Decaens : Donc il faudrait, de votre point de vue, débarrasser Internet de toute considération commerciale, si je vous suis bien.

Arthur Messaud : Non, non !

Yves Decaens : Il y a des entreprises qui en vivent de tout cela ; en fait, c’est ce que nous disait Ludovic.

Arthur Messaud : Bien sûr ! Il y a différentes formes d’entreprises commerciales. Firefox, je continue sur cet exemple-là, ils ont plein de salariés, ils ont beaucoup d’argent. Wikipédia, ils ont derrière aussi des structures où il y a des salariés et ça marche soit par le don, soit car ils vont fournir des services payants de conseil à des entreprises, etc. Moi ce que je dis c’est qu’une économie qui repose sur la surveillance de sa population contre son consentement ou un consentement forcé, est une mauvaise économie, ce n’est pas très compliqué à dire et il y a des solutions alternatives qui marchent depuis le début. Internet, l’informatique, s’est développée sans ce modèle économique-là.

Yves Decaens : Isabelle Falque-Pierrotin.

Isabelle Falque-Pierrotin. : Moi je rebondis sur ce vient de dire Arthur. Je crois que l’ère, en tout cas du chèque en blanc au bénéfice des GAFA, est terminée. Ça, ça me paraît clair. C’est-à-dire que les individus ne sont peut-être pas prêts à payer pour les services qu’ils ont aujourd’hui gratuitement. Ça, je crois que la majorité, quand même, ne sont pas prêts à payer. En revanche, ils veulent avoir leur mot à dire. Donc je crois que toutes les solutions alternatives, soit qui offrent d’autres modèles économiques, soit qui donnent la possibilité à l’individu de consentir ou d’avoir un retour et une capacité, je dirais, d’arbitrage, sont des modèles qui sont extrêmement intéressants et qui se développent. Maintenant est-ce qu’on peut totalement abandonner le payant [le gratuit, NdT] ? En tout cas pour le moment je ne crois pas.

Vois off : 19 h 42 France Inter - Le téléphone sonne. Vos questions au 01 45 24 7000 et sur les réseaux sociaux avec le mot clef telsonne.

Yves Decaens : Et nous parlons ce soir, au téléphone sonne, de la protection des données personnelles sur Internet avec cette question qui nous arrive par mail à propos de la nouvelle réglementation européenne. Elle impose aux entreprises, donc à partir de mai 2018, un délégué à la protection des données. Quel sera son rôle précis et son positionnement au sein de l’entreprise dans laquelle il travaillera ?

Isabelle Falque-Pierrotin : Je crois que le délégué c’est un personnage central dans le règlement puisque, en fait, ça va être la personne qui va être chargée de la gouvernance des données au sein de l’organisation ou entreprise à laquelle il appartient. En fait, c’est la personne qui va faire en sorte que dans les usages quotidiens de l’entreprise, de la collectivité locale où il se situe, eh bien dans ces usages quotidiens on a intégré les principes et les garanties de protection des données personnelles.

Yves Decaens : Toute entreprise devra avoir son délégué ?

Isabelle Falque-Pierrotin : La plupart des grandes entreprises qui font du traitement à grande échelle, les collectivités locales, les acteurs publics devront l’avoir. Donc en réalité, aujourd’hui, par exemple pour vous donner un chiffre, nous avons environ 16 000 organismes qui ont désigné un correspondant informatique et libertés qui, celui-ci, n’est pas obligatoire aujourd’hui. Nous, nous considérons à la CNIL que nous auront à peu près entre 80 000 à 100 000 organisations qui auront un délégué à la protection des données demain.

Yves Decaens : Ça va créer de l’emploi.

Isabelle Falque-Pierrotin : Donc ça va créer de l’emploi.

Yves Decaens : Mais ça va coûter cher aux entreprises !

Isabelle Falque-Pierrotin : Ça va coûter cher ou ça va obliger en tout cas les entreprises à identifier une fonction interne, suffisamment proche des métiers, pour distiller dans ses différents métiers, la R&D, le marketing, les préoccupations informatique et libertés, mais aussi suffisamment proche de l’échelon de direction de l’entreprise pour avoir une vision stratégique de ces questions. Donc c’est un personnage absolument central pour la conformité future en matière informatique et libertés

Yves Decaens : Isabelle Attard.

Isabelle Attard : J’espère que les entreprises françaises sauront réagir parce que, pour le moment, c’est vrai qu’au sein de l’Union européenne on voit une grande différence avec les pays anglo-saxons où c’est quelque chose d’habituel, la prise en compte des données personnelles, des requêtes des clients des entreprises. Je pense que ce sera plus facile pour certains pays que pour d’autres. Et la France a l’air d’avoir un petit peu de retard. Bon, j’espère que ça ira mieux dans quelques mois !

Isabelle Falque-Pierrotin : La France n’a pas plus de retard que les autres.

Isabelle Attard : Enfin c’est l’analyse au niveau entreprise. Tant mieux si ça va mieux !

Yves Decaens : C’est ce que disent les enquêtes : plus de 90 % des entreprises, pour l’instant, n’y ont pas réfléchi à ces histoires-là.

Isabelle Attard : Je pense que ça va venir. Il y a des pays où c’est plus un réflexe que d’autres, il faut quand même le reconnaître ! Après, je pense que dans ce règlement, ce serait bien de parler du droit à l’oubli.

Yves Decaens : Qui a été reconnu par la Cour de justice européenne.

Isabelle Attard : Oui, parce que, finalement, les clients d’une entreprise pourront le demander. L’entreprise doit être capable d’identifier l’ensemble des données qu’elle possède sur ses clients, de savoir où ces données sont localisées, et d’être capable de les supprimer rapidement. Ça c’est le texte tel qu’il est aujourd’hui. C’est très intéressant parce que là, pour moi, c’est une avancée. Est-ce que d’un point de vue technologique on arrivera à le faire ? Je ne sais pas. On verra !

Yves Decaens : À le contrôler surtout.

Isabelle Falque-Pierrotin : Le droit à l’oubli, ça existe déjà. En réalité ça existe déjà. Ce qui est nouveau c’est ce droit à la portabilité, qui lui est vraiment nouveau puisque, effectivement, la personne peut récupérer toutes les données que l’entreprise a sur elle et les récupérer dans un format qui est lisible, éventuellement, par d’autres. Ça c’est une vraie nouveauté ! Mais le droit à l’oubli stricto sensu et le droit à la suppression des données, le droit à l’accès, ça existait déjà dans la directive de 1995.

Isabelle Attard : Oui. Ce que je veux dire c’est que, on parlait de clarté tout à l’heure, c’est loin d’être clair. Ce qui est simple, c’est de donner l’accès à ses données personnelles, en retirer l’accès ou les contrôler. On est bien aujourd’hui dans ce dilemme-là. C’est-à-dire que le droit à l’information, la transparence dans l’utilisation des données, dans la finalité, on n’y est pas du tout. Le droit d’opposition, le droit de rectification, c’est là, je pense, où on doit mettre tous non efforts, en tout cas. On ne parle pas par rapport aux données personnelles. Beaucoup d’auditeurs parlent de propriété des données. Moi je pense qu’on doit surtout se concentrer sur le contrôle de nos données. Et ça, c’est là-dessus, à mon avis, que les réglementations doivent travailler.

Yves Decaens : Arthur Messaud.

Arthur Messaud : Là on vient de parler de deux avancées du droit européen intéressantes, positives : le délégué à la protection des données, la portabilité, le droit à l’oubli, mais parlons aussi des avancées négatives qui se profilent. Là, à la rentrée, en octobre, tout ce qu’on vient de dire va être remis en cause complètement au niveau de l’Union européenne par un règlement e-Privacy. Dès octobre, les votes les plus importants vont arriver et là-dedans, on voit quoi ? On voit, en fait, plus besoin de consentement pour analyser vos mails, vos communications sur Internet : votre FAI Orange pourra ouvrir, pourra voir passer tout ce qui passe sur son réseau et le lire pour faire de la pub ou autre chose ; disparition du consentement ; disparition du consentement pour être géolocalisé. Donc si vous entrez dans un magasin, on va pouvoir savoir quel chemin vous faites, combien de temps vous restez, avec qui, sans votre consentement ; juste, il suffira d’un petit panneau caché quelque part ou devant qui vous informera.

Donc il y a énormément de questions. Toutes les avancées qui sont apparues sont en train d'être remises en cause radicalement devant l’Union européenne, donc ce règlement e-Privacy. Je vous invite à suivre l’actualité de ce règlement dès la rentrée, dès septembre ; il y aura de nombreux débats, sur le site de La Quadrature ou de la CNIL qui reviendra dessus aussi, je pense. Ça va vraiment tout être remis en jeu et en bien, c’est possible, mais en très mal ; pour l’instant ça se dessine plutôt vers la direction très négative.

Yves Decaens : Autre question de Thierry qui nous appelle je ne sais d’où. Bonsoir Thierry.

Thierry : Bonsoir. En fait, je vous appelle du Danemark où je suis suis en congés actuellement.

Yves Decaens : C’est très international ce soir !

Thierry : Je vous écoutais. Je voulais réagir, plutôt que de poser une question, sur une des choses qui a été dite tout à l’heure, le droit à l’effacement des données aussi inclus dans la nouvelle réglementation sur les données privées, la GDPR [General Data Protection Regulation] qui sera active en 2018, c’est l’article 17. Donc pour revenir à ce que vous disiez tout à l’heure, en fait il sera possible demain de demander à la fois de porter les données, de les transférer — par exemple je demande à ce que mes données détenues par Amazon soient transférées à la Fnac — mais aussi de demander à effacer ces données ; donc en même temps, je demande à Amazon d’effacer mes données. Et ça, ça peut ouvrir un champ complet de capacités à déterminer qui peut, finalement, utiliser mes données et qui peut ne pas les utiliser. Et même si on pousse un petit peu plus loin le bouchon, on peut se dire que, à terme, il y aura des détenteurs de coffres-forts de nos données. Donc ces entreprises seront celles dans lesquelles je transférerai mes données pendant qu’en même temps je demanderai aux autres de les effacer.

Yves Decaens : C’est la portabilité dont vous parliez tout à l’heure Isabelle Falque-Pierrotin ?

Isabelle Falque-Pierrotin : Je crois que ce que dit notre auditeur est tout à fait juste. C’est vrai qu’on a une double possibilité avec le règlement. Mais moi je voudrais quand même juste insister sur le fait que, bien sûr, ce texte n’est pas parfait. Il est complexe, il est touffu, mais il représente quand même l’effort qu’a fait l’Union européenne d’unifier son marché et surtout de lancer un signal très important qui est : les données personnelles et leur protection c’est un enjeu majeur parce qu’il y a une échelle de sanctions qui a été considérablement revue, avec des sanctions à 4 % du chiffre d’affaires mondial, potentiel, de ces entreprises-là. Donc si vous voulez, on change, entre guillemets, « de nature de réponse ». Et même si la rédaction n’est pas parfaite, même s’il y a besoin de plus de clarification, on a maintenant un outil, à travers le règlement, de dissuasion vis-à-vis d’un certain nombre d’acteurs mondiaux qui est quand même extrêmement puissant, me semble-t-il. Si vous ajoutez le fait que dans le règlement européen nous avons la capacité, entre 28 autorités européennes de régulation, de codécider à 28 ! Ça va être le seul domaine de droit européen où 28 régulateurs ont la possibilité de prendre ensemble une même décision. Donc si vous voulez, là, l’Europe, quand même, arrive avec un certain nombre d’arguments.

Yves Decaens : Juste une précision avant de prendre Cécile au téléphone, on aurait peut-être dû commencer par là. Quelles sont les informations concernant les salariés qu’une entreprise a le droit de collecter ?

Arthur Messaud : Le contrôle de la vie privée en entreprise est dramatique, il est très faible. Au début, il y avait une jurisprudence intéressante qui, petit à petit, s’est complètement détériorée. Maintenant, du moment que le salarié est prévenu qu’on va regarder ses mails, en fait, le patron peut ouvrir la boîte mail professionnelle pour regarder tous les mails. C’est assez dramatique ! Je vous parlais du débat de la rentrée, là aussi il sera question de venir renforcer la vie privée au travail qui, en France, est laissée à l’abandon de façon assez importante.

Yves Decaens : Isabelle Attard.

Isabelle Attard : Oui, pour vous donner une idée, il faut lire aussi le livre[ En Amazonie], le reportage7 qui avait été fait par Jean-Baptiste Malet sur l’entreprise Amazon et sur l’utilisation, la collecte des données personnelles des salariés, qui ensuite partaient à Seattle dans ces énormes coffres-forts, dont parlait l’auditeur tout à l’heure, de données. Et c’est dramatique. Et rien qu’avec un exemple, celui de cette entreprise qui emploie bien des salariés français et européens dans d’autres entrepôts, pas seulement en France, l’utilisation qui est faite de ces données et de la collecte est terrifiante.

Yves Decaens : Autre question c’est Cécile qui nous appelle de Villefranche.

Cécile : Sur-Saône.

Yves Decaens : Sur-Saône. Nous vous écoutons. Bienvenue.

Cécile : Bonsoir et merci pour votre émission. C’était plutôt une remarque avec une question en plus, après. Les GAFA d’accord, on est méfiants, OK ! Mais il y a plein d’entreprises qui nous demandent, sur Internet, des informations personnelles et rien ne nous prouve que ces informations ne seront pas utilisées à mauvais escient. Voilà. Par exemple Blablacar me demandait, cet après-midi, de vérifier ma pièce d’identité ; bon je comprends très bien pourquoi, mais qu’est-ce qui me prouve qu’après, cette pièce d’identité ne sera pas utilisée à mauvais escient par un employé ou je ne sais. La SNCF, la banque, toutes nous demandent des informations personnelles. Alors moi je suis hyper-méfiante : tout à l’heure je me suis sauvée de Blablacar, franchement ; j’ai tout arrêté, j’ai fermé mon compte. Ça m’a fait peur !

Yves Decaens : C’est dommage ! Ça marche très bien Blablacar, pour les jeunes qui font du covoiturage. Mais c’est tout le hiatus des services en ligne. On est bien obligé d’en profiter, c’est un progrès et, en même temps, il y a effectivement un risque pour les libertés.

Isabelle Falque-Pierrotin : Je crois que ce que dit Cécile est parfaitement juste. C’est-à-dire qu’à chaque fois qu’on collecte une donnée personnelle sur vous, vous êtes en droit de demander pour quelle finalité elle est collectée. Et tout le travail de la CNIL, lorsque nous sommes saisis de plaintes comme la vôtre, c’est de vérifier que pour la finalité précise qui est annoncée par l’entreprise, la donnée qu’on vous demande est justifiée. Là c’est votre carte d’identité, d’autres demandent, par exemple, le casier judiciaire. Vous voyez ! On n’a pas besoin du casier judiciaire, dans la plupart des cas, pour accéder à un service. Dans l’instruction des plaintes, dans un certain nombre de cas, nous condamnons justement et nous menons des sanctions, enfin nous prononçons des sanctions à hauteur, aujourd’hui, simplement de trois millions d’euros face à des entreprises qui font ça.

Yves Decaens : Les deux tiers des plaintes concernent des pratiques commerciales, essentiellement ?

Isabelle Falque-Pierrotin : La plupart. Oui, oui. Des pratiques commerciales ou des pratiques au sein de l’entreprise, parce qu’effectivement la surveillance des salariés au sein des entreprises suscite énormément de plaintes. Je voudrais juste à cette occasion, quand même, nuancer le fait que la vie privée au sein de l’entreprise elle existe. Elle existe ! L’employeur peut collecter des données, là encore pour des finalités de gestion des carrières, de sécurité informatique. Il faut que ça soit justifié.

Arthur Messaud : Et pour licencier, pour chercher une faute.

Isabelle Falque-Pierrotin : Attendez ! Non !

Arthur Messaud : Le problème c’est pourquoi à ce moment-là, en fait. Quand on ouvre les mails, c’est pour licencier la personne ; trouver des fautes.

Isabelle Falque-Pierrotin : Bien sûr ! Mais il faut que l’employeur justifie la raison pour laquelle… Justement il doit apporter une preuve du contexte dans lequel il a collecté une donnée. En revanche, il n’est pas autorisé à surveiller de façon permanente ses salariés.

Arthur Messaud : Bien entendu !

Isabelle Falque-Pierrotin : Et nous, nous avons énormément de plaintes, par exemple pour des caméras de vidéosurveillance, d’individus qui disent : « Mais finalement, on a mis, au nom de la sécurité, des caméras partout ; en réalité c’est pour nous surveiller. » Donc là, on rejoint un petit peu ce que vous disiez et là, pour le coup, la CNIL sanctionne.

Yves Decaens : Isabelle Attard.

Isabelle Attard : Oui. Au nom du progrès technologique, pour améliorer nos vies quotidiennes, nous faire économiser de l’argent, nous faire économiser de l’énergie, on a également l’installation, en ce moment, des compteurs Linky et autres, Gazpar etc.

Yves Decaens : Très contestés !

Isabelle Attard : Très contestés et pour moi, en tout cas, dans l’utilisation, dans la récupération des données par rapport à ce qui se passe à l’intérieur d’une habitation : on saura exactement combien de personnes sont à un instant t dans telle habitation, dans tel appartement. Il y a le risque de piratage : la personne, l’auditrice parlait effectivement de qui utilise les données ; elle ne le sait pas. Je crois qu’on n’est pas capables, autour de la table, de dire exactement qui va analyser quoi aujourd’hui dans le type de données qui sera récupéré. Il y a une vraie intrusion dans la vie privée et c’est le cas. Si Enedis se comporte comme vendeur, ensuite, de données personnelles pour son chiffre d’affaires, pour augmenter son chiffre d’affaires, ce n’est pas spécialement la finalité qui est cochée au départ. Et je précise, cette finalité, pourquoi vous autorisez telle entreprise à collecter vos données personnelles, ça doit être clair ; ça ne l’est pas aujourd’hui ! Et quand il y a plusieurs finalités, il doit y avoir plusieurs cases à cocher. Et ça fait partie des nombreux combats.

Yves Decaens : Un tout dernier auditeur, peut-être Alain qui nous appelle de Dax.

Alain : Oui. Bonsoir monsieur et bonsoir à vos invités. Votre émission ayant suscité beaucoup de paranoïa chez moi, vous avez fait allusion tout à l’heure à Qwant. C’est un moteur que j’utilise depuis pas mal de temps et je me suis aperçu depuis quelque temps que, très régulièrement, je n’arrivais pas à accéder à certains sujets que je pouvais trouver sur la concurrence qui commence par un G. Donc je me disais, de manière paranoïaque, est-ce que c’est un hasard ou est-ce que Google peut avoir, lui aussi maintenant, le moyen de contrer un petit peu un site européen et français que, d’ailleurs, je recommande à beaucoup de vos auditeurs ?

Yves Decaens : De pirater son concurrent ?

Alain : Voilà. Est-ce que je suis parano, est-ce que ça peut s’envisager ?

Isabelle Falque-Pierrotin : Écoutez, je n’ai pas d’informations précises sur l’affaire, mais si c’était le cas, évidemment, ce serait, je dirais, une action anticoncurrentielle extrêmement préoccupante et j’imagine que la Commission européenne aurait matière à dire quelque chose. Voilà !

Yves Decaens : Pas d’informations sur ce point Isabelle Attard ?

Isabelle Attard : Une petite recherche hier. Chez nous on utilise un autre logiciel de recherche Startpage8 et pas Qwant pour, effectivement, protéger nos données. On n’a pas les mêmes résultats, dans la première page qui s’affiche, lorsqu’on utilise un autre moteur de recherche commençant par un G, comme dirait notre auditeur.

Yves Decaens : Google.

Isabelle Attard : C’est ça. Il ne faut pas oublier qu’il y aussi les opérations Dégooglisons Internet9 qui circulent parce qu’il y a d’autres solutions.

Yves Decaens : Vous n’avez pas les mêmes résultats, mais ils sont aussi efficaces ? Aussi bien ? Moins bien ?

Isabelle Attard : On n’a pas les mêmes résultats qui s’affichent. C’est efficace.

Arthur Messaud : Pour les gens qui veulent rester sur l’efficacité de Google mais sans être fichés, la solution de madame Attard est très bien, c’est Startpage, comme la page du début. En fait, c’est juste un site qui va sur Google à votre place et vous donne les résultats. C’est une solution alternative.

Isabelle Attard : En protégeant les gens.

Yves Decaens : Précisons quand même, Isabelle Falque-Pierrotin, que la nouvelle législation européenne, donc à partir de mai 2018, concernera les entreprises américaines situées sur le sol européen.

Isabelle Falque-Pierrotin : Vous avez tout à fait raison. C’est une nouveauté très importante de ce règlement qui s’appliquera, effectivement, à toutes les entreprises européennes, bien sûr, mais aussi étrangères, même non établies en Europe, dès lors qu’elles ciblent un citoyen ou un consommateur européen. Et ça, c’est une avancée considérable parce que ça remet à égalité de concurrence les entreprises européennes avec les entreprises internationales qui, aujourd’hui, arguent du fait qu’elles ne sont pas établies en Europe pour ne pas respecter le droit européen. Demain c’est fini : tout le monde au même niveau !

Yves Decaens : Juste une remarque très rapide le ministère de l’Éducation impose Microsoft à tous les élèves. Ils ont tous un compte. Est-ce que c’est un problème ? C’est Adrien qui nous demande ça par mail.

Arthur Messaud : Ah oui, c’est dramatique ! En fait, les alternatives à Microsoft, qui sont gratuites, elles sont géniales. Ce sont des bénévoles, comme je disais, qui développent ça ; ça va être Linux, Debian. Elles sont gratuites, géniales, sécurisées et c’est vraiment un scandale d’imposer juste pour faire de l’argent pour Windows.

Yves Decaens : Merci à vous, Arthur Messaud, Isabelle Falque-Pierrotin, Isabelle Attard. Merci à vous d’avoir participé à ce téléphone sonne/em>.

Isabelle Attard : Merci.

DRM l'overdose - conf de Marie Duponchelle et Magali Garnero le 21 novembre à Compiègne

jeu, 09/11/2017 - 15:51
Début: 22 Novembre 2017 - 19:00Fin: 22 Novembre 2017 - 21:00

Les technologies DRM sont des verrous numériques qui essayent de contrôler ce qu'on peut faire ou pas avec les contenus multimédias et le matériel informatique qu'on a acheté.

  • Vous ne pouvez pas lire un ebook Amazon sur la liseuse de votre choix? C'est du DRM
  • Vous ne pouvez pas jouer au jeu que vous avez acheté parce que les « serveurs d'authentification » de l'éditeur sont hors ligne ? C'est du DRM
  • Vous ne pouvez pas copier le contenu d'un DVD ou Blu-Ray pour le voir sur votre smartphone ? C'est du DRM

(exemples extraits de eff.org)

La conférence sera présentée par Marie Duponchelle (Avocate au Barreau de Compiègne) et Magali Garnero alias Bookynette (membre de l'April et de Framasoft). À travers des exemples et des cas pratiques, elles répondront à la question "Les technologies DRM, elles protègent qui et de quoi ?".

Note pour les extérieurs: Si vous êtes intéressés pour assister à la conférence, faites-le nous savoir en envoyant un mail à picasoft@assos.utc.fr ! On fera notre possible pour que vous puissiez venir :)

RDV dès 19h à l'université de technologie de Compiègne, BF A106.

Que manque-t-il pour avoir des licences Open Hardware qui fonctionnent - Calimaq

jeu, 09/11/2017 - 09:23


Titre : Que manque-t-il pour avoir des licences Open Hardware qui fonctionnent ?
Intervenant : Calimaq
Lieu : PSESHSF - Pas Sage En Seine - Hacker Space Festival
Date : juin 2016
Durée : 57 min 29
Visualiser la vidéo ou télécharger la vidéo
Diaporama support de la conférence : format PDF
Licence : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

La logique du Libre est née dans le secteur du logiciel, où elle a pu se déployer en s'appuyant sur des licences ancrées dans les principes du droit d'auteur. La GNU-GPL et toutes ses descendantes garantissent les 4 libertés fondamentales des utilisateurs et les protègent par le biais du mécanisme du Copyleft (Partage à l'identique). Plus tard, cette dynamique du Libre a pu être prolongée dans le domaine de la création culturelle par le biais de nouvelles licences comme les Creative Commons, adaptées à la diffusion de tous les types d’œuvres protégées par le droit d'auteur (textes, vidéos, musiques). En ce qui concerne les données, après une phase de tâtonnement, des licences spécifiques comme l'ODbL ont permis d'appliquer la logique du Libre à des bases de données en donnant naissance à l'Open Data.

Transcription

[Il manque quelques mots] Juriste aussi, c’est pour ça que je suis assez content de faire ce Pas sage En Seine dans une bibliothèque. Je suis au CA de La Quadrature du Net1 et je suis aussi dans un collectif qui s’appelle SavoirsCom12 et je m’intéresse, en général, à tous les aspects juridiques du Libre et à tous les aspects de la culture libre. Et ça m’a amené, après m’être beaucoup intéressé, on va dire, à la création artistique sous licence libre, la musique, les films, les livres, à m’intéresser à un autre domaine, que vous connaissez sans doute, qui est l’open hardware c’est-à-dire le matériel libre ou le matériel open source — on va voir que ce n’est pas tout à fait la même chose — et à m’intéresser à savoir comment ça allait marcher du point de vue juridique. Parce que, dans le monde du logiciel, on a eu la chance d’avoir des licences qui ont bien balisé le terrain, qui ont permis tout ce qu’a permis le logiciel libre, en commençant par la GNU GPL [GNU General Public License] — on a parlé de Richard Stallman cet après-midi — ça a été quand même un outil fondamental. Et, dans le domaine des licences open hardware, vous allez voir que le terrain est beaucoup moins solide et qu’on est en train de construire quelque chose qui est hyper-intéressant, c’est-à-dire la possibilité d’avoir du matériel libre, ce qui est absolument déterminant, j’essaierai de vous montrer des exemples, avec le développement de l’Internet des objets, avec toutes ces choses qui peuvent avoir des facettes assez inquiétantes. Le fait d’avoir du matériel vraiment libre c’est un enjeu fort, mais ça va être beaucoup plus difficile que dans le logiciel. Donc je vais essayer de vous montrer un petit peu où est-ce qu’il y a un bug, parce qu’en fait, il y a un bug dans le système qui va rendre les choses beaucoup plus difficiles à libérer pour du matériel que pour d’autres éléments. Je vais essayer de vous montrer un peu pourquoi il y a un bug et comment on pourrait, éventuellement, essayer d’y remédier. Pardon ?

Public : Ce n’est pas par les usines ? Parce que…

Calimaq : Oui, l’open hardware c’est souvent assez do it yourself, parce que ce sont des trucs qui sont assez liés au mouvement des fab labs, des hackerspacesoù on ne fait pas les choses dans des usines, mais on les fait soi-même en relocalisant la production. Là je vais surtout me concentrer sur les aspects juridiques.

Je précise que tout ce travail-là en fait, on l’a fait en collaboration. Vous avez peut-être entendu cet après-midi quelqu’un qui s’appelle Antoine Chevrier, qui a présenté un projet d’éolienne, et il a pas mal réfléchi aussi à ces questions. Moi je vais reprendre sûrement certains des sujets qu’il a abordés. Il y a des gens qui travaillent dans une association qui s’appelle PiNG, qui est à Nantes, qui ont un fab lab qui s’appelle Plateforme C, qui ont beaucoup réfléchi à ces questions. Ils ont un juriste qui s’appelle Vladimir Ritz, notamment, et on va sûrement bientôt publier une synthèse là-dessus pour essayer de montrer ces problématiques.

Comment est-ce que j’en suis venu, moi, à m’intéresser à ces questions ? En fait, ça a commencé il n’y a pas si longtemps que ça. Je ne sais pas si vous avez entendu parler de ce projet qui s’appelait POC21. C’était un projet qui était porté par WeShare, le collectif WeShare sur l’économie collaborative qui, en marge de la COP21, a voulu faire une sorte de contre-événement où ils ont invité des designers, pendant six semaines, à rester dans un château et à designer douze projets qui devaient avoir un impact environnemental fort et qui devaient être dans la philosophie de l’open source, c’est-à-dire des projets de matériel libre. Il y avait des éoliennes, il y avait des matériels de construction modulaire. Il y avait un tracteur à pédales ; il y avait un four solaire. Voilà, une sorte de laboratoire qui était dans un château et l’engagement de ces gens c’était de faire un prototype, de faire un prototype qui soit réalisable et, au bout du compte, de le libérer en utilisant des licences.

Donc moi, ils m’avaient invité pour essayer d’accompagner ces porteurs de projets à choisir une licence et à voir comment on allait faire pour aller jusqu’au bout de la démarche. Alors au final, comme il fallait que ce soit relativement cadré, les gens qui ont participé à ce projet ont signé un contrat. Parce qu’on voulait être sûrs, quand même, qu’au bout du compte les gens aillent jusqu’au bout. Donc ils ont signé un contrat sur les aspects juridiques et ce qu’on leur conseillait c’était, vous voyez, parce que quand vous faites du matériel, il y a plusieurs couches différentes. Donc quand il y avait des logiciels à associer au matériel il fallait qu’ils utilisent une GNU GPL, une FreeBSD, une MIT License, des choses assez connues. Pour tous les contenus médias, s’ils produisaient du texte, des photos, de la vidéo, etc., on leur conseillait d’utiliser des licences Creative Commons. Et on leur conseillait d’utiliser des licences spécifiques pour l’open hardware qui sont la TAPR OHL, Open Hardware License, et CERN Open Hardware Licence. Voilà un peu l’engagement qu’ils devaient avoir.

Il se trouve qu’en discutant avec ces personnes, on s’est rendu compte que c’était beaucoup plus compliqué que ça, parce qu’il y avait beaucoup de couches de droit différentes à ouvrir. Il y a des gens qui se posaient beaucoup de questions sur est-ce qu’il faut que je dépose un brevet, ou pas, sur ce que j’ai fait. Des gens qui voulaient savoir s’ils devaient déposer une marque sur le nom de leur objet. Il y a eu beaucoup de discussions et ça s’est fini beaucoup plus simplement. Ils ont mis la documentation de leurs projets sur un site qui s’appelle Instructables3, où on a des vidéos, des images, des descriptions, des fichiers de conception, etc., toute la documentation, et ils ont tout mis, en fait, sous une licence Creative Commons classique CC-BY-SA ; c’est la licence de Wikipédia, c’est celle qui est un peu l’équivalent de la GNU GPL pour le logiciel, avec cette clause-là, que vous connaissez peut-être, qui est la clause de copyleft, celle qui fait un effet viral. Voilà ! Donc ça s’est terminé comme ça et j’avoue que ça m’a laissé un petit peu sur ma faim parce que vous allez voir que ça n’est pas très satisfaisant sur les effets que ça produit.

Après l’open source, si vous voulez, c’est un mouvement qui se structure, qui se développe, et qui finit par avoir des définitions. L’open source hardware, il y a une fondation qui s’est montée, qui donne des instructions sur comment est-ce qu’on doit faire pour être dans une démarche d’open source hardware et qui nous conseille dans la définition : il faut des « conceptions réalisées publiquement et disponibles de manière à ce que n’importe qui puisse étudier, modifier, distribuer, créer et vendre un design, ou un produit basé sur ce design. » Ça, ça ressemble beaucoup, en fait, à la définition du logiciel libre, en général. C’est une espèce de transposition de ce que peut être le libre ou l’open source au domaine de la fabrication.

Ça, ça rentre dans un processus qui nous a conduits à passer des premières licences, on va dire, de logiciel libre, donc la GNU GPL et ses déclinaisons qui ont été portées à la base par la Free Software Foundation avec Richard Stallman et tout ce qui s’est fait. On a eu une sorte de bifurcation à un moment donné avec les licences open source. Vous savez il y a un grand débat entre le libre et l’open source, avec des gens qui ont fait des licences qui, en fait, étaient plus permissives que les premières licences libres, qui là, on restait dans le champ du logiciel.

Ensuite il y a eu la branche Creative Commons où là, en fait, on a étendu la logique du logiciel libre aux œuvres, donc aux textes, à la musique aux vidéos, aux jeux vidéos, tout ce qui était de l’ordre de ce qu’on appelle les œuvres de l’esprit qui sont protégées par le droit d’auteur. Et on a vu aussi une bifurcation qui s’est faite pour les données avec l’open data. Il y a eu aussi des déclinaisons spéciales, qui s’appliquent aux bases de données. Il y a en une qui s’appelle ODbL, par exemple, Open Database License, et il a fallu, à chaque fois si vous voulez, créer, décliner, de nouvelles licences et, dans ces domaines-là, on a une certaine certitude juridique. C’est-à-dire que ces licences sont valides, elles s’appuient sur des droits qui existent. Les licences de logiciels s’appuient, vous le savez, sur le copyright et le droit d’auteur, en fait. Un logiciel c’est une œuvre de l’esprit protégeable par le droit d’auteur et c’est ce fondement-là qui leur donne une vraie force. Notamment, si quelqu’un viole une licence de logiciel, eh bien vous pouvez l’attaquer au tribunal. C’est un aspect important. Les Creative Commons, c’est pareil, c’est fondé sur le droit d’auteur. Et dans l’open data il y a un droit des bases de données qui sert de fondement aussi aux licences.

Mais pour l’open hardware, il y a un problème, si vous voulez. Parce que quand vous faites un objet qui est fabricable, vous allez vous trouver sur un autre terrain que le droit d’auteur. Il peut y avoir du droit d’auteur parce que la forme de votre objet peut être une œuvre. Si elle est originale, s’il y a un design qui se rapproche de ce qu’on appelle une œuvre de l’esprit originale, dans sa forme, la forme de l’objet en elle-même peut être protégée par le droit d’auteur, un peu comme une sculpture si vous voulez, et là le droit d’auteur va marcher. Mais il y a plein d’objets qui ne sont pas des œuvres de l’esprit. Vous voyez cette table-là, par exemple, je ne suis pas du tout sûr qu’on puisse la qualifier d’œuvre originale. Sa forme est trop banale pour pouvoir être protégée par le droit d’auteur. Il n’empêche qu’elle peut quand même être protégée par des droits de propriété intellectuelle, mais là on rentre dans un champ qui s’appelle la propriété industrielle, qui comporte d’autres droits, par exemple des droits qui s’appellent les dessins et modèles, qui concernent la forme d’objets fonctionnels, et qui peuvent avoir une protection, mais au titre des dessins et modèles. Et évidemment, il y a un autre droit qui s’appelle le brevet qui lui va porter sur l’invention, c’est-à-dire un procédé technique qui répond à un problème technique et là il y a toute une branche du droit qui est structurée autour.

Le gros problème qui se pose dans le domaine de l’open hardware, c’est que le droit d’auteur et la propriété industrielle ne fonctionnent pas du tout de la même manière. Il y a des règles complètement différentes, notamment pour obtenir le droit.

Notamment, la règle fondamentale pour avoir un droit de propriété industrielle, c’est qu’il faut que vous fassiez un dépôt. Vous ne l’avez pas automatiquement. Quand vous faites un logiciel, vous écrivez un logiciel, s’il est original, ce qui est relativement fréquent, vous allez avoir automatiquement le droit d’auteur qui s’applique sur le logiciel et vous l’avez sans avoir aucune démarche à faire. Vous n’avez même pas à le publier, votre logiciel, pour avoir un droit d’auteur valide. Vous l’avez automatiquement, ce qui fait que vous pouvez directement utiliser une licence pour le libérer.

Pour la propriété industrielle, vous ne pouvez pas faire ça, en fait. Si chez vous ou dans un fablab, par exemple, vous proto-typez quelque chose qui est une invention — et ça arrive j’imagine très souvent dans les fab labs qu’il y ait des gens qui découvrent de nouvelles choses — eh bien vous n’allez pas avoir un titre juridique immédiatement. Pour l’avoir, il faudrait que vous alliez faire une démarche à l’INPI, l’Institut national de la propriété industrielle, pour qu’ils vous donnent, ils vous délivrent un brevet. C’est compliqué ça, c’est long, c’est cher, mais sans ça vous n’avez pas le fondement juridique qui vous permettra de libérer ce que vous avez fait. Et c’est pareil pour les marques aussi, dans le domaine.

Grosse différence de fonctionnement qui, vous allez voir, entraîne pas mal de bugs.

À cela s’ajoute qu’il y a un gros flou juridique dans tout ce domaine de la fabrication. Quand vous avez un fab lab, par exemple, si vous êtes vraiment un fab lab au sens propre du terme, vous appliquez une charte, mais la charte est extrêmement floue. Elle ne dit pas, par exemple, qu’il faut vraiment mettre les choses qu’on crée dans un faf lab sous licence libre. Il y a une sorte de flou artistique dans ce qu’ils disent. Ils disent que ça peut être protégé et vendu comme le souhaite leur inventeur, mais que ça doit rester disponible, de manière à ce que les individus puissent les utiliser et en apprendre. Ce qui est, à vrai dire, extrêmement flou et ne nous dit pas, en fait, quel type de licence doit être utilisé. Ça, ça crée aussi pas mal d’incertitude sur ce que les gens doivent faire dans les fab labs, ou pas, et quelles obligations ils ont quand ils utilisent les moyens que leur donne un fab lab.

Là je vous ai mis le schéma, un petit peu, de toutes les composantes. Richard Stallman n’aimerait pas du tout que je dise ça, mais ce sont toutes les composantes de ce qu’on appelle propriété intellectuelle. Lui n’aime pas du tout ce terme, il n’a pas tort d’ailleurs. Mais ça se sépare en propriété littéraire et artistique et c’est là tout le domaine des droits d’auteur ; et dans la propriété industrielle vous avez des tas de branches. Celles qui sont les plus impliquées dans l’open hardware ce sont les brevets, mais aussi les dessins et modèles. Pour les circuits imprimés vous avez les topographies de semi-conducteurs. Tout ça peut faire l’objet de droits différents et qui partagent tous, en commun, que pour les obtenir il faut avoir fait un dépôt pour obtenir le droit.

Et obtenir un brevet, par exemple, c’est un processus qui est vraiment complexe. Il faut faire un dossier, qui est à l’INPI. Il faut que l’INPI vérifie si ce que vous avez fait est bien une invention brevetable. Il y a des recherches qui sont faites, parce qu’un des grands principes du droit des brevets, c’est que ne vous pouvez avoir le titre de propriété que si vous avez fait un procédé technique nouveau. Il y a une vérification de ce qu’on appelle les antériorités. C’est-à-dire on vérifie si, dans l’état de l’art dans le domaine où vous avez fait votre invention, il n’y a pas déjà eu des procédés qui sont similaires. Et s’il y a un procédé similaire qui est trouvé, vous ne pouvez pas déposer de brevet ; ça bloque le dépôt de brevet ultérieur. Et vous voyez que pour avoir un brevet il faut, en fait, plusieurs années. Entre le moment où vous déposez le brevet et vous l’obtenez, il faut plusieurs années. Et ça coûte relativement cher, ça coûte plusieurs milliers d’euros, sachant qu’en plus les brevets ont une portée nationale. Vous pouvez faire aussi des demandes qui auront une portée européenne. Et si vous voulez avoir un brevet valable au niveau mondial, il faut, là aussi, payer encore plus cher et faire des démarches encore plus complexes.

Malgré tout ça, Richard Stallman nous avait gratifiés d’un article qui disait « Nous voulons aussi du matériel libre. »4 Parce qu’en fait, il expliquait qu’il y a vraiment un intérêt fondamental à ce qu’on ait du logiciel libre, mais que le matériel soit libre, lui aussi. Et il a fait un assez long article où il détaille et il explique que si on veut être dans une démarche de libération du matériel, la stratégie ça va être de prendre la documentation qui décrit le matériel qu’on va produire et de mettre cette documentation sous une licence libre. Et il propose dans son article tout un tas de licences, en fait, la GNU GPL, qui est la licence de logiciel, par exemple, d’autres licences de logiciel, la licence Apache, des licences Creative Commons et il explique que, globalement, si vous mettez votre documentation sous licence libre, vous allez arriver à obtenir à peu près le même effet que ce qu’on a dans le logiciel. Vous allez notamment respecter, vous savez, les quatre libertés fondamentales du logiciel libre et ça, ça garantirait qu’on ait du matériel libre.

La chose la plus importante c’est qu’en général vous allez publier et votre matériel va être open source au sens où on va pouvoir voir comment on le fait ; il y aura une description de toutes ses composantes donc les gens auront accès à l’équivalent du code source pour un logiciel, c’est à-dire la méthode de fabrication et c’est ça qui ferait la qualité de matériel libre.

Dans le processus, pour Richard Stallman, il y a une chose qui est fondamentale, c’est ce qu’on appelle le copyleft, qui est une clause qui se trouve dans la licence GNU GPL, qui existe pour le logiciel et en fait, cette clause, vous le savez peut-être, c’est la garantie qu’il n’y ait pas de réappropriation possible d’un logiciel qui a été mis sous GNU GPL. Comment ça fonctionne ? Si vous faites une version dérivée d’un logiciel qui est sous GNU GPL, vous en faites une modification, une amélioration, vous le combinez avec d’autres éléments, cette clause va se déclencher et elle va se transmettre à la version que vous aurez produite. Et vous serez obligé, vous-même, de repartager la version améliorée que vous aurez faite sous la même licence. C’est ce qu’on appelle une clause virale ou une clause héréditaire, qui garantit que tout ce qui fait à partir d’un premier logiciel passé sous licence libre sera remis au pot commun. C’est notamment très important dans les rapports avec les entreprises, parce qu’une entreprise qui veut utiliser un logiciel libre, elle peut le faire. Si un logiciel est vraiment libre, il permet l’usage commercial, donc l’entreprise pourra l’utiliser. Quand elle veut l’utiliser, en général, elle est obligée de le modifier pour l’adapter à ses besoins. Mais si elle fait ça, elle sera obligée de reverser toutes ses modifications et tous ses apports dans le pot commun et de libérer à son tour ce qu’elle a fait. Oui ?

Public : Donc ce n’est pas vraiment légal de modifier sans reverser. C’est plus si on veut redistribuer ce qu’on a modifié, qu’on doit…

Calimaq : Oui, oui, c’est en cas de redistribution, c’est vrai. Mais c’est quand même une clause de protection qui est très importante pour garantir que quand la liberté a été donnée une fois, elle ne soit pas refermée ensuite. En fait, le gros enjeu de l’open hardware c’est de savoir si on va pouvoir reproduire cet effet. Et c’est ça qui n’est pas du tout garanti dans les systèmes de licences qui existent actuellement.

[Alors je ne sais pas pourquoi j’ai mon support qui se décale. Désolé !]

Cette clause a des effets importants de protection des objets libres. Par exemple dans Wikipédia vous avez cette clause qui existe parce que Wikipédia est sous licence Creative Commons CC-BY-SA, qui a donc la clause copyleft, le partage à l’identique et ça, ça protège énormément Wikipédia. C’est-à-dire que vous pouvez faire un usage commercial de Wikipédia, par exemple vous pouvez imprimer des articles de Wikipédia et les vendre sous forme de livre, mais vous allez être obligé de laisser le contenu sous cette licence-là. Vous pouvez faire des traductions des articles de Wikipédia, mais si vous faites une traduction, vous sera obligé de libérer ce que vous aurez traduit. Donc tout ça a un effet de protection.

[Alors je suis désolé, ça devient un petit peu gênant.]

En termes de protection, ça a un effet très puissant sur Wikipédia. C’est ce qui fait, par exemple, que le contenu de Wikipédia compris comme un tout n’appartient à personne. Il n’y a pas de propriété sur l’ensemble de Wikipédia. Ce qui fait qu’un Google ne pourra jamais venir voir la Wikimedia Foundation et lui dire « je vais racheter Wikipédia ». La Wikimedia Foundation ne peut pas vendre son propre contenu, si vous voulez. Et ça, c’est un mécanisme très important de protection des projets libres, surtout quand ils atteignent une valeur comme peut l’avoir Wikipédia. Donc c’est quand même très important d’avoir ces clauses de partage à l’identique, parce que c’est une garantie que la culture libre ne bascule pas à nouveau dans le côté propriétaire.

Or c’est déjà arrivé dans l’open hardware. Il a déjà eu des gros incidents de parcours. Vous connaissez peut-être cette imprimante 3D qui s’appelle la MakerBot qui est, en fait, une variation, à la base, d’une autre imprimante 3D qui s’appelait la RepRap, qui était considérée comme un des projets pionniers de l’open hardware, qui était sous licence libre, qui était sous GNU GPL. À moment donné, en 2012, MakerBot a produit une nouvelle version d’imprimante 3D et a commencé à ne plus publier les sources. Donc ils ont commencé à refermer. Sachant que, en plus, entre la RepRap et la MakerBot, il y a eu des tas d’apports de la communauté qui ont été faits et l’entreprise qui était derrière MakerBot se les ait appropriés, en fait, et a refermé les sources d’un seul coup et on n’a plus eu accès aux sources. Et pire que ça, en 2014, on s’est rendu compte que l’entreprise derrière MakerBot commençait à déposer des brevets sur les éléments fonctionnels de l’imprimante 3D. Et c’est un des pros problèmes, si vous voulez, parce qu’il y a toute une communauté qui a contribué à ce projet, tout ça pour finir par une réappropriation et MakerBot a fini par être rachetée pour très cher aussi. Donc ça c’est un sacré problème, quand même, dans le monde de l’open hardware. Si ça se reproduit souvent il y aura un malaise dans le développement. Oui ?

Public : En fait, quand MakerBot a déposé le brevet, comment se fait-il que la communauté l’a su ?

Calimaq : La question c’était comment le public a pu avoir connaissance que Makerbot avait fait des dépôts de brevets. Dans le moment de la procédure du brevet, en fait, quand quelqu’un qui a une invention va demander un brevet à un organisme qui délivre des brevets, il y a une phase où ça doit être public. C’est rendu public à tout le monde pour, justement, il puisse y avoir d’autres gens qui se manifestent pour dire : « Ah ben non, moi j’ai déjà un brevet ». Dans la phase de vérification initiale c’est rendu public à tout le monde que untel a fait un brevet pour telle invention, etc. Donc c’est comme ça qu’on peut savoir, en général, qu’il y a un brevet problématique qui est déposé, ce qui arrive très souvent, en fait. Il y a beaucoup de dépôts de brevets qui sont un peu particuliers.

Vous voyez, ça c’est la RepRap. C’est une imprimante 3D qui a la particularité de s’auto-répliquer, c’est-à-dire qu’elle est entièrement re-constructible à partir d’elle-même. Quand vous avez une RepRap, vous pouvez reconstruire tous les éléments de la RepRap pour en faire une autre à partir d’elle-même, donc elle est auto-réplicante.

Public : Sauf…

Calimaq : Ouais. Quelques éléments qu’il faudra rajouter, mais l’essentiel des éléments… C’est un projet quasi poétique, qui est assez intéressant, et qui était sous une RepRap GPL License, licence très bizarre qui dit qu’elle est sous GNU GPL. J’avoue que j’ai du mal à comprendre l’intérêt de faire une licence qui dit qu’on est sous GNU GPL. Pourquoi ne l’avoir pas mis directement sous GNU GPL ? Mais ça c’est une des bizarreries. Vous allez voir qu’il y a beaucoup de bizarreries dans le domaine de l’open hardware. Ça ne l’a visiblement pas tellement protégée quoi, parce que s’il y a pu avoir toutes ces dérives avec MakerBot, c’est qu’il y a eu un souci.

Vous avez un autre projet emblématique de l’open hardware qui est le projet Open Source Ecology qui est un projet de production de machines agricoles, qui existe depuis plusieurs années, et qui a fait, notamment, un set de construction d’un village global. C’est un kit de redémarrage de la civilisation, en gros, où vous pouvez reconstruire tous les éléments de base pour repartir une civilisation à zéro. Vous avez la petite moissonneuse-batteuse, un tracteur, un four solaire, une machine pour faire des briques. Et tout ça a été mis, tous les plans ont été mis sous licence Créative Commons CC-BY-SA.

Vous avez tout ce qui concerne Arduino. Les puces Arduino, circuits imprimés Arduino qui, eux aussi, en fait, ont mis tous les fichiers de conception des circuits imprimés sous licence Creative Commons. Toute la partie logicielle a été mise soit sous GPL, soit sous LGPL [Licence publique générale limitée GNU] qui est une version de la GPL. Et on verra tout à l’heure aussi que Arduino a déposé une marque sur son nom qui est aussi une chose importante dans leur mode de fonctionnement. Oui ?

Public : Ils sont en procès ?

Calimaq : Oui. La communauté, enfin les gens qui étaient derrière Arduino se sont disputés. Maintenant il y a Genuino qui est une sorte de fork, on va dire, d’Arduino. Il y a eu des petits soucis sur le nom.

Vous avez un projet aussi assez emblématique qui s’appelle Wikispeed qui est un projet collaboratif qui a conduit à faire une voiture de course en open source, qui a la particularité de très peu consommer. Et ça a été une des plus belles réussites du truc open hardware parce que ça a montré que, par rapport aux procédés industriels, il y avait des possibilités énormes de faire des projets éco-responsables, beaucoup moins gourmands en termes d’énergie. Par contre, j’ai eu beau chercher, j’avoue que je n’ai pas trouvé toutes les licences. Il y a les sources en ligne, c’est-à-dire qu’on voit tous les éléments de conception ; il y a toute la description, mais la licence n’est pas très claire.

Et peut-être vous avez vu en bas, il y a ce projet-là qui est exposé ici, qui est un projet de design libre d’objets à fabriquer soi-même. Vous avez la description pour faire tous ces types d’objets. C’est un livre qui a été fait par crowdfunding et qui est sous Licence Art Libre, qui est une licence qui ressemble à la Creative Commons CC-BY-SA. Voilà.

Donc vous voyez, il y a des pratiques quand même, il y a des beaux projet dans le domaine de l’open hardware qui utilisent pas mal de stratégies différentes. Il y a celui-là aussi, que vous connaissez peut-être, le Bionicohand, un projet de prothèse de main qui a été fait par quelqu’un dans un fab lab qui est à Brest, qui a gagné un prix Google pour avoir fait ça et qui a diffusé les sources de son projet sous CC-BY-SA. Bizarrement, j’ai trouvé aussi des éléments de son projet sous CC-BY-NC, ce qui n’est pas tout à fait compatible. C’est un peu petit bizarre comme diffusion, mais c’est aussi un projet qui est relativement intéressant. Ça permet de baisser les coûts de production de ce type d’outil par plus que dix.

Donc vous avez vu qu’on peut faire de l’open hardware. C’est quand même relativement compliqué. Moi je vais essayer de vous montrer qu’il y a trois stratégies possibles pour le faire, pour essayer de libérer du matériel. Il y a trois stratégies possibles. Chacune a ses failles, mais chacune a son intérêt et on va essayer de voir rapidement comment on peut faire.

La première stratégie possible c’est de se dire qu’on va publier la documentation de ce qu’on a produit pour directement verser l’invention dans le domaine public.

Ça, c’est une chose qu’on connaît, alors ce n’est pas vraiment dans le domaine de l’open hardware, mais, par exemple, c’est ce qu’a fait Tim Berners-Lee en 1993, quand il a inventé le Web. Tim Berners-Lee, il est au CERN, en Suisse ; il invente le Web et là il y a un choix vraiment crucial à faire c’est : est-ce qu’il dépose un brevet dessus ? Si Tim Berners-Lee avait déposé un brevet sur tous les protocoles du Web, tout ce qui me permet d’afficher les pages web, etc., le système des hypertextes ; tout ça c’était brevetable, en fait. Et là, ils font le choix de ne pas le breveter et ça a été un des choix historiques les plus importants. Parce que s’ils avaient déposé un brevet, ça aurait complètement changé le développement du Web et ça aurait sûrement conduit à ce qu’il y ait des webs et pas un web. Donc ce choix-là est vraiment crucial. Et qu’est-ce qu’ils font en fait, simplement ? Eh bien Tim Berners-Lee fait un article où il explique ce qu’est la technologie qu’il a produite, il montre tous les procédés, tous les protocoles, et en le révélant, si vous voulez, il s’empêche lui-même de déposer un brevet, parce que du coup il a fait une révélation d’antériorité, et il empêche tout le monde de déposer un brevet. En faisant ça, si vous voulez, vous faites quelque chose qui n’est pas vraiment sous licence libre, vous le mettez dans le domaine public, c’est-à-dire que ça devient libre, mais vous ne revendiquez pas de droits dessus. Vous abandonnez vos droits sur la chose en la révélant à la face du monde.

Il y a pas mal de gens qui ont fait ça, d’autres. Là c’est un autre projet que je trouve assez intéressant. Vous savez, le gel hydroalcoolique que vous utilisez pour vous laver les mains, en fait ça a été inventé par un médecin qui s’appelle Didier Pittet, qui était dans un hôpital, en Suisse aussi, et qui se posait la question des maladies nosocomiales. Et il s’est rendu compte que c’était transmis en général, dans les hôpitaux, par les mains ; il a trouvé cette formule de solution hydroalcoolique, qu’on utilise tous maintenant, qui est beaucoup plus simple pour les médecins que de se laver les mains avec de l’eau. C’est beaucoup plus rapide. Il s’est rendu compte que ça, il fallait que ce soit disponible au coût le plus le bas, notamment pour que ce soit diffusable dans les pays du Sud, dans les pays en voie de développement. Il a renoncé à déposer un brevet dessus, ce qui fait que ce gel a été disponible avec des coûts très bas. Il y a un très beau livre qui a été écrit par Thierry Crouzet, là-dessus, qui s’appelle Le geste qui sauve. C’est un cas d’invention qui a été libérée par révélation du procédé, publiquement.

Ça, ça marche. Si vous faites ça avec un de vos projets, vous allez faire une forme d’open hardware, mais ça pose un problème. Le problème, en fait, c’est qu’on ne vit pas dans un monde Bisounours, si vous voulez, et qu’il y a des gens qui cherchent à déposer le maximum de brevets. On appelle ça aux États-Unis des patent trollsl. Ce sont des sociétés qui ont des stratégies : elles déposent le plus de brevets possibles. En général elles ne fabriquent rien et elles vivent sur la menace des procès qu’elles peuvent faire à d’autres firmes, à tel point qu’aux États-Unis ça représente une part énorme des procès qui sont faits dans le domaine des brevets. Ça fragilise beaucoup leur secteur industriel, c’est vraiment devenu un gros problème.

Le risque que vous prenez en révélant votre invention à la face du monde c’est que vous allez le faire, vous, par exemple, sur un site internet peut-être pas très connu, pas très visible. Si eux font un dépôt de brevet devant un office de propriété intellectuelle, il n’est pas du tout sûr que l’office de propriété intellectuelle repère que vous vous avez fait une publication à la face du monde de votre invention. Il faudrait que ça se voit. Le Web est grand, ils ne peuvent pas faire des recherches à l’échelle du monde entier, et donc vous avez un risque que quelqu’un vous prenne votre technologie et la brevette. Il peut ensuite après se retourner contre vous en disant que c’est lui qui a le brevet et vous attaquer si vous continuez à le fabriquer, etc., ou attaquer d’autres personnes qui, de bonne foi, se seraient fiées… Oui ?

Public : Inaudible.

Calimaq : Alors si on peut prouver l’antériorité, on peut faire tomber ce brevet, le brevet frauduleux qui aura été déposé. Sauf qu’il faut aller faire un procès pour le faire. Donc il va falloir prendre sur soi d’aller attaquer une firme. En général ce sont des firmes où il n’y a que des juristes dedans, qui sont très bien préparés à ce genre de choses. Et donc, si vous êtes un petit inventeur dans un fab lab, par exemple, il y a peu de chances que vous ayez les reins assez solides pour aller contester un brevet de patent troll. Donc théoriquement oui, la publication ça fait une antériorité qui bloque les dépôts de brevets ultérieurs, mais en pratique, quand même, ce truc est vraiment difficile. Et aux États-Unis c’est un tel problème qu’il y a plein de gens qui déposent des brevets alors qu’ils ne voudraient pas vraiment le déposer, mais uniquement pour se défendre, parce qu’ils se disent « au moins j’ai un brevet. Si jamais quelqu’un essaie de m’embêter, un patent troll vient m’embêter, eh bien en justice je pourrai lui opposer mon brevet, ce sera beaucoup plus simple que d’essayer de faire tomber son brevet à lui. »

Public : Il n’essaient pas de réguler la prolifération de ce genre d’entreprises ?

Calimaq : Il y a eu des tentatives de changer la loi aux États-Unis pour limiter ce problème, sauf que le problème c’est que les patent trolls sont aussi très forts en lobbying et que, pour l’instant, le Congrès américain n’a jamais pu régler le problème à la racine. Oui ?

Public : Ça coûte combien de déposer un brevet ?

Calimaq : Le coût d’un brevet ? En fait il y a un coût initial. J’avais regardé un petit peu pour la France, ça coûte entre trois et quatre mille euros, parce qu’il y a des frais qui sont demandés par l’INPI et après il faut aussi payer des avocats pour qu’ils rédigent le brevet. C’est très dur de rédiger un brevet pour qu’il soit valide et c’est très dur aussi parce qu’il faut faire une recherche d’antériorité. Ça, ce sont des avocats qui le font. Et après, il y a des redevances annuelles. Et un brevet ça dure vingt ans. Pour couvrir les vingt ans, il faut rajouter huit mille euros environ. Donc au final quand même, c’est cher ! Ça fait plus de dix mille euros de frais engagés juste pour avoir le brevet. Et ça, c’est pour un brevet qui n’est valide qu’en France, parce que si vous voulez avoir un brevet qui est valide dans le monde entier, c’est encore plus cher : il faudra dépenser plus. Donc ce n’est pas anodin, quand même. Alors que pour un logiciel, vous voyez, le copyright vous l’avez directement, c’est gratuit.

Public : En général, ce sont de très grosses boîtes avec de très gros moyens.

Calimaq : Ah oui, oui.

Public : C’est Samsung : hier chacun volait les brevets des autres ; la pression est montée, au bout d’un moment ils ont dit : « On efface l’ardoise ».

Public : En fait, c’est ce que je voulais dire. Le problème ce n’est pas tellement que les patent trolls sont très forts en lobbying, à ma connaissance, c’est surtout que les patent trolls ce sont des parasites qui agissent à la marge d’un système global, avec cette fois-ci des acteurs nettement plus puissants comme Google, Motorola, etc. Un système global où la loi des brevets n’a plus une fonction de loi : c’est un outil dans la guerre industrielle entre méga-corporations.

Calimaq : Tout à fait. La guerre des brevets dans le domaine des smartphones, des tablettes, c’est devenu quelque chose d’assez incroyable.

Donc le domaine public ça marche, mais il y a quand un petit souci. Vous avez un risque, quand même, que quelqu’un se réapproprie ce que vous avez voulu libérer, si vous n’êtes pas suffisamment gros pour vous faire connaître.

Deuxième pratique. Vous appliquez ce que préconise Richard Stallman et ce qu’ont fait, à peu près, tous les projets que je vous ai montrés ; c’est ce qu’on demande souvent aux gens dans les fab labs : c'est-à-dire qu'on vous demande de documenter votre projet, ça veut dire d'expliquer votre démarche au maximum, d'expliquer le processus de fabrication de l'objet, de publier les plans, de publier les fichiers de conception, de documenter au maximum votre projet et de mettre la documentation sous licence libre. Et là, vous publiez tout ça. Donc là, si vous le publiez, vous ne pouvez plus, vous, déposer de brevet parce que vous avez révélé, mais l’avantage par rapport à ce qui s’est passé tout à l’heure, c’est que votre doc sera sous licence libre.

Pourquoi ça ne marche pas ça, en fait ? Parce qu’il y a un problème, ça ne marche pas. Moi j’appelle ça le paradoxe de la recette de cuisine. Je ne sais pas si vous le savez, mais les recettes de cuisine ça ne peut jamais être protégé par le droit d’auteur. C’est une règle. Il y a des gens qui ont essayé, par exemple, là cette personne-là a essayé. Il y a des gens qui aimeraient, ils créent un nouveau plat, ils aimeraient protéger leur nouveau plat et se dire « moi je veux un monopole, je veux être le seul à pouvoir faire ma recette et je veux empêcher les autres cuisiniers de faire la même chose. » Donc c’est pareil, on est dans un processus de fabrication, et ils aimeraient déposer un copyright dessus.

Sauf que les juges refusent qu’on protège par le droit d’auteur les recettes, parce qu’ils disent : « Une recette c’est de l’ordre de l’idée. » C’est-à-dire que vous avez des ingrédients, vous les combinez, vous avez la liste de description. Ce n’est pas une œuvre originale au sens où c’est créatif comme un poème, si vous voulez. Ce sont juste des faits, des idées et des méthodes que vous exposez, que vous enchaînez. Et quand quelqu’un copie votre recette et fait le plat, il extraie les idées qui sont dans la recette, il les prend et il fabrique le plat à partir des idées qui vous avez exprimées. Et il y a un grand principe en propriété intellectuelle qui est que les idées ne sont jamais protégeables en tant que telles, donc les recettes ne sont pas protégeables. Oui ?

Public : Inaudible.

Calimaq : Ah, oui, oui, il est foutu. C’est pour ça que le mode de protection dans la cuisine, c’est le secret. Un chef qui veut ou une firme qui veut ne pas être copiée, elle doit se protéger par le secret. Elle fait signer des clauses de confidentialité à ses employés pour ne pas qu’ils révèlent la recette. Et là je vous ai mis un exemple : c’est une chef qui était chef au restaurant du musée d’art moderne de San Francisco et qui a créé un gâteau Mondrian, vous voyez, inspiré des tableaux de Mondrian. Elle a fait ce gâteau-là. Mondrian est dans le domaine public donc elle peut le copier, il n’y a pas de problème et elle, elle fait un gâteau Mondrian. Problème, elle se fait limoger. Le musée la renvoie parce qu’il y a eu problème, etc., et le chef suivant continue à mettre le gâteau Mondrian à la carte. Donc il refait le même gâteau et elle, elle dit : « Attendez, là c’est du plagiat ». Elle, elle avait fait un livre où elle avait expliqué la recette, etc., et elle voudrait empêcher le musée de continuer à faire son gâteau et elle dit : « C’est du plagiat culinaire ». Sauf qu’en fait, elle ne peut pas gagner, ce n’est pas possible, parce que la cuisine est open source par définition.

Et alors ça, c’est un problème, en fait, qui existe dans l’open hardware. C’est-à-dire que si vous faites ça, vous mettez votre documentation sous licence libre, la licence Creative Commons s’appuie sur le droit d’auteur. Donc la seule chose qui peut être protégée par le droit d’auteur c’est le texte de votre documentation, ce sont par exemple les photos. Ça, ça veut dire que les gens vont être soumis à la licence quand ils vont copier votre documentation. Par exemple, si quelqu’un copie votre documentation et la met sur un autre site, il sera obligé de la mettre sous la même licence. Par contre, s’il fabrique l’objet à partir de votre documentation, il fait exactement la même chose qu’une recette de cuisine, qu’un chef avec une recette de cuisine. Il extrait les idées qui sont dans la documentation et là, la licence Creative Commons ne peut pas contrôler ça, en fait.

Public : Ça veut dire qu’en réalité, quand il fait les choses, ça passe dans le domaine public ? Ce que ça veut dire c’est que quand tu mets une licence CC BY-SA, en réalité tout passe dans le domaine public ? Ou est-ce que ça veut dire que ça va être appropriable par quelqu’un ? Parce que la recette de cuisine tu as dit que personne ne peut se l’approprier. La chef l’a perdue, mais le musée ne peut pas se l’approprier non plus ?

Calimaq : Exactement !

Public : Or c’est quand même le but, le but essentiel de l’open, s’il y a cette idée de viralité importante de BY-SA, etc., l’idée c’est quand même que personne ne se l’approprie. Donc est-ce qu’il y a ce risque-là, ou pas ?

Calimaq : Là, en fait, il y aurait le risque, comme dans l’autre truc, que quelqu’un dépose un brevet ; que quelqu’un vienne, un patent troll, vienne déposer un brevet. Il ne serait pas valable son brevet, mais il y a quand même ce risque-là.

Donc vous voyez, là il y a déjà un point assez bancal et le gros problème de la démarche c’est que la clause importante du Libre que Richard Stallman considère comme vraiment importante, elle ne va pas fonctionner. Elle ne va fonctionner que sur la documentation. Elle ne fonctionnera pas sur l’objet qui a été documenté. Donc il y a une sorte de mur de la fabrication.

Là je vous ai mis un des exemples du projet Open Source Ecology. C’est une machine qui sert à fabriquer des briques, qui compacte de l’argile pour faire des briques. J’ai la doc. La doc est sous licence Creative Commons, donc si je modifie la doc par exemple, imaginons que je reprenne le dessin, je rajoute des éléments, etc. Mon dessin, je vais être obligé de le mettre sous licence libre aussi, parce que j’aurai modifié la doc donc ce que je fais de dérivé à partir de la doc je vais le mettre sous licence libre. Mais si je me contente de fabriquer l’objet et que je modifie l’objet, eh bien en fait, la licence libre ne va pas se communiquer et mon objet va rester, il n’y aura pas de contrôle. Donc il y a une sorte de mur de la fabrication et la licence ne permet pas de… Le seul moyen de contrôler la fabrication, c’est d’avoir un titre de propriété industrielle comme un brevet, parce que le brevet c’est ça, en fait, qu’il contrôle. Il contrôle le fait de fabriquer quelque chose à partir d’une documentation. Mais si vous n’avez pas de brevet, vous ne pouvez pas passer le mur de la fabrication.

C’est pour ça aussi que vous avez, Arduino, eux ils ont trouvé une combine, on va dire, qui consiste à se protéger avec la marque. C’est-à-dire qu’ils ont une marque de commerce sur leur nom. Vous avez tout à fait le droit de refaire des puces Arduino chez vous, vous avez le droit d’en vendre, même, mais vous n’avez pas le droit de les appeler Arduino. Et donc ils se défendent sur leur réputation. Ils se protègent en se garantissant que personne ne pourra usurper leur nom. Et ça, ça marche parce qu’ils ont déposé une marque sur leur nom et ils peuvent la faire valoir. Mais c’est une sorte de biais.

[Désolé, je vais être obligé de… Je galère un peu.]

Et il y a des gens qui ont écrit des licences open hardware, spécialement. Il y en trois principalement : il y a la TAPR License, qui est la première qui est apparue, la CERN License qui est née au CERN, l’institut de recherche en Suisse et la Fablib License, qui a été faite par Antoine Chevrier, qui est dans la salle, et qui est une version dérivée de la Licence Art Libre, faite pour la fabrication.

Là vous voyez, par exemple, vous avez cette pièce-là qui est sous licence CERN. On le voit ici : « licencié sous la licence CERN ». Donc ce sont des licences qui, en fait, prennent en compte, c’est comme des licences libres, mais elles en prennent en compte et elles imposent des obligations en cas de fabrication.

Par exemple la CERN, quand on regarde ce qu’elle demande :

  • si vous mettez des plans d’un objet sous licence CERN, donc vous l’appliquez à la documentation, ça va vous obliger à donner accès à la documentation quand vous distribuez le produit. Donc quand vous-même vous distribuez votre produit, vous devez garantir aux personnes qui ont accès à votre produit physique qu’elles ont aussi accès à une documentation ;
  • si quelqu’un modifie votre documentation, il sera obligé de la repartager sous la même licence, donc ça c’est l’effet copyleft de la GNU GPL ;
  • sur l’objet physique vous devez inscrire que l’objet est sous cette licence ;
  • si jamais quelqu’un modifie votre objet, donc si quelqu’un fait une modification de votre objet, la licence va l’obliger à documenter sa modification et à partager la nouvelle documentation qu’il aura faite sous la même licence ;
  • c’est une licence qui n’interdit pas l’usage commercial, donc c’est une licence libre au sens propre du terme ;
  • ça ne vous empêche pas d’avoir un brevet, mais vous ne pourrez en faire qu’un usage défensif ;
  • vous pouvez faire un dépôt de marque.

En fait c’est une licence qui est hyper-intéressante sur le papier, si vous voulez, parce que, en fait, si cette licence pouvait s’appliquer, on aurait du matériel libre au sens propre du terme, parce qu’au aurait exactement le même effet que le logiciel, transposé au matériel.

Problème, c’est que c’est trop beau pour être vrai, en fait ! Parce que le seul moyen que cette licence marche c’est soit que l’objet soit un objet qui ait une composante artistique, on va dire, et donc là il s’appuierait sur le droit d’auteur comme les licences de logiciel libre, mais ce ne sont pas tous les objets à fabriquer qui ont cette qualité artistique et c’est d’ailleurs assez difficile à déterminer : qu’est-ce qui est original au sens du droit d’auteur ? Soit vous avez un brevet et vous pouvez utiliser cette licence pour exprimer le brevet et toutes ces obligations vont marcher. Mais si vous n’avez pas de brevet, hélas, eh bien l’effet, notamment tous les effets qui s’appliquent à la fabrication, ne sera pas valide. Donc ce sont des licences qui sont intéressantes sur le papier, mais qui en pratique, en justice, seraient difficiles à faire valoir.

Et donc le seul moyen c’est de déposer un brevet. Mais pour déposer un brevet on l’a dit, eh bien il faut beaucoup d’argent, il faut faire des démarches. Si vous êtes dans un fab lab, vous n’avez ni les moyens ni l’envie, certainement, d’aller déposer un brevet.

Alors la dernière stratégie et je termine. Oui ? Je crois qu’il y a une question. Non ?

Public : Je la poserai après.

Calimaq : Ça marche.

La dernière stratégie rapidement, c’est de se dire, puisqu’il faut un brevet, eh bien déposons des brevets et ouvrons-les après. Ça c’est déjà arrivé dans l’histoire. Là vous avez le daguerréotype, c’est un ancêtre de l’appareil photo. L’État français avait trouvé que cette machine était très intéressante et en 1839 l’État a racheté le brevet et il l’a offert au monde entier. Donc l’État français a offert l’invention au monde entier.

Public : Inaudible.

Calimaq : Tout à fait. C’est un astronome qui a été député aussi après sous la Seconde République. Mais là, voilà, il a fait ce geste qui était assez généreux : on a un brevet et on l’offre. Vous avez des gens qui ont fait ça aussi. Je ne sais pas si vous déjà entendu parler de ça, mais ça a fait pas mal parler. Ça c’est le mur des brevets de l’entreprise Tesla. Donc Tesla, vous savez, le constructeur de voitures électriques, avait dans son entreprise un mur des brevets où ils affichaient fièrement qu’ils avaient fait tant d’inventions et c’était une sorte de fierté. Et puis un jour, le patron de l’entreprise, Elon Musk, a fait un billet de blog en disant : « Nous renonçons à tous nos brevets. Nous les offrons à qui les veut. Nous renonçons à nos brevets. » En fait, il a fait exactement l’inverse d’Apple, Google, Samsung, il a dit : « Il faut sortir de ces guerres de brevets. » Oui ?

Public : Quelle est la valeur légale ? D'après ce que je vois, c’est une déclaration de bonne volonté. Ça m’apparaît n’avoir aucune valeur légale.

Calimaq : Très bonne question, c’est exactement ça. Donc quand il a fait ça, pas mal de gens ont dit : « Ça a l’air très généreux, mais qu’est-ce qui nous garantit, en fait vraiment, que c’est vrai ? » Parce que si on voulait qu’il y ait une garantie il faudrait qu’il y ait une licence. Par exemple s’il avait dit : « Je mets tous mes brevets sous telle licence », là on aurait été sûrs qu’il y avait quelque chose de dur. En fait, quand on lit bien son billet, il dit : « Nous ne nous lancerons pas dans des poursuites pour violation de brevets contre toute personne qui utilisera notre technologie de bonne foi ». Qu’est-ce que ça veut dire « utiliser de bonne foi » ? Après il a refait des déclarations disant : « Si, si, nos brevets sont vraiment ouverts, allez-y ! ». Intéressant, mais on reste un peu dans le…

Le problème c’est que même si vous voulez vraiment le faire, comme je l’ai dit, eh bien voilà. Imaginons que vous vouliez faire ça dans un fab lab, il va falloir vous taper toute la procédure de dépôt et payer les coûts. Donc c’est à la portée de Tesla qui peut avoir cette sorte de magnanimité, mais pour un petit constructeur, pour un petit inventeur, ce n’est certainement pas possible.

Et après il y a la question de savoir comment je fais au niveau des licences. Quelle licence je choisis pour ouvrir mon produit, pour ouvrir mon invention ? Là je vous ai mis un exemple que j’ai trouvé, que je trouve assez intéressant, c’est un yaourt végétal à base de riz brassé. Donc c’est une société qui s’appelle Nomad’Yo, qui est en Bretagne. La personne qui a fait ça a déposé un brevet sur la méthode de fabrication de ses yaourts. Et puis, en cours de chemin, ils ont décidé de se rapprocher du Libre. Ils veulent faire de ce produit un bien commun et donc ils ont mis la recette sous licence CC-BY-NC-SA. Donc là, vous avez le droit de refaire ce yaourt chez vous, si vous voulez ; il y a toute la recette, vous pouvez faire des ferments, tout ça, mais vous n’avez pas le droit de le commercialiser, parce que ce n’est pas une licence libre qu'ils ont choisie, ça c’est une licence qui interdit l’usage commercial. Ils ont un brevet, donc ça pourrait marcher à la rigueur, sauf qu’eux, ils ont choisi la mauvaise licence, parce la licence Creative Commons ne prend pas en compte la propriété industrielle, donc en fait tout ça, ça ne vaut rien juridiquement. Ils se sont trompés. Il aurait fallu qu’ils choisissent une licence qui prenne en compte la propriété industrielle. Donc même avec un brevet, ce n’est pas si facile. Il faudrait qu’ils changent, ouais. Je ne leur ai pas encore écrit.

[Bon, je vais passer là-dessus]

Donc vous avez compris, quand même, que c’est une sacrée pagaille tout ça. Pardon ?

Public : Par contre est-ce que ça existe ?

Calimaq : Ça là ?

Public : C’est un marché important ?

Calimaq : Ah oui, oui, je vous en dis alors. Ça c’est une autre approche qui a été faite aux États-Unis, qui s’appelle la Defensive Patent License, qui a été faite par des juristes. Ce n’est pas une licence libre, mais c’est plutôt une logique. On a appelé ça des pools de brevets. En gros ça s’adresse à des gens qui ont des brevets et on leur dit : « Regroupez-vous et rentrons dans une alliance où on dira si quelqu’un rentre dans l’alliance il s’engage à ne pas utiliser ces brevets contre tous les autres membres de l’alliance. Il les garde juste pour se défendre si on l’agresse, notamment si un troll vient l’agresser. » Donc c’est une sorte de bouclier et ils disent : « Quand vous rentrez dans l’alliance non seulement vous devez mettre tous les brevets que vous avez déjà, mais tous les brevets que vous aurez dans le futur. » Donc en gros, ça neutralise l’effet des brevets mais dans un cercle. Et leur idée c’est de dire « on va faire en sorte que le cercle grandisse, grandisse, et plus il y aura de gens qui seront dans le cercle, plus on créera une zone, comme ça, démilitarisée, où l’effet des brevets négatif sera neutralisé, on aura juste l’effet protection des brevets contre les trolls. » Donc c’est assez intéressant. Ce n’est pas du tout la même chose qu’une licence libre, parce qu’une licence libre ça vaut pour tout le monde. Là, cette licence-là ne vaut que pour les gens qui sont dans l’alliance. Mais ça pourrait être une voie quoi. Alors là, du coup juridiquement, ça, ça marche par contre. Oui ?

Public : Comment est-ce qu’on peut garantir que les gens qui sont dans l’alliance ne vont pas ? Comment ils peuvent garantir que les gens qui sont dans l’alliance ne vont pas finir par rompre le pacte ?

Calimaq : C’est prévu en fait. Celui qui sort de l’alliance, eh bien il peut se faire attaquer par tous les autres. C’est-à-dire qu’il perd déjà le droit d’utiliser les brevets des autres. Donc tout ce qu’il a construit sur les brevets des autres, il ne peut plus le faire et, en plus de ça, eh bien les autres, vu qu’il est en dehors de l’alliance, il est considéré comme un troll potentiel et il pourra se faire attaquer par les autres. Donc c’est un peu dissuasif, quand vous êtes rentré dedans. Voilà.

Je termine rapidement en vous disant, oui ? Il y a une autre question vas-y. Si, si, vas-y.

Public : Inaudible.

Calimaq : Ça tombe bien parce que c’est exactement sur ça que je voulais terminer. Qu’est-ce qu’on pourrait imaginer pour que ces licences open hardware fonctionnent aussi facilement que pour les licences de logiciel libre ? Vous allez voir qu’en fait il n’y a pas tellement de solutions, mais bon !

La première solution c’est de ne rien faire, parce qu’après tout, quand on regarde par exemple les Creative Commons, il n’y a quasiment jamais, il n’y a jamais eu de procès en France sur les licences Creative Commons. Les gens les utilisent. Il n’y a jamais eu de procès depuis douze ans qu’existent les licences Creative Commons. Donc on peut se dire, en fait, est-ce que les problèmes en justice sont vraiment tellement un problème ? Finalement, quand vous utilisez une licence, si c’est une Creative Commons, une CERN License, vous l’annoncez à la communauté, il y a une régulation intracommunautaire. Ce n’est pas toujours l’application juridique qui fait la valeur d’une licence, c’est peut-être aussi son symbole. Voilà ! Donc pourrait se dire ne faisons rien, finalement. Ces licences n’ont pas de valeur juridique en elles-mêmes, mais elles ont une valeur symbolique et on construit l’open hardware sur du symbole et pas de l’application en dur du droit. Bon, pourquoi pas ?

Deuxième solution possible, on va voir l’INPI, en France, l’Institut national de la propriété industrielle, et on lui demande de faire une filière d’obtention spéciale de titres de propriété industrielle, qui ne seraient pas des brevets peut-être, mais des brevets light, qui seraient moins chers à obtenir, plus rapides, à condition que la personne qui fait cette demande s’engage à les ouvrir. Parce qu’après tout, si vous ne voulez pas garder les droits pour vous, si vous voulez les donnez, eh bien vous faites un bienfait pour la société, vous faites une contribution à l’innovation et à la possibilité pour les autres de construire sur ce que vous avez fait, donc ce serait logique que l’INPI ne vous fasse pas payer tous les frais qu’il fait payer à tous les autres. Et du coup, vous aurez un titre de propriété industrielle qui marche, et là vous pouvez appliquer vos licences.

Public : Inaudible.

Calimaq : Non, pour l’instant personne n’a jamais essayé. On en parle, un petit peu, dans certains cercles. On n’a jamais soumis ça à l’INPI. D’ailleurs, je crois que c’est une des premières fois — Antoine, tout à l’heure aussi l’a fait un petit peu dans sa conf —, mais c’est une des premières fois où on expose en public ce genre de problématique. Il y a déjà des billets, vous allez trouver un petit peu des choses, mais il n’y a pas énormément de gens qui ont déroulé tout le raisonnement comme ça. C’est vraiment au début.

Donc ça ce serait possible. Ce n’est pas du tout sûr que l’INPI accepte, parce que ça faciliterait beaucoup plus le dépôt d’inventions sous licence libre que les dépôts en dur. L’INPI vit aussi des frais qu’ils font payer, donc eux ils ont intérêt à ce qu’on paye. Donc ce n’est pas du tout sûr que l’INPI accepte ça. Et puis ça favoriserait beaucoup la sphère du Libre par rapport à la sphère industrielle propriétaire, donc il y aurait peut-être un lobbying de ces gens-là pour empêcher ce développement ; voilà, on ne sait pas.

Public : Sachant que leur boulot, c’est aussi de vérifier que ça n’existe pas déjà. Si on a quelque chose dans le Libre, qui est déjà sorti avant, eh bien ça n’a pas de sens quoi !

Calimaq : Oui, tout à fait. Avec Antoine on en parlait tout à l’heure. On pourrait se dire aussi peut-être que ça pourrait être fait de manière communautaire. On créerait, par exemple nous, une plateforme où les gens publieraient leur documentation et on pousserait les informations vers l’INPI pour qu’ils soient au courant de ces libérations-là pour faciliter aussi les recherches d’antériorité et pour que l’INPI prenne mieux en compte toute la créativité qu’il y a dans les fab labs et tout, mais à condition de faire une plateforme qui serait beaucoup plus visible, qui ne serait pas perdue sur Internet, et qui faciliterait les échanges avec ces instituts. Pourquoi pas ?

Et l’autre chose, alors là ce serait un petit peu l’arme atomique, ce serait de changer carrément le mode de fonctionnement de la propriété industrielle et de faire en sorte que ça fonctionne comme le droit d’auteur. C’est-à-dire qu’il n’y ait plus besoin de faire de dépôt de brevet pour avoir un titre de propriété industrielle. Comme quand vous écrivez un texte ou comme quand vous prenez une photo, vous avez automatiquement le droit donc, à ce moment-là, vous pouvez utiliser une licence. Alors là, ça réglerait tout en fait. Sauf que cette solution-là est hyper dangereuse. Parce que, ce que ça va faire c’est que les grandes firmes aussi auront cette possibilité-là, donc elles n’auront même plus à faire des dépôts de brevets type Apple pour avoir des titres de propriété industrielle. Vu les moyens qu’elles ont de faire de la recherche, elles obtiendraient très facilement leurs titres de propriété industrielle et en fait, ça réduirait énormément la sphère du domaine public. Donc ça c’est dangereux et c’est pour ça qu’il faut faire attention aussi à ce qu’on fait et à ce qu’on dit. D’ailleurs moi ça me fait un petit peu peur même de vous le dire ici, parce que je me dis que si ce genre d’idées sort, on ne sait pas trop ce que ça peut donner un jour, devant le législateur. Il faut faire attention à ne pas trop jouer avec le feu, parce que le fait que ce soit dur d’avoir un brevet, c’est une protection aussi. C’est fait pour éviter la prolifération des brevets et voilà. Donc il faut faire attention à tout ça. Et hélas, il n’y a pas tellement d’autres solutions.

Donc conclusion, j’ai bien peur, en fait, qu’on soit en train de construire quelque chose qui s’appelle l’open hardware, mais qui est une sorte de métaphore, qui n’a pas du tout la même réalité que l’open source ou le logiciel libre ou l’open data, et qui risque de beaucoup nous affaiblir parce qu’on a quand même besoin qu’il y ait du matériel libre. Donc là il y a vraiment un champ. Il faudrait qu’il y ait de la recherche là-dessus. Il faudrait qu’on réfléchisse plus nombreux à ces questions et on va essayer de le faire avec les gens qui s’intéressent à tout ça. Mais il y a un vrai enjeu qui est un peu sous-estimé par le monde du Libre et qui, à mon avis, devrait être beaucoup plus présent. Oui ?

Public : La question va peut-être être un petit peu « trollesque », mais si on applique ta solution numéro deux, c’est-à-dire faciliter les recherches d’antériorité, ça bloque de facto les trolls. Alors certes ça ne permet pas d’appliquer un copyleft, mais il y a bien des licences libres qui n’ont pas de copyleft.

Calimaq : C’est vrai !

Public : Et elle n’empêchent pas la réappropriation par les entreprises, mais elles marchent quand même et elles permettent quand même la libération. Ça me paraît être une solution du moindre mal.

Calimaq : Peut-être. Ouais. Disons que c’est celle qui ne nécessiterait pas de changer la loi. On aurait un open source hardware au sens où on a un open source dans le logiciel, mais on n’aurait pas du Libre. Ça c’est un gros débat qu’il y a dans la communauté, parce qu’il y a l’open source et le Libre. Donc on n’aurait pas de Libre, mais on aurait de l’open source. Ce n’est peut-être déjà pas si mal et si on empêche les dépôts de brevets, ça pourrait être une solution. Ouais. C’est peut-être la plus simple à mettre en œuvre.

Stéphane Bortzmeyer : Je suis désolé d’arrêter la discussion ici, mais on doit rendre les locaux et libérer les bénévoles.

L'April présente aux JRES (Nantes, 14 au 17 décembre 2017)

mer, 08/11/2017 - 16:33
Début: 14 Novembre 2017 - 00:00Fin: 17 Novembre 2017 - 00:00

Les JRES (Les Journées Réseaux de l'Enseignement et de la Recherche) auront lieu du 14 au 17 novembre 2017 à Nantes. L'April tiendra un stand avec d'autres organisations.

Libday 2017 (9/11) : l'April participe à une table ronde sur les logiciels libres de caisse

mar, 07/11/2017 - 09:04
Début: 9 Novembre 2017 - 09:00Fin: 9 Novembre 2017 - 18:00

Le LibDay est une journée de conférences autour du Libre pour les professionnels. L'édition 2017 rejoint le DevOps D-DAY le jeudi 9 Novembre 2017 à l'Orange Vélodrome (3 Boulevard Michelet, 13008 Marseille).

Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l'April participera à la première table ronde de la journée (9h40-10h20) : point filière du libre et focus sur les logiciels libres de caisse. Après une présentation de l'association et de ses actions institutionnelles, il abordera la question des logiciels libres de caisse et l'action spécifique de l'association sur ce dossier.

Plus d'informations disponibles sur le site de l'évènement.

Au cœur de l’April - Magali et Christian - RMLL2017

mar, 07/11/2017 - 06:47


Titre : Au cœur de l’April
Intervenants : Magali Garnero - Christian Momon - Isabella Vanni - Étienne Gonnu - François Poulain
Lieu : Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : juillet 2017
Durée : 1 h 08 min 26
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

L’April, association francophone de promotion et de défense du logiciel libre, a fêté ses 20 ans fin 2016. Le plus bel âge ?
L’intervenant présentera les actions de l’association, son fonctionnement, son évolution, ses perspectives, mais également ses difficultés.
Il explicitera la notion de priorité au logiciel libre et sa déclinaison à titre individuel et collectif, ainsi que les manières de contribuer aux niveaux local et national pour développer l’informatique libre.

Transcription

Magali : Bonjour ! Salut Christian.

Christian : Bonjour Magali. On va y arriver.

Magali : On est là pour une conférence sur « Au cœur de l’April ».

Christian : Bienvenue. Cette conférence va être présentée par Bookynette, secrétaire de l’April1.

Magali : Et par Christian Momon qui fait partie de conseil d’administration.

Christian : Merci d’être présents. L’April, donc, c’est une association nationale de 5000 adhérents, qui existe depuis 20 ans.

Magali : Novembre 1996.

Christian : Voilà. Crée par un groupe d’étudiants à l’université de Paris 8 et qui, depuis vingt ans, a beaucoup évolué.

Magali : Quand on voit qu’ils ont commencé, ils étaient dans ce qu’ils appellent le bocal, à Paris 8, qui est un endroit style un peu l’atelier qu’on a à côté du village, où ils étaient là en train de geeker sur leurs ordinateurs et quand on les voit maintenant, 20 ans plus tard, il y a une grosse différence.

Public : Inaudible.

Magali : Si, on va mettre quelques photos. Vous allez pouvoir découvrir ça.

Christian : Les photos sont disponibles, parce que nous on est pour le Libre, la transparence, le partage, comme dirait Richard [Stallman], « le partager est bon », et donc vous trouverez les photos, les vieilles photos, sur photos.april.org2, mais on va en reparler.

L’objet de l’association. Au fait, qui connaît l’April ? Bon.

Magali : OK. Qui est adhérent de l’April ? OK ? Qui est à jour de cotisation ?

Christian : Chut ! Oh, ça ne se dit pas ça !

Magali : Les autres vous aller tous venir me voir sur le stand April pour mettre ça à jour !

Christian : Donc à priori tout le monde sait que l’objet de l’association April est la promotion et la défense du logiciel libre. Donc la promotion c’est pour sensibiliser, informer, qu’il existe des alternatives à des informatiques beaucoup plus restrictives, beaucoup plus embêtantes.

Magali : Totalement propriétaires, voire privatrices.

Christian : Privatrices, avec de la collecte de données, avec de l’enfermement, etc. Donc un petit peu, grâce à Richard [Stallman], il y a eu ce mouvement du logiciel libre qui a été lancé dans les années 80. Ces idées-là ont été reprises et diffusées aussi par l’April. Donc c’est l’un des gros points de développement et d’actions de l’association à travers des affichettes, à travers des stands, des conférences, etc. Voilà. On a un groupe Sensibilisation qui fait des choses formidables. Et l’autre pendant de l’association c’est la défense parce que justement, pour que ces alternatives existent encore, eh bien il faut se battre et, typiquement, l’April a une grosse action au niveau institutionnel, auprès du Parlement européen, du Parlement français, auprès du Sénat, des collectivités locales, des présidents de régions, etc. et des candidats. Donc voilà l’objet de l’association principalement.

Magali : D’ailleurs, pour savoir tout ce que l’association fait, c’est très simple, il suffit d’aller lire le rapport moral ; il ne fait que 64 pages. Mais comme on est sympas, on va vous résumer ça en une heure.

Christian : La dernière fois qu’on l’a présenté complètement, ça a pris quatre heures, c’était à l’assemblée générale de l’association qui a lieu tous les ans, vers février/mars, mais là on va faire plus court, effectivement.

Notre petit plan, on a un plan, quand même, pour vous dire où on vous emmène.

On vous a fait la présentation de l’association. On va vous parler des moyens de l’association, parce que l’association April c’est une association qui a 20 ans, donc qui a mis en place beaucoup de moyens,on va vous les décrire, et après on va parler des initiatives qui utilisent ces moyens et puis on répondra à vos questions, si vous en avez.

Magali : Le premier genre de moyens qu’on a ce sont des moyens humains. Les moyens humains ça commence par trois salariés. [Photo de Coralie Couchet déguisée] [Rires] Pourquoi ? On ne sait pas.

Christian : Les premiers moyens humains ce sont les compagnes des permanents qui vraiment nous aident beaucoup.

Magali : Coralie si tu nous vois ! [Rires]

Christian : Pourquoi on n’est pas au bon endroit ?

Magali : Bref, je vais parler déjà des trois permanents. À gauche Frédéric Couchet qui est aussi un des fondateurs de l’association qui fait tout ce qui est dossiers, délégation. Il s’occupe un peu de tout. Il est là depuis 20 ans. Il a été président de l’association très longtemps jusqu’à ce qu’on ait les moyens de le salarier.

Christian : Ensuite nous avons Isabella Vanni, qui est présente, là, et qui est coordinatrice vie associative et assistante projets.

Magali : Isabella, tu es avec nous depuis septembre 2014, donc bientôt trois ans. Tu veux dire un petit mot puisque tu es là ?

Isabella : Quand je suis arrivée, quand j’ai débarqué à l’April j’avoue, je ne connaissais pas trop le logiciel libre. J’ai adhéré à la cause. Je suis très fière de travailler à l’April. Je trouve qu’on fait un boulot magnifique. J’ai connu plein de gens engagés, militants, qui ont envie de continuer la bataille. Donc c’est énorme. Je suis très heureuse, très fière. Et en l’occurrence, je m’occupe de l’administration, de la gestion de l’association et de l’animation du groupe de travail Sensibilisation. On a besoin toujours [je rougis, je sens], mais on a besoin toujours de bénévoles, de personnes qui nous aident parce qu’on est une équipe de trois permanents donc on ne peut pas faire beaucoup de choses à nous trois seuls ; on a besoin aussi de l’aide de tous les libristes. Je vous invite à faire un pas, de passer de libristes à activistes-libristes et de faire des actions à nos côtés. N’hésitez pas à passer sur notre stand, on a plein d’idées à vous donner pour nous aider et aider notre cause.

Magali : C’est aussi elle qui s’occupe des 4000 bénévoles adhérents de l’April, donc il y a du boulot !

Christian : La plupart du temps, quand vous contactez l’April, c’est Isabella qui va traiter votre demande, la transmettre, etc.

Magali : Le dernier salarié c’est Étienne Gonnu, le chargé institutionnel. Je ne sais pas si je lui donne la parole parce qu’il est censé nous faire une conf mercredi. Allez ! On te donne la parole Étienne !

Étienne : Comme Isa, pas mieux ! Je suis arrivé en janvier 2016. Je connaissais un peu le Libre avant, mais je me suis vraiment retrouvé dans toutes les valeurs que ça porte, donc très fier aussi de participer à l’action de l’April.

Magali : Donc à l’April on a des salariés heureux, ce qui n’est pas donné dans toutes les associations !

Christian : Comme autre moyen humain dont nous disposons, nous avons le conseil d’administration.

Magali : On va vous faire une chronologie de chaque adhérent comme ça on sera là encore dans deux heures !

Christian : Non, non ! On a dit qu’on faisait court !

Magali : Non ? Mais ce sont des gens bien quand même !

Christian : Ils sont beaux en photo, on les aime.

Magali : Les plus importants c’est Christian, totalement à droite, qui fait une drôle de tête sur la photo et puis moi, des vacances magnifiques. En fait, il y a vraiment une équipe très soudée dans le conseil d’administration, de gens très motivés. Et comme on a le trésorier parmi nous, je propose qu’on lui laisse aussi la parole. Vas-y ! Parle-nous sous.

François Poulain : On parlait de l’April juste avant. Il y a un truc qui pour moi est important à l’April et qui mérite peut-être qu’on le dise parce qu’on fait du Libre, etc. Vous savez ce que c’est ? Peu importe. Moi, ce que j’aime, et une des raisons pour lesquelles je suis relativement fier de l’April, c’est que c’est une asso — Booky disait qu’on a des salariés heureux — eh bien ça fait partie du truc. C’est une asso où les fins ne supplantent pas les moyens. Donc on est intéressés à faire progresser des idées progressistes sous logiciel libre et sur tout un tas de pratiques informatiques, mais on est aussi extrêmement vigilants sur les moyens qu’on met en œuvre. Ça c’est facile en interne, on n’utilise que du logiciel libre, mais il y a plein d’assos qui peuvent se poser des questions, y compris dans le monde du Libre, sur leurs pratiques. On met en œuvre tout un tas de procédures pour être vigilants, pour que, dans tous les domaines qui sont directement liés à notre cause, ou indirectement liés à notre cause, on soit toujours le plus progressistes possible. Ça ne veut pas qu’on n’a pas des loupés, enfin qu’on ne loupe pas des trucs. Mais quand on fait des événements, on fait attention que ce soit accessible PMR [personnes à mobilité réduite], on fait attention à tout un tas de choses. Quand on fait des sites web on fait attention à cette problématique aussi. Quand on a des salariés, on fait attention à ce qu’ils se sentent bien chez nous ; on ne fait pas des CDD renouvelables tous les trois mois payés au lance-pierres, etc. Donc il y a globalement une exigence de qualité sur le fonctionnement qu’on essaye d’avoir dans toutes les dimensions et dans toutes les façons qu’on a de fonctionner.

Et ça, je ne veux pas dire que c’est rare, parce que moi j’ai la chance d’être dans plusieurs assos qui ont aussi ce genre d’exigences, mais malheureusement ce n’est pas systématique. Et si il y a une des raisons pour lesquelles moi je suis fier de l’April, comparée à plein d’autres associations que je croise de près ou de loin, j’aurais tendance à mettre ça en avant. Voilà !

Christian : Bravo. Les autres moyens humains dont nous disposons ce sont les bénévoles et vous êtes formidables ! Vous êtes formidables !

[Applaudissements]

Et la dernière catégorie de moyens humains dont nous disposons ce sont les adhérents et eux aussi sont formidables.

[Applaudissements]

Magali : Et on les aime, même s’ils ne cotisent pas on les aime, parce que le plus important à l’April c’est qu’on soit nombreux, ce n’est pas qu’on soit riches ; si on voulait être riches on ferait du propriétaire.

Christian : Oui. Ce ne sont pas toutes les associations ou même organismes qui ont plus de 4000 ou 5000 adhérents ; c’est assez extraordinaire. Évidemment beaucoup de petites cotisations permettent, effectivement, de financer les permanents et les actions, mais aussi permettent d’ouvrir des portes auprès des ministères, des élus, pour faire entendre un message. Et ça, c’est grâce à vous tous. Voilà !

Donc maintenant que nous avons les moyens humains, on va passer aux moyens organisationnels. Je tiens à expliquer qu’on avait tout bien calé et que le changement d’écran n’aide pas. Je ne sais même plus ce qu’il y avait à cet endroit-là !

Magali : Qu’est-ce que tu appelles un moyen organisationnel, Christian ?

Christian : Oui. C’est une très bonne idée.

Magali : Parce que là tu es sur l’onglet bénévoles. Pour ceux qui sont à Saint-Étienne, vous avez pu reconnaître ceux qui tiennent le stand parce que c’est souvent une équipe qui revient chaque année ; donc un moyen organisationnel.

Christian : Oui. Ça, ça illustrait nos bénévoles.

Magali : Ils sont tous là. D’ailleurs il y a en un dans la salle.

Christian : Du point de vue organisationnel, l’April a mis en place plein de systèmes, plein de choses, notamment des groupes de travail. Nous avons de nombreux groupes de travail. Il y a le groupe de travail Sensibilisation dont vous connaissez le résultat sur les affichettes, les stickers, l’Expolibre3 par exemple.

Magali : Expolibre que vous pouvez voir au village associatif, qui est affichée ; les sept panneaux y sont. Ça aborde plein de sujets comme le logiciel, l’éducation, les biens communs, les enjeux et ainsi de suite. N’hésitez pas à aller la lire. Elle est en format A0 donc très visible. Vous pouvez aussi la louer.

Christian : Vous pouvez aussi la louer. On est dans la démarche de sensibiliser, de partager. Donc on construit un support et le but du jeu, après, c’est de partager ce support, qu’il soit utilisé, pas uniquement par nous, mais par des relais locaux, dans une école, dans une mairie, dans une entreprise. Partout ! Partager le moyen, parce que sur le terrain il y a des gens qui ont l’envie, qui ont la nécessité, parfois par rapport à un interlocuteur, mais qui, effectivement, n’ont pas forcément pratiqué énormément ou ne se sentent pas en confiance et donc ces éléments-là vont leur permettre d’aller plus loin, de partager simplement. Quand votre interlocuteur repart avec son affichette, avec son imprimé, il y a de grandes chances que le message soit passé.

Magali : Il y a d’autres groupes que le groupe Sensibilisation, il y a le groupe Éducation qui est groupe qui est extrêmement actif, qui communique par la mailing liste éducation et qui est essentiellement composé par des professeurs. Ne cherche pas, ils n’ont pas de logo !

Christian : D’accord !

Magali : Par énormément de professeurs. Autant vous dire que le partenariat4 qu’a signé le ministère de l’Éducation avec Microsoft il y a quelque temps nous a ramené énormément de contributeurs sur ce sujet-là.

Les autres groupes de travail, tu as mis mes deux préférés! Il y a le groupe Transcriptions. Le groupe Transcriptions a pour mission de récupérer un média, que ce soit une vidéo ou un fichier audio, et de le transcrire. Transcrire ça veut dire transformer le son en texte. C’est un travail qui prend énormément de temps mais où nous avons des bénévoles extrêmement actifs, qui tapent le texte, qui relisent, qui communiquent au conférencier pour lui dire « coucou, tu as été transcrit » et qui ensuite le publient sur le site April.

Le groupe tout en haut c’est le groupe pique-nique. Je ne vais pas vous expliquer ce que c’est, tout le monde a déjà pique-niqué dans sa vie ! Eh bien à l’April aussi, on essaye d’organiser des pique-niques.

Christian : Il y a des combats qui sont rudes, qui sont très éprouvants et c’est important, parfois, d’avoir des réunions beaucoup plus calmes ou festives pour échanger en toute convivialité et les pique-niques en sont une, et ça fonctionne très bien.

Magali : Il y a un groupe Libre Association aussi, mais on vous en reparlera tout à l’heure, parce que c’est aussi une initiative.

Christian : Quand je vous parlais des affichettes, on a beaucoup de documents de communication, partager des affiches. C’est l’occasion de citer Antoine Bardelli qui fait beaucoup de travail magnifique.

Magali : Antoine Bardelli.

Christian : Merci. Autre cadre organisationnel mis en place par l’April : des apéros mensuels, où on retrouve le côté convivial, mais aussi rencontre présentielle. C’est fondamental pour échanger. Donc ça peut être des adhérents, ça peut être des élus qui viennent poser des questions, ou des entreprises.

Magali : Des journalistes.

Christian : Des journalistes.

Magali : Ou des gens incognito.

Christian : Des ?

Magali : Des gens venus incognito.

Christian : Exactement, dont on ne connaît toujours pas les noms, d’ailleurs, et qui posent des questions et qui partagent et qui permettent d’avancer. On n’avait pas choisi cette photo-là, ce n’est pas vrai !

Magali : Elle est très bien.

Christian : Mais il y a beaucoup de pieds. Normalement on prend des photos où on voit les gens dessus.

[Rires]

Magali : Parce qu’à l’April on prend son pied !

Christian : C’est terrible ! C’est impressionnant ! On va avoir une petite surprise. OK ! D’accord !

Magali : Je vous parlais des fameuses transcript’parties du groupe Transcriptions. Voici une transcript’partie où, vous voyez, les gens sont vraiment très concentrés. Ils sont soit en train de transcrire — ça se voit parce qu’ils ont des casques — soit en train de relire parce que c’est important la relecture, il faut enlever les fautes d’orthographe, il faut enlever les non-sens même si on est toujours très respectueux de qui a été dit.

Christian : Les transcript’parties c’est vraiment organisationnel : on trouve un lieu, ce n’est pas toujours le même, on donne rendez-vous à des gens qu’on invite à venir, on ne sait même pas à l’avance forcément qui c'est, et une fois sur place, on explique le mode de fonctionnement d’une transcript’partie. Les gens se greffent sur ce qui les intéresse, sur la façon de fonctionner, sur la vidéo qui les intéresse et du coup, là, on a vraiment un cadre organisationnel. Et les bénévoles qui veulent participer s’inscrivent dans cette organisation et participent à une action. Et donc c’est totalement de l’organisationnel !

Magali : On en parle beaucoup parce qu’on n’est pas du tout objectifs : c’est le groupe où on est tous les deux très actifs, mais on va parler d’autre chose maintenant.

Christian : Du point de vue organisationnel, il y a les April Camps aussi.

Magali : C’est quoi un April Camp ?

Christian : C’est un camping April qui se fait dans un lieu, sur plusieurs jours, et typiquement l’idée, pareil, on décide d’un lieu, on prévient les gens, on les invite à venir et on va essayer pendant un jour, deux jours, trois jours et deux nuits, de faire avancer un sujet, une initiative : l’installation d’un serveur, d’un CHATON5, des choses comme ça. Donc on fixe un cadre et les bénévoles présents feront avancer selon ce dont ils ont envie.

Comme autre cadre, on a aussi les villages libres, les stands, les dizaines de manifestations auxquelles on participe tous les ans, sur le terrain. N’hésitez pas : si vous voulez participer aux stands April, vous êtes les bienvenus. Et je rajoute que pour les apéros on les fait aussi décentralisés et on recherche des gens qui aiment faire l’apéro, qui aiment faire des choses pour l’April, décentralisées, en convivialité.

Magali : En gros, si vous voulez organiser un apéro April, vous nous le dites. On essaiera de se déplacer pour venir soit vous faire une conférence, soit juste un speech, soit juste se montrer. Mais on serait ravis de faire des apéros ailleurs qu’à Paris, Marseille, où est-ce qu’on est encore allés ? Brest, Lyon. Bref partout quoi ! Ou Toulouse où il y avait un super gâteau pour les 20 ans de l’April, effectivement.

Christian : Et il n’y a pas que pour les apéros qu’on viendra vous soutenir. Voilà les moyens organisationnels. Une question. Oui.

Public : Les petits villages vous venez nous voir ?

Christian : Les petits villages, nous sommes prêts à venir les voir. Mais le problème c’est aussi que je dise « Oh oui, bien sûr ! » Mais si ce n’est pas moi qui y vais, que j’oblige les autres à y aller, ce n’est pas sympa !

Public : Mais vous ! L’April ! Bédouin au pied du Ventoux, là où il y a le Tour de France.

Christian : Ce qu’il faut savoir c’est que nous avons l’avantage d’être une association nationale ; le fait que nous soyons nationale, ça veut dire qu’on a des contacts, on a des bénévoles, des adhérents partout en France.

Magali : Notre président est à Digne-les-bains. Ouais, ce n’est pas très loin.

Christian : Voilà, à Digne-les-bains. Nous avons un vice-président à Toulouse. Nous avons une membre qui est au Québec. Donc du coup, oui, on peut se déplacer suivant les disponibilités, suivant les contraintes, on peut se déplacer sans forcément, effectivement, venir de très loin.

Magali : Christian et moi nous nous déplaçons assez facilement. Si on est prévenus suffisamment à l’avance, logiquement, on se déplace.

Christian : Et avec grand plaisir !

Magali : Surtout pour un apéro !

Christian : Donc du point de vue organisationnel, nous avons mis en place des moyens, des méthodes, qui cadrent l’énergie des bénévoles pour avancer mieux. Troisième type de moyens, les moyens techniques.

Magali : Là ça devient geek !

Christian : Il y en a un petit peu, techniques. Typiquement c’est le local de l’April où on fait très souvent nos apéros, des réunions, on reçoit. C’est le SI de l’April, le système d’information de l’April. Ce n’est pas rien. Il y a des bénévoles qui consacrent beaucoup de temps à faire en sorte qu’il fonctionne. Il va y avoir du courriel, il va y avoir des listes de diffusion, il y a du wiki, il y a des pads. Il y a un site où on dépose les photos qui s’appelle photos.april.org. Il y a l’Agenda du Libre qui est un outil de sensibilisation mais aussi un outil pour partager des événements. Il y a un téléphone, il y a un fax. Oui les fax existent encore, et oui on en a encore besoin, parfois. Il y a l’IRC. Il y a Mumble. Sur IRC, donc sur Freenode, un canal[#april sur irc.freenode.net] où nous sommes présents. Donc il y a un certain nombre de moyens techniques qui sont pour des geeks peut-être intéressants mais, dans le cadre d’une association, qui sont des moyens importants sur lesquels vont reposer des initiatives. Je t’en prie. Agenda du Libre.

Magali : Comme tu as mis l’Agenda du Libre dans les outils je vais y revenir un tout petit peu. L’Agenda du Libre6 c’est un projet qui existe depuis des années, qui permet de mettre tous les événements en ligne pour que les libristes puissent être au courant des événements de leur région. Ça a été recodé et récupéré par l’April en 2013 par le monsieur [Emmanuel Charpentier] qui est caché tout au fond, au coin là-bas, et depuis que l’April a repris cette plateforme d’événements, les événements ont explosés. C’est-à-dire qu’avant il y en avait plein, mais on ne le savait pas. Maintenant il y en a de plus en plus et ils sont de plus en plus sur l’Agenda du Libre. Ça c’est le wiki de l’April, ce n’est pas grave, mais en tout cas, si vous-même vous organisez des événements, n’hésitez pas à les mettre là-dessus. Si vous avez une association n’hésitez pas à le faire connaître également, puisque du coup vous aurez un tag qui sera associé à votre association. Vous pouvez même afficher l’Agenda du Libre qui concerne uniquement votre association sur le site internet. [Affichage : page 404 – Adresse introuvable] [Rires]. Vous pouvez aussi avoir des pages 404 introuvables comme ça, mais pas sur l’Agenda du Libre, uniquement pendant les conf !

Donc l’Agenda, au départ, c’était juste un agenda. On l’a couplé avec un annuaire d’associations parce que nous, sur les stands, les gens nous disent : « Oui, c’est bien les événements, mais est-ce qu’il n’y a pas une association qui peut m’aider ? » Comme le site « trouve ton GULL [Groupe d'utilisateurs de Logiciels libres] » a disparu, on a fait un annuaire sur « trouve ton orga ».

Autre outil que Christian nous montre maintenant, c’est la liste de diffusion. Là vous allez voir apparaître tous les groupes de travail7 de l’April. Vous voyez, on vous en a dit trois/quatre tout à l’heure, mais, en fait, il y a tout ça. Oui, tout ça. bref, il y a en a une trentaine, à peu près. Tu veux nous montrer autre chose Christian ?

Christian : Oui, le pad, pour ceux qui connaissent. Tout le monde connaît le pad ? C’est, disons, un éditeur de texte partagé. On peut éditer à plusieurs. Typiquement, pour organiser un apéro. Il va falloir qu’on révise ce point-là, quand même. Et ça c’est le wiki de l’April où les bénévoles peuvent créer des pages sur des sujets, partager, les faire évoluer, etc. En Vente Libre.

Magali : En Vente Libre8 c’est une plateforme qui existe, pareil, depuis quelques années et qui permet de vendre les goodies des associations. Là on vous a mis la page April, mais il y a d’autres associations comme Framasoft, Debian, Ubuntu, LibreOffice, qui vendent leurs goodies, également sur cette plateforme.

Christian : Maintenant qu’on a vu que l’April avait des moyens conséquents, humains, organisationnels et techniques, nous allons aborder la partie initiatives. Qu’est-ce qu’on fait avec ces moyens et notamment on fait des choses comme ?

Magali : L’Expolibre. L’Expolibre ce sont sept panneaux qui présentent le logiciel libre au grand public. On a en parlé un petit peu tout à l’heure. Il y a un site internet où vous pouvez retrouver l’intégralité de l’Expolibre. Vous pouvez la louer en envoyant un mail à Isabella, mais vous pouvez aussi l’imprimer puisque toutes les sources sont dans des formats ouverts, sous des licences libres. Si vous voulez l’imprimer dans, je ne sais pas moi, qu’est-ce qui est plus grand que le A0 ? Quelque chose avec des murs entiers d’Expolibre, vous pouvez, c’est fait pour. Petit appel à ceux qui parlent des langues étrangères, par rapport au français, si vous voulez traduire l’Expolibre faites-le ! Puisque plus on pourra l’exposer à l’étranger, plus le message passera !

Christian : Autre initiative. Typiquement, quand un ministère signe un contrat avec une entreprise qui fait du privateur et donc qui met en danger les données personnelles des élèves, eh bien on met en place une initiative pour essayer de mobiliser et de créer une pétition.

Magali : J’ai une anecdote. Allez je vous fais l’anecdote ! Au départ, quand il y a eu ce contrat-là, à l’April, on a fait juste un communiqué de presse ; on a travaillé dessus, on a fait un texte et on l’a balancé un peu partout. Il y a des associations copines qui ont dit : « Moi je veux le signer ! Je veux signer ! » Et ces associations ont été tellement nombreuses qu’on s’est dit il va falloir faire une pétition. Donc on a mis une pétition en ligne, en disant on espère qu’on aura des signataires. Sauf que ça a fait boule de neige et je crois qu’on doit avoir dépassé les 6000 signatures — je ne suis pas sûre que ce soit sur cette page-là. Bref ! Vous pouviez aller signer cette pétition. Vous pouviez le faire de manière anonyme, si vous vouliez. Vous pouviez faire signer votre syndicat de profs, puisqu’on a pas mal de syndicats de profs qui l’ont signée ; il y a des entreprises qui l’ont signée ; il y a des collectivités qui l’ont signée. Bref ! Il y a plein de gens qui l’ont signée et quand vous regardez les dates…

Christian : Ça continue.

Magali : Ça continue encore, maintenant, alors que c’est une initiative qu’on a lancée il y a, peut-être que vous savez là-devant, décembre 2015. Bref ! Ça fait quasiment un an et demi qu’il y a encore des gens qui signent cette pétition, comme quoi c’est toujours d’actualité, et qu’il y a toujours plein de gens qui sont contre ce partenariat Microsoft/Éducation nationale.

Christian : Autre initiative : Libre Association9.

Magali : Là c’est Laurent Costy, un des administrateurs que vous avez vu tout à l’heure, vous n’avez peut-être pas pu le repérer parce qu’il avait une casquette, qui a lancé ça parce qu’il travaille beaucoup avec les associations et il s’est rendu compte qu’on avait quasiment tous le même combat et que c’était dommage que les associations n’utilisent pas de logiciel libre alors que souvent elles n’ont pas beaucoup de moyens ; souvent elles ont des problèmes, elles font du téléchargement illégal de logiciels privateurs, ce qui est dommage ! Donc il a carrément créé un groupe pour amener le logiciel libre dans les associations. [D’accord je continue à meubler donc !]

Christian : Et notamment aussi, une initiative a été de créer un livret de présentation de logiciels libres qui peut servir de support et d’information auprès des associations, mais pas que.

Magali : Et dans ce livret, il conseille plein de logiciels libres adaptés aux besoins des associations. C’est-à-dire que les associations n’ont pas forcément les mêmes besoins que des gens grand public ou que des entreprises. Donc là, on a fait une sélection de logiciels libres, on les a mis dans ce livret et on leur explique comment ça se passe ; on met un degré de difficulté, de maintien, afin qu’elles puissent piocher dedans librement.

Christian : Autre initiative : Libre en Fête10.

Magali : D’accord. Libre en Fête, c’est toujours aux alentours du 21 mars ; c’est souvent trois semaines avant/trois semaines après. On encourage toutes les associations, qu’elles soient locales ou nationales, à organiser des événements et à les inscrire sur le site. Pour les inscrire sur le site, c’est très simple : il suffit d’aller mettre son événement sur l’Agenda du libre, de mettre le tag « Libre en Fête 2017 » et l’événement apparaîtra directement sur ce site-là. Et donc ces événements, pour Libre en Fête, ce sont surtout des événements qui sont, comment dire, pour le grand public, pour lui faire découvrir les logiciels libres.

Christian : Ce ne sont là que quelques exemples des nombreuses initiatives menées par l’April, grâce aux moyens mis en place et grâce aux bénévoles. On voulait parler d’une initiative très récente, qui s’appelle Candidats.fr11. Cette initiative-là et les précédentes utilisent tous les moyens dont on a parlé tout à l’heure. Tout le monde connaît Candidats-fr ? Le Pacte du logiciel libre ?

Magali : Les gens qui sont dans la salle connaissent peut-être, mais les gens qui regarderont la vidéo ne la connaîtront pas, sûrement. Est-ce que tu peux nous parler de la campagne Candidats.fr, puisque c’est toi qui l’as animée ?

Christian : Je l’ai co animée, parce que l’action collective c’est un point fort de l’April.

Le Pacte du logiciel libre, l’idée c’est de recréer du lien entre les gens et les élus et c’est aussi un moyen de faire passer un message de sensibilisation auprès des futurs élus qui font la loi. La visée institutionnelle de l’April est très forte et ça c’est un moyen. Sauf que contacter à trois permanents des milliers de candidats — par exemple pour les législatives il y en avait plus de 7800 —, déjà c’est impossible humainement. Et en plus, recréer du lien avec des centaines de bénévoles qui vont contacter leurs candidats, leurs élus, qui vont établir une communication, qui vont faire remonter des informations ou qui vont transmettre des informations à leurs élus, c’est un moyen formidable pour faire avancer le mouvement du logiciel libre, les idées et, bien sûr, la liberté des utilisateurs.

Magali : Ce qui est génial dans cette campagne c’est que même s’ils ne sont pas élus, ils ont été sensibilisés. Le fait de dire « je suis candidat » dans une circonscription, fait qu’on leur a parlé du logiciel libre, on leur a dit qu’il fallait faire attention, qu’il ne fallait pas voter de lois… Même s’ils ne sont pas élus — d’ailleurs il y a beaucoup de non élus qui ont signé le Pacte — je te laisserai faire le bilan après, mais au moins c’est déjà donner l’occasion de les sensibiliser, parce qu’on ne les aurait jamais contactés s’ils n’avaient pas été candidats.

Christian : Même un élu qui dit : « Je ne veux pas signer » ou un candidat « Je ne veux pas signer », n’empêche que ça veut dire qu’il sait ce que c’est et qu’on va pouvoir rebondir sur son argumentation ; on va pouvoir avancer avec lui.

Ça [en indiquant l'écran], c’est le Pacte du logiciel libre qu’on propose de signer aux candidats. C’est une démarche symbolique. C’est dire que oui, je sais ce que c’est qu’un logiciel libre et puis d’accord, je m’engage à l’utiliser si je suis élu, à le faire utiliser si je suis élu. Donc c’est vraiment symbolique, mais c’est important parce que le système démocratique dans lequel on est, c’est aussi du symbole, et voilà ! C’est ce qu’on propose de leur faire signer.

Magali : Un bilan ? Un petit bilan ?

Christian : Juste pour dire, par rapport aux moyens : on a utilisé des pads pour pouvoir rédiger des documents ; on a utilisé le wiki pour faire le suivi des activités ; on a utilisé les listes de diffusion, parce qu’on a des listes de diffusion qui sont dédiées ; on a hébergé un site qui a été développé avec un logiciel libre, merci Benj. Un site web dans le SI vu ci-avant.

Magali : On a discuté sur IRC.

Christian : On a énormément fait de « contacthons » sur IRC, donc tous les moyens, et on a utilisé les permanents qui nous ont aidés à tenir le coup, à saisir les pactes. On a utilisé les bénévoles qui nous ont aidés ; il y en a plus de 80 qui ont participé. J’ai parlé de moyens techniques, de moyens organisationnels ; typiquement Candidats.fr, c’est aussi organisationnel. Donc tous les moyens que nous avons décrits tout à l’heure ont servi à porter cette initiative majeure de l’April.

Vous avez vu l’intro. Mais regardez, ça en fait du monde. Cette plateforme, ce qui était intéressant, c’était de collecter les coordonnées de contact des candidats, parce qu’il y a beaucoup de candidats qui sont difficiles à contacter et de pouvoir partager cette information de contact pour être plusieurs à contacter. Sachant que plus ils sont sollicités, plus ils vont se dire qu’il y a quelque chose à regarder.

Magali : Tu ne pourrais pas nous montrer la fiche d’un candidat au hasard ?

Christian : Je le peux.

Magali : Au hasard, un candidat qui s’est vanté ce matin d’avoir signé Le Pacte, un candidat qui est de la région, monsieur Régis Juanico. Là vous avez à peu près sa fiche personnelle. On a essayé de trouver son adresse web, le téléphone ça peut servir également ; les réseaux sociaux : il y a beaucoup de candidats qui nous ont répondu sur les réseaux sociaux ; on avait son parti, on avait sa suppléante ; on a regardé, on s’est rendu compte qu’il était finaliste puis, finalement, qu’il a été élu. Voilà ! Signé et lettre fax de confirmation. C’est beau quand on voit ça sur un candidat parce que sinon il y aurait marqué non contacté. Contacté/signé, ça veut dire qu’on a réussi à remplir notre mission.

Le plus dur c’est de trouver leur adresse mail, personnellement. C’est bizarre, à notre époque, que tous les candidats ne veuillent pas être joints, comme ça ils ne donnent pas leur adresse mail. Souvent on est obligé d’aller chercher sur Internet. À savoir que pour les sortants, qui sont déjà à l’Assemblée nationale, quand ils ont une adresse mail @assemblée nationale, ça ne marche pas ! ils ne répondent pas ! Ils ne la lisent pas !

François R. : Inaudible.

[Rires]

Magali : Alors François qui est aussi un des bénévoles qui a contacté des candidats nous dit que les autres adresses mail non plus ça ne marche pas ! OK ! Moi je me suis occupée des réseaux sociaux sur mes candidats parisiens et alors moi j’ai eu des réponses. Hou là, j’ai eu des réponses.

Christian : Pour vous donner une idée du défi de cette initiative. Effectivement, pour les législatives de 2017, il y avait 7882 candidats.

Magali : C’est beaucoup !

Christian : L’idéal c'est de les contacter en présentiel, en leur parlant directement, mais ce n’est pas forcément faisable. Grâce à 92 bénévoles, on a réussi à faire 2332 actions de contact. C’est beaucoup ! C’est un sur quatre. On va vous montrer des camemberts, des tableaux après. Le résultat, c’est quand même 2332 actions de contact. Ce sont des gens qui ont été sensibilisés, parce qu’ils ont reçu un message, ils se sont posé des questions : qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce qu’ils me veulent ? Même s’il n’y a pas de réponse, ça veut dire que, quelque part, il y a des cases qui sont ouvertes : ils vont pouvoir se poser des questions et ça, c’est utile pour faire progresser le mouvement.

Le résultat, on a 497 signataires. Ce sont des gens qui non seulement ont reçu le message, ils ont dit OK, ils l’ont compris et aussi ils ont fait la démarche de signer parce qu’ils sont d’accord.

Magali : 497 signataires sur 1798 contactés, ce n’est pas mal !

Christian : C’est quelque chose que je ne réalise pas encore, mais c’est une transformation, c’est un taux de transformation du contact en signature qui est énorme. Qui est même trop énorme !

Magali : Par rapport aux campagnes précédentes, c’est énorme comme taux. Malheureusement on n’en a que 26 qui ont été élus. Mais si on regarde bien comment marche l’Assemblée, 26 candidats, ils ont le droit de former un groupe !

Christian : Comme un journaliste l’a titré dans son article : « Aujourd’hui nous avons 26 défenseurs du logiciel libre à l’Assemblée nationale ».

Magali : Donc 26 personnes qui pourront faire des propositions dans l’emploi du temps des députés. Et ces 26 personnes ne sont pas toutes du même bord ; elles ne proviennent pas toutes du même du parti.

Christian : Je confirme que les logiciels libres sont un sujet complètement transpartisan, pas forcément pour les mêmes arguments, mais ça va des valeurs de partage aux valeurs d’innovation, aux valeurs de souveraineté nationale, donc c’est transpartisan. Il y a de quoi convaincre et ils sont convaincus, en général.

Magali : Les 551 qui n’ont pas signé, on va les contacter pour qu’ils signent, maintenant qu’ils sont élus.

Christian : Oui, parce que l'initiative Candidats.fr ne dure pas que la campagne, qui a été extrêmement courte cette année, trois semaines à peu près, c’est très intense. Mais du coup, maintenant on va pouvoir continuer avec ceux qui ont été élus, ceux qui ont répondu. Parce qu’il y en a qui répondent en disant « je ne sais pas de quoi vous parlez, je verrai ça en septembre ». Bon ! Pas de problème, on sera là en septembre. On les contactera. Il y en a qui ne répondent pas. Eh bien on va les solliciter davantage. On va leur dire « vos collègues ont signé, pourquoi pas vous ? », notamment En marche!, on a le porte-parole du gouvernement [Christophe Castaner] qui a signé, donc pourquoi pas les autres. Il y a le député Villani qui va peut-être nous faire l’honneur de sa présence aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre.

Magali : Il est à Versailles.

Christian : Il a encore trois jours !

Magali : D’accord. Député, si vous nous entendez !

Public : Inaudible.

Christian : Trois jours ! Député Villani.

Magali : Oui. S’il veut venir faire sa conférence plus tard, on veut bien de lui.

Christian : Député Villani. vous êtes le bienvenu. J’ai un Pacte imprimé que vous pourrez signer quand vous viendrez, il n’y a aucun souci.

Magali : Tu nous as fait des jolis graphiques !

Christian : Ouais ! J’ai essayé de valoriser le travail de ces 90 bénévoles et de ces milliers d’actions. Globalement, on a réussi à contacter un quart des candidats. On voudrait, bien sûr, toujours plus. Mais bon, il faut être raisonnable !

Magali : Il faut dire que quand il y a 24 candidats par circonscription, dont certains de partis totalement inconnus, on se dit toujours qu’ils ne seront pas élus. Donc on essaye vraiment de contacter les plus statistiquement éligibles.

Christian : Oui ! Oui !

Public : Inaudible.

Magali : Ah Oui ! Il y a tous ceux qui ne laissent pas leurs coordonnées, ni téléphone, ni adresse mail, ni réseau social.

Christian : Ni profession de foi !

Magali : Ni quoi que ce soit. Ceux-là c’est difficile à avoir !

Christian : Et pour information, nous avons eu 90 merveilleux bénévoles. Et bien sûr, autant nous on s’astreint à contacter tout le monde, mais autant on n’impose pas à nos bénévoles de contacter les candidats qu’ils n’apprécient pas, ce n’est pas le but ! On est toujours en mode positif, constructif.

Ce qui est formidable avec ces beaux camemberts, c’est qu’on voit quand même qu’on a réussi, dans les finalistes — donc ils étaient nombreux les finalistes, ils étaient combien ? Nombreux, plus de 1000 — on a réussi à en contacter deux tiers, et parmi les élus on en contacté les trois quarts. Donc même si, à l’arrivée, il n’y en a que 26 signataires sur 577, déjà il y en a beaucoup qui ont eu l’opportunité d’être sensibilisés et l’idée c’est de continuer.

Magali : Si vous voulez donner un coup de main, n’hésitez pas à prendre contact avec nous. Il y a un groupe de travail à l’April qui s’appelle le groupe Atelier, mais je ne vous en dirai pas plus parce qu’Étienne se fera un plaisir de vous en parlez jeudi [mercredi], qui va suivre cette campagne Candidats.fr, après l’élection.

Christian : On vous a montré les différents types de moyens de l’association. On vous a montré des initiatives qui les utilisent. Je voudrais dire que ça, Le Pacte du logiciel libre, c’est quelque chose que l’on fait depuis dix ans, depuis 2007. On le fait à différents types d’élections, européennes, départementales, régionales et législatives. 26 signataires à l’arrivée, on pourrait penser que ce n’est pas grand-chose sur 577. Sachez que c’est aussi grâce à cette initiative qu’aujourd’hui il y a deux lois de la République française qui contiennent la mention « logiciel libre ». Il y a une loi sur la Recherche et l’Enseignement supérieur et il y a la récente loi…

Magali : La République numérique.

Christian : République numérique, qui a été votée récemment, et qui a donné lieu à un débat de trois quarts d’heure à l’Assemblée nationale, alors qu’en général les amendements c’est, allez, 30 secondes, pas plus !

Magali : Et plus d’une heure au Sénat.

Christian : Et une heure et quart au Sénat, avec une suspension de séance pour qu’ils arrivent à trouver un compromis dans les couloirs. C’est extraordinaire, et jamais ce résultat ne serait arrivé sans les initiatives de l’April, aussi du point de vue action des permanents auprès des candidats, des ministères, etc., et des bénévoles à travers cette initiative-là. Donc l’April a mis en place des moyens conséquents, pour des initiatives dont certaines conséquentes, avec des résultats qui sont conséquents.

Par rapport aux initiatives, il y en aurait plein qu’on pourrait vous décrire, mais on va éviter, on va faire court. On voudrait vous dire que si vous voulez en savoir plus sur certains dossiers d’actualité, brûlants, notre merveilleux permanent Étienne Gonnu fait une conférence mercredi à 16 h 20.

Magali : Qui durera 40 minutes sur l’enjeu politique et social des logiciels libres.

Christian : Voilà. Donc vous aurez un complément sérieux sur les actualités.

Magali : Et puis il y aussi Marie Duponchelle qui fera une conférence sur l’interopérabilité et l’obsolescence programmée12. Marie Duponchelle est une ancienne administratrice de l’April, elle est avocate de formation. Elle fait pas mal de conférences et elle, ce sera mercredi 5 juillet à 11 h 40, dans le lieu Room J 110, et ça durera 40 minutes.

Christian : Voilà. Donc nous avons fini la petite présentation du cœur de l’April et nous accueillons avec plaisir vos questions maintenant.

Magali : Je vais dire ce que dit un de mes copains framasoftiens, Pouhiou, qui dit que la première question personne ne veut la poser donc on va l’oublier ; on va passer directement à la deuxième question, et ça marche.

Christian : Bravo.

Public : C’est une question qui n'a pas forcément… C’est plus par curiosité, le fait qu’il y ait un pourcentage plus élevé sur les finalistes et, finalement, les élus, c’est parce que les bénévoles ont mis plus le paquet à la fin ? Ou parce que les élus étaient meilleurs et que donc ils ont été élus parce qu’ils… Enfin voilà !

Christian : En fait, j’ai fait des études. On a eu deux semaines de contacthons très intenses pour le premier tour et une semaine seulement pour le deuxième tour. Il y a eu autant de contacts dans le deuxième tour que dans le premier tour. Ce qu’il faut voir c’est qu’on a capitalisé tout le travail de collecte de coordonnées qui était au premier tour. Et puis le deuxième aspect qui fait beaucoup, c’est qu’ils sont beaucoup moins nombreux : on passe de 7882 à 1151. Ça soulage ! Et typiquement, en régional, on est passé de 22 000 candidats à moins de 5000. C’est à chaque fois, ouf, ça devient beaucoup plus gérable.

Magali : Et puis surtout, après le premier tour, quand il ne reste plus que deux candidats, il n’y a plus que deux adresses mail à chercher ou elles sont même déjà là. Donc pour contacter les gens c’est beaucoup plus rapide que quand on doit chercher par nous-mêmes les adresses mail. Il faut reconnaître qu’en plus, cette année, on a eu beaucoup moins de temps pour contacter les gens puisque les listes ont été faites vraiment au dernier moment. Avant on avait quasiment trois semaines/un mois pour contracter les gens ; là ça a été deux semaines. Imaginez si on avait eu un mois !

Christian : Oui. Ça c’est de l’action !

Magali : Là tu montres le camembert du moyen de contact. Donc vous pouvez voir que la plupart des contacts ont été faits par courriel, mais qu’il y a quand même une petite partie qui a été faite sur les réseaux sociaux ; et le formulaire web c’est quand les candidats ne veulent vraiment pas être joints, mais comme ils sont à la pointe de la technique ils ont un site internet et, sur ce site internet on peut laisser un message sur leur formulaire. Autant vous dire que c’est quelque chose que les contacteurs n’aiment pas du tout !

Christian : Parce qu’on ne sait pas du tout ce qui se passe derrière !

Magali : On ne sait même pas qui lit, derrière. Aux candidats qui font ça, on fait un petit message : on n’aime pas ça !

Christian : En complément, vraiment plus on a de bénévoles qui participent, plus on a de coordonnées de contact trouvées, plus il y a d’actions de contact qui peuvent être faites. Après, avec les différents tours, moins il y a de candidats et donc plus on arrive à vraiment avoir un effet boule-de-neige qui a un impact.

Magali : Il y avait une deuxième question.

Christian : Deuxième question. Ils se battent pour des questions ! Super !

Public : J’ai une question. En faisant de l’institutionnel, on va dire en imposant le logiciel libre dans des endroits où il ne serait pas autrement, est-ce qu’on ne s’expose à des migrations inverses comme les deux auxquelles je pense : celle de l’Assemblée nationale française et celle de la ville de Stuttgart, je crois ? Ou de Munich.

Christian : Je vais faire mon Richard Stallman. Vous pouvez parler plus fort, je n’entends pas ! [Christian imite la voix de RMS]

Public : Ou celle de Munich, qui, bon ! Eh bien ça a fait grand bruit et c’est quand même vrai que ce sont des échecs dans le sens où le politique a imposé le logiciel libre et, on va dire, après on est revenu sur cette décision-là et ça fait peut-être encore plus mal que de ne pas en avoir du tout. Ma question c’est un peu comment est-ce qu’on peut se prévaloir de ça ?

Christian : Le cas en Allemagne où la ville revient sur le déploiement de logiciels libres qui avait été décidé il y a une dizaine d’années, qui était achevé, qui continuait tranquillement sa route et qui avait montré des millions d’euros d’économie, n’est que le fait d’un choix d’un élu qui, arbitrairement, a décidé de revenir en arrière. On peut imaginer du copinage, des dessous de table, tout ce qu’on veut, mais ce n’est absolument pas basé sur une logique, étant donné que les directeurs des services informatiques de la ville en question ont rendu des avis défavorables à cette initiative et, au contraire, que ça n’avait plus de sens aujourd’hui.

En ce qui concerne l’Assemblée nationale, effectivement, nous avons vu un formidable élan de mise en place de moyens et c’est vrai que, malheureusement, on n’a pas constaté un engouement des parlementaires. Certains ont utilisé les logiciels libres et l’ont revendiqué. Ils nous ont même assuré, par rapport au Pacte du logiciel libre, qu’ils étaient utilisateurs, qu’ils continuaient et qu’ils espéraient pouvoir continuer.

Il faut savoir que, des fois, il y a des résistances. Il y a des lobbies qui travaillent derrière. Il y a des usages qui ont tellement été ancrés que la logique d’économie, de liberté, de sécurité, n’arrive pas à prendre tout de suite. Mais ça c’est une question de temps. Il faut leur laisser. Ce sont des fois simplement des gens qui disent : « Laissez-moi du temps pour changer. » Et nous sommes là pour les aider à changer et on va les convaincre de changer et je pense que Étienne a une info là-dessus par rapport à moi.

Étienne : C’est juste pour compléter. C’est vrai que, comme tu dis, à Munich c’est le fait d’une personne qui a clairement accepté le lobbying de Microsoft. Mais à l’inverse, le logiciel libre aussi, parfois, que ce soit dans différentes institutions, à différentes échelles, peut être porté par une personne. Et le but aussi de l’April, c’est de créer un terrain favorable, notamment quand on essaie de faire rentrer une priorité au logiciel libre dans la loi ; ça ne va pas tout faire, mais ça va donner des billes, ça va armer aussi des personnes, des initiatives, parce que, souvent, ça part aussi de ça. C’est-à-dire qu’au sein d’une collectivité, au sein d’une institution, d’une école, il y a un DSI [directeur des systèmes d'information], il y a quelqu’un qui croit dans ces valeurs-là et qui va aussi permettre, à l’inverse, d’aller du bon côté ; quelqu’un qui va porter le Libre à ce niveau-là. Je pense que notre action sert aussi et notamment par ce genre de biais comme Candidats.fr, à donner de la visibilité pour donner un terrain favorable à tout ça.

Magali : Avant de passer la parole à madame pour la question, est-ce que vous connaissez le label des territoires numériques13 ? C’est un label qui a été mis en place par plusieurs associations dont l’April, l’ADULLACT, l’AFUL, et qui a demandé aux collectivités de répondre à plusieurs questionnaires du genre : est-ce que vous utilisez du logiciel libre ? Est-ce que vous développez du logiciel libre ? Est-ce que vous avez un budget logiciels libres ? Et il y a eu énormément de réponses de grandes villes, telle que Rennes, telle que Nantes, telle que je ne sais plus parce qu’il y en avait vraiment pas mal, et qui développent du logiciel libre. C’est-à-dire qu’elles ne sont pas juste simples utilisateurs ; elles sont contributeurs du logiciel libre et ça on ne le voit pas dans les journaux ! Mais on a, je crois que c’est la ville de Rennes, qui contribue à plus de 40 logiciels libres. C’est vraiment un choix local, régional si tu veux, surtout local.

Ce qu’ils font en haut, à l’État, c’est leur choix, mais au niveau local il y a plein de collectivités qui font du logiciel libre. Il y a plein d’écoles qui ont refusé le partenariat avec Microsoft et qui utilisent du logiciel libre, pour les raisons qu’elles veulent mais en tout cas, c’est ça qu’elles ont elles décidé d’utiliser. Tant pis si Munich, ils sont repassés à Microsoft. Peut-être qu’ils auront plus tard un DSI qui leur dira : « Allez, ne déconnez pas, on revient au Libre ! »

Public : Bonjour je suis Florence, je suis membre d’April depuis 98.

Christian : Bravo !

[Applaudissements]

Florence : Je suis assez admirative de la manière dont April anime les contributeurs et les bénévoles. Je voulais savoir un petit peu où ça en était maintenant et comment ça se passe au niveau de l’animation des bénévoles, parce que ça peut être un exemple pour d’autres associations locales.

Magali : Le secret est dans la tomate cerise ! C’est-à-dire que plutôt que de proposer des chips, tu proposes de tomates cerises aux apéros, ça fait venir plein de gens. Non ! Je pense que l’animation est faite parce que dans les groupes de travail on a des animateurs qui sont motivés, qui sont militants et qui ont envie de faire des choses. Et leur enthousiasme est totalement communiqué aux bénévoles qui ont envie de les suivre.

Public : Inaudible.

Magali : Je vais demander à ma mère et à mon père et ils vont te dire !

Christian : Il y a une chose qui est importante aussi, l’April ça fait 20 ans que ça existe. Il y a des gens, on les voit agir pendant des années, on est admiratif de ce qu’ils font et on apprend beaucoup en les regardant faire, après en essayant de les soutenir, de les aider ; après on les rejoint et après on finit aussi à l’April par exemple, des fois. Et donc voilà ! L’action collective, être avec les autres. Petit à petit, c’est juste des façons de travailler, des façons d’être ensemble. Petit à petit ça vient ; on prend de l’assurance et puis on crée le cadre organisationnel qui va bien.

Souvent c’est juste une méthodologie assez simple : c’est un lieu, c’est une unité de temps, avec des choses très simples sur les objectifs, et de l’accompagnement. Les bénévoles, la plupart du temps, quand ils viennent, c’est vrai qu’ils ont une quantité d’énergie, de temps disponible courts et il suffit de leur dire : « Aujourd’hui on fait ça. Ça t’intéresse ? Oui ? Alors il faudrait faire comme ça, comme ça, comme ça. Vois ! Adapte-le à toi ! », et souvent ça suffit. Donc des tâches, les penser simplement et penser en unité de temps, d’énergie et aussi la récurrence. Si on fait un événement une fois par an, c’est difficile de capitaliser l’expérience. Si on le fait deux/trois fois par semaine, on épuise les gens et c’est difficile de tenir le rythme. Si on le fait une fois toutes les semaines, comme les soirées de contribution du Libre, ça marche assez bien. L’apéro mensuel qu’on fait, une fois par mois, ça marche assez bien. On arrive à capitaliser l’expérience.

Magali : Et puis le combat qu’on mène, le combat éthique du logiciel libre c’est un combat qui parle à énormément de gens, donc pour eux c’est plus facile de venir nous voir si ce combat-là leur est important ; de nous consacrer du temps, que ce soit cinq minutes, que ce soit un an, puisqu’on a chopé des bénévoles à long terme, mais c’est parce que, surtout, notre cause est juste et qu’ils veulent la rejoindre.

Christian : Et le parcours du bénévole c’est un concept ! Oui !

Magali : Du coup, en parlant de parcours du bénévole, je voudrais parler de ce petit flyer de sensibilisation14 qui a été fait par le groupe dont Isabella est cheffe, qui vous dit typiquement : « Vous avez une minute ; cinq minutes ; quatre heures ; deux mois ; une année » et on vous donne des tâches que vous pourrez réaliser. Ou alors « Je suis enseignant ; je suis dirigeant ; je suis intéressé par les sujets juridiques ; je sais promouvoir une cause qui me tient à cœur », et pareil, vous avez des tâches qui peuvent être déclarées. On est vraiment là pour encourager nos bénévoles, [bien sûr avec plaisir], les encourager, les aider et puis surtout leur trouver des tâches qui leur tiennent à cœur.

Christian : Et c’est pour ça qu’on a parlé des moyens organisationnels. Définir un cadre simple, facilement compréhensible. Souvent les bénévoles savent se mettre dedans, apporter leur énergie, et je viens d’oublier ce que je voulais dire, mais ce n’est pas grave !

Isabella : L’April a fêté 20 ans, en fait. On continue de célébrer parce que c’est toute l’année et on a fait une grande fête sur Paris, mais on avait fait plein de fêtes aussi en régions ; il y avait plein d’événements dans toute la France. Et quand on a fait la fête sur Paris, on a pensé de proposer un buffet issu de la récupération alimentaire. Donc j’ai fait appel, j’ai dit « venez participer à ce buffet participatif » parce que c’étaient les bénévoles, eux-mêmes, qui faisaient à manger, en gros. Il y avait des gens qui avaient l’habitude de faire la cuisine et il y avait des gens qui ne s’y connaissaient pas du tout, mais qui étaient contents de participer. C’était une initiative qui leur a parlé et, du coup, ils se sont mis à préparer à manger aussi.

Magali : Et on a super bien mangé ! Est-ce qu’il y a d’autres questions ?

Public : J’avais une question sur les personnes que vous avez contactées, qui n’ont pas signé Le Pacte. Comment elles se répartissent ? Quelle est la part de celles qui ne vous ont pas du tout répondu ? Quelles sont celles qui vous ont dit : « Non ça ne m’intéresse pas le logiciel libre » ?

Christian : Je vous invite à aller voir le bilan qui est sur Candidats.fr.

Magali : Il fait 125 pages !

Christian : Non, non ! Il fait beaucoup moins de pages.

Magali : Il n’y a pas de portraits de gens !

Christian : Il est là, mais je commence à être en panne de batterie.

Magali : Je ne pourrais pas te dire tous les candidats de tel parti nous ont dit non. Je pourrais te dire qu'il y a des candidats qui nous ont dit oui et que, du coup, ils ont fait adhérer tous les mêmes candidats de leur parti : le Parti pirate, Europe Écologie les Verts, Nouvelle Donne, par exemple… Alors pour ceux qui ne nous ont pas répondu, est-ce qu’il y a un profil qui se dégage ?

Christian : De ceux qui n’ont pas répondu ? C’est difficile de savoir puisqu’ils n’ont pas répondu.

Magali : Moi, il n’y en a jamais aucun qui m’a dit non. L’indifférence c’est beaucoup plus important que le non, pour eux. Il y en a, ils m’ont répondu en disant « je ne sais pas, je ne connais pas, j’aimerais bien vous rencontrer ». Du coup j’ai rencontré des candidats, mais personne n’a osé me dire non, que ce soit sur les réseaux sociaux ou par courriel. Limite ils ne répondent pas, ils ne répondent juste pas ! On n’existe pas !

François : Juste une précision. Moi ça m’arrive souvent de ne pas avoir de réponse. La seule fois où j’ai eu un candidat qui m’a dit non c’est quand je l’avais appelé. Parce qu’au téléphone, pour pouvoir raccrocher, il faut qu’il trouve une excuse pour ne pas être malpoli. Et donc là il dit non, ça ne nous intéresse pas, désolé !

Christian : Oui. On a cette méthodologie d’accompagnement des bénévoles. Souvent beaucoup nous disent : « Moi je ne sais pas quoi lui dire ». Moi le premier, au début, j’étais là, qu’est-ce que je vais lui dire ? Je ne suis pas un orateur, lui c’est un professionnel, etc. Et on disait : « Envoyez un courriel avec un texte, très simple, sur pourquoi vous trouvez que c’est bien les logiciels libres et puis, le lendemain, vous appelez et vous posez juste la question de savoir s’il a reçu le courriel. » Et là, effectivement, tout le monde arrive à poser cette question-là tranquillement et ça a un impact énorme, parce que ça paraît rien comme contact, mais du coup, ils sont obligés de bouger parce qu’il y a un contact direct. Et pareil si vous vous déplacez, c’est encore plus fort comme impact.

Public : Il y a des partis politiques qui ont plus bloqué ou qui, finalement, n’ont pas forcément répondu ?

Christian : C’est plutôt le contraire. C’était une progression. On a maintenant des partis qui donnent des consignes à leurs candidats de signer. Voilà. Il y a deux partis, trois, qui nous ont dit : « C’est bon, vous pouvez considérer que tous nos candidats ont signé », carrément. « Nous, parti, au nom de candidats, on vous dit : "Ils signent !" »

Magali : Chose qu’on ne pouvait pas faire. On a vraiment besoin de la signature de chaque candidat. C’était gentil, mais…

Christian : On les a remerciés, mais notre démarche c’est vraiment le candidat, la démarche symbolique du candidat, parce que c’est le candidat qui vote les lois s’il est élu, c’est lui qui parle à la tribune ; ce n’est pas le parti. Même s’il y a des logiques de parti, on n’est pas candides là-dessus, mais nous, on essaie de, justement, valoriser le candidat, l’élu. Mais du coup, effectivement, il y a des partis qui ont… Si on avait écouté ça, on aurait eu des centaines et des centaines de signatures supplémentaires. Ça c’est nouveau, parce qu’il y a dix ans, ce n’était pas ça. Mais du coup, ça veut dire qu’ils intègrent… Pardon ?

Public : Inaudible.

Christian : Dans notre sens ? Alors moi je ne l’ai pas ressenti très fort.

Magali : Dans le public il y a quelqu’un qui vient de dire qu’il y avait des consignes de partis pour ne pas voter le…

Christian : Si, pour signer. Sincèrement il n’avait pas beaucoup d’effet.

Public : Inaudible.

Christian : Oui, mais enfin dans les faits ! Vas-y !

François : On a déjà eu des consignes de partis dans le passé. Une année on a eu le FN, je ne suis pas sûr de l’année, mais c’est en 2007, je crois. Et il me semble aussi en 2007 il y avait, je ne sais pas si c’était une consigne de parti, mais il y avait un fort soutien de Bayrou sur le MoDem et tous les gens du MoDem ont suivi. Ce n’était peut-être pas une consigne de parti, mais c’était un très fort signal de chef de parti qui s’était ressenti sur les signatures.

Christian : Oui, c’est vrai, maintenant ça me revient, mais j’étais très déçu à l’époque parce que je ne l’avais pas ressenti au niveau de la saisie des Pactes. Je ne l’avais pas ressenti. Alors que cette année, j’ai l’impression qu’on la ressent beaucoup plus fort.

Magali : Cette année, on a eu quasiment tous les candidats de Nouvelle Donne, en deux jours, qui ont signé Le Pacte. En deux jours ! Alors il n’y a avait pas 577 candidats chez Nouvelle Donne, mais ils sont tous arrivés les uns après les autres, c’était visible. Tout comme le Parti pirate : ils s’amusaient à faire des selfies d’eux avec Le Pacte sur les réseaux sociaux. Ça aussi ça a été pareil, sur trois jours peut-être, le Parti pirate. Par contre, Europe Écologie, ça a été plus diffus, mais à chaque fois qu’on faisait la mise à jour sur les partis, il y avait plein de signataires qui se rajoutaient. Donc là aussi, c’était assez visible pour ces partis-là.

Christian : Il y a d’autres partis, comme l’UPR, où ça a été assez massif continuellement. Mais du coup, j’ai l’impression… Voilà ! Les partis. Il faut savoir qu’il y a un parti, La France insoumise, qui, dans son programme présidentiel, a marqué « priorité au logiciel libre » ; c’était marqué dedans. Donc on voit que le message, les idées du logiciel libre et la liberté des utilisateurs, eh bien ça marche, ça imprègne de plus en plus. Et effectivement, les candidats se prennent en photo avec Le Pacte et après ils tweetent et c’est super ! Ça marche.

Magali : C’est la première année qu’on avait autant de selfies avec des Pactes, quand même, il faut le signaler.

Christian : Allez voir le bilan ; sur Candidats.fr il y a le bilan. Je ne peux plus vous le montrer parce que l’ordinateur n’a plus de batterie, mais il y a le bilan, il y a les photos des tweets, effectivement, et il y a un peu plus de détails. On n’a pas orienté l’analyse par parti. On vous laisse le faire. Il y a un endroit où il y a, par parti, le nombre de signataires donc vous verrez ceux qui sont en haut, ceux qui sont en bas, parce que, effectivement, on essaye de focaliser sur la logique d’élu et non pas de parti.

Magali : On n’a pas fait l’analyse, mais les données sont trouvables sur le site.

Christian : C’est un logiciel libre, les données sont libres aussi, sur demande.

Magali : Est-ce que vous avez d’autres questions ?

Christian : Oui, alors nous prévoyons, les prochaines élections c’est 2019, les Européennes, c’est passionnant, nous comptons sur vous et nous espérons une nouvelle version de la plateforme qui sera encore mieux. N’hésitez pas à participer aussi à ça.

Public : Inaudible.

Christian : Je ne me suis pas encore projeté. C’est vrai, il y a des gros leviers ?

François : Ce sont souvent des élections un peu délaissées, les Européennes, mais ce sont des élections extrêmement importantes, avec des gens qui ont pas mal de pouvoir, qui sont à l’écoute. Très souvent on a eu beaucoup plus d’écoute auprès des députés européens qu’auprès des députés français, par exemple, donc il y a des enjeux. Il faut y aller !

Christian : Et nous avons remporté de grandes victoires, notamment vis-à-vis du logiciel libre, en 2005. Comme quoi les députés européens travaillent et ne votent pas forcément n’importe quoi. Enfin pas forcément ! Pas forcément ! Et grâce à nous, en ce qui concerne le logiciel libre, voilà ! Bien ! Notamment, j’ai discuté avec un représentant d’Hispalinux, une association du logiciel libre espagnole, et donc il y aura certainement peut-être quelque chose à faire aussi avec eux pour Le Pacte du logiciel libre européen de 2019. Autre question ? Bon ! Alors si par la suite vous en avez, n’hésitez pas à venir nous voir sur le stand et à voir la conférence d’Étienne que je ne peux plus vous montrer, mais qui est marquée à jamais dans vos yeux, mercredi 16 h 20.

Magali : Merci beaucoup.

Christian : Les actions institutionnelles de l’April et les dossiers chauds en cours, je suppose ; donc ça peut être le contrat Open Bar.

Magali : Merci et à bientôt.

Public : Merci.

[Applaudissements]

Revue de presse de l'April pour la semaine 44 de l'année 2017

lun, 06/11/2017 - 14:00

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 44

[L'ADN] Doit-on se résigner à la surveillance numérique de masse?

Par Nastasia Hadjadji, le vendredi 3 novembre 2017. Extrait:
> Nous sommes allés voir le documentaire Nothing To Hide de Marc Meillassoux: il évoque la surveillance numérique de masse à travers les témoignages de lanceurs d’alerte, d’activistes et de défenseurs des libertés numériques.
Lien vers l'article original: http://www.ladn.eu/nouveaux-usages/doit-on-se-resigner-a-la-surveillance-numerique-de-masse

[Le Monde Informatique] 7 distributions Linux surprenantes

Par Dave Taylor, le vendredi 3 novembre 2017. Extrait:
> En dehors des distributions Linux les plus connues, comme Ubuntu, Red Hat ou Fedora, il en existe d'autres moins renommées mais qui valent quand même le détour. Zoom sur les plus originales voire décalées.
Lien vers l'article original: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-7-distributions-linux-surprenantes-69868.html

[Le Monde Informatique] L'Open Source investit les entreprises

Par Jean-philippe Levy, le mardi 31 octobre 2017. Extrait:
> Source d'innovation, évolution rapide, fonctionnalités adaptées aux besoins des métiers, l'Open Source entre de plus en plus dans les entreprises. Ces nombreux atouts séduisent non seulement les entreprises mais incitent aussi les grands éditeurs à libérer des parties de leurs codes sources.
Lien vers l'article original: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-l-open-source-investit-les-entreprises-69853.html

[LeMagIT] Code: McAfee et Symantec refusent de passer l’examen

Par Valéry Marchive, le lundi 30 octobre 2017. Extrait:
> Quitte à échouer à obtenir leur permis d’accès à certains marchés, les deux éditeurs ne souhaitent plus laisser certains gouvernements étudier le code source de produits.
Lien vers l'article original: http://www.lemagit.fr/actualites/450429120/Code-McAfee-et-Symantec-refusent-de-passer-lexamen

[Public Sénat] Accord Microsoft/Défense: «une question de souveraineté nationale» selon Joëlle Garriaud-Maylam

Par la rédaction, le lundi 30 octobre 2017. Extrait:
> La sénatrice LR, Joëlle Garriaud-Maylam a fait part de ses inquiétudes au sujet du renouvellement d'un accord d'exclusivité entre Microsoft et le ministère des Armées. «C’est une question de souveraineté nationale», «Nous n’avons pas d’informations suffisantes» s’inquiète-elle.
Lien vers l'article original: https://www.publicsenat.fr/article/politique/accord-microsoftdefense-une-question-de-souverainete-nationale-selon-joelle

Et aussi:
Accord Microsoft/Défense, question de souveraineté nationale

[Le Journal de Québec] L’industrie veut être entendue

Par Martin Lavoie, le dimanche 29 octobre 2017. Extrait:
> Se disant mieux écouté que par le passé, l’industrie du logiciel libre réclame néanmoins une véritable ouverture du gouvernement du Québec.
Lien vers l'article original: http://www.journaldequebec.com/2017/10/29/lindustrie-du-logiciel-libre-veut-etre-entendue

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

État d'urgence, fichier TES : l'attaque contre nos libertés - Mediapart

sam, 04/11/2017 - 06:03


Titre : État d'urgence, fichier TES : l'attaque contre nos libertés
Intervenants : Mounir Majhoubi - François Pellegrini - Christine Lazerges - Patrick Baudouin - Edwy Plenel
Lieu : Mediapart
Date : novembre 2016
Durée : 1 h 05 min 19
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.



Titre : État d'urgence, fichier TES : l'attaque contre nos libertés
Intervenants : Mounir Majhoubi - François Pellegrini - Christine Lazerges - Patrick Baudouin - Edwy Plenel
Lieu : Mediapart
Date : novembre 2016
Durée : 1 h 05 min 19
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Edwy Plenel : C’est maintenant le temps de notre grand débat. Notre grand débat, c’est un peu pour sonner le tocsin sur une question qui n’a pas assez alarmé l’opinion parce tout cela a l’air technique, juridique, etc., alors que c’est une question très grave qui nous concerne tous : le recul de nos libertés fondamentales les plus élémentaires, actuellement, avec quelques mauvais coups dont on va essayer de comprendre le sens. Un mauvais coup qui est que le gouvernement, le 30 octobre [2016], la veille de la Toussaint, par décret, en silence, sorte de trêve des confiseurs – ce n’est pas tout à fait celle de la fin de l’année, mais c’était une sorte de grand pont – a sorti un décret qui décide de ficher tout citoyen détenteur de passeport, détenteur de carte d’identité, âgé de plus de 12 ans, avec toutes leurs informations biométriques : vos empreintes, vos photos, tout ! Tout ! Ça fait plus de 60 millions de personnes bien fichées dans un fichier central qui, entre de mauvaises mains, peut servir, pour un pouvoir, à des choses peu rassurantes.

Dans le même moment, l’état d’urgence dont, le 14 juillet, François Hollande avait dit : « On va l’arrêter, autrement ça veut dire que notre État de droit ne fonctionne pas ; on ne peut pas être en permanence en état d’urgence », eh bien nous apprenons qu’il est prolongé jusqu’à l’élection présidentielle. Ça fera plus d’un an et demi d’état d’urgence. Eh bien si l’urgence est permanente, l’exception devient permanente, on va voir ce que ça signifie.

On va visiter des exemples concrets de cela et puis on va terminer avec un dernier plateau autour de ce qui se concocte également, dans trop de silence, sur la liberté de la presse, avec un amendement passé au Sénat, qui revient à l’Assemblée, et qui porte atteinte à un droit fondamental, le nôtre, le vôtre, puisqu’il vise la presse numérique, ce qui se passe au cœur de la révolution technologique, de notre droit de dire et de notre droit de savoir.

Mais d’abord, premier plateau sur ce fichier, cet état d’urgence, avec Christine Lazerges. Vous êtes déjà venue plusieurs fois à Mediapart ; vous êtes juriste, professeur des universités, etc., et surtout présidente de la Commission nationale consultative de droits de l’homme. Derrière ce sigle, CNCDH, rappeler qu’il y a 75 personnalités représentant toute la diversité de la société civile ; quand vous parlez, c’est au nom de cette diversité-là, quand vous prenez position.

Il y a, il va nous rejoindre, il avait un rendez-vous, il est un peu en retard, Patrick Baudouin, qui est avocat, président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, qui a rendu un rapport sur cette situation de l’état d’urgence cette année.

À ses côtés François Pellegrini ; vous êtes informaticien, vous êtes vice-président chargé du numérique à l’université de Bordeaux et vous êtes un des commissaires de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, qui a été créée, faut-il le rappeler, à la fin des années 1970 quand il y avait déjà eu un premier projet, Safari je crois, pour ficher le plus largement. La protestation avait permis ce bond qui, à l’époque, a fait que la France était en avance, en termes de contrôle de ce qui se tramait au prétexte du début de la révolution numérique.

Et en face de vous, Mounir Majhoubi, vous êtes le nouveau et deuxième, puisqu’il y en aura un troisième, président du Conseil national du numérique. Benoît Thieulin a été le premier président et, dans cette histoire, ce qu’il faut d’abord dire, c’est que ce décret : n’a pas été consulté votre instance, qui est chargée de cela, ni la CNIL ; que la ministre du numérique — alors la CNIL l’a peut-être été, on va le voir — la ministre du numérique Axelle Lemaire, non plus. Et vous, vous avez tout de suite demandé, dans un communiqué, que ce fichier dit TES [Fichier des titres électroniques sécurisés], soit suspendu et vous lancez même — j’invite tout le monde à aller le voir — une consultation sur votre site. Tout le monde a le droit de participer à la consultation pour essayer que ça ne nous échappe pas, participer au débat sur les enjeux du fichier TES. Alors dites-nous, tout simplement, pourquoi il faudrait interrompre cette machine infernale ? Pourquoi c’est dangereux ?

Mounir Majhoubi : Pourquoi est-ce qu’on est intervenus dans les heures qui ont suivi la publication du décret, nous, ce qu’on a considéré ? Le Conseil national du numérique est une instance indépendante de conseil au gouvernement, sur toutes les transformations de la société qui pourraient être touchées de près ou de loin par le numérique. On est parfois saisis par le gouvernement qui nous dit : « Attention, je vais mettre en place un projet de loi sur lequel j’aimerais que vous nous éclairiez », et puis, parfois, c’est à nous de nous auto-saisir et de dire « attention, nous avons l’impression qu’ici un sujet numérique n’a pas été envisagé ou que des conséquences ou des externalités négatives n’ont pas été envisagées et qui sont liées au numérique ».

Quelques heures après la publication nous avons dit : « Le gouvernement s’apprête là, pendant un week-end de congés, à mettre en place la plus grande base de données dans l’histoire, la plus grande base de données biométriques des Français ». Donc nous, nous disons, avant même d’aller dans les arguments de fond sur lesquels nous reviendrons pendant la soirée, quand on fait, quand on met en place la plus grande base de données historique, biométrique des Français, alors on se doit d’avoir une procédure particulièrement ouverte, particulièrement transparente. Et le décret est particulièrement incompatible avec cette démarche. Donc c’est ça notre première question.

Edwy Plenel : Vous voulez dire qu’ils savaient qu’ils faisaient un mauvais coup ?

Mounir Majhoubi : Eh bien écoutez, c’est là où je ne partage pas complètement votre opinion.

Edwy Plenel : Je vous pose la question.

Mounir Majhoubi : Et je vous remercie, mais vous vous êtes exprimé préalablement. Je ne pense pas qu’il y avait une intention malsaine, une intention dolosive de la part du gouvernement ou de la part du ministre. Je pense sincèrement et après les échanges – j’ai pu parler avec le ministre à plusieurs reprises, j’ai pu parler avec son cabinet à plusieurs reprises – je pense sincèrement qu’il s’agit d’une méconnaissance technologique et d’une méconnaissance des transformations de la démocratie et que c’est pour cette raison qu’ils n’ont pas pensé que ce sujet était un sujet d’importance démocratique.

Edwy Plenel : Vous nous dites, en clair, qu’ils ne sont pas très démocrates et pas très compétents !

Mounir Majhoubi : Absolument pas. Je dis qu’ils ne sont pas particulièrement conscients que les enjeux technologiques ont des enjeux démocratiques. Et plus généralement, quand on a commencé à faire ce benchmark — et là je veux saluer le travail de toutes les équipes du Conseil : on a travaillé en trois jours pour mettre en place cette plate-forme de consultation nationale — et on a commencé un benchmark international dans l’urgence puisqu’on n’était pas au courant de ce projet.

Les démocraties actuelles, les démocraties contemporaines, les démocraties de l’Ouest, ne sont pas encore complètement configurées pour traiter des grands sujets technologiques. La réponse du ministre, la première fois que je l’ai rencontré, était de me dire : « Écoutez, si j’avais conscience que ce choix technique avait ces implications technologiques, évidemment que je serais passé par le débat, évidemment que je serais passé par l’ouverture ». Et je crois en sa sincérité sur ce sujet-là. Tout le monde se mobilise parce que c’est le premier, mais je pense que dans les prochaines années, nous allons rencontrer les mêmes sujets.

Sur la loi travail, le Conseil a lui-même participé à défendre cette idée du compte personnel d’activité. Ce CPA 5 étoiles, s’il est mis en place, lui aussi il constitue une méga-base de données personnelles sur les individus. Les données de santé, aujourd’hui c’est déjà une base extrêmement sensible, mais demain, on imagine déjà de nouveaux usages autour de cette base. Je pense que la société, la société civile, les politiques, le gouvernement, le Parlement, vont être amenés, dans les cinq à dix prochaines années, ou alors même plus court, l’année prochaine, dès 2017, à se poser des questions technologiques qu’il ne faudra surtout pas prendre du point de vue simplement technique. On ne pourra pas dire à la société « nous avons traité tous les sujets juridiques, ne vous inquiétez pas, tout va bien ; constitutionnellement nous sommes dans les clous ! Sur la constitution de la base, ne posez pas trop de questions, nous avons demandé aux services, il s’agit de la meilleure architecture possible. »

Edwy Plenel : Mounir Majhoubi, dans l’immédiat, qu’avez-vous obtenu ? Puisqu’il y a toutes sortes de contre-expertises sur ce qu’a déclaré monsieur Cazeneuve à l’Assemblée ; il y a nos collègues du Monde qui ont fait les décodeurs pour montrer qu’il disait des choses fausses sur les falsifications des papiers d’identité ; il y a, semble-t-il, un recul et quelque chose de pas clair sur le fait de conserver les empreintes digitales ; il y a un embarras. Je dois dire tout simplement, parce que chez nous il n’y a pas de secrets, que j’ai évidemment proposé à Axelle Lemaire — j’ai eu son chargé de communication — d’être avec nous ce soir ; elle est chargée du numérique. On a bien pris note, mon coup de fil date de vendredi dernier, on ne nous a pas rappelés, comme une sorte d’embarras, comme le fait de ne pas venir défendre cela. Alors qu’est-ce que vous avez aujourd’hui, derrière cette bataille quand même obscure et ce mauvais coup, qu’est-ce que vous avez, vous, obtenu ?

Mounir Majhoubi : Il y a ce qu’on a obtenu et il y a ce qu’on a demandé. Dans ce qu’on a demandé on a dit, première chose, suspendons, n’appliquons pas immédiatement et ouvrons, ouvrons la discussion. À qui ? D’abord aux experts, aux experts dans l’État et aux experts en dehors de l’État. Le rôle du CNNum ce n’est pas d’animer les experts de l’État, c’est d’animer les experts en dehors. Donc nous avons décidé de nous auto-saisir et de créer une consultation publique auprès du public et des experts. C’est-à-dire que, activement, on est allé chercher à travers le monde, en Europe et en France, les experts qui travaillent sur ce sujet depuis plusieurs années et on a demandé au grand public de venir participer à cette expertise.

La deuxième chose qu’on a demandée et qu’on a obtenue aussi, c’est de dire qu’au sein du gouvernement, au sein de l’État tel qu’il est organisé aujourd’hui — je vous ai dit que les démocraties n’étaient pas complètement configurées sur les questions technologiques, pas complètement — mais on a mis en place quelques experts : on a mis en place l’ANSSI [Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information] et on a mis en place la DINSIC [Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État]. Ces deux experts, qui sont au cœur de l’État, rattachés au Premier ministre, n’avaient pas été consultés. Le ministre dit : « Mea culpa. Je demanderai la consultation de l’ANSSI, mais pas n’importe quelle consultation, une consultation dont l’avis sera rendu obligatoire. » C’est-à-dire que les avis rendus par l’ANSSI devront être suivis par l’administration du ministère de l’Intérieur. Mais hier, pendant l’audition au Sénat où je suis allé.

Edwy Plenel : Au Sénat. Vous avez vous-même été auditionné.

Mounir Majhoubi : J’ai moi-même été auditionné. J’ai rappelé qu’il était important que l’ANSSI ne soit pas simplement consultée sur la sécurisation, c’est-à-dire sur la création de frontières autour de la base de données, mais aussi sur son architecture. Puisque le résumé de notre position c’est de dire : « il n’existe pas de choix technologique qui ne soit pas de choix politique. » Et que quand dans la lettre de réponse que m’a faite Bernard Cazeneuze, en fin de semaine dernière, où il dit « sur la sécurisation des bases, nous vous assurons que techniquement il est impossible de la recomposer, car la base est séparée en deux, avec des données biométriques séparées, avec un lien unidirectionnel chiffré. » Eh bien, faire cette affirmation, et nous pourrons en parler après, je l’ai dit hier dans un résumé qui était peut-être un peu violent, mais ça ne veut rien dire ! Ou plutôt ça veut tout dire ! C’est-à-dire que derrière cette affirmation-là, on peut faire une dizaine, une vingtaine d’architectures différentes, avec des risques différents et avec des implications différentes. Et donc il est complètement incompatible avec un dialogue démocratique de faire une affirmation technologique sans la confronter aux experts : donc confrontation interne, confrontation externe et, sur ce sujet-là, c’est le sujet sur lequel le Conseil s’est senti complètement compétent, s’est senti ému, s’est senti dépassé. Et si on ne gagne pas sur ce sujet-là, parce que peut-être qu’on ne gagnera pas, je vous le dis, les trente membres, politiquement, sont assez neutres ; on est nommés par François Hollande et François Hollande a nommé un Conseil et je suis président de ce Conseil et on a voulu qu’il soit neutre politiquement : il y a de la droite, il y a de la gauche, il y a du centre, il y a tout le monde. Tout le monde, 100 %, consensus absolu, j’ai eu trente voix de personnes qui ont dit : « On ne peut pas accepter que le prochain fichier soit discuté de la même manière. On ne peut pas accepter que le prochain grand projet technologique de l’État soit discuté de la même manière ». Donc c’est sur cette méthode-là que nous on est complètement remontés et qu’on est certains qu’il faut s’ouvrir. Et Bernard Cazeneuve, dans ses différentes interventions, a accepté de rentrer dans cette discussion.

Dans ce qu’on a obtenu, il y a quatre choses.

La première, c’est que le ministère de l’Intérieur va répondre à la consultation du CNNum. C’est-à-dire que les avis qui vont être récoltés auprès des experts publics et des experts internes vont être suivis d’une réponse publique et potentiellement d’une modification du décret.

La deuxième, c’est la saisine de l’ANSSI avec une recommandation obligatoire.

La troisième, et qui est essentielle, c’est la consultation du Parlement. Ce qui est intéressant quand on consulte le Parlement, c’est quoi la méthode du Parlement ? La méthode du Parlement ce sont des élus qui disent « nous on n’est pas experts de tout, mais on doit, on se doit de parler de tout ». Et donc qu’est-ce qu’on fait ? On fait des auditions et on parle aux experts. Donc cette consultation du Parlement va permettre d’ouvrir la discussion et de rendre plus transparents certains éléments. Donc sur ces éléments-là nous on est assez satisfaits de ce premier pas.

Et le quatrième, et c’est celui dont vous parlez et qui est le plus flou puisqu'entre les premières annonces, les correctifs d’annonces et les correctifs de l’ombre de cette annonce, on n’a pas de ré-annonce du gouvernement sur le fait de rendre facultatif l’enregistrement dans la base de l’empreinte des Français qui feront renouveler une carte d’identité. Sur le passeport on est bloqué avec nos accords internationaux. Quand on donnera son empreinte pour le passeport, elle ira dans les bases. Sur la carte d’identité, qui concerne plus de personnes et qui concerne les enfants et les mineurs, il y avait cette garantie : on pourra refuser ces inscriptions, donc ça c’était intéressant. Aujourd’hui, moi j’attends des confirmations. Depuis quatre jours, il n’y a plus de certitude !

Edwy Plenel : Justement, ce qui se passe pendant que vous, vous menez la bataille dans le cadre du CNNum, comme vous le dites, il y a la mobilisation de la société. Je signale juste que c’est en ligne, là aujourd’hui, il y a une grande pétition « Méga-fichier, une centralisation inutile et dangereuse »1. Je rappelle qu’elle est signée, d’ailleurs, par votre prédécesseur, Benoît Thieulin.

Mounir Majhoubi : Tout à fait. Et par la plupart des membres du Conseil. Si je ne l’ai pas signée c’est parce qu'aujourd’hui je me dois d’avoir une position neutre en tant que président.

Edwy Plenel : Ce n’était pas un reproche du tout. Je rappelle, et Christine Lazerges, qui connaît toute l’histoire des débats, des combats pour nos libertés, et que c’est signé également par Louise Jouannet magistrate très importante dans l’histoire de la gauche et des libertés et premier directeur historique de la CNIL, avant que la gauche arrive à gagner l’alternance en 81, et François Pellegrini vous en êtes aussi un des signateurs. Et vous ne vous contentez pas de faire ça, parce que sur un blog que vous tenez, assez percutant et très, comment dire, cultivé de toutes ces questions techniques et politiques – « la technique c’est de la politique, ce n’est pas neutre ; la liberté n’est pas soluble dans la technique » – vous lancez un appel très argumenté à bannir cette idée du fichier des honnêtes gens en disant combien c’est une arme très dangereuse. « Ça pose carrément la question d’un modèle de société. Les personnes qui soutiennent la création de fichiers biométriques centralisés, quels qu’en soient les excuses et les prétextes, aujourd’hui le terrorisme, se placent objectivement », je vous cite, « dans le camp des fossoyeurs des libertés, pelletée après pelletée ». Et vous allez jusqu’à rappeler, je rappelle juste que vous êtes un universitaire, et vous rappelez quelque chose qui va peut-être en faire bondir certains c’est que, quand même, les régimes se succèdent et qu’il peut y avoir des régimes autoritaires et quand il y a un régime autoritaire, il faut pouvoir faire des faux papiers d’identité. Et que si on laisse, en démocratie, s’installer un système où il n’y a plus la place à une bataille sur ce terrain, eh bien le risque est grand. « La capacité à réaliser de faux documents d’identité est essentielle. Nombre de nos proches n’existeraient pas si leurs grands-parents n’avaient eu la vie sauve. L’humanité doit pouvoir s’exprimer au sein des rouages de la machine. » À vous.

François Pellegrini : Merci. Première précision. Effectivement, j’ai l’honneur d’être commissaire de la CNIL. Je m’exprimerai en tant qu’universitaire puisque la CNIL est une commission et c’est la présidente qui porte la voix de la CNIL. Donc justement, moi je m’exprimerai en tant qu’universitaire.

Edwy Plenel : C’est quoi un commissaire de la CNIL, pour qu’on comprenne ?

François Pellegrini : Un commissaire, c’est un membre de la commission. On est une commission de avant 17 et maintenant 18 commissaires et donc on est amenés à débattre en session plénière de l’ensemble des sujets qui nous sont présentés et en particulier, en son temps, le décret TES nous a été présenté, c’est pour ça qu’il y a un avis de la CNIL. La problématique étant, mais ça je pourrai en reparler, que cet avis n’est que consultatif ; l’ANSSI a, finalement, plus de pouvoirs que nous sur ce dossier-là.

La CNIL c’est une commission, dont vous avez rappelé brièvement l’histoire qui, effectivement, a été postée par, j’allais en tant que corps constitué, vigie démocratique et vigie éthique de l’usage de l’informatique. Je ramène d’ailleurs à la lecture du premier article de la loi informatique et libertés de 78, c’est un article absolument magnifique qui dit qu’effectivement l’informatique doit être au service de tous et ne doit pas porter atteinte à la dignité humaine. Et effectivement, on est typiquement dans ce champ-là.

Edwy Plenel : Juste factuellement, puisque vous m’avez rectifié tout à l’heure, la CNIL a bien été consultée sur ce fichier TES ?

François Pellegrini : Absolument ! Et l’avis de la CNIL est public comme il l’a été précédemment.

Edwy Plenel : Mais elle n’a pas été pas entendue.

François Pellegrini : Non ! Parce qu’en fait, depuis 2004, sur les fichiers régaliens, la CNIL n’a qu’un avis consultatif, elle a perdu son avis conforme, c’est-à-dire qu’elle a perdu, au décours d’une loi, la capacité d’avoir un droit de veto sur ce qui est fait par L’État. Et ça, ça traduit une trajectoire historique. Vous l’avez rappelé, au départ, quand l’informatique a été conçue, les ordinateurs étaient aux mains de l’État parce que c’étaient des machines très lourdes, très coûteuses, et finalement c’étaient les États qui avaient la capacité de les mettre en œuvre, et donc les gens qui avaient connu le fichage et l’oppression ont mis en place ce garde-fou vis-à-vis de l’État. Et puis on s’est rendu compte, dans les années 80/90, que finalement des acteurs privés avaient des capacités de traitement et, j’allais dire, moins de contraintes que n’en avaient l’État et donc on a cherché à rééquilibrer les pouvoirs de la CNIL pour cibler également, de façon suffisante, le secteur privé. Et finalement, ce qu’a montré Snowden, c’est que les services de renseignement ne sont pas plus bêtes, si quelqu’un fait le boulot à leur place, ils vont simplement se brancher sur les acteurs privés et, à partir de là, permettre de la collecte massive de données.

Mais effectivement, il y a deux choses à considérer ; c’est ce que j’essaye d’expliquer dans mon blog. La première, ça a été rappelé, la question de l’architecture. Une architecture c’est une capacité de faire ou de ne pas faire. Un tracteur et une voiture de tourisme ça sert à rouler, mais ça n’a pas les mêmes caractéristiques et, au final ça ne servira pas aux mêmes chose et on ne pourra pas faire la même chose avec l’un et l’autre.

Edwy Plenel : Donc un grand fichier comme ça sert à quoi ?

François Pellegrini : Eh bien justement, on va en parler. Donc il y a la question de l’architecture et puis il y a la question du temps long. La question du temps long c’est celle que vous avez également rappelée, c’est-à-dire que les sociétés humaines, c’est Braudel qui le dit, ont des temps qui ne sont pas le temps de l’immédiateté de l’émotion et de telle ou telle affaire ou tel ou tel attentat ou telle ou telle agression qui va servir à voter douze lois et, éventuellement, à faire durer un état d’urgence pendant plus d’une année parce qu’il faut faire quelque chose sinon les gens ne comprendraient pas. Il suffit qu’on leur explique ! C’est le rôle du blog.

Et donc, par rapport à ça, effectivement la question que vous posez c’est celle des finalités. En fait, c’est d’ailleurs ce que la CNIL a rappelé dans son avis, c’est que quand un traitement est soumis à l’avis de la CNIL, ses finalités doivent être déterminées, explicites et légitimes.

Edwy Plenel : Qu’est-ce qu’ils nous disent, là ? Leurs finalités c’est quoi ? C’est qu’on bosse mieux dans la politique ou ailleurs ?

François Pellegrini : La finalité, effectivement, c’était et ça a été avancé, faire des économies. Et c’est pour ça d’ailleurs, et c’est votre confrère Jean-Marc Manach qui l’avait rappelé dans un article de Libé, il a montré toute la trajectoire, justement, des décisions qui ont été prises pendant plusieurs années, avec la CNIL arrivant en bout de chaîne, simplement pour donner un avis, et qui allait, finalement comme les précédents, ne pas changer la trajectoire du navire.

Et effectivement, la question de la finalité, celle qui est sur le décret, c’est de dire on veut simplifier les procédures administratives. Et puis il y a deux grandes finalités pour une base biométrique c’est l’authentification et l’identification.

L’authentification c’est vous prétendez que vous êtes monsieur Machin, prouvez-nous que vous êtes monsieur Machin. Et pour ça, il y a eu une autorité de certification qui, un jour, a dit : « Oui, je corrèle monsieur Machin à un certain nombre de données et quand monsieur Machin présentera son titre authentifié, authentique, alors on pourra dire que monsieur Machin est bien monsieur Machin. »

Et puis il y a une autre finalité qui est la finalité d’identification. Là on se trouve face à un individu. Qui est-il ? Et donc il va falloir aller fouiller dans la base pour aller trouver quelle est l’identité de la personne parmi les millions qui ont été enregistrées.

Et ce sont deux finalités radicalement différentes. Parce que, finalement, l’identification c’était une mission destinée aux fichiers de police et en particulier avec la naissance du bertillonnage à la fin du 19e ; alors que l’authentification c’est une mission qui est celle de s’assurer que la personne qui va bénéficier d’un certain nombre, j’allais dire de services, est bien celle qu’elle prétend être.

Edwy Plenel : Le syndicat de la magistrature, qui a accompagné tous les combats de la gauche sur ces questions, vient de faire un communiqué, pas convaincu par les auditions du ministre, disant carrément « c’est un danger pour les libertés », avec l’observatoire des libertés du numérique. En quoi, pour vous deux, c’est un danger pour les libertés ? En quoi pour vous deux ? Allez-y.

François Pellegrini : En fait, parce que justement dans le temps long, on crée un outil, on prétend réaliser cet outil avec de très bonnes intentions et le problème c’est après. J’allais dire, on ne peut même pas prétendre qu’on exagère parce que le passé nous a déjà montré que c’était possible. Dans les années trente, les Néerlandais avaient fiché l’intégralité de leur population sur cartes perforées, avant l’ordinateur, et la religion était marquée sur les fiches. Et c’était fait avec de très bonne raisons qui étaient de pouvoir organiser le pays, savoir combien il y avait besoin de places dans les crèches, dans les cimetières. Le problème c’est que le fichier a été exploité par d’autres, et pas dans l’intérêt des gens qui avaient laissé leurs données.

Edwy Plenel : Cette question a été posée au ministre hier, et il a fait une réponse stupéfiante. On lui a dit : « Si ça dans tombe dans de mauvaises mains, pouvoir autoritaire ? Il a dit : Eh bien à vous de l’éviter. » C’est-à-dire faites en sorte par vos votes que la catastrophe que nous rendons possible, n’arrive pas.

François Pellegrini : Absolument !

Edwy Plenel : C’est là où je discute l’expression « bonnes intentions ». Ils sont stupides ou ils nous cachent quelque chose ? Il faut se poser la question quand même !

François Pellegrini : Je rejoindrai Mounir avant de lui laisser la parole. Il y a un effet tunnel. Le sous-titre de mon blog, le titre c’est La liberté n’est pas soluble dans la technique, mais le sous-titre c’est : « Quand le seul outil dont on dispose est un marteau, on voit toujours ses problèmes sous forme de clous ».

[Rires]

Et effectivement, les gens qui travaillent dans les ministères, qui sont dans les entreprises qui fournissent ces solutions-là, ils sont dans un modèle de société qui a fonctionné jusqu’au milieu du 20e siècle, qui est le modèle centralisé, qui est un modèle organisé, qui est totalement maintenant, j’allais dire en rupture d’Internet, des réseaux pair à pair et de la distribution de l’information.

Edwy Plenel : Quand même, monsieur Cazeneuve est plus jeune que moi, il fait de la politique, il est sur Twitter, il est sur Facebook, il est dans cet univers des campagnes numériques ; vous-même vous avez accompagné le parti socialiste avant, dans deux campagnes présidentielles, sur le numérique, celle de Ségolène Royal et celle de François Hollande. Bon ! C’est là où j’ai du mal ! D’accord il y a l’administration, mais eux, les politiques, ils ne sont pas obligés de dire oui et de foncer dans le mur comme ça ou dans le gouffre !

Mounir Majhoubi : Ils ne sont pas obligés de dire oui ; ils ne sont pas obligés de foncer dans le mur et, en même temps, on n’a pas forcément créé les meilleures conditions. Il y a d’autres sujets techniques dans la démocratie. Par exemple l’action militaire. C’est compliqué une action militaire, c’est compliqué de savoir comment ça fonctionne les avions, l’armée de l’air, la marine, etc. Pourtant qu’est-ce qu’on a réussi à créer en cent ans de démocratie qui fonctionne bien ? On a fait que dans le cursus honorum d’un élu politique, eh bien à plusieurs reprises il est formé, il est conscientisé sur les grands enjeux militaires. Et donc, quand il est en responsabilité, il est capable de comprendre ce que ça veut dire d’avoir une force nucléaire pour le pays, il est capable de comprendre ce que ça veut dire de lancer trois porte-avions.

Edwy Plenel : Même si nous sommes un pays où on ne débat pas trop de ça et où nous n’avons pas beaucoup de délibérations, y compris sur les guerres en cours.

Mounir Majhoubi : Peu de délibérations, mais il est difficile de dire que les élus français sont peu compétents sur l’action militaire, ce qui n’est pas le cas dans toutes les démocraties.

Edwy Plenel : Donc pour vous, c’est juste une question de compétences ?

Mounir Majhoubi : Ce n’est pas juste, c’est terriblement une question de compétences, c’est ça mon sujet. Et c’est pour ça que le Conseil national du numérique existe, mais c’est aussi pour ça que le Conseil national du numérique est dépité. C’est-à-dire qu'aujourd'hui, les élus, leur formation, ceux qui les accompagnent, ceux qui les conseillent, les partis, la fonction même de prise du pouvoir aujourd’hui est déconnectée des enjeux numériques. Aujourd’hui on n’a pas une grande fonction publique du numérique.

J’ai parlé de l’armée, c’est important d’y revenir parce que moi je veux les défendre. On a peut-être les meilleurs militaires de l’action numérique en ligne dans le monde. Mais ces militaires sont dans l’armée. C’est classé Confidentiel-Défense, on ne pourra jamais rien savoir sur leurs capacités. Mais j’ai la certitude personnelle qu’on est plutôt très bons.

Quand on regarde les organismes de recherche, on forme plutôt les meilleurs ingénieurs et les meilleurs opérateurs sur les sujets de sécurité des bases, de sécurité des réseaux et d’actions de sécurité. Et pourtant, alors même qu’on a tout ça, quand on regarde l’administration dans son quotidien et dans sa gestion, on ne les retrouve pas. On retrouve quelques personnes. L’ANSSI, je l’ai répété hier et je veux le redire aujourd’hui publiquement, c’est certainement une des autorités les plus compétentes au monde en termes de sécurité des réseaux. Elle est formée et elle a recruté parmi les meilleures personnes en France sur ces sujets-là, mais l’ANSSI ne conseille pas le gouvernement sur l’intégrité de l’architecture des systèmes d’information ; l’ANSSI ne conseille pas le gouvernement sur les décisions qu’il prend numériquement.

Le Conseil national du numérique est consulté facultativement, quand il le souhaite, avec un avis non obligatoire. Aujourd’hui le numérique n’est pas un sujet en soi. Et je pense que Bernard Cazeneuve, et je veux le répéter parce que c’est important, je n’ai pas d’opposition de principe contre Bernard Cazeneuve, je pense même que Bernard Cazeneuve est celui qui est le plus conscient, aujourd’hui, que ce décret était la plus mauvaise chose à mettre en place et qu’il essaie de trouver une solution aujourd’hui.

Edwy Plenel : Il ne l’a pas vu venir ? Il ne l’a pas vu passer ? Il n’a pas compris ?

Mounir Majhoubi : Pour moi c’est une certitude ! Tous ceux qui pensent qu'il y a eu une volonté…

Edwy Plenel : Mais le décret, il est bien signé Cazeneuve !

Mounir Majhoubi : Je pense que quand il a signé ce décret il n’a pas cherché à éviter le débat. Il a simplement pensé qu’il n’y avait pas débat, puisque ses meilleurs experts lui ont dit que c’était la meilleure solution. Et que ce que j’essaye de dire dans l’État démocratique, technologique d’aujourd’hui…

Edwy Plenel : Au bout de quatre ans de gouvernement vous reconnaîtrez que pour le simple citoyen, ça étonne. On append des procédures, on apprend à travailler quand même !

Mounir Majhoubi : Disons une chose : sur les questions numériques, il n’y a aucune démocratie qui est plus exemplaire que nous. Les Américains n’ont pas fait mieux que nous sur les grandes architectures technologiques. Les démocraties du Nord, qu’on aime montrer pour exemple à chaque fois qu’il s’agit de libertés individuelles, sur les grands sujets de mise en place de bases de données ou de grands choix technologiques, elles n’ont pas forcément fait mieux que nous. Les Allemands, sur le sujet de la base biométrique, ils ont fait mieux que nous, oui, mais pas sur les autres sujets. Aujourd’hui on n’a pas créé l’idée qu’il y avait un sujet essentiel, que non, on ne pouvait pas simplement répondre à la société « c’est un sujet technique, il a été arbitré, c’est la meilleure des solutions, faites-nous confiance ! » En fait, on ne peut plus le faire ! Militairement on ne le fait pas, eh bien technologiquement on ne peut plus le faire !

Edwy Plenel : Votre souhait, à ce stade, c’est qu’après toutes ces consultations, ces pressions, pressions de la société civile, c’est que ce décret soit retiré ?

Mounir Majhoubi : Écoutez, si jamais le gouvernement revenait vers nous, en rendant publics les choix technologiques et l’architecture technologique qui a été faite : on nous explique qu’en fait ce n’était pas très clair dans le décret, mais en vrai, technologiquement on utilise une technologie développée par des entreprises françaises, qui n’avait jamais été rendue publique, qui permet une fausse centralisation/décentralisation de la base ; qu’en fait les données ne sont pas stockées en direct, que ce sont des artefacts de données, etc. Peut-être qu’en fait la bonne décision technologique a été prise, mais aujourd’hui on ne nous l’a pas communiquée.

Edwy Plenel : Vous voyez bien qu’il y a un voyant plus qu’orange, qui est ouvert sur ce que vous venez de dire, c’est l’annonce que la société à laquelle ils ont pensé, Amesys, c’est la société sur laquelle nous avons documenté, société privée, qu’elle avait travaillé avec la dictature libyenne et d’autres dictatures, sur le fichage de leurs citoyens. Un blogueur qui a gagné son procès contre les sociétés concernées, Amesys et Qosmos, qui est un informaticien, James Dunne, blogueur du club de Mediapart, l’a documenté, donc tout ça est public. J’ai même interpellé, lors d’une commission, une fois, l’actuel ministre de la Justice qui, à l’époque, s’occupait de ces questions à l’Assemblée, en disant « il y a des liens entre les services de renseignement et cette société privée, française, qui a travaillé avec des régimes autoritaires. » Votre commentaire ?

Mounir Majhoubi : Sur ce sujet-là, permettez-moi d’avoir un commentaire qui est que, pour moi, ce n’est pas vrai. Il ne faut vraiment pas qu’on se concentre sur ce sujet parce que cette société n’existe, de fait, quasiment plus. C’est-à-dire que les personnes et les détenteurs du capital de cette société ne sont plus les mêmes que ceux de l’époque.

Edwy Plenel : Et ça suffit à garantir que ça changera ?

Mounir Majhoubi : Absolument pas, et ce n’est pas le sujet. Le sujet qui m’inquiète le plus, c’est j’aurais voulu qu’on explique pourquoi on a choisi tel ou tel prestataire, pas pour ses capacités fantasmées ou ses capacités projetées, mais sur le projet technologique et sur la capacité technologique. Aujourd’hui il n’est pas le seul, il y a trois ou quatre détenteurs de l’appel d’offres, si je ne me trompe pas, et je ne suis pas précis sur ce sujet donc je ne veux pas m’engager, mais je n’ai pas aujourd’hui les garanties ni la compréhension des moyens que ces offrants ont mis en place dans ce marché, ni les options technologiques qu’ils ont proposées.

Vous savez, en France, on a été capables de révolutionner à plusieurs reprises la sécurisation des données, la sécurisation des réseaux. Si aujourd’hui on nous annonçait qu’en fait ces prestataires ont été choisis parce qu’ils proposaient une option qui n’est proposée nulle part ailleurs et qu’elle propose toutes les garanties qui nous étaient offertes, et c’est pour ça que ce choix a été fait dans ce sens, et que c’était arbitré par une commission secrète interne, je serais très heureux et je dirais « eh bien écoutez, il aurait fallu rendre ça public et je suis heureux que ce soit rendu public ». Malheureusement, je pense que ce n’est pas le cas !

Edwy Plenel : Avant d’élargir le sujet à l’état d’urgence et à nos libertés en général, François Pellegrini, une réaction ?

François Pellegrini : Là je serai un peu en désaccord parce que, effectivement, là ce dont Mounir parle c’est finalement d’une expertise à périmètre architectural constant. Or la vraie question c’est toujours de faire un pas en arrière et de se dire pourquoi fait-on tout cela. Et dans les années cinquante, justement, le fichier des cartes d’identité c’était un fichier papier, qui était décentralisé, où, effectivement, on donnait déjà ses empreintes. Mais les fichiers étaient dans les préfectures pour ne pas être centralisés, pour justement faire en sorte que ça ne puisse pas devenir un fichier de police et que des gens puissent le hacker, le détruire éventuellement. La révolution technologique a changé ça. C’est-à-dire qu’effectivement maintenant, si un régime autoritaire venait au pouvoir, eh bien il suffirait pendant quelques semaines de scanner l’intégralité de ces données-là pour revenir à la base centralisée qui représente, pour les gens qui la dénoncent et dont je fais partie, un vrai danger pour les libertés. Ce n’est pas dans le temps immédiat, c’est dans le temps long. C’est-à-dire que ce système est faillible : il n’offre pas des garanties systémiques de résilience et de résistance.

Et donc, au-delà de dire on a choisit telle entreprise parce qu’elle a telle capacité technologique, le vrai problème c’est de dire quelles sont les finalités que l’on souhaite. Finalement, la carte d’identité ça sert à quoi ? Qu’est-ce qu’on veut faire avec ? Est-ce qu’on veut permettre d’authentifier et, dans ce cas-là quels sont, j’allais dire, les moyens de comparaison qu’on utilise ? Et à partir de là, définissons ensemble l’architecture et y compris de façon collaborative. Je rejoins ce que disait Mounir : l’expertise, maintenant, elle est globale et on voit des projets autour de la civic tech avec des gens qui se lèvent en disant « on va essayer de faire fonctionner mieux la démocratie parce que l’ancien modèle ça ne marche plus ».

Et donc je serai en désaccord là-dessus. Je pense que si vraiment on veut arrêter la machine, il faut prendre le temps de souffler, de dire de toutes façons on n’est pas à un an près, on n’est pas à deux ans près. Les arguments qui sont donnés pour la lutte contre le terrorisme ne sont pas opérants. Et c’est la même chose pour l’état d’urgence, je pense qu’on verra ce sujet, on est dans le phantasme pur. Et donc prenons le temps de la réflexion, mettons tout le monde autour de la table. Et même, je vous dis, ce qu’on fait maintenant n’est plus sûr parce que, effectivement, l’automatisation peut permettre d’extraire les informations qu’on avait séparées, donc il y a un vrai enjeu de société, je le rappelle. Et pour moi personnellement, en tant que scientifique, vraiment l’idéal serait le retrait du décret de façon à dire OK changeons de logiciel, voyons maintenant ce qu’on peut faire. Mais la machine administrative est lancée. Comme l’a dit Manach dans son article, ils ont déjà recruté des gens, ça va être difficile, mais je pense qu’à un moment donné dans l’histoire, on peut être capables de faire de grandes et belles choses au service de la démocratie.

Edwy Plenel : Pétitionnez en ligne, si vous êtes d’accord pour le retrait et enrayez cette machine infernale. Maintenant que Patrick Baudouin, maître Patrick Baudouin qui est président d’honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, de la FIDH, nous a rejoints, nous allons élargir cette surprise, tombée un 30 octobre, de ce fichier TES, au climat que nous vivons depuis un an, depuis que le 16 novembre a été annoncé l’état d’urgence. Christine Lazerges, votre CNCDH a pris position à plusieurs reprises, vous n’êtes pas entendus. Pourquoi cette prolongation n’a pas de sens et pourquoi n’êtes-vous pas entendus ?

Christine Lazerges : Il y a d’abord une première raison pour laquelle nous pouvons ne pas être entendus c’est que notre commission, comme la vôtre [en se tournant vers Mounir Majhoubi], est consultative. Même dispositif, on peut être saisis par un membre du gouvernement ou ne pas être saisis et on est entendus, on n’est pas entendus. On aurait pu imaginer sur l’état d’urgence être plus facilement entendus puisque la commission des lois de l’Assemblée nationale nous a saisis pour assurer le suivi de l’état d’urgence et que, dans un avis très argumenté du mois de janvier dernier, nous avons admis que sous le coup de l’émotion on pouvait comprendre que le président de la République, par décret, ait lancé l’état d’urgence ; et même, à la rigueur, que la première période d’état d’urgence pouvait être comprise avec ce qu’elle pouvait avoir, très artificiellement mais quand même, de rassurant. Pour la suite, nous nous refusons catégoriquement à imaginer que l’état d’urgence puisse être permanent et il l’est depuis un an.

Edwy Plenel : Il faut rappeler pour tout le monde, parce que c’est un mot abstrait, qu’est-ce que ça veut dire pour les gens concernés qui vivent ça ?

Christine Lazerges : Je voudrais aussi rappeler qu’on est dans un système où une pluie de lois liberticides s’égraine au fil des mois et que, pour l’état d’urgence, on n’en est pas au décret du 14 novembre 2015 : on en est à la quatrième loi, la dernière est du 21 juillet 2016, et avant même que cette quatrième loi soit arrivée au terme, presque au terme du délai de six mois qu’elle prévoit, on nous annonce déjà, c’est-à-dire deux mois à l’avance, qu’il faudra continuer dans l’état d’urgence.

Nous avons immédiatement déclaré que l’état d’urgence faisait régresser les libertés ; que l’état d’urgence est un contournement de l’état de droit. Il y a un débat juridique là-dessus, certains disent : « Mais non, d’ailleurs le ministre de l’Intérieur le dit aussi, puisque l’état d’urgence est voté par le Parlement, il devient un élément de l’état de droit ; il n’est en rien un contournement de l’état de droit ».

Nous nous disons, en raison des régressions qu’il impose aux citoyens de ce pays, des régressions votées par le Parlement oui, mais qui affaiblissent notre État de droit qui se veut démocratique, avec une vraie séparation des pouvoirs, avec une vraie distinction entre, on va dire, police judiciaire/police administrative, contrôle a priori/contrôle a posteriori. Nous estimons, on estime en France, on estimait jusqu’à présent, que toute mesure d’entrave aux libertés supposait une autorisation d’un juge judiciaire. Nous en sommes à toutes sortes de mesures administratives, de prévention, qui ne supposent pas d’autorisation a priori et qui font l’objet quelquefois, statistiquement rarement, d’un contrôle a posteriori. Alors vous me disiez quelles mesures ?

Edwy Plenel : Ça veut dire les perquisitions administratives, pas de juge, à toute heure.

Christine Lazerges : C’est ça. Les perquisitions administratives ; de toutes façons, pas de juge et pas de recours.

Edwy Plenel : Voilà, pas de recours.

Christine Lazerges : Pas de recours puisqu’une fois que la perquisition est faite, on ne peut pas interdire la perquisition !

Edwy Plenel : Assignation à résidence.

Christine Lazerges : Quand même, pour la perquisition administrative, recours aux réparations. Mais les perquisitionnés sont totalement troublés, traumatisés par la perquisition, ne demandent qu’à disparaître du paysage et rarissimes sont ceux qui vont demander indemnisation pour les dégâts.

Edwy Plenel : En plus que la majorité d’entre elles, l’immense majorité, ne débouche pas sur des faits délictueux !

Christine Lazerges : L’immense majorité.

Edwy Plenel : L’immense, l’immense majorité.

Christine Lazerges : On est quand même à plus de 4500 perquisitions administratives.

Edwy Plenel : En un an.

Christine Lazerges : C’est-à-dire 4500 familles profondément troublées.

Edwy Plenel : Sur un soupçon, sans aucune preuve.

Christine Lazerges : Sur une note blanche, plus ou moins blanche, quelquefois datée, rarement, très rarement signée. Un cumul de soupçons.

Edwy Plenel : Sur Mediapart nous avons documenté, dans un article qui est fait par quelqu’un que vous connaissez bien, qui blogue sur Mediapart, un juriste.

Christine Lazerges : Absolument, Paul Cassia2.

Edwy Plenel : Paul Cassia, qui a fait un article.

Christine Lazerges : Un formidable article.

Edwy Plenel : Encore une fois sur l’état d’urgence qui dérive et qui montre combien il y a une atteinte à des droits fondamentaux et nous avons également documenté dans une interview que nous avions faite avec d’autres, Dominique Rousseau, Marie-Laure Basilien-Gainche, c’était Lénaïg Bredoux, « Un État de police se met en place ». Parce que ça veut dire, quand vous disiez État de droit, pour que tout le monde comprenne derrière ces grandes formules, normalement un État de droit ce n’est pas un État de police.

Christine Lazerges : N’est pas un État de police !

Edwy Plenel : Ce n’est pas simplement parce que le Parlement vote que c’est la loi !

Christine Lazerges : Absolument !

Edwy Plenel : La loi suppose qu’il y ait un autre pouvoir, rules of lawcomme on dit, ça veut dire qu’il y a une loi qui peut s’opposer au pouvoir et ça, ça se passe du côté de la justice.

Christine Lazerges : Bien sûr ! Absolument !

Edwy Plenel : Ce à quoi on nous habitue, le Parlement vote, la police exécute. Il n’y a plus rien à voir, circulez !

Christine Lazerges : Alors pas tout à fait.

Edwy Plenel : Je vous provoque pour que vous m’expliquiez, vous me rassuriez peut-être.

Christine Lazerges : Il y a quand même ce contrôle du juge administratif quand on forme un recours, donc pour les assignations à résidence.

Edwy Plenel : Le Conseil d’État laisse l’état d’urgence dériver, c’est ce que dit Paul Cassia. Il montre que le contrôle ne se fait pas.

Christine Lazerges : Oui. Je ne trouve pas du tout que Paul Cassia ait tort. Le Conseil d’État a quand même pris un certain nombre de décisions intéressantes, mais encore faut-il qu’il y ait un recours a posteriori. Le recours a posteriori n’a pas du tout les avantages du contrôle a priori. Évidemment, puisque peu de gens forment un recours, et que ce n’est jamais qu’une jurisprudence, et une jurisprudence a posteriori qui n’est pas, pour tous les recours, la même.

Mais ce qui nous frappe le plus à la CNCDH, c’est qu’on met dans une situation de glissement sémantique entre le droit à la sûreté, qui est le droit de la Déclaration de 89, le droit de la Déclaration universelle de 1948 à ne pas être victimes de l’arbitraire de l’État, à pouvoir se défendre contre les intrusions d’un État qui sortirait de ses attributions classiques, ordinaires, démocratiques, et le droit à la sécurité est conçu aujourd’hui comme étant le droit à la sécurité des personnes et des biens, alors qu’il y a mille formes de sécurité. C’est un droit tout jeune, qui n’existe dans le droit français que depuis 1995 et, de surcroît, les politiques et bien d’autres, même certains juristes, mélangent sûreté et sécurité. Et ce qu’il faut affirmer haut et fort c’est que l’esprit de sécurité se substitue à l’esprit de sûreté et que les citoyens semblent s’en accommoder. Et la CNCDH apparaît pour le coup comme hors-sol, deux siècles en arrière, défendant des libertés dont on ne sait plus très bien à quoi elles servent puisque la seule peur qui absorberait toutes les peurs, c’est la peur du terrorisme. Or des insécurités, il y en de toutes sortes et à ne cibler que sur la peur du terrorisme, on s’intéresse beaucoup moins aux insécurités alimentaires, environnementales, médicales, et tout ce que vous voulez, et on est dans une société qui bafoue les libertés pour défendre un risque zéro impossible, inatteignable, dans le domaine du terrorisme.

Edwy Plenel : J’ai une question que tout le monde se pose quand même. Vous êtes présidente de cette commission consultative, vous êtes compétente en tant que juriste mais vous avez aussi des engagements de citoyenne, vous avez été même députée à un moment, vous avez suivi la gauche et vous avez même animé un club qui est le club « Droits Justice et sécurités » devant lequel François Hollande, en campagne électorale, est venu prendre de grands engagements sur les libertés.

Christine Lazerges : Absolument !

Edwy Plenel : Ce que vous venez de dire pour ma génération, qui a passé la soixantaine, c’est ce que la gauche, historiquement, a toujours défendu : il n’y a pas de sécurité véritable sans liberté et sans liberté individuelle.

Christine Lazerges : Absolument ! D’ailleurs nous allons organiser un grand débat là-dessus.

Edwy Plenel : Vous avez prévu de mettre ça à l’agenda le 17 janvier.

Christine Lazerges : Le 17 janvier.

Edwy Plenel : À Paris.

Christine Lazerges : « Il n’y a pas de sécurité sans liberté. »

Edwy Plenel : Alors ma question toute simple parce que, quand même, tout le monde se pose la question aujourd’hui : comment expliquez-vous que ces gens qui, au départ, partagent les mêmes valeurs, les mêmes idéaux, les mêmes sensibilités, les mêmes engagements…

Christine Lazerges : Dont on a construit le programme.

Edwy Plenel : Dont vous avez construit le programme, que vous avez fait élire, que vous avez ceci, que vous avez accompagnés, que ces gens fassent cette régression qui est d’habitude celle de pouvoirs conservateurs ? Ça veut dire que quoi ?

Christine Lazerges : Ça veut dire que la peur a pris le pas sur la raison et sur les convictions. Ça veut dire que les convictions ont lâché, la digue des convictions a lâché et c’est catastrophique ! Quand on lit, dans le titre du Monde daté d’aujourd’hui « La politique de sécurité de la droite et de la gauche est la même », les bras vous en tombent et on se dit « mais en quatre ans la régression est fantastique », avec des effets pervers sur lesquels je voudrais dire quelques mots.

Premier effet pervers : coût économique. J’attends que quelqu’un, qu’un chercheur en économie nous dise ce que coûte l’état d’urgence. Je pense que c’est considérable !

Edwy Plenel : Avec les militaires partout.

Christine Lazerges : Les militaires, etc. Je pense que le mal à l’aise de la police est dû en partie aussi au burn-out latent des forces de police et de gendarmerie.

Deuxièmement, et beaucoup plus important encore, le coût fantastique en termes de cohésion sociale, en termes de racisme, en termes de méconnaissance de ce qu’est la laïcité. Alors cohésion sociale, je prends quelques exemples : c’est quand même à peu près toujours chez les mêmes que l’on perquisitionne ; c’est quand même à peu près toujours les mêmes qui sont assignés à résidence. Et maintenant, le nouveau dispositif use plus facilement des interdictions de manifester, pas encore grandement mais plus facilement, et par le biais de nos textes sur l’état d’urgence on peut entraver des manifestations sociales, collectives et non plus simplement suspecter les individus seuls. Pour ce qui est de la cohésion sociale, les difficultés d’intégration d’un certain nombre de jeunes issus de l’immigration croissent avec les peurs développées à l’encontre d’une religion dans ce pays.

Edwy Plenel : L’islam. Il faut dire les choses.

Christine Lazerges : L’islam, disons-le, l’islam. Ce qui fait que la CNCDH se bat sur plusieurs fronts. Elle se bat sur le front des dispositions de l’état d’urgence avec, je veux le dire aussi, dans la loi du 21 juillet dernier qui était une loi en deux articles, qui devait porter sur le renouvellement de l’état d’urgence, ne voila-t-il pas que le Parlement y a ajouté une série d’autres articles sur les mesures dont les juges de l’application des peines peuvent user pour favoriser la réinsertion. Et là aussi, on est en régression totale, comme si l’objectif de réinsertion avait disparu. Et cette partie de la loi du 21 juillet dernier est un vrai cavalier. Elle a été votée en trois jours : débats, trois jours ; auditions, zéro ; nous-mêmes, nous n’avons pas du tout été auditionnés pour ce texte-là. On a bouleversé le droit de l’exécution des peines dans un texte sur la prorogation de l’état d’urgence. Donc voilà ! Et chaque fois, dans ces textes, on a des cavaliers de ce type et oui, c’est très inquiétant. Vous disiez tout à l’heure qu’un gouvernement autoritaire viendrait à remplacer Bernard Cazeneuve, François Hollande et Jean-Jacques Urvoas, il n’y a pas besoin de voter de nouveaux textes.

Edwy Plenel : Il a tout !

Christine Lazerges : Tout !

Edwy Plenel : Ils lui ont tout préparé.

Christine Lazerges : La mallette est là.

Edwy Plenel : Eh bien merci. Quand même, qu’est-ce qu’il faut faire ?

Christine Lazerges : On désespère, nous à la CNCDH, d’avoir un quelconque poids !

Edwy Plenel : Vous avez compris, il faut se mobiliser, là.

Christine Lazerges : Voilà.

Edwy Plenel : Patrick Baudouin, vous regardiez ça avec un sourire. Votre fédération internationale fédère toutes sortes d’organisations nationales, près de 200 ou à peu près 180 et quelques.

Patrick Baudouin : 180, oui.

Edwy Plenel : Voilà, c’est ça. 184, je crois précisément. Vous aviez fait, en juin, un rapport sur « Les mesures antiterroristes françaises contraires au droit humain, quand l’exception devient la règle », documentant, comme nous l’avons fait dans des articles de Mediapart, avec plusieurs exemples qui montrent tous ces abus, qui montrent comment il y a toutes sortes de dérapages. Comment vous regardez ça au-delà de votre sourire paisible ?

Patrick Baudouin : Le sourire est un peu de circonstance parce que les temps qui courent ne portent pas à sourire, je dois dire. Comment je regarde ça ? Je crois que le premier point c’est de rappeler que, depuis une vingtaine d’années, on a empilé les textes, depuis une vingtaine d’années ! Depuis 85, successivement, à chaque fois qu’il y a un acte terroriste, on prend un texte, un peu plus répressif que le précédent et, petit à petit, on grignote vraiment les libertés. Ça c’est la première observation.

La deuxième observation c’est qu’il y a l’état d’urgence, c’est vrai, qui est renouvelé, qui devient un état quasiment permanent, mais, justement, avec des textes en parallèle, cette accumulation de textes successifs qui, finalement, sont en train d’instaurer, indépendamment de l’état d’urgence, un état d’urgence permanent. Je pense en particulier à la dernière loi sur la réforme pénale et la procédure pénale. Ça se traduit par quoi en résumé ? Ça se traduit par un accroissement considérable des pouvoirs de l’administration, c’est-à-dire des préfets, un accroissement considérable des pouvoirs du parquet et un accroissement considérable des pouvoirs de la police. Maintenant les policiers, pendant quatre heures, sous prétexte qu’ils ont des raisons sérieuses de penser que quelqu’un peut porter atteinte à l’ordre public, quelqu’un peut être interpellé pendant quatre heures sans possibilité d’assistance d’avocat. Ce sont des choses qui étaient quasiment inimaginables il y encore quelques mois.

Donc on a ce renforcement considérable des pouvoirs au détriment, on l’a dit tout à l’heure, du juge judiciaire. Moi je pratique beaucoup la justice, je ne place pas forcément le juge judiciaire comme toujours le garant absolu. Mais il n’empêche que le juge judiciaire, quand on cherche à le contourner, c’est très mauvais signe ! Et le juge administratif, quelles que soient les qualités, n’a pas les moyens, n’a pas, dans la compétence qui est la sienne, les moyens d’enrayer toutes ces dérives.

On a parlé tout à l’heure de deux éléments assez choquants effectivement : ce sont les perquisitions et les assignations à résidence. Alors les perquisitions 4500, à peu près, je crois. Qui ont débouché sur quoi ? Peanuts ! Rien du tout. Pschitt ! Il y a eu 7 ou 9 poursuites judiciaires.

Christine Lazerges : Un petit peu plus, et sur des bêtises.

Patrick Baudouin : Un peu plus maintenant ; au début très peu. Et puis ça se passe dans des conditions épouvantables pour les gens qui font l’objet de perquisitions. C’est à trois/quatre heures du matin, ça va être la grand-mère, le petit-fils, qui vont être des gens traumatisés, qui, au demeurant d’ailleurs, vont être plutôt révoltés contre ce qui se passe, donc dans l’avenir…

Edwy Plenel : Ça crée du ressentiment pour la suite et ça ne crée pas du lien social, en clair.

Patrick Baudouin : Ça crée du ressentiment et il n’y a pratiquement pas de possibilité, ensuite, d’agir judiciairement puisque le mal est fait et bien. Et puis l’assignation à résidence qui, elle, vraiment conduit à des situations absurdes dans certains cas, avec un pouvoir très limité du juge administratif.

Edwy Plenel : Vous allez tous rester, je vous propose qu’on voit un cas que vous connaissez bien, puisque vous avez été, parmi d’autres, son avocat, qui est assigné à résidence ; nous l’avons raconté sur Mediapart, c’est le cas d’Adlène Hicheur, un physicien. Vous allez voir l’histoire au début et on va vous raconter la suite.

Voix off - TF1 : 8 octobre 2009, Adlène Hicheur, un physicien franco-algérien de 35 ans, est arrêté par les policiers antiterroristes alors qu’il partait en Algérie pour y acheter un terrain. Depuis, il est placé en détention. On lui reproche d’avoir échangé 35 mails sur des forums islamistes avec un membre d’Al-Qaïda Maghreb. Adlène Hicheur est suspecté d’avoir projeté avec lui un attentat en France.

Voix off - France3 : Deux ans après son arrestation, Adlène Hicheur est toujours en détention provisoire. Ses nombreuses demandes de remise en liberté ont toutes été rejetées. Le jeune physicien, qui travaillait au Centre de recherche nucléaire de Genève, est d’autant plus dangereux qu’il est intelligent, estiment certains magistrats.

Voix off - TF1 : Selon ce spécialiste en terrorisme, la menace est clairement établie dans un échange daté du 1er juin 2009 : « Cher frère, on ne veut pas tourner autour pot, est-ce que tu es disposé à travailler dans une unité activant en France ? » Et la réponse d’Adlène Hicheur c’est : « Concernant ta proposition la réponse est oui, bien sûr. »

Voix off - BFMTV : Son avocat [Patrick Baudouin] et ses proches ont dénoncé un scandale judiciaire : « Il s’agit d’échanges de mails via des flux internet. Il n’y a ni armes, ni financements prouvés, ni relations douteuses, ni écoutes téléphoniques compromettantes. »

Voix off - BFMTV : Adlène Hicheur écope de quatre ans de prison ferme. Il a déjà passé deux ans et demi en détention. Avec le jeu des remises de peine il devrait sortir bientôt. Adlène Hicheur va réfléchir à la possibilité de faire appel.

Edwy Plenel : Alors Patrick Baudouin, c’est vous qu’on voyait là. Donc je résume, Adlène Hicheur est interpellé en 2009. Il est mis en détention. Il est jugé en 2012, condamné à quatre ans de prison si je ne me trompe.

Patrick Baudouin : Cinq ans, dont un avec sursis. Quatre ans ferme.

Edwy Plenel : Quatre ans ferme, qui couvrent, en fait, sa détention. Il décide de ne pas faire appel. Finalement il décide d’aller refaire sa vie au Brésil, toujours en tant que physicien de haut niveau et, dans le contexte brésilien — à la fois les attentats à Paris, la crise de régime, la sécurité des Jeux olympiques — alors qu’il est réintégré, qu’il est dans l’université, qu’il n’y a aucun indice, aucun fait, aucun soupçon, aucun mail, que c’est derrière lui — il doit dire ou penser aujourd’hui que c’étaient des bêtises sans doute — eh bien il est pris par les policiers brésiliens et, en juillet, il est envoyé en France. Et aujourd’hui, vous allez nous raconter, il ne peut plus travailler, il doit aller tous les jours au commissariat central de Vienne, en France. Il est dans une situation qui est une totale impasse pour lui, ce que Louise Fessard, pour Mediapart, a documenté en disant « Adlène Hicheur coincé en France entre Kafka et Orwell. »

Patrick Baudouin : Oui, c’est assez bien dit. Il faut juste rappeler qu’il a été condamné, donc il n’est pas question d’y revenir, mais son procès a été extrêmement controversé parce que les échanges n’étaient que virtuels. Il n’y avait pas le moindre début de commencement de preuve d’acte d’exécution. Donc ça avait donné lieu, d’ailleurs, à pas mal de discussions à l’époque, intéressantes, puisque c’était un des premiers procès de ce genre, si ce n’est le premier. Il a été condamné à quatre ans d’emprisonnement, vous aviez raison de le rappeler, qui finalement n’étaient pas une peine très lourde parce que ça couvrait simplement sa détention. C’est habituel dans ce cas, parce que c’est assez difficile pour les magistrats de prononcer une relaxe quand quelqu’un a passé trois ans ou trois ans et demi en prison.

Edwy Plenel : Ce serait mettre en cause l’institution policière. Ils ne le font pas.

Patrick Baudouin : Voilà. Ceci étant rappelé, c’est quand même pour dire qu’il n’avait pas été prouvé, même à ce moment-là, qu’il avait une dangerosité extraordinaire. Ensuite il a purgé sa peine. Les faits qui lui sont reprochés remontaient à 2009. Il est parti au Brésil ; c’est un chercheur de haut niveau, c’est un physicien de haut niveau qui était au Centre de recherche nucléaire de Genève, il y travaillait.

Edwy Plenel : Conseil européen pour la recherche nucléaire, le CERN.

Patrick Baudouin : Oui, le CERN à Genève. Il était également professeur à l’École polytechnique de Lausanne, donc c’est quelqu’un ! Il est parti au Brésil parce qu’on n’a plus voulu de lui, ni en France, ni en Suisse, et il a retrouvé un poste au Brésil. Il a été complètement adopté par la communauté scientifique brésilienne, il a fait des travaux tout à fait remarquables et puis sont arrivés les Jeux olympiques, tout un contexte au Brésil. On a ressorti ; il y a de toujours de bonnes âmes pour aller ressortir le passé et essayer de vous mettre en difficulté.

Edwy Plenel : C’est la même presse qui a mené la campagne contre le pouvoir brésilien, qui a mis en exergue comme s’il y avait un terroriste au Brésil.

Patrick Baudouin : Absolument. Ce sont les forces les plus conservatrices, disons, pour ne pas dire davantage, du Brésil, qui ont ressorti un dossier assez ancien alors qu’il était parfaitement intégré au Brésil. Donc il est expulsé. Il arrive en France, il me passe un coup de fil d’ailleurs, et sa famille. Je crois que c’était, de mémoire, le 15 juillet, enfin le week-end du 14 juillet 2016. Il est immédiatement assigné à résidence, avec une assignation à résidence très lourde, c’est-à-dire obligation de résider dans la commune de Vienne, dans l’Isère, c’est le lieu de domicile de ses parents. Il ne peut pas bouger de la commune de Vienne sauf sauf-conduit qui ne lui est d’ailleurs jamais accordé ; obligation de pointer ; il ne peut pas sortir entre vingt heures et six heures, vingt heures le soir/six heures le matin, et obligation de pointer trois fois par jour, trois fois par jour ! Tous les jours y compris les jours fériés. Enfin c’est vraiment ce qu’on appelle la totale dans le genre.

Edwy Plenel : Il est emprisonné chez ses parents !

Patrick Baudouin : C’est une sorte de prison et il ne peut pas retrouver d’activité professionnelle, il ne peut plus avoir de contacts. Le résultat est un repli sur lui-même qui, à la limite d’ailleurs, peut être dangereux pour lui d’abord, mais je dirais même, si on veut créer des ressentiments et des mouvements de révolte et si on veut générer de nouvelles générations de terroristes, eh bien on n’a qu’à s’y prendre comme ça ! C’est pire que tout parce que c’est un sentiment légitime de totale injustice que ressent aujourd’hui Adlène Hicheur et il est dans une situation kafkaïenne. Il a fait un recours devant le tribunal administratif contre l’assignation à résidence. Recours qui a été rejeté, on ne lui a même permis de se présenter à l’audience : il n’a pas pu aller à l’audience qu’il avait demandée à faire. Donc il y a eu ensuite un appel devant le Conseil d’État, avec un mémoire que j’ai reparcouru avant de venir vous voir tout à l’heure, qui a été pris par un avocat au Conseil, qui est absolument remarquable sur tous les points et en particulier, quand même, dénonçant le fait qu’il n’a même pas pu se présenter à l’audience. Et finalement le Conseil d’État confirme la décision du tribunal administratif qui rejette la demande d’annulation de l’assignation à résidence en disant, alors c’est assez extraordinaire, ce qu’avait dit le tribunal administratif : « mais il ne justifie à aucun moment de ce qu’il aurait renoncé à ses convictions antérieures, etc. » C’est une preuve négative.

Edwy Plenel : C’est une peine à vie !

Patrick Baudouin : C’est impossible d’apporter ce type de preuve. Et puis le Conseil d’État, quand même plus subtil, a repris un peu les éléments de la condamnation qui avait été prononcée en 2012 pour dire que la preuve avait été rapportée et que c’était un individu extrêmement dangereux et que s’il n’avait pas été arrêté il y aurait eu des attentats commis en France. Ce qui est parfaitement faux aux termes mêmes du dossier, parce que jamais dans le dossier, et même dans la condamnation, on a dit qu’il y avait une menace imminente d’attentats du fait du comportement d’Adlène Hicheur.

Edwy Plenel : C’est le mot nucléaire qui fait peur. C’est le fait que ce soit un physicien nucléaire, comme a dit le policier tout à l’heure, « il est dangereux parce qu’il est intelligent ! »

Patrick Baudouin : Oui, je crois que c’est un peu ça ! Et puis, plus largement, je crois que c’est ce qui a été rappelé tout à l’heure excellemment, c’est tout un climat aujourd’hui et c’est ça qui est extrêmement préoccupant. C’est tout un climat, c’est une série, dans l’opinion publique, de glissements successifs où il n’y a plus que la sécurité qui compte, la sécurité, comme vous le disiez aussi très justement, antiterroriste, alors que le nombre de morts – c’est dramatique, ce n’est pas la question, comment dire, de limiter l’ampleur de la barbarie qui peut résulter du terrorisme, évidemment – mais, en nombre de victimes, c’est bien moindre que d’autres causes d’insécurité.

Christine Lazerges : La circulation routière !

Patrick Baudouin : Mais on focalise là-dessus et je crois que les responsables politiques sont, hélas une nouvelle fois, très largement responsables, parce que c’est une sorte de fonds de commerce qui est alimenté pour, finalement, aller en plein dans le sens, en plus, des terroristes eux-mêmes parce que leur objectif c’est la terreur, c’est la peur, c’est la renonciation à tout ce qui fait nos valeurs fondamentales. Autrement dit, tout ça c’est absolument désastreux. Je crois que ce n’est pas efficace. Au contraire, je crois que c’est très contre-productif parce que ça ne peut que générer cette rupture du contrat social, alimenter toutes les haines, tous les conflits à l’intérieur même des sociétés, donc ce n’est pas efficace. Et puis c’est extrêmement dangereux pour l’avenir parce qu’on prétend viser les terroristes et, en réalité, on vise les citoyens. On a vu que le pire peut arriver, il y a quelques jours…

Edwy Plenel : Vous parlez de Trump aux États-Unis.

Patrick Baudouin : Oui pour parler clair. C’était quand même relativement inimaginable qu’un Trump, j’allais dire, soit à la tête des États-Unis il y a quelques mois.

Edwy Plenel : Raciste, xénophobe, homophobe, sexiste, et ainsi de suite.

Patrick Baudouin : Raciste, xénophobe, sexiste, tout y est. Et il est président de la plus grande puissance du monde. Réfléchissons un peu. Et l’arsenal qui a été mis en place par la droite puis, ce qui est quand même encore plus scandaleux et plus ahurissant, par la gauche, peut servir demain à une extrême droite qui aura tout ce qu’il lui faut pour anéantir les comportements individuels et les libertés.

Edwy Plenel : Pour terminer sur le cas précis d’Adlène Hicheur qui, je suppose, est en train de nous regarder avec sa famille depuis Vienne, on en est à une situation, de fait, d’exclusion dans laquelle il est mis, qu’il en vient, puisqu’il est franco-algérien, à demander qu’il soi déchu, c’est-à-dire à ce qu’on lui applique cette déchéance nationale qui avait été brandie et qu’il n’ait plus la nationalité française de façon à ce qu’il puisse rejoindre l’Algérie puisqu’on l’empêche, c’est là où il voudrait aller, on l’empêche d’aller au prétexte qu’il est français et qu’il pourrait revenir. Donc il dit : « Enlevez-moi ma nationalité ! » Toute sa famille, parce que son frère est aussi un universitaire brillant, est poussée à aller à l’étranger. Et au fond, on se dit voilà des élites universitaires, savantes, scientifiques, et on leur dit « eh bien vous n’êtes pas français ! »

Patrick Baudouin : On n’est pas seulement dans le liberticide, mais on est dans l’absurde en plus, l’absurde le plus total !

Edwy Plenel : Alors pour cet absurde, nous sommes aujourd’hui le 16 novembre. Demain 17 novembre, au Guatemala, se tient un symposium latino-américain de physique, un grand événement où il y a des gens de tous les pays et ils ont décidé de maintenir à leur programme, son nom est là, un des savants qui doit intervenir, Adlène Hicheur. Eh bien demain à 17 heures, c’est dans le programme, il y a l’intervention à ce symposium, elle est là en rouge, il y a l’intervention de Adlène Hicheur qui est prévue sur l’agenda par tous les organisateurs qui représentent tous les pays latino-américains parce que, dans cette affaire-là aussi, il y a comment le monde nous voit. Et les organisateurs, des physiciens, des savants, ont décidé que ce savant devait être présent, et demain ils diront « eh bien il n’est pas présent pour ce dont nous venons de parler. »

Patrick Baudouin : On est un très mauvais exemple.

Christine Lazerges : Très mauvais exemple.

Edwy Plenel : Un dernier mot Christine.

Christine Lazerges : La France, avec cet état d’urgence, bénéficie, je dis ça tristement, de l’article 15 de la Convention européenne des droits de l’homme qui fait qu’elle se dégage des droits fondamentaux, hormis les deux droits indérogeables que sont le droit à la vie et le droit à ne pas faire subir un traitement [inhumain, NdT].

Edwy Plenel : Nous sommes en dehors de la Convention européenne des droits de l’homme ? Comme l’a fait monsieur Poutine, d’autres, pareil. On est en dehors ?

Christine Lazerges : Non, pas pour les droits indérogeables, mais on obtient, par cet article 15, une latitude qui est une honte pour nous et monsieur Erdogan lorsqu’il a décrété l’état d’urgence en Turquie a dit : « Je peux le faire puisque la France le fait. » Donc l’image dégradée de notre pays ne cesse de se dégrader et personne d’autre en Europe n’est en état d’urgence, personne d’autre ! Et il faut un tout petit peu de courage politique pour en sortir. On s’aperçoit que ce tout petit peu de courage politique n’est pas là.

Edwy Plenel : Ni en Espagne, ni en Grande-Bretagne après les attentats.

Christine Lazerges : Personne, ni en Belgique.

Edwy Plenel : Ni en Belgique après les attentats dramatiques, ni en Allemagne où il y a eu d’autres événements, on ne se trouve avec des militaires qui patrouillent en permanence dans les rues. Vous traitez tout cela dans vos rapports, les uns et les autres, dans vos batailles. Je rappelle donc Paul Cassia Contre l’état d’urgence c’est chez Dalloz, c’est très pédagogique, très précis, et c’est fait sur le terrain du droit ; ce n’est pas de l’idéologie, c’est de la technique : pourquoi c’est inefficace, pourquoi ça mine les libertés. Et vous-même Christine Lazerges, dans les Archives de politique criminelle, avec d’autres collègues, vous venez de sortir, c’est aux Éditions Pedone, une réflexion sur les terrorismes et comment ça sert souvent d’alibi pour la politique de la peur.

Lettre d'information publique de l'April du 1er novembre 2017

jeu, 02/11/2017 - 04:07

Bonjour,

Sur l'Open Bar Microsoft/Défense, notre travail porte ses fruits. La Sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam a en effet déposé une résolution visant à la création d'une commission d'enquête. Nous saluons la proposition de la parlementaire et appellons l'ensemble de ses collègues à la soutenir. Sur ce dossier, nous avons également répondu à de longues interviews dans le cadre de la préparation de deux documentaires pour la télévision dont la diffusion est prévue début 2018.

Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label Territoire Numérique Libre jusqu'au mercredi 15 novembre 2017.

Le groupe Transcriptions vous offre quatorze nouvelles transcriptions.

N'oubliez pas d'écouter les dernières éditions du Décryptualité ; chacune dure une quinzaine de minutes.

En novembre aura lieu le Capitole du Libre, le 18 et le 19, à Toulouse, nous avons besoin d'aide pour tenir notre stand. D'autres événements sont prévus dans les jours qui viennent.

Vous pouvez déjà noter dans votre agenda que la prochaine assemblée générale aura lieu le samedi 17 mars 2018 à l'université Paris 8 (Saint-Denis), avec diffusion en direct, audio et vidéo.

Fin juillet, nous avions publié une offre d'emploi. Le processus de recrutement est terminé. Début novembre, nous avons le plaisir d'accueillir une assistante administrative.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations et notamment la revue de presse qui propose une vingtaine d'articles.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Open Bar Microsoft/Défense : l'April appelle les sénateurs et sénatrices à adopter la résolution visant à la création d'une commission d'enquête

Quelques jours après la confirmation du renouvellement du contrat « Open Bar » Microsoft/Défense pour encore quatre années, la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, secrétaire de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, a déposé le lundi 16 octobre 2017 une « proposition de résolution relative à la création d'une commission d'enquête sur les contrats cadres passés entre le ministère de la Défense et Microsoft ». L'April salue la proposition salutaire de la parlementaire et appelle l'ensemble de ses collègues à la soutenir.

Notre communiqué est également disponible en anglais.

Collectivités, participez à l'édition 2017 du label Territoire Numérique Libre

Les collectivités territoriales peuvent proposer leur candidature au label Territoire Numérique Libre jusqu'au mercredi 15 novembre 2017, 23h59. L'April fait partie du Comité d'Orientation du label et a travaillé de concert avec d'autres acteurs ainsi qu'avec l'ADULLACT pour produire le questionnaire et le règlement de ce label.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Open Bar Microsoft/Défense : l'April appelle les sénateurs et sénatrices à adopter la résolution visant à la création d'une commission d'enquête
  2. Collectivités, participez à l'édition 2017 du label Territoire Numérique Libre
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Open Bar Microsoft/Défense : l'Armée et son système informatique victimes du syndrome de Stockholm
    2. Open Bar Microsoft/Défense
    3. Quatorze nouvelles transcriptions
    4. Décryptualité
    5. Revue de presse
  4. Conférences, événements
    1. Événements à venir
    2. Événements passés
  5. Vie associative
    1. Embauche à venir
    2. Revue hebdomadaire
    3. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets Open Bar Microsoft/Défense : l'Armée et son système informatique victimes du syndrome de Stockholm

Suite à une demande de communication de documents administratifs, les documents reçus, malgré le caviardage, nous confirment que l’administration est déterminée à s'enfermer toujours davantage dans le silo technologique privateur de Microsoft en dépit des nombreuses critiques émises.

Open Bar Microsoft/Défense

Nous continuons notre action sur le dossier Open Bar Microsoft/Défense. Celui-ci sera à nouveau à l'ordre du jour en particulier dans les médias. Des journalistes préparent un documentaire pour la télévision française et nous avons été longuement interviewés. Une interview avec une télévision allemande a également eu lieu.

Quatorze nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec quatorze nouvelles transcriptions :

Décryptualité

Depuis le 20 février 2017, date du premier Décryptactualité, un petit groupe de membres de l’April se réunit chaque semaine : « On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large ». Dans un format d’une quinzaine de minutes, les sujets concernant l’actualité informatique sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre.

Revue de presse

La revue de presse fait partie du travail de veille mené par l'April dans le cadre de son action de défense et de promotion du Logiciel Libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Pour gérer cette revue de presse, un groupe de travail a été créé (vous pouvez en consulter la charte ici) ainsi qu'une liste de discussion rp@april.org où vous pouvez envoyer les liens vers des articles qui vous semblent intéressants.

La revue de presse est désormais également diffusée chaque semaine sur le site LinuxFr.org. Cette diffusion lui offre un lectorat plus large.

Il existe un flux RSS permettant de recevoir la revue de presse au fur et à mesure (rapidement et article par article donc).

Les derniers titres de la revue de presse :

Un Petit guide de la revue de presse est disponible pour ceux qui souhaitent contribuer.

Voir la page revue de presse sur le site pour le détail des articles.

Conférences, événements Événements à venir Événements passés Vie associative Embauche à venir

Fin juillet, nous avions publié une offre d'emploi. Le processus de recrutement est terminé. Début novembre, nous accueillons une assistante administrative.

Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 6 octobre 2017, la synthèse de la revue du 13 octobre 2017, la synthèse de la revue du 20 octobre 2017, la synthèse de la revue du 27 octobre 2017.

Adhésions

Au 1er novembre 2017, l'association compte 4 130 adhérents (3 718 personnes physiques, 412 personnes morales).

Soutenir l'association

L'April a besoin de votre aide. Vous pouvez faire un don à l'association et participer ainsi au financement de nos actions.

Pour faire un don à l'association, rendez-vous à l'adresse suivante https://www.april.org/association/dons.html (il est possible de faire un don par chèque, virement, carte bancaire ou encore prélèvement automatique).

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association à titre individuel

Dans une association, l'adhésion est un acte volontaire. C'est aussi un acte politique car c'est manifester son soutien à l'objet de l'association ainsi qu'aux valeurs qui le sous-tendent. Une adhésion fait la différence en contribuant à atteindre les objectifs de l'association.

Adhérer à l'April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de soutenir financièrement les actions de l'association.

Il est possible d'aider l'association en lui donnant de son temps ou de son argent. Toutes les contributions sont les bienvenues.

Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

Pour adhérer à l'April, vous pouvez remplir le formulaire en ligne.

Pour tout renseignement, n'hésitez pas à nous contacter.

Rejoindre l'association en tant que personne morale

Que vous soyez une entreprise, une collectivité ou une association, adhérez pour participer activement aux décisions stratégiques qui vous concernent !

Votre structure a besoin de tirer le meilleur parti du logiciel libre et pour défendre ses intérêts, elle doit :

  • exercer une veille permanente pour se tenir informée des opportunités et des menaces ;
  • constituer et entretenir des réseaux relationnels institutionnels ;
  • être éclairée sur les contextes juridiques et stratégiques ;
  • contribuer à la défense de l'informatique libre face aux acteurs qui lui sont hostiles ;
  • mieux faire connaître et valoriser son action.

April est au cœur des grandes évolutions du logiciel libre. Adhérer à April permet :

  • de défendre collectivement un projet de société ;
  • de s'investir activement dans la vie de l'association à travers ses groupes de travail et ses actions ;
  • d'être informé régulièrement des événements logiciel libre ;
  • d'agir sur les institutions à travers un partenaire incontournable ;
  • de financer ou cofinancer des actions stratégiques.

Pour adhérer à l'April, il suffit de vous rendre à l'adresse suivante : adhérant dès maintenant à l'April.

Pour tout renseignement n'hésitez pas à nous contacter.

Archives

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Les archives de la lettre sont disponibles en ligne.

Journée d'étude d'Astérya « Associations : innovations ou chimères démocratiques ? » (9/11/2017, 93210 Saint-Denis)

mer, 01/11/2017 - 10:19
Début: 9 Novembre 2017 - 09:00Fin: 9 Novembre 2017 - 17:00

Astérya1 organise une Journée d'étude sur le thème «  Associations : innovations ou chimères démocratiques ? » le jeudi 9 novembre 2017 Maison des Sciences de l'Homme (MSH) Paris-Nord 20 Avenue George Sand 93210 Saint-Denis. Frédéric Couchet, délégué général de l'April, participera à cette journée.

Description de la journée par Astérya :

« Cette journée comprend 8 ateliers pour interroger, étudier, secouer et agiter la démocratie dans les associations ! Cette journée d’étude viendra questionner le rôle, la place, le fonctionnement des associations dans un contexte de renouveau démocratique via des tables rondes participatives et des ateliers surprenants. Ouverte aux chercheur-ses, professionnel-les, militant-es associatif-ves et simples curieux-ses, elle vise à croiser les regards sur les pratiques actuelles des associations et à imaginer des solutions aux problèmes de gouvernance. Discussions, débats, ateliers et temps d'échanges sont au programme ! »

Retrouvez les ateliers et le programme détaillé.

L'inscription à cette journée est gratuite et obligatoire. une participation aux frais est demandée pour le déjeuner lors de l’inscription.

  • 1. Créée en 2014, Astérya a « pour objectif de favoriser la participation et l’engagement citoyen, sous toutes ses formes »

Apéro April le 16 novembre 2017 à Montpellier

mer, 01/11/2017 - 05:38
Début: 16 Novembre 2017 - 18:18Fin: 16 Novembre 2017 - 20:20 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

Quand et quoi

Le prochain apéro à Montpellier aura lieu jeudi 16 novembre 2017 à l'adresse suivante : Le Faubourg - 15, rue du Faubourg de Nîmes, 34000 Montpellier.

Pour tous les détails rendez-vous sur le site de Montpel’libre.

Les Aprilapéro Montpellier auront lieu le 3e jeudi de chaque mois.

Roma Semplice - Mairie de Rome et le logiciel libre

mar, 31/10/2017 - 08:49


Titre : Le travail /"> dell'Assessorato Roma Semplice [mairie de Rome] sur le logiciel libre
Intervenante : Flavia Marzano, conseillère municipale - Roma Semplice
Lieu : Rome
Date : Octobre 2017 - Linux Day
Durée : 2 min 44
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : Transcription et traduction réalisées par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Descrizione

Dalla Delibera di Giunta di ottobre 2016 alle centinaia di istallazioni di LibreOffice nelle postazioni dei dipendenti capitolini, continua il lavoro dell'Assessorato Roma Semplice sul software libero.

Trascrizione

Siamo in ottobre. Un anno fa, esattamente un anno fa abbiamo fatto la prima delibera di adozione del software libero per il comune di Roma. Quindi Roma Capitale si è data una delibera di indirizzo in cui suggerisce a tutte le strutture che acquisiscono software di verificare prima se è possibile adottare soluzioni libere.

Abbiamo iniziato poi con uno studio, con una ricognizione sulla situazione dell’esistente in termini di software, di licenze all’interno dell’ente con una relativa roadmap per capire come fare la transizione.

Non abbiamo la presunzione di riuscire a fare lo switchoffing in 24 ore ma neanche probabilmente in 24 mesi. Però la strada è segnata ed è questo che a noi interessa. Vogliamo cominciare a lavorare nella direzione giusta.

Per chi fa domande se lo facciamo per risparmio, la risposta è no, quantomeno non come prima motivazione. La motivazione principale è che non vogliamo essere ricattatili dai fornitori quindi niente lock-in. Vogliamo poter scegliere indipendentemente i nostri fornitori, vogliamo aver la strutture dei nostri dati, vogliamo essere compliant alla normativa agli articoli 68 e 69 del codice dell’amministrazione digitale che chiedono esplicitamente di adottare soluzioni libere là dove è possibile e motivare se non lo è. Quindi in questa direzione stiamo andando.

Nella consapevolezza appunto delle difficoltà si parla di cultura digitale. Abbiamo avviato la formazione per i nostri dipendenti, abbiamo avviato un questionario per capire quali sono le loro competenze, di che cosa si può essere bisogno e sopratutto abbiamo avviato l’iter di una comunità dei dipendenti di Roma Capitale che sono quasi 24 000 mila. Sono certa che di 24 000 mila il 10 % al meno è fantastico e tecnologico e sono 2400. Mettiamo pure anche solo il 10 % di questi, quindi 240 hanno voglia e passione di condividere le loro competenze, fossero anche solo la metà, un centinaio di dipendenti del comune di Roma che si mettono a disposizione dei loro colleghi per fare comunità e innovare nella direzione giusta che è quella del sofware libero, secondo noi ci possiamo riuscire.

Ad oggi abbiamo installato 800 licenze LibreOffice sui nostri computer. È partita l’installazione. Nel tempo arriverà ovviamente ovunque, senza per ora togliere altre licenze in maniera da dare proprio il tempo anche di adattarsi, di capire le differenze, le difficoltà. La strada è segnata. Vediamo dove saremo l’anno prossimo a quest’ora. Grazie.

Traductions
Description

De la délibération du conseil municipal en octobre 2016 aux centaines d’installations de LibreOffice sur les postes de travail des employés, le travail de la section Roma Semplice sur le logiciel libre se poursuit.

Transcription

Nous sommes en octobre. Il y un an, tout juste un an, nous avons approuvé la première délibération d’adoption du logiciel libre pour la mairie de Rome. Donc Rome Capitale, conformément à la décision qui résulte de cette délibération, suggère à toutes les structures qui acquièrent des logiciels de vérifier d’abord s’il est possible d’adopter des solutions libres.

Nous avons commencé par l’étude, l’examen de la situation, de l’existant en termes de logiciels, de licences, au sein de l’organisme avec une roadmap correspondante pour comprendre comment faire la transition.

Loin de nous la prétention de réussir à faire le switchoffing [la migration] en 24 heures, ni même, probablement, en 24 mois. Cependant la voie est tracée et c’est cela qui compte pour nous. Nous voulons commencer à travailler dans la bonne direction.

À ceux qui nous demandent si notre objectif est celui de faire des économies, la réponse est non, en tout cas ce n’est pas la première raison. La motivation principale est que nous ne voulons pas nous soumettre au chantage des fournisseurs, donc aucun lock-in[enfermement technologique, souvent dû à des formats propriétaires, NdT]. Nous voulons pouvoir choisir nos fournisseurs de manière indépendante, nous voulons disposer de la structure de nos données, nous voulons être compliant à la loi [respectueux de la loi], aux articles 68 et 69 du code de l’administration numérique qui demandent explicitement d’adopter des solutions libres partout où c’est possible et de motiver les raisons lorsque cela ne l’est pas. Nous nous dirigeons donc dans cette voie.

Nous sommes conscients des difficultés, nous parlons de culture numérique. Nous avons mis en œuvre la formation des personnels, nous avons envoyé un questionnaire pour comprendre à la fois quelles sont leurs compétences, évaluer les besoins nécessaires, et surtout, nous avons lancé le processus pour créer la communauté de Rome Capitale composée actuellement de 24 000 employés. Je suis certaine que de ces 24 000, 10 %, donc 2400 au moins, sont très bien formés à ces technologies. Admettons que seulement la moitié de ces 10 %, donc 240 personnes, aient l’envie et la passion de partager leurs compétences ; fussent-ils seulement la moitié, avec une centaine d’employés de la mairie de Rome qui se mettent à disposition de leurs collègues pour faire communauté et innover dans la bonne direction qui est celle du logiciel libre, nous pensons qu’il est possible de réussir.

À ce jour, nous avons installé 800 suites LibreOffice sur nos ordinateurs ; ce déploiement est en cours. Avec le temps la suite sera installée partout, évidemment, sans supprimer pour l’instant les autres produits, de manière à donner vraiment le temps de s’adapter, de comprendre les différences, les difficultés. La voie est tracée. L’année prochaine à cette même époque nous verrons où nous en sommes. Je vous remercie.

Accord Microsoft/Défense, question de souveraineté nationale

mar, 31/10/2017 - 05:38


Titre : Accord Microsoft/Défense : « une question de souveraineté nationale »
Intervenante : Madame Joëlle Garriaud-Maylam, sénatrice LR
Lieu : Public Sénat - Au cœur du débat
Date : Octobre 2017
Durée : 2 min 05
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : Transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

La sénatrice LR, Joëlle Garriaud-Maylam a fait part de ses inquiétudes au sujet du renouvellement d'un accord d'exclusivité entre Microsoft et le ministère des Armées.

Transcription

Sur cette question de Microsoft et de la Défense, il y a effectivement un problème. Nous, parlementaires, sommes censés contrôler l’action du gouvernement. Sur ce contrat en particulier, pour lequel des experts ont exprimé leurs doutes, nous n’avons pas d’informations ou pas d’informations suffisantes.

J’estime que c’est le devoir du gouvernement d’informer les parlementaires, parce que cela pose un certain nombre de problèmes. Cela pose aussi des questions de souveraineté numérique européenne, on en parle beaucoup actuellement.

Journaliste : Même des problèmes de fiscalité, dites-vous.

Joëlle Garriaud-Maylam : Alors pourquoi ne pas encourager les logiciels libres ? Effectivement on peut s’interroger sur la fiscalité avec un Microsoft qui est basé en Irlande.

Journaliste : En Irlande.

Joëlle Garriaud-Maylam : Donc j’espère qu’il n’y a pas d’évasion fiscale à ce niveau-là. Mais encourager les logiciels libres c’est très important, et je voudrais saluer l’action de la gendarmerie qui, malgré d’énormes pressions, a choisi Linux, un logiciel libre.

Alors pourquoi vouloir obligatoirement choisir Microsoft, alors qu’on sait qu’il y a des liens avec le NSA et que des informations ont été passées ? Je suis désolée, c’est une question de souveraineté nationale. Notre Défense est trop importante, je la soutiens bien évidemment à 100 % dans toutes ses actions, mais là j’aimerais simplement avoir des réponses.

Journaliste : Est-ce que vous estimez que la ministre des Armées, Florence Parly, fait de la rétention d’informations sur ce sujet, notamment sur la question des économies, dit-elle, qu’il y a avec cet accord, avec Microsoft.

Joëlle Garriaud-Maylam : Écoutez, moi l’accord, d’après ce que j’en sais, mais là encore je n’ai pas toutes les informations budgétaires notamment, me paraît extrêmement cher. Alors qu’on m’explique pourquoi nous faisons des économies avec ce contrat, j’aimerais le savoir, qui a été signé, bien sûr, bien avant l’arrivée de Florence Parly, qui a été renouvelé malgré les conseils des experts. Donc voilà, c’est une question qui me paraît essentielle et j’estime, encore une fois, que c’est mon devoir de parlementaire d’essayer d’obtenir toute la lumière sur ce contrat.
[La Sénatrice a déposé le 16 octobre 2017 une proposition de résolution visant à la création d'une commission d'enquête au sujet de ce contrat, NdT]

Revue de presse de l'April pour la semaine 43 de l'année 2017

lun, 30/10/2017 - 12:30

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 43

[Developpez.com] La Fondation Linux présente la Community Data License Agreement

Par Stéphane le calme, le dimanche 29 octobre 2017. Extrait:
> La fondation Linux a présenté la Community Data License Agreement, un nouveau framework pour le partage de grands ensembles de données nécessaires à la recherche, à l'apprentissage collaboratif et à d'autres fins. Dans un billet, la fondation s’est exprimée en ces termes
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/169274/La-Fondation-Linux-presente-la-Community-Data-License-Agreement-un-nouveau-framework-pour-le-partage-de-grands-ensembles-de-donnees

[Alternatives-economiques] L’atelier paysan: agriculteurs, inventeurs et... collaborateurs

Par Alexiane Lerouge, le vendredi 27 octobre 2017. Extrait:
> L'atelier paysan met à disposition des agriculteurs des formations et des plans pour construire eux-mêmes leurs machines et leurs bâtiments. De quoi les rendre plus autonomes.
Lien vers l'article original: https://www.alternatives-economiques.fr/latelier-paysan-agriculteurs-inventeurs-collaborateurs/00081219

[Les Echos] L’idylle entre la finance et l’open source

Par Emmanuel Brochard, le mercredi 25 octobre 2017. Extrait:
> L’idylle entre l’industrie financière et la technologie open source s’étend aujourd’hui bien au-delà de la gratuité initiale des licences open source. Elle est guidée par la volonté de s’affranchir des centaines de systèmes disparates qui exécutent les milliers d’applications de l’entreprise.
Lien vers l'article original: https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-175250-lidylle-entre-la-finance-et-lopen-source-2125079.php

[LeMagIT] La ville de Megève partage ses fichiers avec un outil open source français

Par Philippe Ducellier, le mardi 24 octobre 2017. Extrait:
> Pydio, l’EFSS à déployer sur site, est utilisé depuis deux ans par la DSI de la station. Le contrôle des droits d’accès, l’ergonomie et la maitrise totale des documents ont emporté la décision face aux Dropbox-like américains en mode SaaS et aux alternatives sur site.
Lien vers l'article original: http://www.lemagit.fr/etude/La-ville-de-Megeve-partage-ses-fichiers-avec-un-outil-open-source-francais

[Le Point] Jean-Baptiste Kempf: VLC, la success-story d'un entrepreneur français

Par Marylou Magal, le lundi 23 octobre 2017. Extrait:
> Créateur de VLC, l'ingénieur distribue le logiciel gratuitement, grâce aux fonds de son entreprise personnelle, et présente ses nouveaux projets.
Lien vers l'article original: http://www.lepoint.fr/high-tech-internet/jean-baptiste-kempf-vlc-la-success-story-d-un-entrepreneur-francais-23-10-2017-2166586_47.php

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Adminsys camp le week end du 25 novembre

ven, 27/10/2017 - 06:35
Début: 24 Novembre 2017 - 19:00Fin: 26 Novembre 2017 - 19:00

Les administrateurs systèmes de l'April se réuniront le week end du 25 novembre pour un sysadmin camp.
Au programme :

  • migration de machines vers Debian Stretch ;
  • amélioration continue ;
  • taches en souffrance ;
  • chaton.

N'hésitez pas à vous joindre à nous, à proposer des thèmes de travail, à juste passer nous voir. Membre ou pas de l'April, technicien ou pas, vous êtes les bienvenus.

  • Lieux : Paris, local de l'April
  • Horaire : du vendredi 24 novembre au soir jusqu'au dimanche soir.

Rappel sur ce qu'est un « April Camp » :
L'idée d'un « April Camp » est de se réunir pendant plus de deux jours entre adhérents et soutiens de l'April pour faire avancer des projets en cours, lancer de nouveaux projets. Les projets peuvent être de nature technique, des outils de communication, etc. Chacun est invité à participer en fonction de son temps disponible, de ses compétences, de ses envies.

L'« April Camp » a lieu physiquement à un endroit (jour et nuit si nécessaire), mais également en ligne. Des outils pour participer en ligne sont disponibles : IRC, Pads, pont téléphonique, serveur de voix sur IP.

Révolution numérique, quel avenir pour l'emploi et le travail

mer, 25/10/2017 - 05:41


Titre : Révolution numérique, quel avenir pour l'emploi et le travail
Intervenante : Véronique Bonnet, grand témoin
Lieu : Soirée débat - PCF Paris
Date : Mars 2017
Durée : 10 min 48
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Licence de la transcription : Verbatim
NB : Transcription réalisée par nos soins.

Transcription

Bonsoir.

Aux États-Unis, en 1983, il se passe une chose très bizarre. Vous avez Richard Stallman qui est un programmeur et mathématicien, au MIT, qui s’aperçoit qu’il ne peut pas dépanner son imprimante Xerox tout simplement parce que le code source est verrouillé et que quelqu’un qui voudrait voir ce qui se passe, pourquoi il y a dysfonctionnement, ne peut pas. L’utilisateur est empêché de faire usage de son outil.

La loi de Stallman1 énonce une hypothèse concernant ce verrouillage-là, ces nuisances-là, et dit : « Tant que les grandes entreprises domineront la société et écriront les lois, chaque avancée ou chaque changement de la technologie sera pour elles une bonne occasion d’imposer des restrictions ou des nuisances supplémentaires à ses utilisateurs. » Cette loi fait l’hypothèse que l’informatique privatrice fait de ses utilisateurs des moyens, alors des moyens pour les rançonner, pour leur imposer des mises à jour qui, à chaque fois, sont de plus en plus onéreuses, pour entraver les fonctions qui sont possibles, pour empêcher que les logiciels puissent être étudiés, puissent être améliorés, redistribués.

Et donc à cette fin, nous sommes en 1983, Richard Stallman lance ce qu’on appelle le projet GNU, qui est plus connu sous le nom de GNU/Linux puisqu’un noyau Linux a été articulé à ses réalisations. Et, dans ce projet GNU, il va s’agir de rendre possible, alors aussi bien pour les loisirs, aussi bien pour le travail, des formes qui soient autonomes dans l’usage de l’informatique et qui permettent ce qu’on appelle les quatre libertés :

  • la liberté d’exécuter, c’est la moindre des choses ; utiliser ;
  • la liberté d’étudier ; qu’il n’y ait pas de verrous logiciels, qui empêchent d’étudier comment les codes sont écrits, pour accéder à eux ;
  • La liberté d’améliorer, ne serait-ce que réparer ;
  • la liberté de distribuer des copies modifiées.

Et assez souvent, Richard Stallman fait le lien entre ces quatre libertés et la triade de notre République Liberté, égalité, fraternité :

  • liberté, puisqu'il ne s’agit plus de faire de l’utilisateur quelqu’un qui ait les mains liées ;
  • égalité, puisqu’il n’y a pas de raison de priver celui qui n’est pas informaticien de la possibilité de la vigilance d’une communauté qui va veiller au grain, qui va voir s’il n’y a pas dans le code source des formes qui seraient privatrices, des formes qui feraient, par exemple, des traçages, qui enverraient des cookies, qui imposeraient des menottes numériques ;
  • fraternité, puisque cette possibilité, de distribuer des copies modifiées à qui peut en faire usage dans ses loisirs et dans son travail, est une forme de coopération qui est inventive, qui est créative et qui permet des rapports sociaux qui sont des rapports symétriques et non plus dissymétriques, hiérarchisés et qui essaient de faire de la technologie une forme de pouvoir insidieux, une forme de soft power, pour reprendre le terme de Foucault ; ou encore, pour le dire à la manière de La Boétie, une forme de servitude volontaire qui serait empoisonnée, qui serait sucrée, puisque la plupart des utilisateurs de l’informatique ne savent pas qu’il y a une forme de traçage, une forme de relevé de données qui sont monnayables, qui vont permettre à des statisticiens de faire des utilisateurs des cibles.

Je m’exprime là au nom de l’April2 puisque, dans la sphère francophone, fin 1996 – nous avons fêté les 20 ans de l’April – il y a de la part d’anciens étudiants de Saint-Denis, dont Frédéric Couchet qui est notre actuel délégué général, la constitution d’une association francophone pour promouvoir et défendre l’informatique libre, c’est-à-dire sensibiliser aux formats ouverts, interopérables.

Alors on appelle formats ouverts des formes qui permettent d’accéder à des codes sources, de voir s’il n’y a pas dans des codes sources des dispositifs qui font des utilisateurs ceux qui ne savent pas exactement ce qui se passe dans leur outil, puisqu’il peut tout à fait y avoir des fonctionnalités malveillantes : il peut y avoir ce qu’on appelle des malwares, des formes de logiciels qui, par exemple, vont enregistrer ce qu’on souhaiterait garder pour soi, qui vont dessiner ce qu’on appelle un sociographe, c’est-à-dire savoir qui écrit à qui pendant combien de temps, fréquemment.

Et donc il y a dans ce projet de l’informatique libre, aussi bien dans le projet GNU que dans l’écho que manifeste l’April, une vigilance qui essaie de faire en sorte qu’aussi bien en amont, dans l’éducation, les futurs travailleurs, ceux qui auront à mener dans leurs choix professionnels aussi bien des initiatives, aussi bien des formes inventives, créatives ; faire en sorte que les élèves qui sont ces futurs travailleurs-là, ces futurs citoyens-là, ne soient pas mis devant le fait accompli d’une informatique qui impose par exemple à leurs parents qui veulent connaître leurs notes, d’avoir tel logiciel qui est à la fois onéreux, qui nécessite des mises à jour, qu’il n’y ait pas de rupture d’égalité.

Et surtout que celui qui s’apprend, qui apprend à coder, qui append à faire usage des logiciels, ne soit pas dans la borne de ce qu’on appelle aussi bien les verrous logiciels, qui sont des verrous existentiels, que dans des formes qui le dispensent de décider ce qu’il fait. Parce qu’il y a effectivement des programmes de l’informatique privatrice qui sont choisis pour qu’on ne puisse effectuer avec eux que des activités parfaitement balisées, parfaitement mécaniques et, éventuellement, parfaitement enregistrées, puisque l’utilisateur est aussi un produit.

Lorsque certains GAFAM, alors il s’agit de grandes entreprises qui essaient de récolter le maximum d’éléments sur les individus, les grandes entreprises dont parlait la loi de Stallman vont essayer de faire en sorte que l’informatique ne soit pas un mode d’épanouissement, mais éventuellement une autre régulation sociale, celle de la gouvernementalité technologique qui, d’une façon insidieuse, fait que nos manières aussi bien de nous déplacer sur le Web, nos manières de faire des brouillons pour construire des textes, gardent une certaine place, sans que le droit à l’oubli, sans que le droit à la libre disposition des données, soit nécessairement prévu.

C’est pourquoi il me semble que dans son combat l’April essaie de sensibiliser le plus qu’il est possible à ces privations qui, parfois, ne sont même pas soupçonnées par les utilisateurs des logiciels non libres. Il s’agit d’éviter la vente liée : maintenant, quand vous achetez un ordinateur, vous avez une distribution qui est imposée, ça s’appelle une vente forcée. Il y a des verrous qui empêchent d’accéder au code. Autrement dit, l’April fait sien ce programme de permettre à celui qui utilise, d’exécuter, étudier, améliorer, distribuer.

Pour finir cette intervention toujours avec un texte de Richard Stallman, il note que la vie sans liberté est une oppression et que ceci concerne aussi bien l’informatique que les autres domaines de la vie. Or, comme dans la révolution numérique les autres domaines de la vie passent d’une façon de plus en plus privilégiée par l’informatique, il est important que l’autonomie, qui est le mode de manifestation humaine le plus excellent, puisse être encadrée par des demandes faites aux politiques de privilégier l’informatique libre.

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