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L'April a pour objectifs de promouvoir et défendre le logiciel libre et ses acteurs.
Mis à jour : il y a 1 heure 12 min

Revue de presse de l'April pour la semaine 38 de l'année 2017

lun, 25/09/2017 - 13:41

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 38

[Le Monde.fr] Lawrence Lessig: «Internet est la meilleure et la pire des technologies»

Par Claire Legros, le dimanche 24 septembre 2017. Extrait:
> Peut-on réguler Internet? La question, devenue centrale dans les sociétés démocratiques connectées, était au cœur de la rencontre avec Lawrence Lessig au Monde Festival, dimanche 24 septembre.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/festival/article/2017/09/24/lawrence-lessig-internet-est-la-meilleure-et-la-pire-des-technologies_5190457_4415198.html

[Liberté Algérie] «Il y a un manque de culture numérique en Algérie»

Par Mohamed-Chérif Lachichi, le vendredi 22 septembre 2017. Extrait:
> En prenant le parti de la vulgarisation et du partage informatique, la chaîne «Zenzla» s’intéresse aux logiciels libres et la protection de la vie privée. De même qu’elle aborde des sujets trés «Geek» comme les séries et autres jeux vidéo. Avec un soupçon d’accent annabi, la langue algérienne (Darija) sur la chaîne «Zenzla» est à l’honneur. Intrigués par cette démarche originale, mais aussi par le profil atypique du podcasteur, nous avons contacté l’animateur de «Zenzla» pour une interview qu’il a gentiment accepté.
Lien vers l'article original: http://www.liberte-algerie.com/magazine/il-y-a-un-manque-de-culture-numerique-en-algerie-277475

[Les Echos] Licences logicielles: la grogne monte

Par Jean-Paul Argudo, le jeudi 21 septembre 2017. Extrait:
> Tandis que les usages évoluent, les pratiques relatives aux licences logicielles héritées du passé restent de mise. À l’heure du "tout numérique", les modèles de tarification reposant sur des métriques amenées à évoluer rapidement et drastiquement font peser sur les entreprises des risques aussi sévères qu’inutiles, puisqu’il existe des alternatives.
Lien vers l'article original: https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-173916-licences-logicielles-la-grogne-monte-2115994.php

[Numerama] L'EFF claque la porte du W3C pour protester contre l'arrivée des DRM dans les standards du web

Par Julien Lausson, le mardi 19 septembre 2017. Extrait:
> L'association américaine EFF, qui défend les libertés dans l'espace numérique, a pris la décision de quitter l'organisation du W3C, qui s'occupe de la standardisation du web, afin de protester contre l'arrivée des DRM dans les standards du web. Elle s'en explique dans une lettre ouverte.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/tech/290706-leff-claque-la-porte-du-w3c-pour-protester-contre-larrivee-des-drm-dans-les-standards-du-web.html

Et aussi:
[ZDNet France] Le W3C valide les DRM, l’EFF claque la porte

[20minutes.fr] Comment Rennes va économiser 500.000 euros en se séparant de Microsoft

Par la rédaction, le lundi 18 septembre 2017. Extrait:
> C’est une petite révolution que vont connaître les agents de la ville et de Rennes Métropole. D’ici un mois, ils verront tous leur service de boîte mail changer de serveur et de logiciel. «Nous allons économiser 500.000 euros en boulant Microsoft», glisse Matthieu Theurier, chef de file du groupe écologiste.
Lien vers l'article original: http://www.20minutes.fr/rennes/2135135-20170918-comment-rennes-va-economiser-400000-euros-separant-microsoft

Et aussi:
[ZDNet France] Rennes passe au logiciel libre, en commençant par la messagerie
[Numerama] Un exemple budgétaire? Rennes se tourne vers le logiciel libre pour faire des économies

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Marseille, l'April et les logiciels libres

sam, 23/09/2017 - 07:55
Début: 21 Octobre 2017 - 15:00Fin: 21 Octobre 2017 - 20:00

L’association CercLL vous donne rendez-vous pour les Logiciels Libres, avec l’ April le 21 octobre 2017 au Foyer du Peuple 50 rue Brandis 13005 Marseille à 15h00.

Les logiciels Libres représentent un enjeu majeur, autant dans la maîtrise des outils qu’on utilise au quotidien.

Quel est donc le projet de société que délimitent les logiciels Libres, et en quoi cette question est-elle fondamentale dans notre démocratie ?

C’est à ces questions que répondront Magali Garnero, alias Bookynette et Jean-Christophe Becquet (sous réserve) secrétaire et président de l’April, association que l’on ne présente plus.

Suite à ces échanges un apéro est prévu.

"Before" du Capitole di Libre 2017 - 17 novembre 2017

sam, 23/09/2017 - 06:51
Début: 17 Novembre 2017 - 16:00Fin: 17 Novembre 2017 - 19:00

Le Capitole du Libre se déroulera du samedi 18 novembre 2017 au dimanche 19 novembre 2017
Site officiel : https://2017.capitoledulibre.org/
Lieu : INP-ENSEEIHT, 2 Rue Charles Camichel, 31000 Toulouse

À cette occasion, la Médiathèque Empalot en profite pour organiser une table ronde suivie d'un atelier le vendredi 17 novembre. Magali Garnero, alias Bookynette y participera:

  • à 16h: Table ronde : Au-delà des GAFAM* un autre monde informatique est-il possible ? avec Magali Garnero de l'APRIL, Pouhiou de Framasoft et Guillaume Gasnier de Toulibre
    Ces dernières années la concentration des acteurs informatiques s'est accélérée, et avec elle la centralisation des données de millions d'utilisateurs par les GAFAM*. Leurs services en ligne extrêmement pratiques nous rendent dépendants au point de représenter une menace pour nos libertés. Face à ce danger croissant, les acteurs historiques du logiciel libre inventent un monde numérique éthique fondé sur le partage et la coopération.
  • 17h30: Atelier désintox : passez aux logiciels libres et éthiques avec Bookynette de l'APRIL, Pouhiou de Framasoft et Guillaume Gasnier de Toulibre
    Cette séance vous permettra d'identifier et de de tester des alternatives aux logiciels et services des GAFAM que vous utilisez au quotidien avec 3 spécialistes des solutions libres.

Venez nous rencontrer!

Capitole di Libre 2017 - 18 et 19 novembre 2017

sam, 23/09/2017 - 06:06
Début: 18 Novembre 2017 - 00:00Fin: 19 Novembre 2017 - 00:00

Le Capitole du Libre se déroulera du samedi 18 novembre 2017 au dimanche 19 novembre 2017
Site officiel : https://2017.capitoledulibre.org/
Lieu : INP-ENSEEIHT, 2 Rue Charles Camichel, 31000 Toulouse

Gratuit et ouvert à tous, les thèmes abordés seront aussi bien orientés vers le grand public que vers les plus techniques. Conférences, ateliers, animations sont au programme.

En plus de tenir un stand (à confirmer), l'April proposera une ou plusieurs conférences

Vous pouvez retrouver ces informations sur le wiki dédié. Les membres peuvent également s'y inscrire pour participer à la tenue du stand.

À cette occasion, la Médiathèque Empalot en profite pour organiser une table ronde suivie d'un atelier le vendredi 17 novembre. Magali Garnero, alias Bookynette y participera:

  • à 16h: Table ronde : Au-delà des GAFAM* un autre monde informatique est-il possible ? avec Magali Garnero de l'APRIL, Pouhiou de Framasoft et Guillaume Gasnier de Toulibre
    Ces dernières années la concentration des acteurs informatiques s'est accélérée, et avec elle la centralisation des données de millions d'utilisateurs par les GAFAM*. Leurs services en ligne extrêmement pratiques nous rendent dépendants au point de représenter une menace pour nos libertés. Face à ce danger croissant, les acteurs historiques du logiciel libre inventent un monde numérique éthique fondé sur le partage et la coopération.
  • 17h30: Atelier désintox : passez aux logiciels libres et éthiques avec Bookynette de l'APRIL, Pouhiou de Framasoft et Guillaume Gasnier de Toulibre
    Cette séance vous permettra d'identifier et de de tester des alternatives aux logiciels et services des GAFAM que vous utilisez au quotidien avec 3 spécialistes des solutions libres.

Apéro April le 23 septembre 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

mer, 20/09/2017 - 10:01
Début: 23 Septembre 2017 - 19:00Fin: 23 Septembre 2017 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Un apéro francilien aura lieu le samedi 23 septembre 2017 à partir de 19h00, car il y a une réunion des membres du CA et des permanents ce week-end là, dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

Revue de presse de l'April pour la semaine 37 de l'année 2017

lun, 18/09/2017 - 13:43

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 37

[ZDNet France] Charly Berthet (CNNum): ”Quand Google vous recommande la mauvaise table basse, c'est pas très grave. Si la DGSI se trompe, ça a plus d'incidences”

Par Guillaume Serries, le mercredi 13 septembre 2017. Extrait:
> Les algorithmes doivent être domptés par les citoyens dit le responsable juridique du Conseil National du Numérique. Et une surveillance individualisée est possible sans tomber dans les travers de la surveillance de masse via la mise en place de backdoors dans les outils de chiffrement.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/charly-berthet-cnnum-quand-google-vous-recommande-la-mauvaise-table-basse-c-est-pas-tres-grave-si-la-dgsi-se-trompe-ca-a-plus-d-incidences-39857244.htm

Et aussi:
[ZDNet France] Chiffrement: le CNNum monte au créneau contre le projet de loi antiterroriste
[Numerama] Face aux menaces de Macron sur le chiffrement, le CNNum défend ce «rempart contre l’arbitraire des États»

[The Conversation] Les plates-formes d’innovation: des communautés porteuses de nouvelles relations de travail

Par David W. Versailles, le lundi 11 septembre 2017. Extrait:
> La digitalisation de l’économie offre aujourd’hui de nouvelles opportunités pour l’innovation. Elle oblige aussi à une accélération du développement des projets, voire à une transformation des modes de travail. Ces opportunités émergent en mobilisant de nouveaux outils technologiques (data analytics, visualisation, imprimantes 3D…) ou se matérialisent en construisant de nouveaux business models.
Lien vers l'article original: https://theconversation.com/les-plates-formes-dinnovation-des-communautes-porteuses-de-nouvelles-relations-de-travail-83121

[Radio-Canada.ca] Les appareils libres, pas si compliqués que ça

Par la rédaction, le samedi 16 septembre 2017. Extrait:
> Le monde des appareils et des logiciels libres a souvent mauvaise presse, notamment en ce qui a trait à sa facilité d'utilisation. Mais pour Jean-François Fortin Tam, spécialiste de ces systèmes alternatifs, cette réputation n'est pas toujours méritée, et la population gagnerait à essayer les services libres.
Lien vers l'article original: http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/la-sphere/segments/entrevue/38612/appareils-libres-linux-purism-ordinateur-portable

[Numerama] Une campagne veut rendre public le code source des logiciels financés par le contribuable

Par Julien Lausson, le vendredi 15 septembre 2017. Extrait:
> Des organisations proches du logiciel libre lancent une campagne de sensibilisation appelant à rendre public le code source financé par le contribuable.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/politique/289690-une-campagne-appelle-a-rendre-public-le-code-source-des-logiciels-finances-par-le-contribuable.html

Et aussi:
«Argent Public? Code Public!» exhortent des ONG

Voir aussi:
L'April rejoint 30 autres organisations pour la campagne «Argent public? Code Public!»

[Numerama] Un singe photographe peut-il prétendre au droit d'auteur? La justice ne tranchera pas

Par Julien Lausson, le mercredi 13 septembre 2017. Extrait:
> On ne connaîtra pas le mot de la fin, sur le terrain juridique, de l'affaire du singe ayant fait un autoportrait avec un appareil photo. Alors que l'affaire devait aller en cour d'appel, un accord à l'amiable a été trouvé.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/pop-culture/288913-un-singe-photographe-peut-il-pretendre-au-droit-dauteur-la-justice-ne-tranchera-pas.html

[Developpez.com] Mozilla et la Free Software Foundation condamnent la réforme de l'UE sur le droit d'auteur

Par Michael Guilloux, le mercredi 13 septembre 2017. Extrait:
> Au début de cette année, des informations ont fuité sur la fameuse Directive du Parlement européen et du Conseil sur le copyright, un projet de réforme des droits d’auteur dans le cadre du marché numérique unique. Deux articles dans le texte de l’UE avaient particulièrement provoqué pas mal de remous. Le premier, l’article 11, traitait du droit de reproduction des publications de presse et de les rendre accessibles au public.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/160091/Mozilla-et-la-Free-Software-Foundation-condamnent-la-reforme-de-l-UE-sur-le-droit-d-auteur-qui-propose-un-filtrage-massif-de-contenu-sur-Internet

Et aussi:
[ZDNet France] Open source: levée de boucliers face aux propositions européennes sur le copyright
La réforme du droit d’auteur inquiète l’univers du logiciel libre

Voir aussi:
Savecodeshare: une campagne pour protéger les forges logicielles et les communautés du libre

[ZDNet France] Oracle: vers une spin off de Java EE à la fondation Eclipse

Par Steven J. Vaughan-Nichols, le mercredi 13 septembre 2017. Extrait:
> Oracle confirme qu'il se sépare de Java EE au profit d'une fondation open source appuyée par IBM et Red Hat. "Après un examen minutieux, nous avons choisi la Fondation Eclipse" affirme Oracle.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/oracle-vers-une-spin-off-de-java-ee-a-la-fondation-eclipse-39857218.htm

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Savecodeshare : une campagne pour protéger les forges logicielles et les communautés du libre

ven, 15/09/2017 - 03:58

La FSFE (Free Software Foundation Europe) et l'OFE (Open Forum Europe) ont lancé la campagne savecodeshare pour sensibiliser sur les risques que l'actuel projet de réforme du droit d'auteur fait peser sur le logiciel libre et les communautés de développeurs.

Un projet de réforme de la directive sur le droit d'auteur est en cours d'étude au Parlement Européen. Basé sur une proposition de la Commission européenne, ce projet est largement décrié pour ses atteintes aux libertés fondamentales, même par des États-membres.

En particulier l'article 13 et le considérant (38), qui marquent une nouvelle attaque des lobbies du droit d'auteur contre le principe d'irresponsabilité par défaut des intermédiaires techniques. Le texte prévoit notamment une obligation pour les plateformes d'hébergement de mettre en place des « mesures de reconnaissances des contenus » aussi appelées « robocopyright ». (Calimaq, auteur du blog Scinfolex, propose une critique très intéressante de ce genre de mécanisme).

La FSFE et l'OFE ont lancé une campagne — savecodeshare — contre cet article, s'inquiétant de ses conséquences potentielles sur les forges logicielles. Et à travers celles-ci sur le logiciel libre et les communautés de développeurs. Afin de sensibiliser sur cet enjeu, les deux assocations ont rédigé un papier blanc (PDF en anglais) disponible sur le site de la campagne; Savecodeshare.eu.

Sur la réforme en cours du droit d'auteur nous vous invitons également à suivre les campagnes Savethelink et FixCopyright, notamment soutenues par l'euro-député Julia Reda. La Quadrature du Net est également très active sur ces questions.

L'April aux Rencontres régionales du logiciel libre à Nantes le 21 septembre 2017

jeu, 14/09/2017 - 09:51
Début: 21 Septembre 2017 - 09:00Fin: 21 Septembre 2017 - 17:30

Les Rencontres Régionales du Logiciel Libre de Nantes est une journée dédiée aux professionnels du logiciel Libre. Ces rencontres regroupent des conférences et ateliers destinés aussi bien aux services informatiques qu'aux services métiers.

Les inscriptions sont gratuites mais obligatoires, vous pouvez vous inscrire en ligne.

L'April sera présente lors cette journée. Magali Garnero alias Bookynette, administratrice de l'association, participera à deux tables-rondes.

  • Quelle activité pour le logiciel libre en région ? à 11h dans la salle Loire
  • Le livre et le libre, des auteurs et des succès à 14h15 dans la salle Loire également

Libres échanges - Philippe Jaillon

jeu, 14/09/2017 - 09:13


Titre : Libres échanges
Intervenant : Philippe Jaillon, enseignant chercheur
Lieu : Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : Juillet 2017
Durée : 25 min 49
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : Transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles de l'intervenant et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

L’Internet et les ordinateurs sont des outils formidables. Des outils à qui nous confions de plus en plus d’informations, à qui nous faisons des confidences, à qui nous confions nos plus précieux secrets… Mais ces outils, pour réussir dans ces taches, ont été dotés de propriétés et de fonctionnalités qui les rendent dangereux dès lors que nous en perdons le contrôle ou qu’ils nous échappent.
Cette intervention propose de faire un rapide panorama des aspects de la sécurité qui ont traits au respect de notre vie privée insensible à tous nos besoins d’échanges, qu’ils soient liés à la position stratégique de certains acteurs, aux développements de nouveaux services bien moins inoffensifs qu’il ne le paraissent, aux applications ou aux protocoles mal conçus ou mal utilisés… aux processeurs tellement bavards, qu’a les écouter, on peut en apprendre tous les secrets qu’ils cherchent à nous cacher.

Transcription

Libres échanges, une espèce de clin d’œil au nom qui a été donné aux RMLL cette année [Libre et change, NdT].

Un très bref CV. Je suis enseignant chercheur à l’École des mines de Saint-Étienne. Mes domaines de prédilection ce sont les réseaux de communication, les objets connectés et puis la sécurité de ces deux domaines. Et je suis particulièrement sensible aux problèmes de respect de la vie privée, d’où ma question de tout à l’heure.

De quoi est-ce que je vais vous parler ? Aujourd’hui, est-ce que l’Internet est le support qu’on nous a vendu il y a vingt ans ou trente ans au libre-échange ? C’est-à-dire est-ce que je suis libre de parler, d’échanger, avec qui que ce soit sur Internet ?

On va se dire qu’il y a des tas de choses qui ont été inventées ces dernières années, souvent par des personnes empreintes de liberté. Internet c’est né, on va dire ce sont les babacools américains de la côte Ouest qui rêvaient d’un monde où chacun pouvait parler à chacun, etc., même s’ils ont fait ça pour l’armée.

Donc les objectifs initiaux étaient louables. Mais qu’est-ce qu’il en reste aujourd’hui quand on regarde l’usage qu’on peut faire de toutes ces technologies ? Eh bien je vais vous faire, en fait, un cours de réseau. Donc qu’est-ce que c’est, aujourd’hui, communiquer dans l’Internet ? D’abord il faut utiliser des protocoles qui sont communs, les fameux protocoles qui ont été inventés dans les années 70 par Vint Cerf1 et compagnie. Ces protocoles, alors je ne sais pas comment dire, ils ne sont pas vraiment libres, mais ils sont publics. L’intérêt c’est de pouvoir communiquer ensemble. Donc les spécifications sont disponibles pour tout le monde. Elles ont été financées et puis maintenant, elles sont utilisables librement.

Pour pouvoir communiquer, eh bien il va falloir utiliser un service qui est sur le réseau. C’est-à-dire si je veux communiquer, si je veux faire du mail, il va falloir que j’utilise un relais de messagerie ; aujourd’hui c’est un service. Qu’est-ce qui va se passer ? Je vais envoyer mon mail, dès lors que ce mail est envoyé, eh bien il m’échappe, déjà ! Et puis il y a certains services, on en connaît plein, qui ne sont pas forcément des services libres. Aujourd’hui, Facebook, je ne peux pas admettre que ça soit un service libre. Google je ne suis pas sûr que ce soit un service libre. D’accord ? Il en existe des tas comme ça, Instagram, enfin tous ceux que vous pouvez imaginer, qui ont pignon sur rue, et qui sont super utilisés par une grande partie des internautes. Bien !

Donc conclusion. En fait, quand on communique sur l’Internet, d’abord on n’est pas seul, quand on entreprend une communication on a évidemment soi comme participant, le réseau et puis le service que j’ai représenté ici par un machin qui s’appelle un serveur. D’accord ! Donc on est trois et puis il y en a un au milieu, le réseau, je ne le connais pas vraiment en fait.

Première chose à savoir, c’est que les communications entre moi et le serveur, elles vont être observables tout au long de leur acheminement. Le petit fil rose, eh bien, je ne vais pas dire n’importe qui, mais tout un tas de personnes est susceptible d’observer ce qui circule sur le petit fil rose. Déjà ! Donc en termes de liberté, il est hors de question de chuchoter à l’oreille de quelqu’un.

Le premier équipement auquel, en général, on confie nos données c’est ce qui s’appelle un routeur. Un routeur, c’est quoi son travail ? C’est de regarder les données et de se dire pour qui sont-elles ? C’est plus que le facteur. Le facteur regarde l’enveloppe. Un routeur pourrait se restreindre à ça, mais en général, les routeurs, pour des tas de raisons, ils font plus, ils regardent plus loin. Ça s’appelle le deep packet inspection2, par exemple. Pourquoi ? Pour prioritiser les trafics, etc.

De toutes façons, pour communiquer, il va être nécessaire de faire super confiance au réseau.

Comment est-ce qu’on fait pour établir une connexion ?

Si on connaît l’adresse IP de son correspondant, qui est l’identifiant unique de chacun dans l’Internet, eh bien pas de problème, on va demander. Alors on demande à qui ? On demande au réseau.

On va demander au réseau quelle est l’adresse physique de l’équipement, si celui-ci est sur son propre réseau. Vous avez tous dû repérer quelque part que vous aviez un machin qui s’appelait l’adresse MAC ; l’adresse MAC est un identifiant qui est censé être à peu près unique, l’idée c’est qu’il soit unique dans un réseau local, et qui est associé physiquement à votre machine. De moins en moins de machines permettent de changer son adresse MAC. Donc on va demander au réseau quelle est l’adresse MAC de son correspondant et on va lui transmettre les données directement. Bon ! Qu’est-ce qu’on fait en disant ça ? On hurle, en fait, dans la salle : « Eh, t’es quelle place Marcel ? » Donc l’assemblée entière est au courant que je veux discuter avec Marcel.

Et puis sinon, si mon correspondant n’est pas dans mon propre réseau, je vais demander l’adresse MAC de mon routeur, celui qui a été configuré quelque part dans mon système, et je vais transmettre à ce routeur les informations qui lui permettront d’acheminer les données vers le correspondant. Conclusion : tout mon réseau local est averti de mes intentions. Quand je veux parler à quelqu’un tout le monde autour de moi sait que je veux parler à quelqu’un. Vous allez me dire ce n’est pas super grave que tout le monde, dans le cercle familial, sache que je veux parler avec, je ne sais pas quoi, ma fille ou avec un copain ; si c’est ma maîtresse, ça devient gênant, quoi !

Si je ne connais pas l’adresse IP de mon correspondant, il va falloir que je trouve un moyen de l’obtenir. Le moyen aujourd’hui pour l’obtenir s’appelle le DNS, le Domain Name System. C’est une espèce de méga base de données mondiale, distribuée, répartie ; donc pareil, construite historiquement en se disant à quel endroit est-ce que je vais faire l’association entre le nom d’une machine et son adresse IP ? Eh bien quel est le meilleur endroit ? Chez le propriétaire de cette machine. Donc les propriétaires des machines, qu’est-ce qu’ils faisaient ? Ils mettaient en place un service dans leur réseau dans lequel ils faisaient cette association et puis ils en informaient le responsable de niveau supérieur en disant « eh bien voilà les machines du réseau de l’École des mines, le serveur DNS est à tel endroit, etc. » Ça permettait à n’importe qui dans le monde de pouvoir récupérer ce type d’information.

Aujourd’hui, plus personne ne le fait. Quand vous, vous vous abonnez à l’Internet, si vous avez envie de disposer de votre propre nom de domaine et donc d’avoir des machines directement accessibles dans votre propre réseau, il va falloir mettre en place un DNS. C’est beaucoup d’ingénierie ; donc qu’est-ce qu’on fait ? On le confie à son prestataire, Libre ou pas libre le prestataire ; ils offrent tous ce service.

Donc au lieu d’interroger « le propriétaire », entre guillemets, du réseau, on interroge un tiers en lui demandant : « S’il te plaît, tu pourrais me donner l’adresse IP de la machine de Philippe Jaillon ? » Et il va répondre. Il est là pour ça. Mais au passage, qu’est-ce qu’il sait ? Il sait que vous, vous avez envie de discuter avec Philippe Jaillon. D’accord ? Donc on commence à informer des gens qui sont hors de son cercle, de « son premier cercle » entre guillemets. Parce que qui sont ces grands opérateurs ? En France c’est Gandi par exemple, c’est Orange, ça peut être d’autres. Ça peut être Verisign. Symantec offre ce type de service si vous leur achetez un nom de domaine, etc.

Donc le DNS, comment est-ce que ça fonctionne ? Là pareil, on va interroger le réseau pour connaître l’adresse de son correspondant. Comment est-ce qu’on fait ? Quand on est à la maison, eh bien on a en général une box qui a été raisonnablement configurée par son opérateur de manière à ce que toutes ces requêtes se fassent chez lui, pour des histoires d’efficacité, on va dire. On ne va pas dire qu’il cherche à nous tracer, mais… De toutes façons ils auraient d’autres moyens de nous surveiller.

Quand c’est mon téléphone, eh bien si je me paye un téléphone Android directement piqué chez Google, eh bien c’est super top, parce que le service auquel il faut que je m’adresse c’est 8.8.8.8 qui appartient à M. Google. Donc là ça devient rigolo parce que chaque fois que je vais faire une connexion dans l’Internet, je vais demander à M. Google son assentiment.

Quand on fait une recherche, comment ça fonctionne ? Eh bien le relais auquel on s’adresse va commencer par interroger ce qu’on appelle la racine, donc il y a treize machines dans le monde qui sont la racine du service DNS, et qui savent qui gère « com » qui gère « fr », qui gère je ne sais pas quoi, « it », « au », etc.

Après je vais à interroger ce qui s’appelle le gestionnaire du top-level domain, donc justement le fameux .net, .com. .au, .fr, et en lui demandant, par exemple si on on veut se connecter à l’École des mines : « S’il te plaît quel est le service qui gère, enfin quelle est la machine qui gère EMSE de "fr" ? » Donc « fr » me répond : « Pas de problème c’est cette machine », et puis je vais interroger cette machine-là. Alors on n’interroge pas en permanence la racine ; on l’interroge régulièrement malgré tout.

Les gestionnaires de top-level domain on les interroge aussi régulièrement. En plus, si vous configurez mal votre DNS, vous pouvez dire il est nécessaire de vérifier la validité de l’adresse IP qui sera fournie toutes les cinq minutes. Alors que vous ne changez jamais d’adresse IP, auquel cas vous auriez pu dire tous les mois. C’est prévu dans le protocole.

Et puis, au passage, le propriétaire du relais DNS, que ce soit mon opérateur ou M. Google, il a un énorme pouvoir sur moi. Pourquoi ? Parce que s’il ne me répond pas, je ne sais rien, je ne communiquerai pas ; et s'il me répond, ce n’est pas sûr qu’il me réponde la vérité. Qu’est-ce qui me dit que l’adresse IP qu’on me fournit est celle du serveur web de l’École des mines ou du relais de messagerie de l’École des mines ? Rien ! Rien du tout !

Donc maintenant, après avoir fait cette requête, eh bien on sait qu’il y a beaucoup de monde, dans le monde, qui sait qu’on est en train de vouloir contacter quelqu’un. Évidemment tous ces gens-là font des statistiques, enfin tout ce que vous voulez.

Après on va prendre un service, on va prendre le cas du Web qui est quand même aujourd’hui le plus utilisé, puisqu’on fait même du mail par le Web. Je ne connais plus grand monde qui utilise le protocole dédié au mail. Donc je connais l’adresse IP du serveur du service que je veux contacter ; eh bien mon navigateur web va s’y connecter sur le fameux port numéro 80 qui est dédié au Web. Donc il va réclamer un document et il va mettre un certain nombre d’informations dans ce document, dans sa requête. Il ne va pas dire : « Je veux juste la page machin. » Il va dire : « Je veux la page machin, mais je suis un navigateur web Firefox, version x ou y, etc. » Des cookies, évidemment ; mes préférences. Et tout ça en clair.

Pour des raisons d’efficacité, un serveur web, on ne va pas s’y connecter, en général, directement. Donc qu’est-ce qui se passe ? Souvent on va passer par ce qu’on appelle un proxy. Qu’est-ce que c’est qu’un proxy ? C’est un service qui va relayer votre communication. Ce relayage, il se fait comment ? Il se fait explicitement : vous avez configuré dans votre navigateur web, quelque part, qu’il y avait un proxy et qu’il fallait passer par lui. Sinon, on n’a pas besoin de ça, on peut capturer votre trafic. Un des routeurs qui est sur votre chemin peut capturer votre trafic et le rediriger vers un proxy. En plus, depuis la version 1.1 du protocole HTTP, donc qui est déjà assez ancienne, qui a presque une dizaine d’années, eh bien il y a des informations qui simplifient ça. Tous les firewalls de la planète font ça de manière transparente et, bien évidemment, votre opérateur le fait sans vous le dire.

On peut se dire pas de problème, on va essayer de sécuriser tout ça. On va utiliser un protocole qui va s’assurer que mes communications seront confidentielles. Donc vous avez le fameux TLS [Transport Layer Security] ou HTTPS. Donc qu’est-ce qui se passe quand on fait du HTTPS ? Eh bien on utilise un autre service où on va se connecter à la machine et on va commencer par négocier des paramètres de sécurité : quel est l’algorithme de chiffrement, etc. On va échanger des informations d’identité. Par exemple, le serveur va présenter un certificat prouvant qu’il est bien votre banque. D’accord ? Éventuellement vous, vous pouvez présenter un certificat prouvant que vous êtes bien qui vous prétendez être.

Ces informations, c’est-à-dire prouver qu’on est bien qui on prétend être, il faut être capable de le vérifier. Historiquement, on vérifiait ça localement, eh puis on s’est aperçu que ça marchait très mal. Donc on utilise aujourd’hui des services en ligne qui vous disent si le certificat qui vous est présenté est valide ou pas.

Donc quand vous vous connectez à un serveur web en utilisant le protocole TLS, vous récupérez le certificat du serveur que vous venez de contacter. Vous voulez le vérifier et vous le vérifiez en vous adressant à un autre service, le service OCSP [Online Certificate Status Protocol]. Ce qui est rigolo, enfin rigolo, c’est qu'aujourd’hui, une grande société commerciale qui s’appelle Comodo, fournit 40 % des certificats qui sont utilisés. Et c’est à cette société que vous demandez, chaque fois que vous vous connectez, si le certificat est valide. Et puis si ce n’est pas un certificat offert par Comodo, il est offert, enfin offert, vendu par Symantec, parce que les grands de l’Internet, les GAFA, Google, Facebook et compagnie, Wikipédia aussi, ont acheté un certificat chez cet opérateur.

On indique donc à ces opérateurs-là qu’on veut se connecter, parce que sinon on ne demanderait pas de vérifier le certificat.

En plus de ça, comme tout à l’heure pour des raisons d’efficacité, de contrôle ou de sécurité, de nombreux opérateurs relayent, utilisent des proxys, pour les communications chiffrées. Qu’est-ce que ça veut dire relayer des communications chiffrées ? Ça veut dire être capable de les déchiffrer et de se faire passer pour vous auprès de ces services. Les opérateurs font ça sans trop de vergogne. Vous, vous vous faites avoir certaines fois. Quand ? Si vous ignorez les avertissements de votre navigateur web ou si le proxy, le service d’interception, est capable de produire des certificats valables pour votre navigateur.

Par exemple, ce qui s’était passé en Tunisie pendant le « Printemps arabe », eh bien l’État tunisien était opérateur de certification et donc il était capable de fabriquer des vrais faux certificats pour Google, Facebook, etc. Et ça a permis à l’État tunisien d’arrêter tout un tas de personnes avant manifestation, etc.

Et puis ce n’est pas fini, parce qu’on a aussi la notion de reverse proxy et de cache distribué. Ça c’est quoi ? Vous avez de plus en plus d’attaques en déni de service, vous avez entendu parler de ça sans doute, et les sites web ont un mal de chien à se protéger contre ça. Donc vous avez des gens qui ont dit : « Ce qu’on pourrait faire, c’est aider les sites web à se protéger contre ce type de choses. Nous, on va mettre en place des choses. Donc plus personne n’accédera directement à votre serveur web, mais il accédera à mon service et, de mon service, je rebondirai vers votre serveur web. Comme ça vous serez protégé. » Vous, en tant que serveur, que service, vous ne voyez plus jamais vos clients directement et donc, au passage, un tiers supplémentaire est au courant qu’une certaine personne a envie de se connecter à ce service.

Donc les reverse proxy, vous avez une société qui s’appelle Cloudfare qui fait ça. Il y a beaucoup d’entreprises, de sites, Wikipédia est protégé par Cloudfare, et vous avez les caches distribués, comme par exemple Akamai, pour tous les grands sites commerciaux.

Donc ce qu’il y a encore, c’est que les communications sont à nouveau traitées par un nouvel intervenant.

Donc si on fait un beau dessin, voilà. Au début j’avais cette petite flèche pour discuter dans mon réseau local et puis après, pour pouvoir me connecter à un certain serveur web, je commence par interroger le DNS et maintenant je peux me connecter au serveur web. Mais on a vu qu’il y avait maintenant des serveurs OCSP pour pouvoir faire des communications sécurisées. Donc on enlève cette flèche verte, on a maintenant une flèche rouge pour savoir si le certificat présenté est valide et on a à nouveau une flèche verte. Oui, mais il y a aussi des proxys. En fait voilà, OCSP, ça se fait au-dessus du web, donc ça passe au travers de mon proxy qui se connecte au serveur OCSP. Mon navigateur web se connecte au proxy qui se connecte au serveur web. Mais on a vu qu’il y avait aussi des reverse proxy.

Donc une communication dans l’Internet, aujourd’hui c’est ça. Et vous voyez, je vous ai mis des espèces de nuages de couleurs différentes, ce sont des gens dont, comment dire, les intérêts sont différents des vôtres, que vous ne maîtrisez pas.

Vous avez acheté, vous fournisseur de service, un certificat chez quelqu’un. Vous allez imposer à tous les utilisateurs de passer par le service de votre fournisseur de certificat. Vous avez un reverse proxy, pareil, les utilisateurs devront passer par là.

Vous, vous avez un abonnement internet chez je ne sais quel prestataire qui remplace un proxy, vous allez passer par son proxy, etc. D’accord ?

Donc ce qu’on voit aujourd’hui c’est que une communication dans l’Internet ce n’est pas une communication quoi ! C’est un ensemble de communications.

[Combien de temps, il me reste ? C’est fini ? Aller c’est fini !]

J’avais des tas d'autres transparents sur les interceptions TLS, sur les protocoles avec des choses enfouies et je vais vous parler juste d’un dernier truc qui s’appelle le browser fingerprinting. C’est, on va dire, c’est le grand truc ces dernières années, alors ces dernières années, vous voyez, il y a un article qui le présente qui date de 2010. Vous avez un site web de l’EFF [Electronic Frontier Foundation] qui s’appelle Panopticlick3 ; je vous engage à y aller parce que c’est terrifiant. Donc l’idée c’est quoi ? C’est de tracer les utilisateurs, même si ceux-ci utilisent des services qui vont essayer de les rendre anonymes, qui vont essayer de préserver leur identité, etc., donc Tor4, tout ce que vous voulez. C’est hyper difficile à détecter et surtout à empêcher, si vous voulez continuer à utiliser les services.

L’idée c’est quoi ? On est 7 milliards à peu près. En base 2, sept milliards il faut 33 bits pour fabriquer le nombre. Ces 33 bits ça s’appelle l’entropie. Dès que je sais quelque chose sur quelqu’un, eh bien je suis capable de faire diminuer ce nombre de bits. Si, par exemple, je sais que vous êtes un homme ou une femme eh bien entre guillemets, je supprime un bit d’entropie. Je divise par deux la diversité, donc il ne reste plus que 32 bits à trouver.

Si je connais votre signe astrologique, grosso modo votre mois de naissance, il n’y a que 12 classes pour les mois de naissance, eh bien je vais faire diminuer l’entropie par 3,58 bits. D’accord ! Donc il y a presque 4 fois moins de personnes, enfin 12 fois moins de personnes qui sont d'un signe de naissance.

Si je connais votre date de naissance, pareil. Là, ce coup-ci, je vais faire diminuer de 8 bits. Si je sais que vous vivez à Paris je vais faire diminuer de 16 bits. Si je sais que vous vivez à Saint-Étienne, je vais faire diminuer de 16 bits presque 17 bits. D’accord ? Si je sais que vous vous vivez à l’île d’Yeux, qui est une petite île en Vendée, eh bien je vais faire diminuer de 20 bits. Pourquoi ? Parce qu’il y a 4500 habitants. Donc voilà.

Maintenant vous regardez ce tableau et ça, ce n’est même pas des informations que j’ai besoin de vous demander. La taille de votre écran ; en général votre navigateur web l’envoie au serveur. La time zone dans laquelle vous êtes, c’est-à-dire est-ce que vous êtes, on va dire Middle Europ, Central Europ, etc., il l’envoie aussi.

Quels sont les headers que vous acceptez ? Donc là par exemple je dis : « J’aime le HTML, et puis j’accepte le gzip et le Deflate5 et je suis en langue français de France. » Parce que vous avez français de Canada, français de Suisse, etc.

Ça c’est le nombre de bits qui baisse, notre entropie qui baisse. Et ça, ça fait que avec juste ces informations-là, il ne reste plus que quelques milliers de personnes qui sont différentes dans le monde. Et je joue avec mes étudiants à leur faire sentir ça, en leur demandant de ressembler à leur collègue, leur voisin de table. Eh bien, on n’y arrive pas. Si on utilise sa machine personnelle, on n’y arrive pas. On est différents. D’accord ? Bon. J’en ai terminé.

Place du libre dans l'enseignement de l'informatique et de la science des données - Mihaela Juganaru-Mathieu

mer, 13/09/2017 - 10:09


Titre : La place du libre dans l'enseignement de l'informatique et de la science des données
Intervenante : Mihaela Juganaru-Mathieu
Lieu : Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : Juillet 2017
Durée : 23 min
Visionner la vidéo
Diaporama support de la conférence : format PDF
NB : Transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Enseigner l’informatique peut se faire de différentes manières et le moyen le plus sûr de donner aux étudiants des habitudes de programmation, de développement logiciel et de travail bien fait est de leur faire faire des travaux pratiques.

On se pose toute de suite la question du système d’exploitation, du langage, de l’environnement de programmation.

Nous, enseignants, avons donc le choix. Et le choix doit être réfléchi, entre portabilité, fiabilité de l’outil et usage collectif, potentiel de développement. Parfois, nous nous trouvons dans la position de prescripteurs, quand nos élèves viennent nous demander de ce qu’ils pourraient installer chez eux.

Il arrive aussi que notre relation avec le libre se fasse à travers nos étudiants qui travaillent avec des outils libres adaptés à des tâches particulières.

Le logiciel libre est donc souvent la meilleure option support pour faire apprendre comme pour résoudre des problèmes de l’industrie.

Transcription

Ceux qui étaient tout à l’heure à écouter Vincent en début d’après-midi ne sont pas là parce qu’ils vont entendre quasi le même son de cloches. Je vais parler plutôt de la place que j’accorde au Libre en tant qu’enseignante en informatique et en science des données.

Je viens de Saint-Étienne, plus précisément de l’École des mines de Saint-Étienne, je vais commencer par vous dire un bref CV, le pourquoi de la chose. Mon approche logiciel libre qui, ma foi, n’est absolument pas du tout militante par éducation, c’est juste que je suis tombée dans la marmite et je me suis trouvée bien. Je vais parler aussi de la place que j’accorde moi, en tant enseignante, et puis je vais parler aussi du retour que mes étudiants me font systématiquement en diverses occasions, surtout que j’ai eu à faire à des populations d’étudiants assez disparates.

Peut-être que mon accent vous intrigue. Je suis d’origine roumaine et j’ai fait, à partir du DEA, des études en France, donc en informatique à l’École des mines de Saint-Étienne. À l’époque c’était très à la mode le calcul parallèle, donc j’ai fait du calcul parallèle, plus précisément de l’équilibrage de charges.

Ensuite, j’ai travaillé comme ingénieur d’études dans une SSII [société de services en ingénierie informatique] qui faisait du logiciel avec bases de données, programmation C, programmation graphique des interfaces. Et puis, depuis 2000, très précisément septembre 2000, je suis maître-assistant à l’École des mines en informatique, avec des fonctions d’enseignement et de recherche.

Une courte pause dans le cursus de maître-assistant : j’ai dû faire un séjour au Mexique, pour des raisons personnelles, suivant la famille, et puis l’occasion était trop belle pour ne pas travailler là-bas, donc j’ai travaillé quatre trimestres comme professeur invité à l’Universidad Autónoma Metropolitana. J’ai enseigné en espagnol et j’ai eu des étudiants mexicains. Des étudiants avec, ma foi, un profil très différent de ce que j’avais en France. Et puis récemment, depuis 2014, je suis responsable d’une formation de 160 heures dans le cursus ingénieur civil des mines, donc pour les étudiants en formation initiale à l’École des mines, pour les initier aux problèmes du big data.

Y a-t-il besoin que j’explique le big data ? C’est plutôt un syntagme à la mode, mais ça cache, en fait, une réalité dans laquelle on demande beaucoup plus de soin dans la programmation qu’auparavant, du fait de grand volume des données, du fait de la vitesse à laquelle les données arrivent et surtout d’un certain besoin, d’un certain fantasme de pouvoir extraire rapidement de la valeur de ces données qui peuvent être d’un format très variable. Donc ces quatre faits, finalement – valeur, vitesse, variabilité de format [volume, NdT] - sont les caractéristiques du big data.

Petite image, peut-être que Bibiana n’est pas trop dépaysée, les jacarandas de la cour, d’une des cours intérieures de l’université mexicaine.

Tout petit retour en arrière. Donc Universidad Autónoma Metropolitana à Mexico, c’était la troisième grande université du pays, localisée sur cinq campus à Mexico DF [District fédéral], donc à la capitale. Je travaillais sur un campus et sur ce campus on formait surtout des ingénieurs, du moins les élèves avec lesquels j’étais en contact, et ceux qui étaient dans un cursus informatique, computation comme on dit là-bas. Donc j’ai eu des étudiants de tronc commun, ce qu’on appelle des étudiants de tronc commun, qui sont assez différents des élèves du cycle ICM [Ingénieurs Civils des Mines] de tronc commun donc en première année. Il manque quelques quatre années de différence. Je parlerai tout à l’heure de mes étudiants.

J’ai eu des élèves au fil des années, donc des élèves de l’École des mines, naturellement, des élèves d’un master spécialisé à l’époque. Donc c’étaient des gens qui avaient une certaine formation professionnelle, mais qui n’étaient pas informaticiens donc qui voulaient appendre pour intégrer le métier d’ingénieur de développement informatique. Et puis j’ai eu des étudiants de niveau mastère maestria au Mexique, mastère en France, donc plutôt niveau bac + 4. Donc un panel assez large d’étudiants.

J’avoue aussi que dans ma vie j’avais toujours rêvé d’être professeur, ce qui est très étrange mais voilà ! Et puis je me disais « je ne veux pas être professeur chez les petits, je veux être professeur chez les grands, parce que ce qui m’intéresse c’est transmettre le savoir.» Je parlais de mes prétentions du haut de mes quinze ans, il ne fallait pas faire gaffe, mais n’empêche que j’étais formatée pour ça. Et quand on a des étudiants de tronc commun et des étudiants en général, le savoir est quelque chose qu’on transmet, mais je vous assure, le plus compliqué c’est savoir comment on le transmet, malgré tout. C’est vrai qu’on n’a plus les problèmes des petites classes - maîtresse est-ce que j’écris avec le stylo rouge ou avec le stylo bleu ? Dieu merci - mais quand même, on a toujours un problème du comment de la chose. Surtout que j’en parlerai tout à l’heure, on a des étudiants qui changent, on a des profils qui changent et aussi des attentes, maintenant, des générations qui changent.

J’ai enseigné un panel très large des cours depuis toujours, donc même quand j’étais étudiante en thèse, j’assistais des travaux pratiques en programmation, beaucoup de programmation. Donc à Mexico, surtout, j’ai assuré quatre trimestres le cours d’introduction à la programmation.

Mes recherches portent surtout sur la fouille du texte et apprentissage automatique. Du coup j’assure aussi des cours comme ça. J’ai enseigné un cours de grid et cloud computing il y a quelques années ici même à Télecom Saint-Étienne ; des cours de calcul parallèle, recherches op [opérationnelles], algorithmique, donc ça ce sont mes passions et puis des cours de bases de données, bases de données avancées. Donc j’ai fait pas mal de choses.

Et puis, si j’assure toujours à une variété de publics une variété de cours, étonnamment mes supports de cours sont toujours faits en LaTeX, de la manière la plus sobre possible. Ça ressemble à peu près à ceci. Les slides de cours c’est toujours le même format. Le choix étant dicté par LaTeX et puis par le format final. D’habitude, je le mets en PDF pour être sûre qu’ils vont pouvoir le lire et le relire. Pareil les sujets d’examen, de TP, tout est fait en LaTeX et je n’aime plutôt pas Word et je vous expliquerai pourquoi.

Ça ce sont d’autres locaux de l’École des mines de Saint-Étienne, ceux précisément qui sont sur le site de Manufrance et où se trouve mon bureau.

Pourquoi LaTeX1 ?

Je vais vous parler de logiciel libre et le LaTeX a été le premier choix logiciel libre que j’ai fait de manière inconsciente. J’avais besoin de rédiger ma thèse. Auparavant j’avais rédigé le rapport de DEA ; ça s’appelait à l’époque master recherche. J’avais besoin de réaliser quelque chose de joli, il faut dire, dans lequel j’écrivais aisément des formules mathématiques et surtout, c’est entre parenthèses, j’avais besoin de gérer proprement mes références bibliographiques. Pour moi c’était mortel ! Déjà avant, les références bibliographiques, dans un petit rapport de DEA, c’était intenable : quand on en rajoutait une il fallait renuméroter, c’était l’enfer ! C’était l’horreur ! C’était les années 90, et je me suis dit tu vas apprendre LaTeX, tu verras c’est beaucoup plus facile. Et je suis tombée dans la marmite et j’y suis restée. Au point que même si j’ai une lettre à écrire aux autorités officielles je la fais d’abord en LaTeX et je l’envoie en PDF mais ça c’est une autre question.

Et puis du coup, petit à petit, je commençais à avoir une conscience du Libre plus ou moins développée. En société de service informatique on fait surtout ce qu’on nous dit de faire, on ne se pose pas trop de questions. On voit quand même des prix de licences logicielles qui sont assez faramineux et puis on arrive à une carrière en enseignement supérieur on se pose la question : il faut que je leur apprenne à programmer et que j’aide un collègue en TP d’analyse numérique, mais quels logiciels on va utiliser et pourquoi ? Et puis on se posait la question, en salle ils vont utiliser tel logiciel, mais chez eux, s’ils veulent travailler, ils vont utiliser quoi ? Donc on se pose tout de suite la question de sur quel support informatique on va enseigner, nous enseignants en informatique. Les papiers ne suffisent pas ; il faut surtout mettre la main à la pâte et programmer, programmer, essayer des tas de choses, jusqu’à ce qu’on comprenne ce qu’on fait et jusqu’à ce qu’on acquière les bons réflexes, les bonnes manières de travailler.

Donc on se pose forcément la question sur quel support enseigner. Et ma foi, ce que je vais vous raconter par la suite, ce sont surtout des choix de ce type.

Mon séjour au Mexique

[C’est dommage que Vincent qui a expliqué à 14 heures des choses ne soit pas là.] Je commence, très contente de moi, directe, mes cours avec les élèves. Première question qu’ils me posent c’est : « Professora, quels logiciels doit-on acheter ? » Et là je tombe des nues. Je savais quel était le salaire de base, quel était le salaire moyen. Je savais aussi qu’il y avait un marché parallèle des logiciels sur une grande rue du centre de Mexico dans lequel on achetait avec vingt pesos, enfin un peu plus de six euros, Photoshop par exemple. Mais pour moi, c’était impensable d’engraisser qui que ce soit, soit de manière licite soit de manière illicite. Donc il fallait faire quelque chose.

En support pour l’enseignement j’utilisais des serveurs Linux. Il s’agissait notamment de programmer en C. Donc on utilisait GCC2 et puis les éditeurs soit Vim3, soit vi4, soit quelque chose qui s’appelait Tiny ou nanonano en éditeurs de programme. Mais il fallait aussi se poser la question « mais s’ils n’ont pas la connexion internet chez eux », on était quand même au Mexique, qu’est-ce que je vais leur dire de prendre en échange ? [Ah celui-là je ne l’ai pas mis. Si.] Et du coup, à mes élèves de Mexico, j’avais suggéré DevC++5 qui était un outil graphique, donc un IDE [integrated development environment] d’interface graphique, basé sur le compilateur GNU, qui leur permettait de n’importe quel système d’exploitation — soit Windows, soit Linux — de pouvoir faire des programmes, les compiler, les exécuter, voir si ça marche.

Au fil du temps, les outils informatiques que j’ai utilisés

Donc je suis très grande fan de GCC et de shell, ça vous l’avez compris, C c’est parmi mes langages favoris. J’ai beaucoup utilisé Scilab6, plutôt en guise de MATLAB7, enfin comme correspondant à MATLAB, et aussi parce j’ai un besoin très furieux de calculer le déterminant d’une matrice pour voir si la matrice est singulière ou pas. J’ai plutôt tendance à ouvrir Scilab qu’autre chose.

J’ai dû enseigner au fil du temps aussi un cours d’un XML [Extensible Markup Language] pendant quelques années et, du coup, je me suis appuyée sur xsltproc [Processeur xslt en ligne de commande], donc faire des feuilles de style XSLT8, et sur QizxQizx ; comme moteur XqueryXquery - Langage de requête informatique. Donc, au fil du temps, SchemeScheme - Langage de programmatiion naturellement, du PrologProlog - Langage de programmation logique., dans la version SWI-Prolog à l’époque où j’avais expliqué donc le SWI-Prolog ; Protégé9, à l’époque où j’avais enseigné mon cours de maestria en intelligence artificielle.

Je les prends dans le désordre, vous voyez bien, et puis gLite10 qui est un middleware pour faire du Grid computing, qui est libre ; donc c’est issu d’un projet de recherche aux États-Unis, commencé fin des années 90, qui continue toujours et qui permet justement d’illustrer toutes les fonctionnalités de ce que doit être un middleware supportant le calcul de grille.

Et puis je l’ai mis très foncé avec sa petite icône, un logiciel très étrange, enfin très étrange, qui s’appelle Raptor, que j’utilisais beaucoup pour les étudiants du tronc commun au Mexique, donc c’étaient des étudiants qui n’avaient jamais programmé, qui n’avaient pas fait de cours d’Excel ni rien du tout, qui étaient censés faire par la suite diverses filières d’ingénieurs, des chimistes, des ingénieurs de l‘environnement, des ingénieurs en construction, des informaticiens, enfin de la computation comme ils appelaient, mais qui n’avaient pas programmé ou peu. Il y en avait certains qui savaient programmer. Et, d’un point de vue pédagogique, il fallait que je sache passer, que j’arrive à passer la notion de ce que c’est qu’est test, ce que c’est qu’une boucle for, ce que c’est qu’une boucle while. Et Raptor, je vous conseille d’essayer de le retrouver, donc le software RAPTOR11, c’est un petit logiciel qui permet de dessiner des diagrammes de flux, mais pas seuleemnt les dessiner mais aussi les exécuter pas à pas ou les exécuter dans leur globalité. Donc ce qui est extrêmement convenable et c’est une manière très visuelle de voir : je passe par ici, je prends la branche de noms et j’exécute et je fais ma boucle et voici le résultat qui s’affiche en clair. En plus, le logiciel, il faut le dire en passant mais je n’ai pas utilisé ça, permet d’exporter son diagramme de flux dans un programme en C ou en C++, qui fera l’affaire.

Donc ça ce sont les outils que j’ai aimés le plus. J’en ai vu plein. Je déplore parfois, par exemple, et c’est dommage que Vincent soit parti, des logiciels pour faire des jolies figures autres qu’en LaTeX parce que c’est quand même long en LaTeX, qui ne sont pas entretenus ou peu entretenus, donc j’ai des formats de figures qui ne s’ouvrent plus, malheureusement. Mais bon !

En sciences de données, donc big data. C’est un grand mot. Ce qui se cache derrière c’est un besoin de traiter des choses d’un point de vue informatique mais aussi d’un point de vue apprentissage automatique donc tout ce qui est «je fais des prédictions ou je fais du descriptif pour pouvoir "faire parler" mes données, entre guillemets ».

Donc je me suis permis de marquer les choix que j’apprécie le plus. D’une part Octave12 qui est une façon très élégante et très puissante de programmer. Scilab, toujours, qui est aussi un outil de programmation dans lequel je peux manipuler autant des valeurs simples que des valeurs scalaires que des matrices et aussi des outils de visualisation intéressants.

Python13 et Scikit-learn. Donc de la programmation en Python. Maintenant tous les étudiants de classe préparatoire font du Python, du moins ils sont censés savoir faire du Python. Et Scikit-learn c’est une API, donc un plugin qui va venir s’intégrer dans Python pour pouvoir faire de l’apprentissage automatique.

En dernier lieu et pas tout à la fin, c’est l’outil R14 avec son IDE RStudio. Donc j’ai mis R, j’ai mis aussi Rstudio, parce qu’une collaboratrice qui est au Mexique m’envoie son code R et je vois qu’elle utilise R tout simple sans profiter de RStudio qui me semble un outil extrêmement confortable. Et cet outil R, d’une part il est libre, mais d’autre part il y a une certaine aisance dans l’usage. Il y a des packages différents qui nous permettent de faire des tas de choses. L’interfaçage est relativement facile mais là où le bât blesse, quand même, c’est que comme c’est développé dans un mode bazar, à savoir tout le monde qui a besoin de quelque chose soit il prend un package soit il le développe ; il arrive que les packages sont parfois incompatibles et aussi que les structures de données de base de R sont relativement compliquées. [Ah oui j‘ai parlé de vous pas mal de temps, parce que Vincent a dit : « Moi je dis pareil. »]Donc je conseille aussi R pour pouvoir se lancer dans le domaine de l’apprentissage automatique. Oui ?

Organisateur : C’est terminé, normalement.

Mihaela Juganaru-Mathieu : C’est time-out. OK.

Organisateur : Mais nous sommes au moment de la pause. S'il y a des gens ici qui acceptent de laisser passer la pause, tout va bien. Vous êtes la dernière intervenante.

Mihaela Juganaru-Mathieu : OK. Bon ! En outil connexe pour traiter des gros volumes de données, je conseillerai Hadoop15 et MapReduce. Donc Hadoop et Spark. SparkSpark étant un produit du programme Apache. Les bases NoSQL16 donc notons les SQL Cassandra et MongoDB17.

Un tout petit mot sur les étudiants auxquels j’ai eu à faire

Depuis les années 80, quand j’étais étudiante en thèse jusqu’à maintenant, les générations, les profils ont tellement changé ! On a à faire à complètement une autre génération. Je n’ai plus aucun étudiant qui n’a jamais touché à un ordinateur. Ce n’était pas le cas dans les années 2000 : on voyait toujours des étudiants qui n’avaient jamais touché et pire, qui n’avaient pas envie de toucher.

N’empêche qu’il y a toujours un écart entre les passionnés et les autres. Les autres utilisent l’ordinateur parce qu’ils en ont besoin ou parce qu’on leur dit de le faire. Ce ne sont pas les passionnés qui sont très intéressants, ce sont surtout les autres. Qu’est-ce qu’on va leur prescrire et comment on va leur dire quoi installer ? Comment faire ? Comment s’en sortir ? Et surtout prendre confiance dans l’outil informatique.

Du coup donc, ce que les étudiants attendent de nous, c’est un accès aisé au support, donc Bibiana parlait du Moodle. J’ai découvert moi aussi depuis quelques années Moodle et c’est extrêmement facile pour mettre ses cours en PDF sur Moodle, a contrario d’entretenir une page web sur son serveur école exprès pour ça. Donc c’est infiniment plus commode et plus facile. Plus le rendu des TP : on a besoin aussi en TP d’outils performants et fiables, plutôt faciles dans leur prise en main parce que maintenant plus personne n’est capable d’assister et d’écouter un prof se promener au tableau en expliquant : si vous appuyer sur la touche F1 il va se passer ceci/cela. Donc on cherche plutôt des outils fiables et plutôt faciles en main donc parfois on met dans la balance les deux. Et puis les étudiants ont besoin d’outils pour gérer leurs projets et le travail collaboratif.

Les retours des étudiants

Ils sont quand même beaucoup moins timides qu’il y a des années, ils ont la parole et ça c’est très bien et ils nous disent ce qu’ils en pensent. En plus, au travail de fin d’études, on leur demande directement, explicitement, qu’est-ce que vous avez pensé de la formation ? Et parfois, il leur arrive de nous prescrire eux-mêmes du Libre et de nous dire que c’est mieux que ce vous avez fait, vous savez telle ou telle chose. Donc voila !

Et puis on a d'autres retours, un peu indirect, tout aussi intéressant, du moins à l’École des mines de Saint-Étienne, qui sont les retours de stages. J’avais parlé du travail de fin d’études, du stage de deuxième année dans lequel les étudiants nous présentent ce sur quoi ils ont travaillé et, comme on est quand même une filière technique, ils nous parlent des outils qu’ils ont vus. Et c’est là qu’on prend connaissance des divers logiciels qui existent dans ce monde et qu’on n’a pas aussi ; que parfois ils sont libres et que parfois on découvre qu’ils peuvent être très utiles dans l’enseignement par la suite.

Je vais m’arrêter là, juste pour dire qu’il faut qu’on garde toujours en tête qu’on a un rôle formateur, donc on a un rôle très fort. Qu’il faut qu’on reste ouverts au logiciel libre et surtout qu’on fasse du Libre. Merci.

Organisateur : Garde ce microphone, il y a l’autre.

Mihaela Juganaru-Mathieu : OK.

Public : Je suis extrêmement content de voir quelqu’un qui utilise LaTeX pour une démonstration et ça m’a fait très plaisir de voir tous les logiciels libres décrits dans un contexte d’utilisation vraiment approprié. Ce que tu as raconté de ta découverte de LaTeX ça me rappelle beaucoup de souvenirs personnels, d’un directeur de thèse qui me dit : « Ah je n’aime pas ce style dans les citations. Est-ce que vous pourriez changer, faire votre bibliographie autrement ? » Je suis revenu dans le quart d’heure suivant, avec la nouvelle présentation.

Mihaela Juganaru-Mathieu : Et là il a été épaté. Ouais !

Public : Il a été bluffé ! Il pensait m’en donner pour deux jours ! Donc utilisez LaTeX. Si vous ne le savez pas, eh bien apprenez LaTeX, ça vaut vraiment la peine.

Mihaela Juganaru-Mathieu : Surtout pour les mathématiciens, physiciens, tout ce qui est formule ça va extrêmement plus vite et plus durable, quand même, dans l’écriture, que Word.

L'April rejoint 30 autres organisations pour la campagne « Argent public ? Code Public ! »

mer, 13/09/2017 - 06:07

Le 13 septembre 2017 la FSFE (Free Software Foundation Europe) a lancé la campagne « Argent Public ? Code Public !  », avec 31 organisations signataires dont l'April. Signature qui s'inscrit pour l'association française de promotion et de défense du logiciel libre en totale cohérence avec son objectif principal : la priorité au logiciel libre et aux formats ouverts dans les administrations publiques.

Pour l'April la priorité au logiciel libre est une pierre angulaire pour construire une informatique qui soit au service des utilisateurs, donc des citoyens, et non pas un outil pour ceux qui souhaitent les asservir. Une informatique libre et loyale au service de l'intérêt général.

La campagne (Public Money ? Public Code ! en anglais) s'articule autour d'une lettre ouverte, qui affiche une ambition générale d' « amélioration des procédures de marchés publics pour les logiciels » et appelle à ce que tout logiciel « financé par le contribuable » soit publié sous licence libre. Nous vous encourageons toutes et tous à la signer.

Rappelons qu'en France, depuis la loi « pour une République numérique » ratifiée le 7 octobre 2016, les codes sources « produits ou reçus  » par les administrations sont considérés comme des documents administratifs à part entière et sont à ce titre communicables à quiconque en fait la demande. Voir ici pour plus de détails sur cette loi et l'action de l'April.

Une vidéo de quelques minutes a été également réalisée dans le cadre de cette campagne. Celle-ci présente, de manière très pédagogique, les enjeux d'une informatique libre et loyale pour les services publics. Des sous-titres sont disponibles en plusieurs langues, dont le français. La vidéo est sous licence CC-By 4.0, les sources sont disponible ici.

Pour en savoir plus; voir le site officiel de la campagne publiccode.eu et le communiqué de la FSFE.

Revue de presse de l'April pour la semaine 36 de l'année 2017

lun, 11/09/2017 - 10:04

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 36

[Les Inrocks] ”Nothing to Hide”: pourquoi ce docu sur la surveillance de masse nous concerne-t-il tous?

Par Bruno Deruisseau, le samedi 9 septembre 2017. Extrait:
> Grâce à la collecte de nos données numériques, les agences de renseignement disposent aujourd'hui d'un accès quasi-total à notre intimité. Sorti cette semaine, "Nothing to Hide" propose, en évitant l'écueil de la paranoïa, une prise de conscience des enjeux de la surveillance de masse et des moyens dont chacun dispose pour s'y soustraire.
Lien vers l'article original: http://www.lesinrocks.com/2017/09/09/cinema/nothing-hide-pourquoi-ce-docu-sur-la-surveillance-de-masse-nous-concerne-t-il-tous-11983255

[Le Monde.fr] Après Irma, des internautes mobilisés pour cartographier en urgence les zones dévastées

Par la rédaction, le vendredi 8 septembre 2017. Extrait:
> En quelques heures, les cartes des îles frappées par l’ouragan ont été actualisées par la communauté OpenStreetMap. Un travail précieux pour les secours.
Lien vers l'article original: http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/09/08/apres-irma-des-internautes-mobilises-pour-cartographier-en-urgence-les-zones-devastees_5182936_4408996.html

Et aussi:
[NewZilla.net] Ouragan Irma / Les internautes se mettent au travail

[ZDNet France] Firefox s'essaie au nu intégral sur les données et la vie privée

Par Christophe Auffray, le jeudi 7 septembre 2017. Extrait:
> La confidentialité, c'est un sujet sacré, voire une valeur fondamentale pour un navigateur comme Firefox. Mais le logiciel a aussi besoin des données des utilisateurs. Comment concilier les deux? Par la transparence et la clarté. S'agit-il d'une première étape avant l'activation par défaut de la télémétrie?
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/firefox-s-essaie-au-nu-integral-sur-les-donnees-et-la-vie-privee-39856962.htm

[Le Monde Informatique] L'improbable abandon du contrôle de Java SE par Oracle

Par Paul Krill, le lundi 4 Septembre 2017. Extrait:
> Si Oracle a indiqué étudié le transfert de Java EE vers une fondation open source, la question se pose également pour Java SE. Et la position de big red est ici très différente.
Lien vers l'article original: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-l-improbable-abandon-du-controle-de-java-se-par-oracle-69239.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Défendre le libre par une lutte sectorielle : l’exemple de la déficience visuelle - JP Mengual

jeu, 07/09/2017 - 09:28


Titre : Défendre le libre par une lutte sectorielle : l’exemple de la déficience visuelle
Intervenant : Jean-Philippe MENGUAL
Lieu : Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : Juillet 2017
Durée : 19 min
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Envoyer le logiciel libre face aux grands majors du logiciel privateur est une lutte presque impossible : puissance marketing des majors, qualité design inférieure, même des millions d’euros peuvent ne pas suffire.

Mais défendre une approche par secteur, comme l’a fait Framasoft, semble plus appropriée. Encore faut-il définir le secteur, ce qui le traverse (sociologiquement, psychologiquement, politiquement). C’est le moyen le plus sûr de développer un discours et une démarche adaptée, de déterminer les profils recherchés en matière de ressources bénévoles ou salariales, etc.

Ainsi, la promotion du libre auprès des déficients visuels, en action depuis 2004, a atteint un plafond de verre. Pourquoi ? Comment changer les choses ? C’est cette nouvelle approche, fruit de 2 ans de travail intensif, que cette conférence se propose de présenter.

Transcription

Bonjour à tous. Merci d’être là.

Donc aujourd’hui on va effectivement essayer de se demander si le déploiement du logiciel libre, son développement et la défense en faveur du logiciel libre, surtout dans le grand public et au niveau du poste de travail, ne pourraient pas avoir une vraie chance à partir de ce que j’appelle une lutte sectorielle, c’est-à-dire pour faire un effet viral en partant d'un petit groupe de personnes potentiellement concernées pour ensuite arriver à généraliser, petit à petit, par cercles, pour finir par en faire une tendance plus globale.

Pour introduire ce propos, je pense qu’on peut effectivement partir du constat, qui me paraît assez consensuel, que l’une des difficultés du Libre aujourd’hui c’est qu’il lutte contre des mastodontes, évidemment, en matière d’informatique grand public, avec une puissance tout à fait considérable et une vraie difficulté à pénétrer, par définition, l’informatique des utilisateurs lambda, pour des raisons à la fois techniques, qui sont objectives, explicables, effectivement liées à l’interopérabilité, liées peut-être au design, liées à des petites choses comme ça ; mais aussi, et peut-être surtout, parce que dès qu’un effort est fait il est immédiatement anéanti par des politiques tout à fait de dumping, pratiquées par des grands groupes. En 2010, par exemple, il y avait des machines qui étaient sorties avec GNU/Linux en système d’exploitation pré-installé et ces machines avaient été immédiatement concurrencées par des machines quasiment gratuites, avec des systèmes Windows à l’intérieur ; donc évidemment, le modèle n’a pas vraiment fonctionné ! Pour d’autres raisons aussi, mais évidemment, on voit bien la puissance de frappe d’une firme qui est capable de faire de la vente à perte en toute illégalité face à des gens qui essayent d’innover un petit peu et de créer des alternatives.

Je pense que la lutte économique, en pratique, elle n’est pas très réaliste, puisqu’on parle de milliardaires d’euros et multimilliardaires, face à des millionnaires en euros. Et donc, c’est assez peu réaliste de dire qu’on va gagner par la lutte économique. Par contre, par la lutte idéologique on peut se dire qu’on peut aller plus loin, mais on voit bien le temps que ça prend. Il suffit de voir un petit peu l’évolution des différents événements libristes, des gens qui y participent et l’impact de la prise de conscience du public en matière d’informatique pour comprendre que la lutte idéologique, là-dessus, sera assez longue.

Et la question qui se pose dès lors, c’est est-ce qu’on peut tenter une approche par secteurs pour créer un mouvement plus viral et un mouvement qui, par cercles concentriques, atteindra son objectif ?

Le secteur que je vais prendre ici pour illustrer c’est le secteur de l’accessibilité, on verra pourquoi, mais on est face à des gens qui, potentiellement, peuvent en avoir un bénéfice immédiat, alternatif à ce qui peut se faire dans les technologies propriétaires. Et, par définition, ce secteur peut, lui, commencer à s’équiper avec un intérêt immédiatement perceptible, pour ensuite se généraliser à autre chose.

Il y a déjà, en fait, dans l’informatique, une répartition sectorielle, mais dont le potentiel est négligé. Pourquoi il y a une répartition sectorielle ? Parce que, quand on y réfléchit, Windows et Mac sont déjà conçus pour un « secteur » entre guillemets. Puisqu'en fait, quand on y réfléchit, ils sont conçus pour à peu près couvrir 75 % des usages. À peu près ! Ce qui veut dire implicitement que ces 75 % qui sont, en fait, ceux qui fonctionnent à l’intuitif, qui arrivent à se débrouiller, les jeunes cadres dynamiques, on va dire, qui réussissent ; ceux qui aiment aussi le flashy, le produit fini, qui aiment aussi des choses qui clignotent un peu partout, des gens comme ça, et qui sont capables de s’adapter plus ou moins, en grognant un peu, mais qui sont capables de s’adapter aux différentes mises à jour permanentes, aux ergonomies nouvelles, parce que c’est neuf — ce n’est pas forcément mieux — mais c’est neuf, donc c’est bien ! Donc ce public-là, qui représente à peu près 75 % des usages, je dis bien des usages et pas forcément des usagers, déjà, voilà, ce public-là peut être facilement attiré, et on le voit, par Windows et par Mac, sans aller jusqu’aux Apple addicts où là on est encore sur autre chose, mais on voit bien que ce public-là est déjà finalement assez cadré.

Et puis, en face on, a, pour tous les autres, c’est-à-dire les 25 % d’usages restants, qui concerne quand même une part de la population non négligeable, pour ces gens-là on a des modèles qui existent, évidemment marginaux, mais pas forcément non plus négligeables, qui sont d’ordre spécialisé et qui conçoivent des technologies malheureusement qui, du coup, ont le problème d’être enfermantes. Je pense, par exemple, à des logiciels qui permettent à des personnes âgées d’accéder à l’informatique et qui sont, par exemple, des surcouches, des logiciels qu’on installe dans Windows, qui absorbent la couche de complexité d’un système d’exploitation comme Windows et qui le simplifient pour faire en sorte que la personne, pour ouvrir ses mails tape 1, pour ouvrir son Word tape 2, etc.

Même chose dans d’autres écosystèmes. Ordissimo1, par exemple ou Ordimemo2, sont des ordinateurs dédiés, pour ces personnes, de façon à ce qu’elles aient un accès facilité à l’informatique.

Et le Libre, quant à lui, il se construit autour d’une pensée alternative et, évidemment, un peu plus marginale, mais pourtant qui existe aussi d’un point de vue sectoriel, encore une fois. C’est-à-dire que cette dimension segmentée existe déjà.

Ceux qui vont dans le Libre aujourd’hui, c’est qui ? Des gens qui ont une certaine prise de conscience de l’importance de la protection des données ; de l’importance de la maîtrise de ses programmes informatiques. Bon ! Là aussi, il faut le dire, d’un point de vue un peu sociologique, c’est une population assez marquée à gauche et une population assez attirée par l’informatique, soit ce qu’on pourrait appeler les geeks, carrément, soit des gens plutôt attirés par le réseau et qui le font de façon un peu plus professionnalisée. Bon ! Là encore, quand on y réfléchit, il y a déjà une approche sectorielle. C’est-à-dire que le Libre a déjà, un peu, son public. Mac et Windows ont leur public et les publics en marge de tout ça ont d’autres systèmes qui leur sont dédiés, mais qui sont enfermants et qui ne leur permettent pas de progresser pour aller vers quelque chose de plus standard.

On remarque, par contre là c’est beaucoup plus intéressant, que dans le Libre, des personnes pourraient y adhérer pour des raisons de valeurs, pour des raisons idéologiques. Objectivement, je pense qu’entre la pensée du logiciel libre telle qu’elle est vécue dans le partage, dans l’horizontalité comme on peut le faire dans des distributions comme Debian ou des choses comme cela, des gens comme des gens du Parti communiste par exemple, d’extrême gauche, ou des gens plus à tendance écologiste pour le coup, pourraient adhérer au Libre et pourtant, eux n’y adhérent pas. Par contre, du coup, eux se lancent dans un autre phénomène qui est la techno-phobie c’est-à-dire qu’ils finissent par dire la techno c’est le mal du monde et on finit par dire il y trop de techno, trop de déshumanisation trop de, trop de, et ils ne vont pas vers le Libre. Ce qui montre bien, là encore, que c’est tout à fait paradoxal parce que ces gens-là, pour le coup, pourraient tout à fait être les premiers acteurs du Libre, en réalité.

À la fête de l’Humanité, on y va régulièrement en septembre sur Paris, on voit bien que ce n’est pas complètement simple et ça pose aussi un certain nombre de questions au regard de tout ce qu’on vient de dire.

Le résultat on le connaît. C’est que GNU/Linux couvre aujourd’hui entre 1 et 2 % du grand public. Les solutions spécialisées, comme Ordissimo, aujourd’hui, elles revendiquent 70 000 utilisateurs. Bon ! Et puis l’inclusion, aujourd’hui, reste quand même partielle puisque, en 2011, un rapport du Conseil d’analyse stratégique montrait qu’il y avait une véritable fracture, des fossés numériques, c’était le titre du rapport, et il identifiait une fracture importante qui était ce qu’il appelle la fracture secondaire. C’est-à-dire qu’aujourd’hui ce n’est plus un problème de celui qui a ou n’a pas d’ordinateur, mais c’est celui qui le maîtrise ou qui ne le maîtrise pas. Et ça, ça crée une claire fracture numérique aujourd’hui dans nos sociétés qui était tout à fait vraie en 2011, à laquelle on tente de remédier par des médiations numériques et autres choses de cette nature, mais à l’arrivée, en fait, on se rend compte très rapidement que cette fracture, bien qu’en diminution, elle existe encore.

Et surtout, cette segmentation est un symptôme de cette nouvelle fracture.

Alors comment faire ? Et c’est là où on arrive au modèle que je propose. De mon point de vue, un modèle plus structuré pourrait conduire, précisément, à un effet beaucoup plus important, un effet viral beaucoup plus important. Le potentiel est réel, en réalité.

Le logiciel libre est la seule technologie et ça je pense qu’on n’est pas en difficulté pour le dire, c’est la seule technologie qui techniquement est suffisamment souple pour s’adapter à l’ensemble des situations existantes dans l’humanité.

On est capables aujourd’hui, grâce au logiciel libre, que la personne soit aveugle, qu’elle soit malvoyante, qu’elle soit albinos, qu’elle soit je n’en sais rien moi, qu’elle ait un handicap moteur, on est capables aujourd’hui, techniquement, d’adapter un logiciel. Pourquoi ? Parce que comme il est partagé, n’importe qui, qui autour de lui a identifié un usage que le concepteur d’origine du logiciel n’a pas créé, ou un besoin ergonomique particulier, peut créer. C’est-à-dire que n’importe qui aujourd’hui peut, en toute hypothèse, en tout cas techniquement parlant et s’il en a les compétences, créer un thème, un style, une ergonomie, une manière d’interagir. Bref, n’importe qui, grâce au logiciel libre, peut faire ça. Ce qui est rigoureusement impossible, évidemment, avec des systèmes privateurs puisqu’on est enfermé dans la logique du concepteur. Le système libre peut atteindre cette logique virale.

Idéologiquement, c’est la même chose. Puisque très concrètement, un logiciel libre il a quand même en soi une idée de partage, une idée de mise en commun d’un certain nombre de choses et cela a une conséquence pratique très nette qui est la gratuité. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire deux choses. Premièrement c’est qu’idéologiquement, évidemment, on est plus sensible à l’autre et à la différence. Et deuxièmement c’est que, comme il y a une gratuité qui est induite souvent par le fait que c’est partagé, même si ce n’est pas une des valeurs des licences libres, mais c’est souvent une conséquence pratique, ce partage il permet quoi ? Il permet de créer des choses qui vont autour du logiciel. C’est-à-dire que comme on n’a pas eu besoin de payer le logiciel, on peut faire payer à côté le service, qui est basé sur l’accompagnement et la formation, et immédiatement on crée quelque chose de différent. C’est-à-dire qu’au lieu que la personne se retrouve seule face à son logiciel et qu’elle n’y arrive pas, eh bien c’est précisément grâce au logiciel libre qu’elle va pouvoir se retrouver avec ce qu’il lui faut pour adopter un numérique standard.

Pour faire très simple, aujourd’hui, quand on est sur un logiciel libre, on peut tout à fait l’utiliser de manière standard même si on a niveau désastreux en informatique, pour autant qu’on soit accompagné. Et comme il ne faut pas payer le logiciel proprement dit et qu’on peut se concentrer sur le paiement de l’humain qui accompagne la personne, immédiatement ça peut et l’inclure dans le numérique, dans le standard globalement, et passer par le logiciel libre. Et le logiciel libre a ce rôle-là, peut commencer par couvrir ces populations qui ont un fort besoin de capital humain pour arriver à quelque chose qui soit, précisément, de nature à le développer plus largement.

Mais évidemment, pour que ça puisse se réaliser, il faut que le mouvement communautaire réussisse à s’organiser pour ça. D’abord en favorisant au maximum ce qu’on pourrait appeler l’universalité. Plus les communautés du Libre vont empêcher, volontairement ou pas – on l’a vu hier à l'occasion d’une autre conférence, évidemment que ce n’est pas nécessairement volontaire mais enfin, il y a quand même des logiques incitatives – plus elles vont inciter les utilisateurs, on va dire intermédiaires, à être capables d’adapter l’interface, s’approprier une interface, plus ça deviendra universel, plus il y aura une opportunité d’être accessible et plus on arrivera à adapter des choses, et à s’adapter à une variété de public importante et démarrer, du coup, par des secteurs plus vastes. Par exemple aujourd’hui, dans Debian, tous les bureaux voient leurs fonctionnalités d’accessibilité activées par défaut. Ce qui permet potentiellement, le jour où toutes les technologies réussiront à accéder à tous les bureaux, ça leur permettra de se mettre en place pour que ça fonctionne. Pareil pour les bureaux comme MATE3. D’autres bureaux, au contraire, ont choisi une approche où, pour le rendre plus flexible et donc l’adapter à des situations un peu plus marginales, il faut s’y connaître de manière beaucoup plus poussée en informatique. Soit ! Mais du coup, évidemment, ça limite beaucoup la portée de cette flexibilité qui est indispensable à ce grand public.

Et puis, l’autre aspect, c’est que l’accessibilité au cœur des projets permettra, du coup, de développer nécessairement des logiciels où la question technique ne se pose plus et ne se posera alors plus que la question humaine. Et là, ça va permettre encore de développer, pour un secteur donné, tout un ensemble de choses qui permettront de le rendre sensible au numérique libre. Et ensuite, on sait comment ça marche ces phénomènes-là. Quand les personnes sont sur du numérique et que les voyants regardent ça, par exemple si ce sont des aveugles et qu’ils regardent ça et qu’ils se rendent compte que ce n’est pas si difficile que ça, tout de suite ça les tente d’y passer et l’effet viral est entamé.

Les communautés, ici, ont un rôle. Pourquoi ? Parce que, eh bien évidemment, ce sont quand même les projets qui fixent les deadlines pour leur développement ; ce sont aussi elles qui font des processus pour tester que, quand ils font du développement, ils ne créent pas de régression en matière d’accessibilité. Et ce sont elles qui, aussi, peuvent promouvoir le respect des standards.

C’est quoi l’idée ici ? C’est que le jour où le Libre aura techniquement intégré cette dimension universaliste, cette dimension « on se met à la disposition de tous pour être le plus flexible possible et pour laisser chaque situation se mettre en place », ça permettra à ceux qui en font la promotion et qui ne sont pas techniciens de l’adapter à des situations tout à fait hétérogènes et, du coup, de créer, à partir de ces situations, un mouvement potentiellement viral.

J’ai la conviction ainsi que si, par exemple, on arrive aujourd’hui à développer un logiciel libre qui soit techniquement parfaitement accessible aux déficients visuels ; que ces déficients visuels ainsi l’adoptent, notamment parce que autour de cette population pourra se mettre en place une économie ou une communauté qui pourra accompagner, former, sans se préoccuper plus simplement d’accessibilité technique, mais de l’appropriation humaine pour ces populations qui, aujourd’hui, doivent s’enfermer dans des technologies spécialisées ; si on arrive à mettre ça en place, ces gens vont bientôt promouvoir le message avec leur entourage, parce qu’on sait très bien que ces populations, souvent, accèdent au numérique par leur entourage, et leur entourage, ensuite, pourra se dire mais finalement c’est simple, c’est faisable et c’est standard, et il pourra aussi l’adopter. Et l’effet viral pourra ainsi commencer à jouer son effet.

En conclusion, je dirai que le monde du numérique traverse, à mon avis, une phase extrêmement importante avec une crise, disons-le quand même, une crise importante de liberté : énormément de verrous sur le matériel ; les enjeux des données sont considérables. Si bien que si rien n’est fait aujourd’hui pour que le Libre s’impose enfin au grand public de manière claire, ce qui risque de se produire, à terme, c’est que la seule façon de se libérer d’un État qui devient de plus en plus orwellien, ça pourrait bien être la fin, tout simplement, du numérique. Stallman l’a dit il n’y a pas longtemps d’ailleurs : « On pourrait tout à fait s’amener, brusquement, vers la fin d’une société numérique. »

La seule solution qui, à mon sens, permettra précisément un peu de sauver le numérique c’est le Libre, très clairement. Mais pour que le Libre puisse remplir pleinement ce rôle, eh bien il lui faut, à travers ses projets leaders, évidemment, parce qu’on ne peut pas demander à chaque petit projet où il y a une ou deux personnes de se lancer dans une démarche comme ça et d’autant que leur influence, quoique importante, elle sera un peu moins importante que si ce sont des énormes projets comme Mozilla ou LibreOffice qui se lancent là-dedans. Mais si Mozilla se lance là-dedans, dans un soutien clair à l’ensemble de l’écosystème libre, avec une véritable stratégie grand public, eh bien alors le Libre pourra de nouveau trouver, sans doute, sa place et remettre le numérique au cœur de la société, en lui donnant un peu plus d’humain, tout simplement. Et c’est indispensable parce que c’est aujourd’hui ce qui manque principalement au logiciel libre, ce qui lui manque pour atteindre les secteurs qui en auraient le plus besoin et qui, du coup, empêche l’effet viral de se mettre en place.

Et l’avantage il est où ? Il est que ça permettrait d’atteindre les plus nécessiteux, donc par exemple les handicapés ; que techniquement on soit tranquille de ce point de vue-là ; et ça permet de créer des modèles économiques viables, un Libre associé au service, et sur cette base-là, évidemment, à partir du moment où on sait que c’est un modèle qui devient transférable, à partir du moment où les choses se passent d’un cercle à l’autre, là encore grâce à la philosophie du logiciel libre, on arrive à créer un effet viral. Et c’est en trois phases qu’on arrivera probablement à faire ça et, tout d’un coup, on va peut-être se rendre compte que les stratégies globales ont un peu moins de succès, Canonical en est un bon exemple, et que si on passe par une approche virale, tout simplement, ça peut fonctionner.

Et s’il est trop divers pour que chacun s’en soucie, j’insiste pour dire qu’il y a des projets leaders qui, très franchement, pourraient s’en soucier. Alors OK, les fondations qui portent ces projets disent : « C’est du Libre », donc c’est chacun qui peut se lancer là-dedans. Oui ! Mais enfin, à un moment donné, quand on sait qu’il y a des projets qui aujourd’hui codent essentiellement pour Windows alors qu’ils pourraient très bien, un petit peu, reprioriser notamment pour GNU/Linux certains de leurs développements, je pense qu’on pourrait se poser quelques questions et relancer la machine.

Voilà. S’il y a des questions n’hésitez surtout pas et puis des commentaires aussi, c’est un modèle que j’essaie de proposer, « théorique » entre guillemets, mais évidemment la mise en pratique est intéressante à discuter ensemble donc n’hésitez surtout pas. Merci.

[Applaudissements]

Éducation nécessaire de l’enfant à l’étudiant passe aussi par celle des professeurs - RMLL2017

mer, 06/09/2017 - 04:16


Titre : Éducation nécessaire de l’enfant à l’étudiant passe aussi par celle des professeurs
Intervenants : François Elie - Samy Kefi-Jérôme - François Bocquet - François Aubriot
Lieu : Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : Juillet 2017
Durée : 1 h 11 min 49
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Le numérique change les façons d’enseigner mais il doit être avant tout expliqué pour éviter de faire une génération de simples « consommateurs ». De plus le cadre légal évolue rapidement mais pas aussi vite que les technologies.

Transcription

François Aubriot : Bonjour à toutes et tous. Merci d’être avec nous. Merci. Je vais rapidement présenter les personnes qui compléteront. Donc François Elie, président de l’ADULLACT1, adjoint au maire d’Angoulême. Samy Kefi-Jérôme, qui est adjoint au maire de Saint-Étienne, en charge de l’éducation ; François Bocquet, qui est au ministère de l’Éducation nationale en charge, on va dire, des nouveaux moyens, de la prospective au niveau de l’éducation ; et donc moi-même, François Aubriot, qui vais animer cette conférence dont le thème est l’éducation. Donc l’éducation c’est très vaste, l’éducation nécessaire, de l’enfant à l’étudiant, et également des professeurs. Je vous laisse peut-être, en introduction, rapidement vous présenter. François, tu commences. Oui, Alors il y a beaucoup de François ! Désolé !

François Elie : Qu’est-ce que je peux ajouter d’autre ? Ah si, une petite histoire, mais très rapide. Il y a très, très longtemps j’ai enseigné l’informatique dans l’option des lycées. J’ai été invité deux fois dans ma vie à l’Élysée. La dernière fois c’était en novembre dernier, dans le cadre de l’Observatoire du Libre et j’ai entendu une ministre qui disait, comme une sorte de nouveauté : « Nous allons bientôt enseigner le code ! » Mais 17 ans avant, j’avais été invité à l’Élysée, avec mes élèves, qui avaient gagné un concours de programmation. Comme si on avait perdu un petit peu de temps. Voilà !

Samy Kefi-Jérôme : Samy Kefi-Jérôme, adjoint au maire de Saint-Étienne. Qu’est-ce qui est de la Loire ici ? Personne ! De la Loire, département de la Loire ? Saint-Étienne. Très bien. Deux ! Très bien ! Pour les autres bienvenue à Saint-Étienne. Vous êtes dans un lieu un peu particulier puisque c’est l’école Télécom Saint-Étienne qui est dans ce qu’on appelle le quartier créatif avec la Cité du design. Je ne sais pas quelle image vous aviez de la ville mais l’histoire avec Manufrance, avec l’ASSE [Association Sportive de Saint-Étienne], avec les mines. L’ASSE ça continue, mais Manufrance et les mines c’est terminé. Et maintenant nous sommes vraiment tournés à la fois vers le design et vers le numérique avec un label French Tech, mais nous aurons l’occasion de voir comment nous, nous abordons ce label et le numérique à Saint-Étienne, et notamment à travers les écoles.

François Bocquet : Merci. Donc moi, on l’a dit tout à l’heure, je travaille au ministère de l’Éducation nationale, à la direction du numérique pour l’éducation, qui est une direction qui a été créée en 2014 donc qui est relativement récente, et dans un service qui est un petit peu particulier, qui s’appelle le Numerilab, qui est un incubateur de projets numériques. Et donc on a pour vocation à repérer, à accompagner, des acteurs ou des initiatives de terrain, que ce soient des initiatives de collectivités territoriales ou d’établissements ou même d’individus et à les accompagner, parfois à les protéger quand c’est nécessaire, et puis, derrière, à en tirer des conséquences sur la façon dont on peut diffuser ces réalisations, voire, pourquoi pas quand c’est possible, les intégrer dans les programmes ou dans les dispositifs d’appui plus institutionnalisés.

François Aubriot : Merci. Donc l’éducation. L’éducation en général, déjà c’est un très vaste sujet. Le numérique est prégnant, on va dire, sur toutes les composantes de l’éducation et on va retrouver, maintenant aussi, de plus en plus de numérique à la maison, en lien avec l’école et ce qu’on veut inculquer aux enfants. Alors les plus jeunes, peut-être que Samy tu pourras parler un petit peu des écoles jusqu’aux étudiants et l’enseignement supérieur et la recherche. Peut-être, très rapidement, je vais refaire un petit point sur, on va dire, pas un conflit mais quelque chose qui nous a beaucoup chagrinés, qui a été une convention2 signée entre le ministère de l’Éducation nationale et Microsoft, fin novembre 2015. On a monté un collectif3 de façon à demander au ministère que ces conventions ne puissent pas exister dans la mesure où, et à la fois on échappe aux marchés publics, ce qui n’est pas forcément très sympa pour les entreprises du numérique en général et, peut-être, en particulier aussi, du numérique libre ; et également le côté données personnelles, étant donné que les données personnelles des enfants et des professeurs sont confiées à une société américaine qui est, en l’occurrence, Microsoft. Et on a quand même la chance d’avoir en France la CNIL qui est la Commission nationale informatique et libertés qui encadre, on va dire, l’utilisation de ces données personnelles, que ce soit au niveau des enfants et des plus grands. Et donc on a sollicité dernièrement notre nouveau ministre. On attend une réponse de sa part. Je sais qu’il est quand même assez ouvert normalement : quand il était à Créteil il a fait des choses, notamment en faveur du logiciel libre, mais on souhaiterait vivement que ce type de conventions… Alors on est conscients que le numérique, il faut travailler avec les leaders, etc. Je pense qu’il y a aussi des bonnes volontés et surtout énormément de compétences au niveau des personnels de l’Éducation nationale que ce soient les professeurs, les encadrants, pour faire ce numérique.

On attend également toujours cette charte de confiance, qui devait être mise en place donc dès novembre 2015 ; une charte de confiance de façon à ce que les acteurs du numérique, au niveau de l’Éducation nationale, soient quand même encadrés au niveau de la récolte et de la gestion de ces données personnelles. Donc là la CNIL a dernièrement refait un petit point sur cette charte de confiance qui n’est vraiment pas évidente à mettre en place. Et on avait été, nous, sollicités sur cette charte et on avait dit mais déjà partons de ce que nous demande, nous dit la loi, parce qu’on a quand même la chance, et l’année dernière on a eu la loi sur le numérique, la République numérique, qui a traité également de ces points. Ce sont des sujets sur lesquels on est assez présents et les conventions comme il y a eu avec Cisco, etc.

Peut-être que Samy, au niveau de l’école on va dire primaire, parce que tu es en charge des écoles primaires au niveau de la ville de Saint-Étienne et tu as aussi une autre casquette qui est au niveau de la région Auvergne-Rhône-Alpes, tu es le président de la commission numérique et tu travailles avec Juliette Jarry, la vice-présidente. Au niveau du primaire de quelle façon vous avez abordé à Saint-Étienne un peu cette éducation numérique ? Et pour nous, ce qui nous importe aussi, c’est la partie professeurs/accompagnement et puis peut-être que François, tu compléteras.

Samy Kefi-Jérôme : Sur Saint-Étienne, on est entre nous alors on peut se dire les choses librement – c’est un peu le concept de la semaine quand même – sur ce type d’accompagnement je pense qu’à Angoulême, enfin dans toutes les villes, il y a eu un effet de mode. Parce que les élus, quand ils font un programme municipal ou départemental ou régional, il faut forcément qu’il y ait des choses visibles. Et même si on est en train de rattraper un peu le retard, tous les acteurs publics ne sont pas forcément à jour sur les enjeux du numérique. Et donc ils se l’approprient non pas de manière politique, mais en tout en cas en se disant, il y a deux/trois idées. Donc on a eu des conseils départementaux qui se sont lancés dans les campagnes de 2011 en disant une tablette par élève ou des vidéoprojecteurs pour tous ou, etc. Donc on a toujours abordé l’entrée du numérique du côté des acteurs publics par le matériel parce que c’était ce qui, au niveau de l’électorat, était le plus visible.

Donc on l’a fait aussi à Saint-Étienne, je ne vais pas vous mentir. Mais ce qu’on a fait c’est que, pour équiper les écoles, avant de lancer un programme, on a utilisé la Cité du design parce que le design ce n’est pas simplement l’esthétique de l’objet. C’est aussi un mode de pensée qui est parfaitement adapté avec la mutation qu’on vit dans le monde actuel, c’est-à-dire que c’est un regard un petit peu d’enfant ou, en tout cas, un regard neuf sur des usages et, à partir des usages, comment réguler et accompagner les mutations.

On a missionné la Cité du design pour savoir ce qu’il fallait mettre dans les écoles. Donc ils ont testé dans des écoles urbaines, dans des écoles rurales, dans des écoles publiques, dans des écoles privées, dans des écoles où les équipes enseignantes étaient des vrais geeks, d’autres qui appelaient les souris des mulots. On avait à peu près tous les profils : écoles d’éducation prioritaire, écoles classiques. Et on a testé soit des smartphones, soit des tablettes ; c’était encore sur le matériel. On est arrivé à une conclusion assez simple, parce qu’il y a toujours la contrainte budgétaire qui s’impose, qui fait que du CP au CM2, avant il fallait faire un projet de 15 pages pour avoir un vidéoprojecteur dans sa classe – c’est comme si au début du 20e siècle il fallait qu’un professeur justifie la présence d’un tableau noir dans sa classe. Donc avoir un vidéoprojecteur dans une classe ça devient incontournable, ensuite c’est comment on l’utilise.

Donc ça c’est ce qu’on a fait à Saint-Étienne dans un plan numérique, sur trois ans, où toutes les classes du CP au CM2 vont avoir des vidéoprojecteurs, dans chaque classe, et on dote de packs tablettes. Ça c’est la version officielle ; après je vais vous donner un avis un peu plus personnel ce qui permettra de lancer peut-être un peu le débat aussi avec l’Éducation nationale. Parce que je me rappelle, j’étais allé au Salon de l’Éducation il y a trois ans et, sur le stand de l’Éducation nationale, il y avait écrit « le numérique va réduire la fracture scolaire ». C’était ambitieux ! Là-dessus j’ai un avis très personnel : plus on introduit les outils numériques dans les écoles, plus je m’interroge sur la pertinence de leur présence ! On avait fait venir, au mois de novembre, quelqu’un que vous connaissez peut-être qui s’appelle Michel Desmurget, qui avait écrit un bouquin qui s’appelle TV Lobotomie, avec le label de la direction académique, je vous rassure, mais qui, à partir de 50 années d’études, parce que ce sont les seules données scientifiques fiables que nous avons sur l’impact des écrans sur les enfants ; les téléphones, les ordinateurs, on a commencé à avoir du recul, mais pas suffisamment pour avoir vraiment des données scientifiques qui soient incontestables.

Et quand on voit déjà l’impact des écrans sur les enfants et la surexposition des enfants aux écrans, notamment les tout-petits, on se dit attention ! Attention ! C’est pour ça que, par exemple dans les crèches, nous avons banni, ça n’existait pas, mais en tout cas on a banni tout projet d’introduction d’écrans dans les crèches ; entre 0 et 3 ans, c’est une aberration ! Dans les écoles maternelles, je vous ai dit que nous on commençait à doter à partir du CP, mais dans les écoles maternelles non plus. Il y a un vidéoprojecteur dans l’école pour certaines projections. Les tablettes peuvent être utilisées comme support de langage, mais on fait très attention à ne pas tomber dans un effet de mode. Même si le numérique est incontournable, je considère qu’il y a un âge auquel il faut l’introduire.

Et quand vous voyez les évolutions de la recherche en neurosciences qui nous montrent l’importance du développement psychomoteur, c’est-à-dire entre 0 et 2 ans, un enfant ne parle pas. Donc le seul moyen de se développer et de développer ses neurones et son cerveau c’est par le mouvement et les stimulations extérieures. Or quand vous voyez des enfants, à la maison, scotchés devant la télé ; des parents qui mettent des smartphones ou des tablettes dans les mains des enfants pour se dire « oh là là, c’est intuitif, il comprend tout, qu’est-ce qu’il est merveilleux mon enfant ! » Ces outils sont conçus comme ça, donc bien sûr que c’est intuitif ! C’est dit intuitif ! Mais l’impact sur le développement du cerveau est ravageur !

Pour résumer ma pensée, je considère que ce sont des outils formidables, mais qu’on ne doit pas faire l’impasse sur ce que moi j’appellerais un petit peu l’école de la vie et ce qu’on vit à travers la réforme des rythmes scolaires est un exemple. C’est-à-dire qu’il y a des savoirs fondamentaux qu’on peut étudier en classe, mais il y a des choses qu’on doit faire avec nos mains. Mettre les mains dans la terre – on fait des jardins pédagogiques, voir le temps lent face à l’instantanéité de ces outils, comprendre que le monde ne vit pas à cette vitesse, que la nature ne vit pas à cette vitesse, qu’une plante prend du temps pour pousser, il y a des aléas météorologiques, etc.

Pareil quand on travaille la géométrie. Moi j’ai été directeur d’école en éducation prioritaire, les générations-là qui arrivent, une des matières où on a le plus de difficultés à enseigner c’est la géométrie. À force d’abreuver les enfants trop tôt de choses en trois dimensions, le développement des capacités d’abstraction, le développement des capacités d’imaginaire et de mise à distance d’un objet, sont complètement anéantis. Donc ça se ressent d’autant plus dans les quartiers dits prioritaires : il y a une courbe inverse qui fait que plus les familles sont pauvres, plus il y a d’écrans dans les chambres, parce qu'avoir un smartphone, avoir une télé dans la chambre, ça coûte 50 euros, c’est perçu, c’est considéré comme une sorte de signe ostensible d’un certain pouvoir d’achat. Et donc c’est un leurre, qui fait que ces enfants sont surexposés à ces écrans quels qu’ils soient. Les usages, on y viendra, ne sont pas forcément adaptés et donc ça a un impact vraiment sur leur capacité d’appendre et en classe.

Ça c’était sur le volet enfant. Après j’arrêterai.

Et sur le volet enseignant là, en revanche, c’est autre chose. Du côté des adultes, ce sont des outils qui sont vraiment des outils d’accompagnement parce que nous, notre cerveau il est formé. Donc attention aux effets de mode pour les enfants mais, pour les adultes, c’est un outil formidable que l’Éducation nationale développe.

François Aubriot : On va peut-être continuer. On est partis un petit peu sur un aspect philosophique et c’est vrai que l’éducation est importante et il y a quand même des savoirs fondamentaux à acquérir. François, peut-être, s’ils sont un peu plus grands ceux que tu as en face dans les classes, mais est-ce que tu as un avis partagé par rapport à l’utilisation du numérique ?

François Elie : Pour manger j’enseigne la philosophie, effectivement, donc je les vois plus grands. Complètement d’accord avec l’idée que ça lobotomise.

Je voudrais essayer de compléter en essayant de repérer d’autres problèmes. C’est vrai que les élus prennent les choses par l’équipement et ce qu’on peut regarder. On a un problème en France, c’est qu’on a un ministère qui prescrit et puis ce sont les collectivités qui payent. Donc ça rend les choses compliquées puisque ça aveugle le ministère sur les vrais coûts et ça empêche, en grande partie, les mutualisations – si c’était lui qui payait je suis sûr qu’il prescrirait autre chose – et puis ça crée des inégalités de territoire considérables puisqu’on voit des plans numériques qui s’empilent et le résultat ce sont des ruptures d’égalité.

Effectivement nous, à Angoulême, on va faire la même chose mais en disant « égalité pour tout le monde ; commençons par l’égalité. » Mais c’est vrai que la question de l’équipement n’est pas la question essentielle. Je pense que la question des contenus est importante. On est en train de transférer des contenus du papier à des contenus numériques et on révèle, en fait, le fait qu’au lieu d’encourager, par exemple, les professeurs à collaborer de manière massive avec l’appui de l’inspection, etc., eh bien on continue à essayer de sauver l’édition scolaire au lieu de sauver l’école !

François Aubriot : On va voir, mais c’est vrai que l’équipement c’est quelque chose qui est très important parce que d’un point de vue des collectivités, que ce soient les mairies, communautés de communes pour les écoles primaires, les départements pour les collèges, les régions pour les lycées, on est sur des budgets d’investissement alors qu’au final on aurait vraiment peut-être plus besoin de fonctionnement. Et ça, c’est vrai que c’est vraiment une très grosse difficulté et encore plus pour le logiciel libre et l’open source.

François Elie : J’en viens au troisième point. C’est vrai que la question essentielle c’est la place dans l’enseignement. Et je pense qu’il y a un énorme malentendu. Je crois qu’il faut distinguer trois aspects de l’informatique.

Il y a l’informatique des usages et qui nous laisse penser – et même Michel Serres est tombé dans le piège avec Petite Poucette – qui nous laisse penser que les enfants sont tombés dedans, qu’ils ont eu des cours d’informatique intra-utérins, enfin ils savent faire depuis toujours et puis ils nous donnent des leçons ! Comment leur enseigner ce qu’ils savent déjà ! On a donc une version de l’informatique parfaitement stupide qui est, effectivement, designée pour qu’on s’abrutisse.

Et puis il y a une informatique extrêmement technique : on va programmer, on va développer, et puis on a l’impression dans le débat sur la place de l’informatique dans l’enseignement qu’on hésite entre enseigner les usages, j’ai envie de mettre un « z » à usages, et puis, effectivement, transformer les gamins en simples consommateurs. Ou alors leur enseigner la programmation, en faire des geeks et c’est complètement idiot ! Parce que si vous regardez, si on prend un autre exemple qui est l’exemple de l’automobile, on n’apprend pas aux enfants à conduire dans les écoles ; on ne leur apprend pas non plus la mécanique auto, on leur apprend la physique et on leur apprend à tous la physique.

Public : On leur apprend dès le CP quand on passe le certificat en 5e, en 6e, en 3e, en gros on apprend…

François Aubriot : La sécurité routière. Non, non la sécurité routière, le code de la route.

François Aubriot : Il vaut mieux qu’ils traversent effectivement quand c’est vert plutôt que ce soit rouge.

François Elie : Et là, l’intérêt c’est que nous ça nous remet sur la question de la science informatique, qui s’enseigne avec un tableau noir et une craie, et qui permet non pas de se fasciner avec les outils, mais, un jour, de les dominer. Et je pense que l’essentiel est là. C’est-à-dire que l’école est là pour libérer des objets et non pour fabriquer des consommateurs ou abrutir les enfants.

François Aubriot : C’est effectivement ce qu’on ressent, en tout cas, et je pense qu’il y a beaucoup d’argent et beaucoup de lobbying qui nous amènent sur cette voie.

Samy Kefi-Jérôme : Pour répondre à monsieur, j’entends parfaitement votre propos, mais à mon avis ce qui voulait être dit et je partage, c’est qu’on ne met pas une voiture dans les mains des enfants. Oui, en CE1 il y a les permis de sécurité routière, etc. On leur montre dans quel environnement ; il y a des déplacements, à pied, à vélo, et où il y a des véhicules ; mais en effet on ne leur met pas l’outil, c’est-à-dire la voiture, dans les mains trop tôt.

Public : Inaudible.

François Aubriot : Peut-être François, bonne introduction. Alors maintenant côté ministère de l’Éducation nationale qui est quand même régalien et qui nous, j’allais dire, oriente, et qui oriente les collectivités, normalement. Qu’est-ce que vous envisagez, qu’est-ce que vous avez prévu au niveau de cet enseignement ?

François Bocquet : Il y a des choses nouvelles, en fait, sur lesquelles je vais insister parce qu’elles ne sont pas forcément connues. Elles sont liées à la loi sur la refondation de l’école qui date de 2013, qui a été mise en place par Vincent Peillon, qui précise un certain nombre de choses et qui a ouvert des chantiers dont les chantiers qui sont les chantiers de refonte complète des programmes ; donc le cycle 1, on parlait de maternelles tout à l’heure, cycle 2, cycle 3 qui maintenant va jusqu’en fin de 6e, donc le cycle 3 c’est CM1, CM2, 6e, et puis le cycle 4 du collège où on est vraiment sur ce qu’on appelle le socle, donc les fondamentaux. Sachant que pour ce qui relève du lycée, on a eu ces dernières années, ces trois dernières années, la mise en place à la fois d’une option d’ICN qui est d’Informatique et de Création numérique en seconde et en première, et puis d’un enseignement de spécialité ISN, donc là on est sur Informatique et Sciences du Numérique pour les élèves de terminale et qui leur permet, ensuite, de s’orienter vers soit les métiers de l’informatique, soit d’avoir les bases informatiques leur permettant, au cours de leurs études, d’approfondir la question que ce soit dans un domaine de spécialité informatique ou dans tous les métiers puisque aujourd’hui, dès qu’on est sur des formations post-bac, évidemment les outils numériques et l’informatique ont une part conséquente dans la pratique de chacun. Il n’y a plus aucun métier où on n’utilise pas, de façon experte et avertie, ces outils pour travailler.

Je reviens dessus parce que, tout à l’heure on a fait tout de suite un rapprochement en utilisant un terme générique que j’évite autant que possible d’utiliser, même si ma direction s’appelle Direction du numérique pour l’éducation. Le numérique, le substantif « le numérique » n’a aucune définition en langue française. Malheureusement, aujourd’hui…

François Aubriot : Digital, non plus.

François Bocquet : Digital non plus. D’ailleurs aucun anglo-saxon n’utilise le terme the digital. Vous pouvez le chercher partout, dans tous vos moteurs de recherche préférés, c’est une notion qui n’existe pas. Malheureusement on utilise ce terme « le numérique » comme un fourre-tout, ce qui fait qu’on y on met tout. On y met à la fois l’usage, en tant que consommateurs, de gamins de moins trois ans qui, effectivement, passent deux ou trois heures par jour devant des écrans. Et ça, effectivement, on a toutes les études qui démontrent que c’est une catastrophe ! Mais on met également dedans ce qui est au programme du cycle 1, en maternelle, où on doit, au moins pour les enseignants et éventuellement pour les élèves, agir sur un certain nombre de choses.

Je vous rassure tout de suite le cycle 1, c’est-à-dire les tout-petits, la dimension numérique n’existe que peu dans les programmes. Par contre, elle commence à apparaître au cycle 2 et, en fin de cycle 3, on a des élèves qui ont déjà une maîtrise d’un certain nombre de choses, à la fois sur l’aspect critique et à la fois sur l’aspect outil, compréhension de l’outil, y compris algorithmique – même si ce n’est pas de la programmation au sens de produire du Python ou du C++. Mais les enfants peuvent avoir des compétences algorithmiques soit en mode ce qu’on appelle débranché, c’est-à-dire papier/crayon ou tableau noir, soit avec des outils comme les petits robots qui leur permettent de comprendre ce que c’est que des bases de l’algorithmique. Et au cycle 4, là on commence, donc cycle 4 je rappelle c’est 5e, 4e, 3e, dans le cadre du socle, il y a tout un ensemble d’actions qui sont prévues à la fois pour les disciplines plus scientifiques, donc qui vont être faites par des profs de maths en logique et algorithmique, par les profs de techno quand il s’agira de construire des objets – il y a pratiquement des imprimantes 3D dans tous les collèges de France et de Navarre aujourd’hui – avec des outils de modélisation, avec de l’utilisation de code beaucoup basé sur le codage par blocs, avec une évolution vers le JavaScript ou vers le Python pour les plus grands ou pour les enseignants les plus motivés.

Et puis on a deux dimensions que souvent on oublie qui sont l’éducation aux médias et à l’information. C’est dans ces enseignements-là qu’on va trouver la question de la trace, comment on gère ses traces, comment on gère son empreinte numérique, comment on publie, comment on utilise les outils qui vont permettre de critiquer des sources – c’est ce qu’on appelle la redocumentation, partir de documents existants pour en produire de nouveaux. Là on a un métier qui est dans les collèges, qui sont les professeurs de documentation dont c’est la fonction explicite depuis au moins cinq ans et c’est renforcé par les nouveaux programmes.

Et puis on a aussi une dimension d’éducation morale et citoyenne qui, là aussi, va intégrer, quand les enseignants sont bien formés, cette dimension qui n’est plus une dimension technique au sens strict, mais qui va permettre d’introduire ce que les profs de philo pourront relayer en seconde, en première dans les options et en terminale sur ces questions-là.

François Aubriot : On va reparler de la partie professeurs, c’est aussi quelque chose de très important parce que le numérique va extrêmement vite et je crois que le plus gros frein c’est notre capacité à évoluer aux changements, la résistance aux changements. Par contre cycle 3, enfin cycle 4, est-ce que ce n’est pas un peu tard pour, justement, sensibiliser les enfants ? Pour être intervenu dans des écoles primaires, quand on leur parle de cloud computing c’est : « Ah oui, papa, Facebook, etc. » Tu es dans un cadre, voilà. Mais ils vont vite et je pense que c’est vraiment sur le 2/3, c’est dès l’école primaire qu’il faudrait quand même commencer à leur inculquer cette notion de danger, comme on leur parle du danger en traversant la route avec la prévention routière. Mais est-ce que justement, cycle 4, on n’est pas déjà un peu tard ?

François Bocquet : Alors j’ai insisté sur le cycle 4 parce que voilà !

François Aubriot : Ça fait partie du programme !

François Bocquet : Il y a dès le cycle 2, alors je pourrai vous donner les références pour qu’on puisse les mettre sur le site, il y a un prof formateur, enfin un enseignant du premier degré, formateur, qui s’appelle Frédéric Misery, en Ardèche, pas très loin d’ici, qui a fait un excellent document de synthèse4 et qui permet de voir la place des outils, services et des maîtrises autour de la question numérique, cycle 1, cycle 2, cycle 3. Évidemment, dès le cycle 2, il y a des choses qui sont abordées à la fois y compris sur la question des traces. Le problème c’est qu’il faut quand même se remettre sur le développement psychologique de l’enfant. L’altérité, c’est-à-dire la notion de l’autre, n’apparaît qu’en fin de cycle 2. Quand les enfants ont sept/huit ans ils prennent conscience de façon efficace de l’autre et, évidemment, on ne les amène pas à rentrer dans les logiques de réseaux sociaux, puisque je vous rappelle que même les conditions générales d’utilisation, au moins pour les Américains, en interdisent l’usage avant 13 ans – en France c’est avant 18 ans sauf si les parents décident que ça soit utilisé. Donc ces questions, on ne va certainement pas amener les enfants sur les réseaux sociaux quand ils sont trop jeunes, par contre, plus on avance, et c’est pour ça que j’ai parlé du cycle 4 : c’est au moment de l’adolescence que se créent les opportunités, la nécessité de la compréhension avec, éventuellement, un certain nombre de risques associés.

Inculquer les dangers, c’est un gros débat qui est en permanence. Nous on préfère parler d’opportunités, d’enjeux et de maîtrise d’un certain nombre de comportements plutôt que d’éduquer aux dangers parce que là on risque d’aller complètement à l’inverse de ce qu’on veut faire et d’inciter. Vous savez que l’adolescence c’est l’époque où on cherche à se confronter aux dangers et aux limites, donc afficher le danger, le danger, le danger, c’est le meilleur moyen pour amener les ados à aller vers ce genre de choses.

François Aubriot : François peut-être, parce que ça fait quelque temps que tu fais de l’informatique — on va arrêter le numérique — donc l’informatique, ou du numérique, mais est-ce que, par rapport aux générations auxquelles tu as été confronté il y quinze ans ou vingt ans et maintenant celles qui arrivent, tu as noté un changement du fait de l’éducation, justement ? Ou ça reste encore dur même avec les grands, on va dire ?

François Elie : Il y a trois changements que j’ai observés. Il y a un premier changement, mais qui ne tient pas du tout à l’informatique ou au numérique, qui tient à l’enseignement des mathématiques dans l’école. Moi j’appartiens à la génération Lichnerowicz, maths modernes. J’ai fait de la théorie des ensembles en sixième, j’ai fait les structures en lycée. À l’époque, quand on passait le bac C, il y avait trois bouquins de maths ; aujourd’hui il y en a un tout petit. Et donc il y a un changement majeur en termes de savoirs formels. C’est-à-dire qu’on fait des maths appliquées aujourd’hui et la génération geek, c’était la génération des maths modernes, des gens qui ont fait de la logique formelle, des gens qui ont baigné dedans. Et donc il y a premier écueil qui tient au type de mathématiques qu’on enseigne en France et sur lequel il faudra revenir parce que ça n’intéresse plus les gamins. Nous, on était fascinés par des mathématiques qui ne servaient à rien et il faudrait peut-être qu’on revienne à ça ! Ça c’est la première chose.

La deuxième chose c’est effectivement la massification de l’usage. Tous les gamins ont maintenant un smartphone dès le collège et donc on est toujours en retard d’un train. Si on veut suivre les usages en termes d’équipement on est toujours en retard d’un train et on a l’impression qu’il faut courir après alors qu’il faut faire autre chose.

Et puis il y a un troisième changement, et là ça touche le logiciel libre. C’est le changement de l’ambiance générale de l’informatique chez les décideurs. Aujourd’hui, les gens qui ont été formés à UNIX sont en train de partir à la retraite et on n’a aujourd’hui que des DSI qui n’ont connu que de l’informatique familiale, vous savez, la petite boîte américaine qui aujourd’hui passe des accords avec l’Éducation nationale. Disons qu’ils ont du mal à comprendre que, par exemple GNU/Linux, c’est de l’UNIX libre, parce qu’on n’a plus les interlocuteurs qui ont fait de l’informatique solide dans leur formation. Et ce sont des changements majeurs. En termes politiques ça se traduit par le fait que les politiques, principalement, ne savent plus de quoi il s’agit. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si on utilise le mot numérique. Le mot numérique ça arrange tout le monde parce que « ne vous inquiétez pas, il y a des gens qui vont s’en occuper. Vous, vous aurez uniquement la communication à faire. »

François Aubriot : Les experts.

François Elie : Les experts, c’est ça.

François Aubriot : Peut-être sur le point plutôt du professeur parce que là on a encore une inertie, j’allais dire. Autant on en a des très volontaires, très impliqués dans les écoles – et là je pense plus aux écoles primaires – autant on en voit aussi qui déjà doivent faire leurs trente-deux heures cinquante et ne vont pas passer plus de temps dans l’école. Et là ce sont souvent les parents d’élèves qui s’impliquent dans les écoles primaires, pour faire en sorte que ça puisse fonctionner, parce que forcément on n’a pas non plus du logiciel libre et du Linux de partout. Est-ce que c’est envisagé ? Comment, au niveau d’une collectivité, l’accompagnement du professeur ? Parce que la collectivité, au final, elle paye le matériel et puis faites-en entre guillemets « ce que vous voulez », bien ou mal d’ailleurs. Mais c’est vrai qu’elle n’a pas de droit de regard parce que ça c’est le ministère qui le fait. Mais est-ce que, justement, la collectivité n’aurait pas plutôt intérêt à investir un peu plus ? On a eu la réforme des rythmes scolaires avec des gros investissements humains, etc. Est-ce que ce ne serait pas aussi un moyen d’essayer d’aider, alors pas forcément l’Éducation nationale, mais d’aider justement les professeurs à plus appréhender, utiliser peut-être, et ouvrir ?

Samy Kefi-Jérôme : La formation des professeurs c’est le pré carré du ministère et des directions académiques. Donc ce qu’on fait c’est qu’on travaille en bonne intelligence avec eux et que, dans le cadre du plan numérique, il y a forcément, dès lors qu’il y a dotation, il y a accompagnement en formation. On a mis à la fois à disposition le matériel, on a mis à disposition des espaces numériques de travail et c’est forcément couplé à de la formation. On le voit. En effet ces plans numériques où vous mettez plein d’ordinateurs ou des tablettes ou des vidéoprojecteurs dans des classes et qui restent au fond parce que personne ne sait les utiliser ; ou dès qu’il y a une panne ! Tu parlais des directions de services informatiques ; sur Saint-Étienne métropole on avait, pour 4000 postes, deux personnes pour la maintenance. 4000 postes sur 43 communes. Donc quel que soit l’investissement des professeurs, derrière aussi, il y a besoin d’assurer cela. Ce sont toutes ces considérations qu’on doit prendre en compte.

Ensuite, je pense que sur cette réforme des rythmes ou même sur l’aspect global, les enfants, sur une année, ne passent que 10 % de leur temps de vie en classe. 90 % du temps restant c’est le sommeil, forcément, et la famille. Donc soit on continue à charger l’école de tous les maux et à demander tout : on parlait de l’éducation à la sécurité routière ; on éduque aux problèmes de dos ; on éduque à l’alimentation ; maintenant on nous demande d’éduquer aux dangers. Enfin, il y a une inflation des demandes sur tout ce qui doit être fait et forcément au détriment des savoirs fondamentaux dont on parlait tout à l’heure, qui restent une base suffisamment forte pour ensuite s’investir et se spécialiser dans autre chose.

Il y a vraiment peut-être une révolution à opérer entre nous et je pense que dans la communauté du Libre c’est quelque chose qui existe, c’est-à-dire cette notion de communauté.

On parle de communauté éducative, mais moi je parle plutôt de communauté des adultes. On a une responsabilité en tant qu’adultes en disant qu’est-ce qu’on veut transmettre ? Et qu’est-ce qu’on veut permettre aux enfants, qui doivent rester des enfants, de devenir plus tard ? Et en tant que collectivité, là en effet on a un levier sur, j’ai dit tout à l’heure sur la formation des enseignants, mais aussi, peut-être, sur la formation des parents. Parce que quelle que soit la qualité du travail qui serait fait en classe et je pense que si on mettait les profs d’aujourd’hui avec les enfants d’il y a trente ans, ça dépoterait ! Donc ce ne sont pas les profs qui sont moins bons, c’est simplement que, comme je vous l’ai dit, quand vous passez 90 % de votre temps en dehors du temps scolaire ; que sur ce temps je ne sais pas combien est pris par les écrans, eh bien de fait si, dans le cadre familial, il n’y a pas d’accompagnement et une politique familiale forte des pouvoirs publics pour dire voilà ce qu’il faut faire pour être informé. Parce que les parents ne pensent pas à mal en disant « j’apporte de la modernité à mon enfant ». Mais au final c’est comme tout à l’heure, c’est comme s’ils donnaient une voiture à un enfant en disant « eh bien tiens c’est moderne, prends-là, conduis-la tu seras dans l’air du temps ! » Alors que ça peut être dangereux si c'est mal utilisé.

Nous on fait déjà, grâce au partenariat fort qu’on a dans la Loire avec la direction académique, l’accompagnement des professeurs, mais je pense que la clef est vraiment sur le volet familial.

François Aubriot : Alors le volet familial, la problématique du volet familial c’est qu’aujourd’hui on est plus enclins à utiliser l’informatique en simples consommateurs – instantanéité, facilité, Facebook, machin, etc. Je ne dis pas que ce n’est pas une cause perdue, mais il y a un énorme travail. Et justement, est-ce que l’Éducation nationale aujourd’hui, moi je pense qu’elle a conscience de cette problématique, mais est-ce que ça va jusqu’aux professeurs ? Ou est-ce que, je ne sais pas, des MOOCs ?

François Bocquet : En fait, il y a plusieurs éléments sur lesquels il faudrait pouvoir rebondir, mais je vais répondre directement à cette question sur la formation. Il y a des choses qui ne se savent pas parce que ça reste interne et que l’Éducation nationale ne communique pas sur cette question, sur la question de la formation des enseignants. Je vais vous parler, par exemple, d’un dispositif qui s’appelle M@gistère, je ne sais pas si c’est connu sauf, peut-être, des enseignants du premier degré.

M@gistère5 est une plate-forme de formation qui est basée sur Moodle. Un petit clin d’œil pour montrer que même dans des grosses infrastructures on utilise du logiciel libre à l’Éducation nationale, alors que ça pourrait être fait sur d’autres plates-formes de formation développées, en particulier en Rhône-Alpes, par l’université de Lyon 1, dont le président est ici il me semble, je parle de Claroline Connect ; donc Moodle, c’est juste 350 000 enseignants qui, chaque année, suivent près de trois ou quatre modules, depuis trois ans, sur cette plate-forme de formation. Et sur M@gistère, si vous tapez par exemple magistère et EMI [Éducation aux médias et à l'information] sur votre moteur de recherche préféré, vous découvrirez tous les parcours, puisqu’on parle de parcours comme s’il s’agissait de MOOCs, qui sont proposés par différentes académies, puisque là on est encore sur la logique de la ressource éducative libre, mutualisée entre les académies. Il y en a plus d’une quinzaine sur l’éducation aux médias et à l’information, dont on parlait tout à l’heure, et avec une forte propension à être dirigés vers les enseignants du premier degré, parce que les enseignants du premier degré sont les seuls enseignants, en France, à avoir de la formation instituée dans leur emploi du temps. Ils ont obligatoirement 18 heures de formation institutionnalisée et, sur ces 18 heures, il y en a 9 qu’ils font avec ces outils de formation à distance.

Dans le second degré, vous pouvez avoir des enseignants qui font leurs trente ans, trente-cinq ans de carrière, sans jamais suivre une formation parce qu’elle n’est pas institutionnalisée. Ça fait partie des choses qu’il y a à faire évoluer parce que c’est un des rares métiers où on peut être enseignant sans jamais se former, avec tous les problèmes que ça pose.

Donc il y a un gros travail de formation. Il y a un gros travail au niveau de l’encadrement, que ce soit au niveau des inspecteurs de l’Éducation nationale pour le premier degré et les IA-IPR [inspecteurs d’académie - inspecteurs pédagogiques régionaux] qui, de plus en plus, sont formés à de nouvelles méthodes de pilotage de leurs équipes qui incluent de la formation et, au fur et à mesure, toutes ces questions-là sont abordées. Donc par exemple, tout à l’heure on disait François faisait de l’informatique en terminale il y a quinze ans. Oui, il y a quinze ans, c’était tellement exceptionnel qu’on les primait et qu’il y avait peut-être deux cents ou peut-être mille enseignants qui faisaient de l’informatique en terminale.

Aujourd’hui 100 % des élèves qui arrivent en terminale ont un niveau de compétences qui n’est absolument pas du tout le même que ce qu’on avait il y a quinze ans. Aujourd’hui, des élèves en terminale, quand ils font des projets informatiques, ils font du big data, ils font du deep learning avec des outils d’intelligence artificielle, enfin au moins ils le découvrent, ils commencent à faire des TP avec ça, au moins dialoguer avec des API de système qui le font ; ils font de la robotique ; ils font voler des drones ; ils font ce genre de choses. Et aujourd’hui, quand vous allez dans des écoles primaires, enfin il y a des écoles primaires, je ne sais pas si c’est le cas à Saint-Étienne, mais vraiment allez visiter une école primaire où on a des flottes de robots, on a des robots Thymio qui sont open source, dont les logiciels sont open source ; où on a des Bee-Bot ou des Blue-Bot qui permettent, dès le cycle 2, de découvrir les notions d’algorithmique de façon ludique ; je vous garantis que ça décoiffe parce qu’on peut trouver des choses qu’on n’image pas. Et Scratch6, on parlait de Scratch et de la programmation. Cette année c’est la première année où les élèves ont passé le brevet avec des épreuves sur Scratch. Donc faites Scratch collège, vous allez avoir sur les réseaux sociaux, sur Facebook, sur Twitter, plein d’élèves qui ont dit : « Ouah ! C’est la galère ! On nous oblige à programmer, on nous oblige à faire tout ça ! » Mais ce sont tous les élèves de France !

François Aubriot : Et c’est mieux que Minecraft !

François Bocquet : Minecraft, oui, on peut parler.

François Aubriot : C’était une boutade. Par contre soyons fous et je profite de votre présence.

François Bocquet : Soyons fous !

François Aubriot : Soyons fous ! On a évoqué tout à l’heure la nécessité d’éduquer, donc on a vu, le volet professeurs est largement couvert par les outils qui sont mis en place au niveau du ministère, est-ce qu’on ne pourrait pas, par exemple, ouvrir une partie de ces formations, on va dire à destination des professeurs, pour les parents ? Parce que les parents sont aussi démunis et ce n’est pas l’ANSSI [Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information] qu’on a à côté qui va faire ce genre de formation. Les contenus sont là ; on s’adresse à des enseignants et des professeurs des écoles, et il y a beaucoup de parents qui sont aujourd’hui démunis. On pourrait utiliser peut-être quelques séquences, en tout cas des formations complètement ouvertes. Voilà. Est-ce que ça peut être envisageable ?

François Bocquet : On revient à des questions de compétences. Je dirai que tout ce qui relève de l’éducation populaire ce n’est pas de la compétence de l’Éducation nationale. Nous on peut partager complètement tous les dispositifs, tous les contenus qui existent, mais typiquement, il faut que chaque collectivité, à son niveau, se retourne — que ce soit la région, les départements ou les communes — vers ses propres responsabilités. C’est-à-dire quelles sont les associations qui sont soutenues ? Est-ce qu’il y a des tiers-lieux et des lieux d’éducation populaire qui sont favorisés, qui sont financés ? Quel budget est donné annuellement aux associations et aux espaces pour le faire ? Là, on est en dehors de nos compétences.

Par contre, il y a quelque chose qu’on est en train de faire, je ne sais pas si vous avez entendu du projet PIX. PIX7 c’est une revisite du brevet informatique et internet qui existait pour les adultes dans le cadre de la formation continue, donc avec les GRETA, et on est en train de retravailler là-dessus. Si vous cherchez PIX et puis formation ou Internet vous allez le trouver assez facilement. Donc il y a tout un effort qui est fait pour montrer aux gens et leur donner l’envie de valider des compétences numériques qui ne sont pas des compétences de parents, encore une fois. Là c’est vraiment de l’éducation populaire et le dialogue collectivités/associations qui peut être fait.

Je veux revenir aussi. Tout à l’heure il était question d’un fort partenariat local entre la mairie et la direction académique. Au niveau du numérique du ministère de l’Éducation nationale il y a un comité des partenaires avec les collectivités dans lequel se négocient toutes les actions, tous les projets et se régulent toutes les opérations. Tout à l’heure, on parlait d’écoles rurales ou de collèges Lab qui sont des collèges innovants, tout ça c’est discuté avec l’Association des maires de France, avec l’Association des maires ruraux, avec l’Assemblée des départements de France et les régions de France. Donc à tous les niveaux il y a vraiment un échange et je dirai qu’il y a pratiquement tous les trois mois des réunions multipartites et bipartites c’est beaucoup plus souvent avec l’Assemblée des départements de France. Moi je suis au cinquième étage au ministère, je vois tous les mois le responsable des questions numériques.

François Aubriot : Prenez des photos, envoyez-les-nous !

François Bocquet : Oui !

François Aubriot : On en profite, mais c’est vrai que c’est très important. On va se garder quand même cinq minutes, à la fin, pour quelques questions. Je souhaiterais que, peut-être François, tu conclues sur cette problématique d’éducation. Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée de demander à M. Blanquer de nous fournir. Alors après je ne sais pas si Framasoft reviendra boire le thé8 ou le café bientôt, qui est très impliqué en dehors du ministère. Mais je pense qu’il y a quand même des bonnes intentions, des compétences, et je pense que ces contenus, qui sont à destination du cycle 2-//3, seraient intéressants pour l’ensemble des parents. Ce n’est pas forcément le ministère, mais vu que ces contenus existent autant les partager et c’est un peu aussi le thème de ces RMLL qui sont « Libre et Change », donc on va essayer de faire évoluer ça.

François Elie : Je ne vais pas revenir sur la bonne idée, effectivement, de partager les contenus sur l’éducation populaire, c’est sans doute très intéressant. Après, je crois que le principal c’est aussi de ne pas se bloquer sur cette question qui est un serpent de mer : comment former les enseignants pour former à l’informatique parce qu’on n’a pas assez d’enseignants, etc.

François Aubriot : Dans deux générations ce sera fini.

François Elie : En fait on a déjà vécu ça, à la fin du 18e siècle, lorsqu’il a fallu créer le CNAM on était sur la même question : il fallait former vite des gens. On n’avait pas d’enseignants. On a inventé des techniques qui venaient d’Angleterre pour apprendre en même temps, avoir un quart d’heure d’avance ; ça les enseignants savent faire, mais ça demande une chose, c’est le désir et l’enthousiasme. Nos gamins ont tous un smartphone, ils ont deux gigas de RAM et ils s’en servent pour jouer à Candy Crush. Et il y a un moment, on peut faire autre chose avec deux gigas de RAM, mais il faut du désir, de l’enthousiasme et ne pas se bloquer sur les compétences. C’est bien d’avoir des compétences pour enseigner, mais il faut surtout du désir pour transmettre quelque chose, une envie. Et c’est ça qui manque.

Samy Kefi-Jérôme : Conclusion. Oui en conclusion, on a une réponse qui est réelle, ce que vous disiez sur les dialogues qu’il y a entre collectivités. Mais si on peut s’autoriser à rêver, on est aux Rencontres Mondiales du Logiciel libre, c’est que vous êtes aussi porteur d’un message où on casse un certain nombre de frontières, on casse un certain nombre de barrières. Et la barrière qui existe, par exemple entre l’Éducation nationale qui est propriétaire du code, qui ne partage pas, finalement, le code et qui dit : « Vous voulez faire des choses, débrouillez-vous, mais nous on ne vous donnera pas notre code ! » C’est un petit peu ce qu’on vit avec le logiciel libre ; je ne sais pas si le parallèle est judicieux. Mais pourquoi il n’y aurait pas dans cas-là, vu que vous avez compris mon dada sur l’accompagnement des familles, un même ministère avec l’Éducation nationale, l’éducation populaire, la jeunesse, la politique de la ville, tout ce qui est accompagnement des politiques familiales. Pourquoi le ministère de l’Éducation nationale, qui n’est plus le ministère de l’Instruction publique, eh bien dans ce cas le ministère de l’Éducation nationale s’occuperait de tous les temps de l’enfant. Parce que là, ce qu’on vit actuellement et un certain nombre d’outils qu’on décrit tous ensemble participent à ce cloisonnement des générations, des catégories où on met, eh bien là on a la même chose : les écoles c’est avec les mairies, les collèges c’est avec les départements, les régions c’est avec… Et au moment où on a cette révolution dite numérique eh bien on se retrouve avec des blocages. C’est-à-dire que là on a fait un espace numérique de travail, mais en CM2 ça s’arrête. Et après c’est le département qui recrée son propre… Donc on se retrouve, et ce sera peut-être ma conclusion, mais on se retrouve à transposer, de manière numérique ou informatique, nos barrières physiques alors que justement, tout l’intérêt de cet univers, est qu’il n’y ait plus ces frontières temporelles et géographiques.

Donc décloisonnons, comme ça existe dans le logiciel libre, au sein de l’Éducation nationale, au sein des collectivités. Et je pense qu’inscrire l’enfant dans un continuum de vie et non pas d’administrations, à mon avis ça lui apportera quelque chose de fort dans sa vie et qui permettra, je pense, de le construire en citoyen libre.

François Aubriot : Ça a été, peut-être maintenant, bien appréhendé au niveau de l’État parce qu’on a le rattachement du secrétariat au numérique qui ne dépend plus de Bercy mais directement du Premier ministre ; donc on s’aperçoit bien que c’est transverse, que ce soit de l’enseignement à l’agriculture en passant par l’Outremer, etc. Mais c’est vrai que ce serait intéressant d’avoir, on ne va peut-être pas non plus réformer le mammouth aussi facilement que ça, mais est-ce que vous en êtes conscients au niveau ministère ?

François Bocquet : Oui. Il y a une conscience qui est de plus en plus importante et du fait de la loi sur la refondation de l’école qui a introduit toutes ces questions-là. Quant à la question du partage, dont il était question tout à l’heure, il y a quand même un gros travail qui est fait et qui est complètement ouvert. Là je sors – alors je suis désolé, je vous montre ça sur un outil qui n’est pas libre, vous m’excuserez – vous aurez remarqué aussi qu’il n’y a pas de tablettes qui fonctionnent avec du logiciel libre.

François Aubriot : Si ! Si ! Espagnoles, Ubuntu.

François Bocquet : Indiquez-moi où est-ce qu’on peut en acheter 5 000 pour une collectivité et puis on verra que ce n’est pas possible, malheureusement, et qu’ensuite on n’a pas d’outils libres pour les gérer en flotte ; j’en passe et des meilleures. Donc c’est un de nos gros problèmes aujourd’hui ; ce n’est pas qu’on ne veut pas, c’est qu’aujourd’hui on a des vrais problèmes sur cette question-là. Mais on pourra en discuter autour d’une bière tout à l’heure.

François Aubriot : Nous on veut bien mais Unowhy9, par exemple, qui est une autre convention que vous avez signée. Au départ Unowhy, d’ailleurs fabriqué, enfin assemblé pas très loin dans la région, c’était du Linux. Ils sont passés sur Android parce que justement, voilà !

François Bocquet : Et puis maintenant ils passent sur Windows pour développer leur marché ! Donc juste je veux vous montrer quelque chose, c’est ce bouquin que vous pourrez retrouver très facilement en ligne, ça s’appelle La famille Tout-écran10 et c’est justement un document qui est fait par l’Éducation nationale, en l’occurrence le CLEMI qui est le centre qui est géré par Canopé, qui travaille sur l’éducation aux médias et à l’information. C’est sous licence Creative Commons, c’est un petit bouquin qui est justement fait pour les familles, pour apprendre à gérer les écrans et faire la différence entre l’écran du consommateur – ce qui est un vrai problème parce qu’effectivement ça bouge, les enfants sont complètement abêtis par ce qu’ils voient et ça les stimule ; là il y a plein d’études aussi qui sont faites sur les aspects neurophysiologiques, etc. – et puis les écrans utiles. Les écrans pour apprendre, les écrans pour produire, les écrans pour échanger, les écrans pour inventer.

Comme le disait François, tous les élèves, enfin la plupart des élèves ont un smartphone dans la poche à partir de leur entrée en sixième. II ne vous aura pas échappé qu’il y a des discussions et des annonces qui ont été faites sur l’interdiction du téléphone portable au collège ; que, par chance, il n’est pas interdit au lycée et que donc j’encourage vivement tous les enseignants de lycée et les proviseurs à réfléchir à l’utilisation pertinente des équipements individuels des élèves à des fins d’éducation et pas seulement d’enseignement et d’apprentissage technique, mais d’éducation, avec tout un débat qui est intéressant. C’est est-ce qu’il faut utiliser les outils qu’utilisent les ados et les amener à comprendre les enjeux de ces outils pour les utiliser de façon efficace et pertinente ? Ou est-ce qu’il faut bannir ces outils parce que ce sont des méchantes entreprises américaines qui les produisent et les amener à utiliser d’autres outils en disant ils feront eux-mêmes la transposition de ce qu’on leur apprend sur d’autres outils qu’on maîtrise et leurs outils ? Donc il y a tout un débat et je vous garantis que ce n’est pas simple de faire la part des choses là-dessus ; le débat est complètement ouvert à la fois sur des aspects éthiques, dont on parlait tout à l’heure, mais aussi sur des aspects pragmatiques.

François Aubriot : Économiques également ?

François Bocquet : Mais même pas ! Moi je ne parle même pas d’économie ; je parle du fonctionnement et de la mécanique d’un utilisateur. Et ça, ce n’est vraiment pas évident ! C’est la dimension ergonomique qu’ont les collègues de l’Institut du design avec qui on travaille aussi, parce qu’il y a un gros travail sur la rénovation des bâtiments scolaires et comment les outils et les services numériques peuvent changer les pratiques pédagogiques et modifier la façon dont on travaille. Donc on a un partenariat formel ; on a déjà fait plusieurs journées de travail nationales à Saint-Étienne, à l’Institut du design ; on travaille avec eux, avec l’université d’Évry, aussi, sur la question. Donc le débat est ouvert sur beaucoup de chantiers. La question des partenariats avec les entreprises, ce n’est pas le partenariat de 2015 qui pose problème, ça remonte à 20 ans. C’est-à-dire que vous retrouvez sur le site du ministère les 20 ans de partenariat, et Microsoft a signé au moins cinq partenariats sur les 20 dernières années et le dernier n’est que celui, peut-être, qui fait déborder le vase dans l’esprit des équipes d’EduNathon et de tout votre groupe, mais ça existe avec des dizaines d’entreprises.

François Aubriot : On l’a vu avec Cisco, 200 millions d’euros, quand même, ce n’est pas une paille ! Après, dans le département de la Loire, ils sont obligés de louer des amphis pour faire des formations Cisco alors qu’eux-mêmes, justement les structures ont ces formations.

François Bocquet : Voilà ! Et tout à l’heure François en parlait, parlait d’UNIX et de Linux. La différence entre l’époque d’UNIX et l’époque de Linux, c’est qu’UNIX avait des choses à vendre et avait tout un réseau de représentation, de commerciaux et de gens qui venaient vendre les systèmes et qui, à l’époque, vendaient les machines avec le système. Donc UNIX était ce qui permettait de vendre des gros systèmes qui valaient fort cher à l’époque, donc c’est exactement le même modèle qu’a aujourd’hui Apple avec ses outils et son système d’exploitation ; et qu’à partir du moment où Linux n’a plus fait l’objet de ventes, eh bien il n’y avait plus les forces de vente, il n’y avait plus toute la promotion qui était faite par ce dispositif-là, et malgré l’intérêt fondamental et je le répète, on a énormément, nous, de nos infrastructures…

Je vais aussi donner une indication sur ce qui se passe non pas en Rhône-Alpes mais à la région Réunion. Depuis six ans à La Réunion tous les élèves, c’est-à-dire 17 ou 18 000 lycéens et apprentis, par an, ont une dotation pour avoir un ordinateur portable qui tourne sous Ubuntu. Donc ça veut dire que si les collectivités, et l’Éducation nationale l’encourage et le facilite tout à fait, mais si les collectivités le souhaitent, au lieu de passer des accords avec Microsoft comme l’a fait la région Grand Est, elles peuvent tout à fait passer des accords avec des entreprises du Libre au niveau d’une région et dire tous les lycéens de la région Rhône-Alpes vont être dotés d’un ordinateur qui tourne sous Linux. C’est tout à fait possible.

Public :Le problème, on peut dire ça, l'idée, mais avoir un accès à Internet qui fonctionne, ce n'est pas dans tous les lycées.

François Aubriot : Non ! Mais La Réunion c’était parce que les serveurs étaient trop loin donc ça mettait trop de temps.

François Elie : Non, non. Je vais partir de la question de La Réunion parce que c’est très important, et je ne suis pas du tout d’accord. À La Réunion, ils ont fait ça pour encourager le marché local. Et ils ont créé une offre par la demande. La région a donné des chèques-machine pour développer le commerce local, et on pourrait très bien le faire à une grande échelle. Je crois que la France est une grande Réunion et plutôt que de dire, plutôt que de dire ça n’existe plus, il n’y a plus comme autrefois UNIX avec des représentants ! On ne peut pas dire aux enfants on va vous enseigner à ne pas être consommateurs et réagir comme des consommateurs ! Ce n’est pas parce que ça n’existe pas, qu’on ne peut pas créer l’offre par la demande. Et je suis persuadé que si le ministère prescrivait quelque chose, l’offre, naturellement, mécaniquement, elle serait en face. Mais simplement c’est une question de volonté. Merci !

François Aubriot : Voilà. Il y aussi au ministère de la Santé d’autres problèmes. Peut-être pour conclure si vous avez des questions. Attention, c’est le micro portable avec le fil.

François Bocquet : Il y en a un sans fil.

Public : Bonjour. Je vais être courte, c’est à monsieur Bocquet que je m’adresse. Juste deux remarques et une question.

Première remarque, en tant que mère de famille, vous avez dit tout ce que les élèves voient. Ma dernière vient de passer son bac, elle l’a réussi, là elle sort de terminale. Tout ce qu’ils voient au lycée, moi, mes trois enfants, je ne suis pas sûre qu’ils aient vu tout ce que vous avez dit, au lycée. Mais bon, ils n’étaient peut-être pas dans les bonnes écoles, mais je pense qu’ils n’ont pas vu tout ça.

Deuxième remarque, en tant que formatrice cette fois. Vous dites les jeunes, aujourd’hui, sortent avec un niveau informatique. Je confirme : il est nul ! Moi je les ai ensuite en entreprise, ils sortent de l’école, ils ne savent rien faire à part cliquer sur des gros boutons en couleur. Parce qu’on ne leur a pas appris à utiliser des outils, à comprendre.

Et maintenant ma question, et là c’est en tant que collectif EduNathon, j’ai été rassurée d’entendre qu’il n’y avait pas le droit de mettre les maternelles et les petits cycles sur des réseaux sociaux. N’est-ce pas en contradiction avec le fait d’autoriser la création des comptes de tous nos enfants, de la maternelle jusqu’à l’enseignement supérieur, sur les serveurs de Microsoft via la convention ? Voilà, c’est ma question.

François Bocquet : Sur les effets concernant vos élèves, enfin vos enfants, en l’occurrence. J’ai bien rappelé que tout ça n’existait pas dans les programmes avant et que seuls quelques enseignants éclairés faisaient le travail de façon individuelle et sur leur volonté, mais que depuis 2013 ça a changé ; que les options lycéennes sont seulement généralisées depuis 2013 ou 2014 ; que les options ISN sont seulement généralisées depuis 2014, et que les nouveaux programmes, dont je vous ai parlé tout à l’heure, ce sont les programmes qui viennent d’entrer en vigueur. Donc en gros, ce qu’on fait là, c’est qu’on prépare. C’est que tout ça a été compris et qu’il a fallu persuader beaucoup de monde. Je ne vous explique pas ! Vous pouvez interroger des collègues syndicalistes qui ont participé au Conseil national des programmes, ils ont eu un mal de chien – et je pense à Stéphanie de Vanssay, par exemple, que vous pouvez contacter assez facilement par Twitter – ils ont eu un mal de chien à faire valider toutes ces choses-là. Parce qu’il y avait un très fort conservatisme, pour des intérêts divers et variés, qui ne voulait pas faire bouger les choses. Ça c’est pour cette partie-là.

Ensuite, quand vous expliquez la convention donne des comptes à Microsoft, ce n’est pas tout à fait exact. Pour être très précis, Microsoft a deux offres Comme Google, comme Facebook et comme Apple, tous les GAFAM ont deux familles d’offres : ils ont une famille d’offres grand public sur laquelle les consommateurs finaux, c’est-à-dire vous quand vous achetez un téléphone Android et que vous voulez charger une application, vous consentez un contrat « données personnelles contre service ». Et c’est vous-même, individuellement, qui le consentez. C’est la même chose quand les parents vont donner un téléphone à pas cher. Ce téléphone à pas cher ça sera un téléphone Android et, sur ce téléphone Android, la première chose que vont faire les gamins si les parents ne l’ont pas fait, c’est de se créer un compte Gmail pour accéder au store. Ça ce sont les contrats qui sont des contrats B to C, c’est-à-dire Business to Consumer. L’entreprise passe un contrat qui est un contrat consenti.

Donc moi j’attire l’attention des parents sur le fait qu’en France la limite n’est pas à 13 ans, elle est à 18 ans, et que chaque parent est responsable des contrats que passent les enfants. Là ça fait vraiment partie de l’éducation populaire de faire comprendre ça aux parents.

Deuxième chose, quand on travaille avec des grands groupes, quels qu’ils soient, on n’est pas sur un contrat B to C, on est sur des contrats B to B. C’est-à-dire que c’est l’institution, l’entreprise, l’organisation, l’association, la collectivité ou l’Éducation nationale qui passe un contrat avec ces entreprises et ces contrats sont radicalement différents. La difficulté c’est que ce n’est pas connu du grand public, mais c’est facile, enfin facile, il faut aller les chercher ; en général il faut être en situation de passer un contrat de cette nature-là et là tout change. C’est-à-dire qu’on a un contrat avec un sous-traitant et dans ce cadre-là pas plus qu’avec les ENT. Quand on dit on utilise l’ENT, je ne sais pas ce que vous utilisez à Saint-Étienne, si vous utilisez Beneylu School, ONE ou je ne sais quoi, mais on ne donne pas les données à Qosmos, à ITOP ou à Beneylu School.

Public : Sauf que dans le cas des contrats Microsoft, on n'a jamais eu la charte de confiance sur un parcours pratique qui était en ligne.

François Bocquet : Ce sont deux choses.

Public :La charte n’a jamais été signée…

François Bocquet : Bien sûr que si !

Public : Systématiquement de toutes façons, le temps que ça nous arrive, le temps qu'on voit, c’est trop tard, on a raté le train en marche !

François Aubriot : La convention, en l’occurrence, la convention durait 18 mois et donc maintenant elle est terminée, mais effectivement on attend…

François Bocquet : Je vais vous donner des précisions également là-dessus. Tout ce qui a été fait avec Microsoft l’a été dans le cas de contrats professionnels. Il y a aujourd’hui, sous notre contrôle, une dizaine d’expérimentations de l’utilisation d’Office 365 dans des établissements scolaires en France, collèges et lycées. À ma connaissance il n’y en a aucune dans le premier degré. Il y en a un peu moins d’une dizaine avec Google Suite pour l’éducation. Là il y en a dans le premier degré et il y en a dans le second degré. Mais ce sont les volumes dont on parle.

À côté de ça il y a en Shadow IT, c’est-à-dire des utilisateurs qui utilisent des services grand public, et là je mets un énorme warning en disant attention : quand un enseignant du premier degré utilise son compte Gmail pour échanger avec ses collègues, là il y a un problème. Le problème c’est que là on sait, parce que les enseignants utilisent aussi leur téléphone Android, ils ont des comptes Gmail, donc ils utilisent des services Gmail pour leur service professionnel. Et c’est ça qu’on cherche à éviter en offrant des services qui sont sous contrôle.

La question de la charte, j’y reviens, elle n’est pas du tout née de l’idée en lien avec Microsoft ; c’est quelque chose qui remonte à 2014, qui va permettre à toutes les structures, y compris les services gratuits ou payants offerts par des services loyaux et utilisant des logiciels libres, de signer le contrat. Ça n’est pas un contrat au sens commercial puisque, en droit français, la charte n’est pas opposable. C’est-à-dire que, contrairement à ce que demande la CNIL, qui a fait une erreur sur la question — et je suis prêt à en débattre avec les juristes de la CNIL — la charte c’est un engagement moral qui simplifie en 12 points ce qui est déjà dans les contrats ; à la fois dans les contrats relatifs à informatique et libertés, mais aussi les contrats, les clauses qui sont liées au code de l’éducation — par exemple l’interdiction de diffuser de la publicité à des élèves, ce n’est pas la charte informatique et libertés, ce n’est pas la CNIL qui l’impose, c’est le code de l’éducation. Il y a le code des marchés publics qui impose un certain nombre de choses, en particulier des contrats en français, par exemple, c’est quelque chose d’important mais c’est lié au code des marchés publics. Et puis il y a également des dimensions commerciales qui permettent d’éviter à des services gratuits de passer à payants, en nous obligeant à instantanément payer sans trouver d’autres solutions. Donc ce sont des clauses de réversibilité. J’insiste là-dessus parce que trop souvent les gens associent la charte avec la question de Microsoft, alors que ce n’est pas du tout ça !

François Aubriot : Juste par rapport à cette charte, ça fera peut-être la conclusion. On regrette énormément que ce soit juste AFINEF [Association française des industriels du numérique de l'éducation et de la formation], le Syntec.

François Bocquet : Le Syntec dans lequel il y a le CNLL [Conseil national du logiciel libre].

François Aubriot : Non, il n’y pas le CNLL, pas encore, dans le Syntec numérique.

François Bocquet : Mais il y a beaucoup d’entreprises du Libre qui sont au Syntec.

François Aubriot : Pourquoi pas non plus les syndicats de professeurs qui n’ont pas été consultés parce que ça les concerne aussi et, à priori, c’est en dehors de cette charte. Pour en revenir aux professeurs qui, heureusement, sont là pour, tous les jours, j’allais dire instruire nos enfants et notamment sur ces sujets, il y en a beaucoup qui utilisent les services de Framasoft et heureusement ! Et pourquoi pas, alors rêvons après être fous, rêvons, pourquoi pas se faire un immense CHATON ou des CHATONS11 académiques avec tous ces services dont ont besoin tous les professeurs de tous les niveaux, tous les jours, au lieu d’aller sur des services proposés par des entreprises américaines. Donc je conclus.

François Bocquet : Si c’est une conclusion, mais simplement pour tous ceux qui veulent échanger avec moi là-dessus il n’y a aucun problème, je suis là jusqu’à 18 heures ou 19 heures ce soir, donc n’hésitez pas à m’alpaguer pour discuter de tout ça si vous voulez.

François Aubriot : Merci beaucoup François. Samy, merci de ta présence et de ton éclairage. François également, merci beaucoup. Et la suite dans la presse et avec vous.

Public :Bonjour. Moi je fais partie d’une association d’éducation populaire au niveau national, elle s’appelle Les Petits Débrouillards. On a de temps en temps des conventions avec les ÉSPÉ [Écoles supérieures du professorat et de l’éducation], mais on a quand même beaucoup de mal à tisser des liens avec l’Éducation nationale et surtout qu’en plus, par exemple sur la région Auvergne-Rhône-Alpes, on vient de passer : avant on était Jeunesse et Sports et maintenant on est Culture. Au niveau de l’aide de la part de la région et tout ça, on a quand même aussi beaucoup de mal à avoir des contacts et à se sentir un petit peu soutenus. C’est pour savoir est-ce qu’il y a une politique qui va se mettre en place pour aider les associations d’éducation populaire et les faire se rencontrer avec l’Éducation nationale, et un plan numérique auprès du grand public ?

François Aubriot : Ça c’est un message pour Samy, que ce soit au niveau de la région, au niveau de la ville. Et c’est vrai qu’on a évoqué tout à l’heure la difficulté de travailler parce que c’est les mairies les écoles, les départements les lycées. Je pense qu’on en est tous conscients. Après, au niveau du ministère, on a cette difficulté où on sépare vraiment les choses. Et je pense que c’est aussi le rôle des élus.

Samy Kefi-Jérôme : Juste sur la place… Vous avez compris mon message : moi je vois un seul ministère pour l’ensemble, ce serait mon rêve. Ensuite il y a eu quand même des rapprochements entre l’Éducation nationale et l’éducation populaire avec une convention, je ne sais plus comment ça s’appelait, il y a deux/trois ans, oui trois ans, mais qui était quand même inédite et qui, justement, permettait des formations des personnes qui se destinent à l’animation dans le cadre de l’éducation populaire et les professeurs des écoles, dans le même lieu, au sein de l’ÉSPÉ.

Quant à votre association, alors je ne la connais pas, vous êtes passés de Jeunesse et Sports à Culture, venez ! Je pense qu’il faut que vous veniez dans le numérique et on s’occupera de vous.

François Bocquet : Moi ce que je peux dire là-dessus. Au Numérilab, en fait, on reçoit en permanence des micro-projets d’entreprises, de start-ups, des projets d’associations. Donc Framasoft ne boit plus le thé au ministère, mais j’ai encore vu Pierre-Yves [Gosset], il n’y a pas longtemps dans les locaux du CEMEA, en terrain neutre, pour pouvoir échanger avec lui sur ce projet que nous avons d’offrir une alternative gratuite, mais d’un niveau ergonomique suffisant, aux GAFAM, au moins à Google Suite et à Office 365, même si Facebook Workplace vient d’arriver et va se répandre comme une traînée de poudre parce que c’est aussi un service professionnel qui ne diffuse pas les données, etc., mais qui est disponible tout de suite avec 100 % des utilisateurs qui savent déjà l’utiliser. Donc on a commencé à réfléchir à ça.

On nous a demandé de chiffrer la possibilité soit de le faire en mutualisé, parce qu’on n’est pas du tout dans la perspective de demander à chacune des académies de redévelopper tout ça. Une des académies pilotes c’est l’académie de Versailles qui a travaillé là-dessus, mais malheureusement les outils de Framasoft demandent énormément de travail pour être réintégrés avec des Single sign-on, avec toutes ces choses-là.

François Aubriot : Quand on voit les sommes en licences payées parce qu’on a vu avec la région Grand Est qui a mis 700 000 euros en licences, etc. Je pense que les moyens sont là, après il faut des volontés !

François Bocquet : Bien sûr. Oui, mais on met des licences pour quelque chose qui marche déjà ou qui est gratuit.

François Aubriot : Faisons-le marcher avec notre argent public, de façon à ce que ce soit en phase.

François Bocquet : Mais là, il y a une grosse démonstration de faisabilité qu’il va falloir faire dans les mois qui viennent, là-dessus.

François Aubriot : Donc l’interlocuteur numérique est là.

François Bocquet : Voilà. Et si c’est au niveau régional, il faut se tourner vers le délégué académique au numérique, qui est au rectorat. Dans l’académie de Lyon, si vous êtes sur Lyon c’est Corine Benucci, que vous pouvez contacter assez facilement, ou passez par moi pour contacter le DANE si vous êtes dans une autre région, enfin dans une autre académie, puisque dans la région il y a trois académies et je peux vous mettre en relation avec eux. Donc soit vous êtes en projet régional, à ce moment-là c’est avec le délégué académique, soit c’est une démarche nationale, comme on l’a fait avec La Main à la pâte dont on a soutenu le bouquin sur 1,2,3… Codez, enfin voilà. Ou alors avec des instances, on peut vous mettre en relation avec des entreprises comme ça a été avec l’Inria [Institut national de recherche en informatique et en automatique] avec qui on travaille également.

François Aubriot : En tout cas écoutez, merci d’avoir suivi, merci messieurs et à suivre donc !

[Applaudissements]

Revue de presse de l'April pour la semaine 35 de l'année 2017

lun, 04/09/2017 - 15:49

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 35

[KultureGeek] Doucement mais sûrement, Linux voit sa part de marché augmenter

Par Jean-Baptiste A., le vendredi 1 septembre 2017. Extrait:
> Linux était un système d’exploitation utilisé par peu de personnes pendant plusieurs années, mais il semblerait que l’alternative à Windows et macOS commence à avoir du succès. C’est encore léger par rapport aux systèmes de Microsoft et Apple, mais la part a bien augmenté au fil des années.
Lien vers l'article original: http://kulturegeek.fr/news-119760/doucement-surement-linux-voit-part-marche-augmenter

Et aussi:
[Developpez.com] Linux franchit la barre des 3 % sur les PC et se rapproche de macOS (5,84 %)

[Numerama] Le vice-amiral qui «se fout» des backdoors nommé DSI du ministère des armées

Par Julien Lausson, le jeudi 31 aout 2017. Extrait:
> Le ministère de la défense a un nouveau directeur général des systèmes d'information et de communication pour son administration centrale: le vice-amiral Coustillière. Celui-là même qui a déclaré n'avoir rien à faire des portes dérobées lors d'un reportage mené par Cash Investigation.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/politique/285394-le-vice-amiral-qui-se-fout-des-backdoors-nomme-dsi-du-ministere-des-armees.html

Et aussi:
[SecuriteOff] L’Armée française renouvelle sa confiance à Microsoft
[Le Monde Informatique] Arnaud Coustillière devient DSI du Ministère des Armées
[cio-online.com] Florence Parly affirme la légalité du contrat du Ministère de la Défense avec Microsoft Irlande

Voir aussi:
Un responsable de l'Open Bar Microsoft/Défense se voit confier la DSI des Armées
L'April en appelle au président de la République pour la suspension de la renégociation du contrat Microsoft/Défense

[ZDNet France] Le fisc français exige un redressement fiscal de 600 millions d'euros à Microsoft France

Par la rédaction, le jeudi 31 août 2017. Extrait:
> Microsoft France facturerait ses activités de régie publicitaire en ligne, le display ou encore l'achat de mots-clés, en passant par l'Irlande et non pas la France. De quoi questionner Bercy.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/le-fisc-francais-exige-un-redressement-fiscal-de-600-millions-d-euros-a-microsoft-france-39856688.htm

Et aussi:
[Numerama] Évasion fiscale: Bercy veut faire payer Microsoft à hauteur de 600 millions d'euros
[FIGARO] Bercy réclame 600 millions d'euros à Microsoft

[la Croix] Les données des élèves français entre les mains des géants du Web

Par Mégane De Amorim, le mardi 29 aout 2017. Extrait:
> L’école s’ouvre aux outils numériques proposés par Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft (Gafam), malgré des risques quant à l’utilisation des données scolaires des élèves.
Lien vers l'article original: http://www.la-croix.com/Famille/Education/donnees-eleves-francais-entre-mains-geants-Web-2017-08-29-1200872769

[Developpez.com] Faut-il avoir recours à la publicité pour soutenir le financement des projets open source? Open Collective suggère d'aller au-delà des donations

Par Michael Guilloux, le mardi 29 août 2017. Extrait:
> Les logiciels open source ne sont pas gratuits. Mais si vous les utilisez gratuitement, c’est parce que quelqu’un d’autre les paye pour vous. Il peut s’agir d’entreprises sponsors et de simples particuliers qui soutiennent les projets open source par des dons; et c’est ainsi que l’open source fonctionne depuis toujours. La réalité peut toutefois être plus difficile. Si certains projets peuvent être parrainés par des entreprises, d'autres n’ont pas cette chance. Pour ces derniers, des flux de revenus alternatifs doivent donc être trouvés, mais comment?
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/157457/Faut-il-avoir-recours-a-la-publicite-pour-soutenir-le-financement-des-projets-open-source-Open-Collective-suggere-d-aller-au-dela-des-donations

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Retour d'expérience d'une utilisatrice malvoyante

dim, 03/09/2017 - 11:16


Titre : Internet m'a libérée - Retour d'expérience d'une utilisatrice malvoyante
Intervenante : Irina Lambla
Lieu : RMLL 2014 - Montpellier
Date : Juillet 2014
Durée : 1 h 02 min 31
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Le handicap pouvant conduire à l'isolement, une internaute malvoyante raconte son expérience et comment Internet et les logiciels libres sont devenus ses outils et atouts majeurs pour construire ses relations sociales, s'informer, accéder à la connaissance, se former et retrouver une plus grande autonomie.

Transcription

Présentateur : Merci d’être ici et on va avoir une conférence sur : « Internet m’a libérée, retour d’expérience d’une utilisatrice malvoyante », par Irina Lambla. Merci. Je te passe le micro.

Irina : Alors désolée pour le retard. Donc je vais commencer par vous montrer sur Windows parce que c’est le système que j’ai l’habitude d’essayer et que je viens juste, enfin on vient juste de réussir à installer Linux sur cet ordinateur. Pour naviguer sur Internet, déjà, j’utilise un logiciel qui va s’appeler un lecteur d’écran1 et qui va me vocaliser tout ce qu’il y a sur l’ordinateur, parce que comme je ne vois pas assez bien l’écran, si je devais tout lire avec les yeux, à force, j’aurais mal aux yeux. Et puis je suis assez lente pour lire donc ça me prendrait un temps fou. Donc on va voir. Est-ce que vous entendez un peu quelque chose ?

Synthèse vocale : Bureau, Mozilla Firefox, Bureau, Mozilla Firefox.

Irina : Voilà. Ensuite pour naviguer, en général, j’utilise Mozilla Firefox2. Je vais le lancer. Comme toute bonne geek qui se respecte j’ai toujours trente onglets ouverts, en même temps ! Enfin trente fenêtres avec plein d’onglets les uns sur les autres.

Synthèse vocale : Alerte Firefox. Alerte. Il est possible que ce document PDF ne s'affiche pas correctement. Ouvrir avec un autre lecteur PDF. Fermer ce message. Bouton 3 sur 3. Tiret sélection supprimée. Programmation. Authentification requise. Tiret.

Irina : Donc là il y a l’onglet du wiki qui s’est ouvert, je vais m’authentifier sinon il va me bloquer les autres fenêtres. Voilà ! Alors moi j’utilise en même temps la souris et le clavier ; enfin quand c’est plus pratique j’utilise le clavier et quand c’est plus pratique j’utilise la souris. Quelqu’un qui est totalement aveugle aura du mal à utiliser la souris, mais quand on voit encore un peu c’est vraiment utile pour certaines choses, parce qu’au clavier, parfois c’est vraiment long, et certaines choses sont carrément impossibles même.

Alors j’ai un peu de mal avec le micro dans les mains : je vais m’asseoir, ça va être plus simple.

Alors voilà ! Donc par exemple, qu’est-ce que j’ai comme onglets ouverts. Là, quand je me déplace avec les flèches, j’ai la liste des onglets ouverts, je peux me déplacer dedans et choisir celui que je veux. Voilà par exemple le wiki des RMLL, très pratique ! Donc Internet ça va me servir, par exemple, à chercher des informations sur des événements comme les RMLL. Là, par exemple, c’est la page d’accueil du site.

Vous voyez que les couleurs sont différentes de sur votre ordinateur. En fait, j’utilise une option de Mozilla pour changer les couleurs. Donc dans « Options, Couleurs ». Voilà, les couleurs que j’ai choisies : j’ai coché « Utiliser les couleurs système ». En fait, ce sont les couleurs qui correspondent au thème que j’ai choisi pour l’ordinateur qui est le thème « Contraste élevé inverse » et donc qui met les fonds en noir, la police en vert et, comme vous voyez, les fenêtres actives en bleu-vert et les fenêtres inactives en bleu. Ça peut être perturbant parce que vous avez l’habitude que les fenêtres actives soient en bleu et donc là, en fait, je peux choisir entre deux choses donc « Utiliser les couleurs système » ou « Utiliser les couleurs que j’ai choisies au-dessus, là » par exemple du texte blanc, des liens bleu clair, des liens visités violet foncé et donc voilà, ça nous donne… Non ça n’a pas validé. Voilà. Donc là ça donnerait ça.

Et si je remets les couleurs normales, alors là je coche « Autoriser les sites à utiliser leurs propres couleurs ». Voilà. Donc là vous retrouvez la page comme vous avez l’habitude. Par contre, il y a quelques petits désavantages avec ça, je vais vous montrer un exemple. Mince il y a des onglets qui ne sont pas passés. Alors vous voyez, de temps en temps il y a la page « HP InfoCenter » : en fait, ça c’est parce que mon ordi a des touches tactiles et quand on ne voit pas c’est très énervant parce qu’on passe tout le temps de dessus sans le vouloir. Par contre, quand on veut activer ou désactiver le Wi-fi on doit appuyer dix fois dessus !

Bon, je vais peut-être le chercher à la main alors. Donc là je vais rechercher un fichier où j’ai mis des liens dedans ; parfois je fais comme ça, c’est plus pratique pour retrouver les liens que de chercher dans les dix mille favoris, enfin que j’ai mis dans les marques-pages. Donc quand je veux mettre une adresse je fais « Control L » et je me retrouve dans le champ pour mettre les adresses et là je vais faire coller. Hop ! Entrée. Il ne veut pas. Pourquoi il ne veut pas. Allez ! Il n'y a pas de réseau ? C’est possible ! Ouais ! Ça va être marrant alors ! Pourtant la page DuckDuckGo s’est affichée. Bon !

Donc dans cet exemple je vais aller sur le site d’une radio bien connue ; Internet ça me sert aussi à rechercher les émissions de radio pour les écouter en replay, on va dire et pareil pour la télé parce que, pour moi, ce n’est pas évident ! Déjà lire un programme télé papier c’est impossible, mais souvent les programmes télé sur Internet ce n’est pas très pratique non plus, donc moi je regarde les émissions directement en replay comme ça je choisis celles que je veux. Alors ça ne veut pas, donc je vais peut-être vous montrer ce que je fais pour la télé. Pourtant il y a des pages qui sont affichées. Ça ce sont les aléas ! Ça me perturbe d’avoir tout affiché avec une autre taille. Voilà.

Alors j’utilise un logiciel qui s’appelle CapTvTy3, enfin je ne sais pas comment ça se prononce en fait. CapTvTy. Voilà.

Une erreur est survenue lors d’une tentative d’accès à Internet, bon d’accord ! Donc normalement là j’ai la liste des chaînes, je peux choisir. Là je le fais en cliquant parce que sinon il faut faire « Tab » cinquante fois avant de tomber sur le bon endroit. Donc normalement, il y aurait la liste des émissions qui devrait s’afficher avec des options pour télécharger ou pour regarder. Là ça ne marche pas vu qu’on n’a pas Internet, c’est un comble pour une conf sur Internet, mais bon !

Ce que je voulais vous expliquer par rapport aux sites de la radio c’est que, quand je change les couleurs, parfois il y a des boutons qui n’apparaissent plus. Donc ça fait noir sur noir, donc c'est totalement invisible, même pour quelqu’un qui voit c’est totalement invisible ! Donc moi je clique un peu au hasard, comme ça, sur la page, et puis, comme je sais à peu près où c’est, je tombe dessus après avoir cliqué plusieurs fois, donc ce n’est pas super pratique. Ça c’est un petit bug qu’il faudrait remonter. Ça c’est l’inconvénient des boutons où y a des images dessus. En plus, souvent, les boutons où il y a des images si, dans l’attribut « Alt », il n’y a pas de description, quand on utilise le lecteur d’écran on n’aura pas le nom du bouton non plus, donc on ne saura pas ce que c’est.

Ce que je fais d’autre avec Internet ? Je lis des articles sur plusieurs sites, par exemple Wikipédia. Par exemple, je ne sais pas, je cherche comme ça des résultats sur DuckDuckGo4, je tombe sur des articles. Comme j’essaye de programmer un peu je cherche des tutoriels. Comme je ne peux pas lire des livres sur la programmation, je suis bien contente de trouver des tutos qui, en général, sont assez accessibles. Parfois il faut trouver où est le début dans la page parce que parfois il y a plein de pubs, plein d’icônes, plein de machins. Et puis les articles où il y a un logo Twitter, Facebook, machin, bidule, à chaque fois que je tombe sur ça c’est franchement énervant. [Rire]. Parfois, quand la page est bien faite, j’appuie sur « H » et je vais directement sur le titre parce que, dans mon lecteur d’écran, justement, il y a quelques petits raccourcis comme ça : « H » pour aller sur les titres, « N » pour aller sur les paragraphes, « L » pour aller sur les listes. Et quand, par exemple, le premier titre c’est le titre de l’article qui est en dessous c’est bon, je tombe direct dessus. Par contre, si à gauche de la page il y a un tas de menus avec à chaque fois des titres, eh bien je suis obligée de me faire tous les titres du menu avant de tomber sur le titre de l’article et, en plus, il faut que je sache que c’est bien celui-là le titre que je cherche ! [Rire].

Et ce qui n'est pas forcément évident, aussi, c’est que parfois les menus, visuellement ils ont l’air d’être à droite, mais dans le code HTML derrière, ils sont mis avant le texte. Sauf que dans le CSS, après, ils l’ont déplacé à droite ! Et donc, en plus de devoir me faire tout le menu, c’est perturbant parce qu’il ne me lit pas les choses dans le même ordre que c’est affiché. Donc c’est pour ça que c’est important de bien structurer son HTML et de ne pas, après, s’amuser avec le CSS à mettre des choses partout, dans tous les sens, avec des liens en haut, en bas, à gauche, à droite, dans tous les sens, avec des pubs partout. Pour retrouver où est le texte, c’est une vraie galère.

Alors la deuxième chose qui galère aussi c’est quand, à la place du texte, c’est une image : quelqu’un qui a scanné quelque chose et qui l’affiche en se disant eh bien les gens n’auront qu’à lire ! C’est bon ! [Rire].

Et j’ai le même problème avec les PDF : quand quelqu’un a scanné, l’a mis en PDF, c’est illisible. Après, le deuxième problème que j’ai avec les PDF, parce que j’utilise le module de Firefox pour les lire, c’est que souvent j’ai le texte qui se met en vert sur un fond blanc, parce que le fond ne s’adapte pas aux couleurs que j’ai choisies, donc vert sur blanc, ouillouillouille les yeux ! Et en plus, parfois, j’ai encore une espèce d’ombre grise qui se met en dessous, donc j’ai deux fois le texte en décalé, l’un sur l’autre. Donc quand j’arrive à lire avec le lecteur d’écran ça va, je n’ai pas besoin de regarder, mais quand il y a des formules, par exemple, ou quelque chose qu’il n’arrive pas à lire et que je dois regarder, c’est illisible, ça fait mal aux yeux, ce n’est pas génial !

Parce que les PDF ça dépend vraiment comment on les a faits : s’ils sont bien balisés, si la personne qui l’a fait a bien réfléchi comment organiser le texte, en général ça se lit bien, on trouve bien les titres, on trouve bien les paragraphes. Par contre, si c’est mal fait, tout est mélangé : par exemple les tableaux, on a tout en ligne, donc on a le début de la première ligne, ensuite on a le début de la colonne d’après, le début de la colonne encore après, et seulement après on a la deuxième ligne de la première colonne. Donc ça donne un charabia incompréhensible ; il faut arriver à suivre ! Après, on peut avoir d’autres problèmes, par exemple les accents qui ne passent pas donc ça fait des codes bizarres. À moins d’être un total geek et de connaître par cœur les codes des accents, c’est assez gênant ! Ensuite, il y a aussi des problèmes d’espaces : tous les mots sont collés ensemble donc parfois c’est assez rigolo mais bon ! Ce n’est pas pratique ! On peut aussi avoir tous les paragraphes collés ensemble ; enfin il y a des tas de variantes ! Il y a aussi la variante où c’est comme si chaque mot était à la ligne. Donc à chaque fois on doit faire ligne suivante, ligne suivante, ligne suivante pour chaque mot, donc on n’a pas fini.

Par contre si vous voulez voir si une page ou un PDF est accessible ou pas, une bonne technique c’est de faire « Control A » pour sélectionner tout, « Control C » pour copier, « Control V » pour coller et vous collez ça dans un traitement de texte et là vous voyez le résultat ! Ça saute aux yeux et c’est ce que vous verrez ; enfin vous verrez ce que moi je suis obligée de lire. C’est une bonne technique, c’est tout simple, et on voit vraiment ce que ça donne : on voit les caractères bizarres, on voit les sauts de lignes, on voit les textes mélangés, etc.

Sinon, j’utilise aussi Internet par exemple pour vérifier les horaires de trains. Comme pour moi ce n’est pas forcément évident d’aller à la gare parce qu’il faut que quelqu’un m’emmène, etc., que ce n’est pas super près de chez moi, donc c’est pratique de pouvoir se renseigner sur les horaires de trains ou même commander le billet sur Internet. D’ailleurs il y a des tas de choses où, comme pour moi c’est difficile de se déplacer parce que je dois tout le temps demander à quelqu’un de m’emmener — ça c’est le désavantage de ne pas habiter en ville — donc, par Internet, on peut faire des tas de choses à la place d’y aller.

Ensuite, j’ai forcément aussi des usages comme tout le monde : envoyer des mails. Alors je peux vous montrer : j’utilise Thunderbird5 comme, je pense, pas mal de personnes. Problème : parfois il déplace mes icônes, après je ne trouve plus où ils sont ! Voilà. L’avantage de Thunderbird c’est que les couleurs s’adaptent au thème que j’ai choisi et ce logiciel aussi est parfaitement accessible, enfin pour presque tout. Bon, il y a juste des petits détails : pour changer l’ordre des colonnes, il faut cliquer dessus ! Mais bon, en général, ça on ne le fait pas dix fois. Donc je ne peux pas vous montrer comment il recherche les nouveaux messages comme il n’y a pas de connexion. Donc normalement, quand j’appuie sur la touche « N », il se met tout de suite sur le premier message non lu, ce qui est bien pratique, et sinon je me déplace avec les flèches, hop ! Flèche droite pour ouvrir l’arborescence, par exemple RMLL, hop ! Je peux me déplacer avec F6. Hop ! Je suis dans le corps du message.

Synthèse vocale : Pour traçabilité, son numéro de facture est le 20403 0. Merci d’avance.

Irina : Quand il parle trop je peux lui couper le sifflet en appuyant sur la touche « Control » par exemple.

Synthèse vocale : Merci d'avance. Bonjour, bonjour, bonjour.

Irina : Et quand je me déplace aussi il arrête de dire ce qu’il disait avant et il dit la nouvelle chose. Hop ! Je ré-appuie sur F6, je suis de nouveau dans la liste des dossiers et c’est une bascule comme ça, entre la liste des dossiers, la liste des messages, le corps du message.

Synthèse vocale : RMLL 2014, logistique. RMLL, arborescence. RMLL 2014. RMLL 2014 logistique, hébergement.

Irina : Voilà. Donc si, par exemple, je veux répondre je fais « Control R ». Et donc, pour envoyer, je ferai « Control Entrée ».

Bon normal. Hop ! Je fais « Control W » quand je veux fermer des onglets. Hop ! Et sinon, si je veux ouvrir la fenêtre, je fais « Entrée » ou si je veux répondre ou si je veux faire un nouveau message je fais « Control N ». Voilà, par exemple. Et si je veux fermer je fais « Alt F4 ».

Donc vous voyez qu’il y a plusieurs moyens d’accéder à Internet. Il y a le navigateur, les mails, le logiciel pour télécharger les émissions, donc tout ça c’est faisable.

Je voulais vous montrer aussi IRC, mais comme y a pas de réseau ça va être difficile. Mais, par exemple, je peux utiliser IRC comme n’importe qui : écrire des messages, lire les réponses. Bon, c’est un peu plus long parce qu’il faut se déplacer d’abord avant de pouvoir lire alors que vous, d’un regard, vous pouvez voir ce qu’il y a écrit partout. Moi je dois à chaque fois me déplacer entre la zone de texte, la zone où il faut écrire, et parfois, pour retrouver où on en était dans la discussion, dans le texte, il faut un peu chercher, mais ça marche bien. J’ai testé plusieurs façons de faire IRC : j’ai essayé avec un module de Firefox qui s’appelle ChatZilla6, j’ai essayé avec KiwiIRC. Il y en avait un autre, je crois que c’était WebChat [WeeChat] ou un truc comme ça7, je ne sais plus. Là, par contre, il y avait un CAPTCHA ; ça, ce sont des choses, c’est très embêtant parce qu'il n'y a pas que sur IRC, enfin il y a plein de sites par exemple des blogs où, quand on veut mettre des commentaires, il y a ces CAPTCHA, donc ces petites images où on doit lire un code qu’on doit retaper pour pouvoir valider. Et ça forcément, déjà pour quelqu’un qui voit bien parfois il a du mal à le lire, alors pour quelqu’un qui a du mal à voir c’est vraiment très difficile ! Moi, en général, je clique dix fois avant d’en trouver un que j’arrive à peu près à lire et alors, quand on ne voit carrément pas du tout, là ce n’est même pas la peine d’essayer.

Après bon ! Ils ont mis parfois une alternative sonore, c’est un peu comme l’image, il y a plusieurs personnes qui parlent en même temps et on doit essayer de comprendre. Moi j’ai essayé et, honnêtement, je ne comprends rien du tout, surtout que souvent c’est en anglais en plus alors on comprend « jgrublugleubleu ». Donc évitez les CAPTCHA ! Trouvez une autre solution, je ne sais pas, une question à répondre, un calcul, oui j’ai déjà vu ça sur certains sites, un petit calcul à faire et on doit mettre le résultat, mais surtout pas ces images, c’est horrible ! Et en général, quand il y a ça, eh bien je vais ailleurs parce que j’en ai vite marre !

Sinon pour IRC, donc sous Linux, j’ai aussi essayé Pidgin8 qui ne fonctionnait pas mal. Là, l’avantage, c’est que j’avais les archives des anciennes discussions et que je pouvais l’utiliser aussi pour mes contacts MSN, enfin pour mes anciens contacts, parce que je me dis que ce n’est parce que je n’utilise plus MSN que je ne dois plus parler aux gens !

Par contre, ce qui me manquait, c’était la voix sur IP parce que c’est quand même bien pratique de pouvoir discuter avec quelqu’un, surtout que quand on ne voit pas on aime bien avoir le son. J’ai encore combien de temps ? D’accord. J'avais 20 minutes normalement je crois. Je vais juste encore dire une chose.

Je vais juste vous parler encore des fichiers audios. Donc moi, que ce soit des vidéos ou des audios moi, en général, le Flash je n’aime pas ça et ce n’est pas très accessible. En général il faut cliquer avec la souris sur les boutons ; le temps qu’on clique sur plein écran la vidéo, il y a déjà dix secondes qui sont passées, on a raté le début ! Donc moi, souvent, j’utilise encore une fois un petit module de Firefox, qui va récupérer l’adresse de la vidéo. Donc dans le menu je cherche l’adresse, je clique sur « Copier l’URL » et après je copie-colle l’URL dans VLC9, comme ça c’est chouette je peux mettre sur pause, avancer, reculer. Et quelque chose que j’utilise très souvent c’est « Accélérer la vitesse de la vidéo » parce que moi, souvent je trouve qu’ils parlent trop lentement. Enfin je ne sais pas vous, mais moi j’ai l’habitude de mon ordi qui parle vite donc j’aime bien quand ça parle vite, sinon je m’endors entre deux phrases. Après je peux aussi ralentir quand ce sont des vidéos en anglais par exemple, ça c’est bien aussi. Donc je fais très souvent ça. Ça marche pour les audio, pour les vidéos.

Donc Firefox Mozilla, VLC et NVDA10, donc mon logiciel.

Est-ce que vous avez des questions ?

Public : C'est Cherab. C’est plus un commentaire. Internet, ce qu'Irina a montré c'est qu'en fait [inaudible], et il y a une autre chose que ça permet.

Présentateur, à voix basse : Tu peux répéter la question, après ?

Irina, à voix basse : Je vais essayer.

Public : Ça permet l’anonymat en fait, c'est très intéressant pour nous parce qu’il y a des échanges dans la vraie vie, souvent l'échanges est biaisé du fait de notre handicap.

Irina : Oui, tout à fait. Effectivement, ça permet des échanges plus ou moins en anonyme. Enfin, en anonyme, ils ne savent pas qu’on est malvoyant ou sourd ou vieux ou jeune. Et moi, souvent, quand je discute avec des gens, au début ils ne savent pas que je ne vois pas. C’est souvent après, quand je leur explique des choses techniques et que je leur dis : « Oui, mais ça je ne peux pas le faire parce que les couleurs ne vont pas ou parce que ce n’est pas accessible, parce que telle chose ne va pas », que là je dois leur expliquer « en fait je ne vois pas bien et donc, c’est pour ça que je ne peux pas utiliser tel logiciel, par exemple, ou que je ne peux pas lire tel bouquin ».

Mais c’est vrai que ça permet aussi de discuter, comment dire, d’avoir des contacts réguliers avec des personnes parce que, comme je disais tout à l’heure, comme j’ai du mal à me déplacer – c’est vrai que quand on n’a pas de voiture on est tout de suite plus limité, je ne peux pas aller facilement voir les gens, aller à des événements, etc. – donc le fait de discuter avec eux sur IRC, sur les listes de discussion, etc., ça me permet vraiment d’être avec les gens quoi, de participer, d’ailleurs même de participer à des projets. Par exemple là, je suis dans la future association Liberté011 qui a son AG [Assemblée générale] demain et justement, nous on échange par mail, par IRC, on a un wiki.

Oui, ça aussi je n’ai pas pu vous montrer comment j’utilise un wiki, mais le logiciel de gestion du wiki est parfaitement utilisable et tous les jours je passe dessus pour enlever les spams, pour ajouter du contenu. Bon, là je n’ai pas eu le temps alors ça s’est accumulé, mais voilà ! Ça aussi ça permet de contribuer et de faire plein de choses. Une autre question ?

Public : Est-ce que vous utilisez un clavier adapté ?

Irina : Est-ce que j’utilise un clavier adapté ? Non c’est un clavier tout à fait normal. Je vais retourner l’ordinateur. Hop !

Public : Bon ce qu'il faut savoir c'est que quand même, sur les claviers normaux, « F » et « J » sont mis en évidence.

Irina : Oui, voilà. « F » et « J » ont un petit trait. Par contre il y a des claviers où on les sent plus ou moins bien ; il y a des claviers où on les sent très bien et des claviers, il faut chercher !

Public : Parce qu'en fait, ce qui n'est pas normalisé ce sont les touches de fonctions, tout ça.

Irina : Oui, voilà. Ça, ça m’a souvent posé problème quand j’ai dû utiliser un autre ordinateur, par exemple pendant mes études, pour les interros, ils m’obligeaient à utiliser un autre ordinateur parce qu’ils avaient peur que je triche ! Et il y avait les touches, touche « Clic droit », touche Windows, touche « Control », etc., qui n’étaient pas du tout au même endroit donc je ne trouvais plus mes touches et je perdais un temps fou à me dire « attends c’est cette touche, c’est l’autre touche ». Par contre heureusement, le reste, les lettres, les chiffres, les « F » sont toujours au même endroit heureusement ! Parfois il y a aussi les touches « Page précédente », « Page suivante », etc., qui changent, et c’est vrai que ce n’est pas évident de s’adapter.

Un clavier QWERTY aussi. Parfois, mon ordinateur, ça lui est arrivé de se mettre en disposition QWERTY et là, pour retrouver où sont les touches ! [Rire]. C’est… Voilà !

Public : Donc ça montre qu’on a les même problèmes que tout le monde. [Rire].

Irina : Oui, c’est vrai ! Voilà ! Donc faut vous imaginer ça. Quand j’utilise un autre clavier, c’est comme si on m’avait changé la disposition des touches. Voilà !

Public : Un commentaire par rapport à ça parce que c'est très grave, ce que l'on fait – et tu n'es pas la seule à qui ça arrive – qu'on nous oblige pour les examens, parce qu'on soupçonne plus que les autres de tricher quoi, c'est quand-même un sacré paradoxe, à changer de l'ordinateur qu'on utilise tous les jours. Alors moi, pour mon fils, ce que j'ai exigé c'est qu'il utilise son propre ordinateur, et c'est un informaticien qui, le matin, est venu pour voir qu'il n'y avait rien sur le disque dur. Alors ça demande un peu de discipline parce que, du coup, nous, ça nous a obligé à utiliser un disque dur externe, de manière à ne pas avoir à chaque examen ou chaque contrôle à renettoyer le disque dur. Il faut absolument discuter avec les écoles pour fonctionner dans ces formats-là, et pas uniquement pour les examens finaux mais pour tous les contrôles quoi, en disant on va utiliser un disque dur externe. Nous, c'est notre disque dur d'utilisation quotidienne, c'est vraiment facile à vérifier.

Irina : C'est ça. Et c’est vrai que ça on n’y pense pas.

Organisateur : Tu peux le redire ?

Irina : Oui. Il disait qu’effectivement, pour les examens, on ne devrait pas obliger les élèves aveugles à changer d’ordinateur, qu’ils devraient absolument garder le leur et avoir un disque dur externe pour sauvegarder toutes les données pour que le jour de l’examen on puisse facilement vider son ordinateur. Et je suis totalement d’accord parce que moi ça m’est déjà arrivé qu’on me dise au dernier moment il faut que tu vides ton ordi ! Et puis il faut trouver une solution pour mettre ça quelque part, pour ne pas perdre des fichiers en cours de route. Mais c’est vrai que ça complique vraiment les choses.

Après, moi, le problème que j’ai eu aussi, c’est de courir dans toute l’école pour trouver une imprimante, pour pouvoir imprimer l’interro ; ça c’est marrant aussi. Et après, il y la moitié qui ne sort pas parce que le logiciel n’a pas, parce qu’il manque une parenthèse quelque part par exemple, alors il ne comprend plus la suite.

Et ce que je voulais dire c’est que, oui parfois on nous accuse de tricher effectivement, mais j’aimerais dire que, franchement, on a vraiment autre chose à faire ; on a déjà tellement de choses à gérer que de penser à tricher, franchement on n’a pas le temps ! Une autre question ?

Public : Oui, à propos d’IRC, donc, j’ai été très étonné parce qu’on parle souvent d’accessibilité du Web et qu’on n’ait pas pensé à IRC comme accessible. Mais mon expérience d’IRC c’est que, souvent, les gens ont une orthographe un peu spéciale, des abréviations un peu violentes. Le logiciel de synthèse vocale s’en tire ou bien tu regardes en ayant des gros caractères ?

Irina : La question c’est quand les personnes écrivent mal, avec une mauvaise orthographe ou avec des raccourcis, du langage style SMS, etc., est-ce que la synthèse vocale s’en tire ? Ou est-ce que je regarde en grossissant les caractères ?

Eh bien je dirais que tout dépend du niveau d’abréviation et de fautes qu’il y a dans le texte. Quand il y a quelques petites fautes, en général on devine assez facilement les mots. Parfois il y a même des fautes qui passent inaperçues parce qu’il suffit que les mots se prononcent pareils et on ne voit pas la faute. Par contre, parfois, il y a des fautes qui s’entendent vraiment alors qu’elles ne sautent pas aux yeux. Donc pour moi, c’est très pratique pour corriger les fautes de frappe parce que je les repère tout de suite. Mais, par contre, pour l’orthographe, ça ne se repère pas donc je peux écrire très mal et ne pas m’en rendre compte ou ne pas me rendre compte des fautes des autres.

Par contre, le langage SMS, quand c’est vraiment du raccourci partout, là ça devient à la limite du compréhensible et ça devient très rigolo. Par exemple IRC, il dit « irk ». Les mots anglais aussi, Thunderbird ça donne « tinderebire » et des choses comme ça. Mais on s’habitue, en fait, à force de les entendre on ne se pose même plus la question. Par contre, parfois, ça donne des trucs marrants parce qu’il y a certaines choses, comme je ne les ai jamais entendues prononcées par quelqu’un, je les dis pareil que la synthèse vocale et après les gens me disent : « Hein ? Quoi ? C’est quoi ça irk ? C’est quoi ça ? Ouais ! Qu’est-ce que tu racontes ? C’est quoi les "reumeuleus" ? » Non, ça va ça : RMLL il le lit. Mais c’est vrai que parfois ça donne des résultats assez marrants comme « barbecue », vous imaginez ce que ça donne !

Bon après, heureusement, il y a un dictionnaire12 où on peut lui mettre quelques mots pour lui faire dire correctement. Par contre, si c’est vraiment écrit n’importe comment ! Là bon ! Et on peut aussi lui mettre les émoticônes dans le dictionnaire, par exemple deux points parenthèse gauche on va lui mettre triste et deux points parenthèse droite on va lui mettre sourire. Donc on arrive à lire les émoticônes. Une autre question ?

Public : Double question.

Irina : Oui ?

Public : Est-ce qu’il n’y a pas justement des bibliothèques de traduction de langage SMS ou d’émoticônes ? Ça c’est la première chose, parce que si ça n’existe pas, toi tu le fais, j’imagine qu’il y a pas mal d’autres personnes qui en ont besoin. Et ça pourrait être effectivement un travail qui soit fait de manière à constituer une bibliothèque là-dessus.

Et la seconde question c'est que tu nous as montré que quand tu regardes Internet, tu as un écho visuel agrandi et ça, je ne sais pas avec quel logiciel ou application tu le fais ?

Irina : Là, le logiciel que j’utilise c’est la loupe de Windows, c’est tout simplement dans « Accessoires » elle est quelque part dans le fin fond d’un menu. L’intérêt c’est que comme moi je l’utilise souvent, elle se met à gauche dans les logiciels que j’utilise tout le temps et il y a certains logiciels qui se lancent aussi automatiquement, donc souvent elle se lance toute seule ; c’est pratique.

L’autre question c’est est-ce qu’il existait des bibliothèques d’émoticônes et d’autres mots, et de langage SMS ?

Alors oui. Il y a des personnes qui, justement, ont fait des fichiers de mots à rajouter dans le dictionnaire et qui les partagent, mais effectivement ça pourrait être utile que plus de personnes partagent leurs mots parce que je pense que chacun a mis ses propres mots et que d’autres n’ont peut-être pas pensé.

Public : Inaudible.

Irina : Chaque dictionnaire est pour un lecteur d’écran et pas pour un autre. Donc effectivement, il faut refaire le travail pour chaque lecteur d’écran. Par exemple, sur Linux, le lecteur d’écran qui est utilisé s’appelle Orca13 et donc a un fonctionnement totalement différent. Comme le système d’exploitation est différent le logiciel doit être refait entièrement pour supporter ce système et donc tous les paramètres qui vont avec il faut les refaire. Après, pour d’autres systèmes, il y aura encore d’autres lecteurs. Pour Android il y en a un, pour Mac. Une autre question ?

Public sur Twitter : Sur Twitter quelqu’un citait, quand au début tu as parlé d’utilisation Windows, quelqu’un citait HandyLinux14 comme un système qui permet d’avoir tous les logiciels qui vont bien. Est-ce que tu connais ? Est-ce que tu as utilisé ?

Irina : Alors est-ce que je connais HandyLinux ? Effectivement, là pendant les journées grand public il y a des personnes du projet, justement, qui sont venues sur notre stand et qui m’en ont parlé. Moi je ne l’ai jamais utilisé donc je ne peux pas dire. Mais on en a parlé et je lui ai dit mes idées. Il m’a dit qu’il va me donner beaucoup de boulot parce que je vais devoir lui écrire, justement, toutes mes idées et après je devrai tester ce qu’il a fait. Donc pas mal de boulot en perspective !

Effectivement, on commence à avoir des contacts avec HandyLinux, avec plein d’autres projets. Il y a aussi une autre distribution qui s’appelle Vinux15, ça c’est un dérivé de Ubuntu aussi. Parce que sur HandyLinux, Orca ne fonctionne pas, donc il n’y a pas la fonction « synthèse vocale » ; ce n’est que pour les malvoyants pas trop malvoyants, donc ils utilisent les outils Compiz16 pour agrandir, pour changer la couleur, inverser les couleurs, etc.

Alors que dans Vinux c’est le contraire. Dans Vinux, la synthèse vocale Orca fonctionne bien. On peut même l’installer ; d'ailleurs c’est ce que j’ai fait sur cet ordinateur, je l’ai installée moi-même. Bon malheureusement j’ai eu un problème de boot donc j’ai dû demander à quelqu’un. D’ailleurs c’est quelqu’un d’aveugle qui m’a résolu le problème, si vous le connaissez, Jean-Philippe, qui a écrit un bouquin sur ça, sur ces distributions et sur comment utiliser Linux quand on ne voit pas. Et donc, sur ce Vinux on a la synthèse vocale qui fonctionne bien. Par contre, tout ce qui est agrandissement, tout ce qui couleurs, ce n’est vraiment pas trop ça. Par exemple, au départ, on a du orange et du blanc ; personnellement ça me fait mal aux yeux. J’ai dû fouiller partout dans les menus pour changer la taille de la police ; il y a des choses je ne sais pas où les changer, ce n’est pas évident ! Et les outils de loupe, tout ça, ce n’est pas encore trop au point.

Donc selon le bureau qu’on utilise on peut ne pas avoir les mêmes possibilités et c’est ça qui est dommage ; c’est que si on en choisit un, on a certaines choses, si on choisit l’autre on en a d’autres, mais on n’a jamais tout ce dont on a besoin.

Armony Altinier : Peut-être un commentaire, là-dessus.

Irina : Oui.

Armony Altinier : Handylinux est une distributions spécialisée, mais idéalement ce qu’il faudrait c’est contribuer. Comme il y a des développeurs ici, il ne s’agit pas de commencer une distribution pour un handicap particulier parce que les personnes qui ont un handicap elles travaillent déjà avec nous. Elles ne sont pas aidées par les fichiers, par deux mondes logiciels et donc idéalement ce serait que les logiciels soient compatibles avec toutes les technologies et toutes les différentes situations. Sous Vinux, Orca ne marche pas mal. Vinux est une distribution qui est dérivée d’Ubuntu et qui a quand même l’avantage de bien tester ce qui fonctionne. Le problème c’est que ses versions sont souvent mises à jour et parfois il y a des régressions sur l’accessibilité.

Irina, en aparté : Je ne vais pas tout redire, c’est trop long !

Armony Altinier : Le problème c’est le problème du suivi et donc de la maintenance.

Présentateur, en aparté : C’est long pour redire au micro tout ça.

Présentateur, pour la salle : C’est long pour redire au micro tout ça !

Irina : Oui. Effectivement l’idéal ce serait qu’on ne fasse pas une distribution spéciale malvoyant, une distribution spéciale aveugle, une distribution spéciale, je ne sais pas moi, handicapé des mains. Ce qui se serait vraiment bien ce serait que toutes les distributions soient accessibles, déjà pour qu’on ait le choix, parce qu’il n’y a pas de raisons qu’on soit obligés d’utiliser celle-là et qu’on ne puisse pas en tester d’autres et choisir ce qu’on préfère ! Il n’y a pas raisons ! Et deuxièmement, effectivement, on a envie d’utiliser la même chose que tout le monde pour pouvoir parler des mêmes choses dans les discussions, pour pouvoir se faire aider par n’importe qui quand ce sont des problèmes qui ne concernent pas l’accessibilité, mais on a aussi le droit de discuter de, je ne sais pas, comment on installe un logiciel de messagerie, comment on configure je ne sais pas quoi, comment on tape telle commande, comment on crée des comptes, etc.

Public, personne non voyante : Donc en fait, un autre truc qu’on a découvert par plusieurs années d’expérience, c’est qu’on pourrait penser eh bien tiens, on va concevoir des programmes spécifiques parce que finalement on se dit c’est ce qui va le mieux répondre aux besoins des personnes. Et je vais dire, à priori ça peut paraître complètement raisonnable en fait. Sauf que ces programmes déjà on a du mal à les concevoir, on a du mal à arriver au bout. Et en plus, même quand on y arrive, il y a le problème de la maintenance qui fait qu’on n’a pas l’énergie, en fait, pour maintenir ces programmes sur le long terme : un programme de lecture de mails, par exemple spécifique, oui, le jour il y a un nouveau protocole de mail qui sort voilà ! Il faut modifier ce programme, et ce n’est pas intéressant en fait et on ne peut pas faire ça ; on a trop peu de ressources pour se permettre de les gaspiller, donc on doit vraiment les gérer intelligemment ; et les gérer intelligemment ça veut dire les mettre sur les projets communs et rendre les projets communs accessibles et pas développer des projets à côté.

Irina : Oui. D’ailleurs c’est la même chose pour les sites web. Souvent il y a des développeurs de sites qui me disent : « Oui, on va créer une version accessible avec des machins qui parlent, avec des polices plus grosses et des choses comme ça ». Donc là, il y a deux problèmes. Le premier c’est qu’effectivement ils vont faire tout ce boulot pour pas grand-chose parce qu’il existe des outils qu’on peut utiliser pour tous les sites, donc ça fait la même chose et c’est dommage de refaire quelque chose qui existe déjà. Et chaque site le fait de son côté ; ce n’est pas optimisé quoi ! Et deuxièmement, ça peut rentrer en conflit, justement, avec ces logiciels. Par exemple si moi, dans mon navigateur, j’ai déjà augmenté la police de trois fois et que sur ce site, eux ils l’ont encore augmentée de deux fois, je l’aurai augmentée de six fois, je verrai trois lettres sur mon écran ! Ou, par exemple, si j’utilise mon logiciel de synthèse vocale et que sur le site il y a des sons et une autre voix qui parle, j’aurai deux voix qui parlent en même temps, j’aurai des sons en plein dans les oreilles, je ne comprendrai plus rien. Ou parfois même, ça me désactive le lecteur d’écran ; je me retrouve dans une interface que je ne connais pas du tout, avec des raccourcis clavier que je ne connais pas, avec une utilisation que je ne connais pas, je vais perdre du temps à explorer. Alors que si le site est juste bien conçu dans le code, c’est-à-dire que les balises sont au bon endroit, que le site est logique, qu’on n’a pas mis tout n’importe où, eh bien avec les outils que j’ai déjà, je peux m’en sortir très bien et ne pas perdre du temps à essayer de me dire « comment ils ont fait ça ? ». Voilà. Je ne sais plus ce que je voulais dire. Oui ? Une autre question ?

Armony Altinier : Juste pour dire, quand même le problème, parce qu’elle dit que quand les sites agrandissent leur police, etc. Vous avez le droit de le faire, bien sûr ! C’est quand même un bug de la loupe de Windows qui marche très mal ! Le problème c’est qu’on ne peut pas dire que ça soit formidable du côté des environnements GNU/Linux au niveau des loupes ! Donc il y a des choses qui ont régressé, etc. Le gros avantage et le potentiel du logiciel libre, là on a vu le cas, c’était sous Windows, de NVDA uniquement, mais c’est que justement c’est modifiable, c’est paramétrable. Donc théoriquement, potentiellement, c’est mieux pour l’accessibilité puisque l’accessibilité c’est le fait de pouvoir adapter à son besoin son environnement et donc, théoriquement, on peut le faire avec le logiciel libre. Le problème c’est que c’est théorique. Donc maintenant il faudrait que ce soit en pratique et donc ça, ça demande un peu de boulot aussi du côté des développeurs . Parce qu’on ne peut pas attendre tout de l’utilisateur et quand on va répondre : « Écoute c’est libre ! Fais-le ! », c’est juste une réponse pas acceptable.

Donc chacun sa responsabilité aussi. Et dites-vous que quand vous créez un logiciel, vous pouvez libérer un utilisateur. Si vous le faites sous licence libre, ce n’est pas pour rien ! Je pense qu’il y a pas mal de gens qui le font pas juste parce que c’est plus pratique et que c’est open source. On est quand même aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, donc je pense ça a du sens pour vous !

Et si vous voulez vraiment libérer vos utilisateurs, et tous vos utilisateurs, il faut penser à l’accessibilité, et si vous le faites en amont, ce n’est pas si compliqué que ça ! Ça dépend de ce que vous faites, en fait, en vrai. Mais globalement, généralement, surtout si ce sont des sites web ou des logiciels où il n’y a pas énormément d’interfaces graphiques, ce n’est pas si compliqué que ça ! Donc essayez juste de vous renseigner avant de le faire ! Voilà.

Irina : Et l’important c’est de laisser le choix ! Il ne faut pas se dire moi je vais faire un thème spécial malvoyant ou je vais mettre telle couleur, telle police. Non ! Il faut laisser l’utilisateur choisir sa police, sa couleur et ne pas se dire moi je veux que mon site soit bleu et puis on n’a pas le droit de mettre une autre couleur parce que moi j’ai envie que ce soit comme ça et pas autrement ! Parce que parfois c’est comme ça, que ce soit dans les logiciels ou dans les sites c’est moi j’ai envie de mettre une interface Flash avec des jolies images, des trucs qui clignotent, des machins qui bougent, des carrousels qui tournent, des machins qui changent de couleur ! Oui c’est super joli, mais bon d’une, ça fait mal aux yeux et pas qu’aux personnes qui ne voient pas et de deux, il faut arriver à désactiver tout ça pour ne pas que ça perturbe les lecteurs d’écran et pour s’y retrouver. Et par exemple, si c’est fait en Flash, c’est totalement illisible donc il vaut mieux utiliser ce qui fonctionne bien : le HTML, le CSS, le PHP [rire]. Un peu de JavaScript si c'est bien fait ce n’est pas mal aussi. D’ailleurs, dans le JavaScript, il ne faut pas oublier de mettre la navigation clavier. Parce que souvent les développeurs pensent je vais mettre un petit code pour qu’on puisse cliquer sur les menus ; quand on clique sur le menu ou quand on passe dessus avec la souris, ça s’ouvre, ça se déroule et puis il y a des sous-menus dans tous les sens ; sauf qu’il n’a pas pensé à mettre, quand on valide avec la touche Entrée ou avec la touche Espace, ça ouvre le menu ; quand on se déplace avec les flèches, quand on appuie sur les flèches on se déplace dans le menu. C’est dommage, alors que ce n’est pas grand-chose à rajouter !

Bon ! C’est vrai qu’après, les menus dans les pages web, ce n’est pas ce qu’il y a de plus pratique. Moi je préférerais franchement qu’il y ait des pages séparées avec des liens pour aller vers les autres pages que des menus où on se perd ; quand on essaye de descendre dedans avec la souris il y a le menu qui se referme et puis quand on va à gauche ça s’affiche à droite et puis quand on va à droite ça se referme et puis on ne s’en sort plus avec ça ! Ce que je me demande, d’ailleurs, c’est si ces menus ils n’ont pas été faits pour une certaine taille et donc, quand on agrandit la police ça modifie les menus et alors ça ne colle plus avec les mouvements de la souris. Je pense qu’il doit aussi y avoir des problèmes comme ça.

Donc effectivement, il y a plein de choses c’est très joli, mais ce n’est pas forcément la beauté qui est le plus important, c’est l’information ! Une autre question ?

Public : Oui, en fait c’est un renseignement que je voulais savoir : est-ce qu’il existe des claviers avec des touches en relief ? Ou ça n’existe pas ?

Irina : Est-ce qu’il y a des claviers avec des touches en relief ? Des touches où ce serait écrit en Braille17 dessus ? Je ne sais pas ! Déjà sur une touche c’est un peu difficile de mettre du Braille parce que le Braille ça prend plus de place que quand c’est écrit avec votre écriture. Donc pour arriver à mettre tout le Braille sur une touche, il faudrait des touches énormes donc, je pense que ce n’est pas évident ! Nous, en général, on apprend les touches par cœur et puis quand on a l’habitude ça va tout seul, comme les personnes qui apprenaient à écrire à la machine à écrire.

Par contre, il existe ce qu’on appelle des plages Braille18. Ce sont des petits dispositifs qu’on connecte à l’ordinateur et on peut lire en Braille ce qui est affiché à l’écran. Mais il y a aussi des touches pour pouvoir écrire des choses sur l’ordinateur, donc là on peut écrire comme quand on écrit en Braille, mais ce n’est pas en relief dessus.

On peut en voir plusieurs sur le stand de Liberté0 dans le Village ; c’est celui avec la nappe violette ! Il y aura aussi un « Accesscamp ». Finalement je ne sais plus quel jour c’est ! Est-ce qu’on a changé, ou pas, le jour ? C’est toujours mercredi finalement, on n’a pas changé le jour. D’accord.

Donc là aussi vous pourrez voir et puis vous pourrez contribuer à nos projets et ce sera sûrement très intéressant. Une autre question ? Donc merci.

[Applaudissements]

Apéro April le 29 septembre 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

ven, 01/09/2017 - 08:20
Début: 29 Septembre 2017 - 19:00Fin: 29 Septembre 2017 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro parisien aura lieu le vendredi 29 septembre 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

Lettre d'information publique de l'April du 1er septembre 2017

ven, 01/09/2017 - 04:24

Bonjour,

Concernant l'Open Bar Microsoft/Défense, la nouvelle ministre des Armées Florence Parly a confirmé le renouvellement du contrat pour quatre ans. Nous avons envoyé au ministère une demande de communication de documents administratifs portant notamment sur l'accord-cadre et le marché subséquent. Déplorable signal, un responsable de l'Open Bar Microsoft/Défense se voit confier la DSI des Armées à partir du 1er septembre 2017. Pour finir sur ce dossier, notons que l'entreprise Nexedi a l'intention d'attaquer l'accord « Open Bar ».

Le groupe Transcriptions a continué à œuvrer en août et vous offre huit nouvelles transcriptions. Pour rappel, proposer une version texte des enregistrements audio et vidéo permet de faciliter leur indexation, leur accessibilité et leur réutilisation.

Ce premier week-end de septembre verra le retour de la braderie de Lille. D'autres événements sont à venir pour lesquels on a besoin d'aide.

Consultez la lettre publique ci-dessous pour toutes les autres informations.

Librement,
Frédéric Couchet
délégué général de l'April.

Si vous voulez nous soutenir, vous pouvez faire un don ou adhérer à l'association.

Open Bar Microsoft/Défense : c'est reparti pour quatre ans

La nouvelle ministre des Armées Florence Parly a répondu ce 24 août 2017 à la question écrite n° 00359 de la Sénatrice Joëlle Garriaud Maylam. La ministre confirme le renouvellement pour 2017-2021. Suite à la publication de la réponse de la ministre, nous avons envoyé au ministère des Armées une demande de communication de documents administratifs portant notamment sur l'accord-cadre et le marché subséquent.

Fête des Possibles, du 18 au 30 septembre 2017

Du 18 au 30 septembre 2017, nous participerons avec 60 autres organisations et réseaux de la transition à la Fête des Possibles (nouveau nom de la Journée de la Transition). Plus de 2000 rendez-vous sont attendus aux quatre coins de la France et de la Belgique pour rendre visibles les milliers d’initiatives locales qui embellissent la société et construisent un avenir plus durable et solidaire.

L'April sera présente à Alternatiba Paris le week-end des 30 septembre et 1er octobre 2017. Pour les personnes qui voudraient venir aider/participer au stand, n'hésitez pas à vous inscrire.

toc_collapse=0; Sommaire 
  1. Open Bar Microsoft/Défense : c'est reparti pour quatre ans
  2. Fête des Possibles, du 18 au 30 septembre 2017
  3. Dossiers, campagnes et projets
    1. Un responsable de l'Open Bar Microsoft/Défense se voit confier la DSI des Armées
    2. L'Open Bar Microsoft/Défense bientôt devant le juge ?
    3. Huit nouvelles transcriptions
    4. Appel à participation pour les conférences et stands du Capitole du Libre à Toulouse les 18 et 19 novembre 2017
  4. Conférences, événements
    1. Événements à venir
  5. Vie associative
    1. Revue hebdomadaire
    2. Adhésions
  6. Soutenir l'association
  7. Rejoindre l'association à titre individuel
  8. Rejoindre l'association en tant que personne morale
  9. Archives
Dossiers, campagnes et projets Un responsable de l'Open Bar Microsoft/Défense se voit confier la DSI des Armées

À compter du 1er septembre 2017, le vice-amiral Arnaud Coustillière — élevé au rang de vice-amiral d'escadre — prendra la direction générale des systèmes d'information et de communication du ministère des Armées. Il était, en 2008, membre du comité de pilotage chargé d'étudier la proposition « Open Bar » de Microsoft. Cette promotion et cette nomination, loin d'être anodines, confirment l'absence totale de prise en compte de l'intérêt général dans les décisions relatives au système d'information de la Défense française, et récompensent une personne qui avait marqué par son « je‑m'en-foutisme » grave et coupable face à la caméra de l'équipe de Cash Investigation.

L'Open Bar Microsoft/Défense bientôt devant le juge ?

Comme l'a relevé Next Inpact le 30 août 2017, l'entreprise Nexedi a l'intention d'attaquer l'accord « Open Bar » conclu entre Microsoft Irlande et la Défense en 2008 et renouvelé une deuxième fois en décembre 2016.

Huit nouvelles transcriptions

Le groupe Transcriptions de l'April vous offre de la lecture avec huit nouvelles transcriptions :

Appel à participation pour les conférences et stands du Capitole du Libre à Toulouse les 18 et 19 novembre 2017

Le week-end des 18 et 19 novembre 2017 se déroulera à Toulouse le Capitole du Libre.

L'appel à participation pour les conférences et stands est disponible. Pour les conférences il est possible d'en proposer jusqu'au 24 septembre. Les demandes de stands sont ouvertes jusqu’au 31 octobre.

Pour soumettre une proposition, rendez-vous sur le site dédié.

Conférences, événements Événements à venir Vie associative Revue hebdomadaire

Chaque vendredi, à midi pile, les permanents et les adhérents qui le souhaitent passent en revue les tâches et actions relatives à l'April dont ils ont la charge lors de la « revue hebdomadaire April » sur IRC (canal #april sur irc.freenode.net, accès avec un navigateur web). La durée est limitée, généralement un quart d'heure. Cela stimule les bonnes volontés, suscite des idées et des contributions, permet de suivre les activités des uns et des autres et éliminer un certain nombre de problèmes bloquants.

Une page décrivant le principe d'une revue hebdomadaire est en ligne.

Vous pouvez en savoir plus en consultant en ligne les archives des premières revues hebdomadaires, et notamment la synthèse de la revue du 18 août 2017, la synthèse de la revue du 25 août 2017.

Adhésions

Au 1er septembre 2017, l'association compte 4 135 adhérents (3 724 personnes physiques, 411 personnes morales).

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Pour les hésitants, nous avons mis en ligne les réponses à de fausses idées classiques.

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L'Open Bar Microsoft/Défense bientôt devant le juge ?

jeu, 31/08/2017 - 04:28

Comme l'a relevé Next Inpact le 30 août 2017, l'entreprise Nexedi a l'intention d'attaquer l'accord « Open Bar » conclu entre Microsoft Irlande et la Défense en 2008 et renouvelé une deuxième fois en décembre 2016. L'accord initial avait été conclu sans mise en concurrence ni publicité préalable, sous couvert de la procédure négociée prévu à l'article 35 II. 8°.

Sur son site, l'entreprise annonce effectivement son intention de saisir la justice pour contester la légalité du contrat Open Bar. Notons qu'elle évoque une situation de favoritisme, délit défini à l'article 432-14 du code pénal, faisant ainsi écho à un article paru dans Marianne le 19 mai où étaient repris les propos du rapporteur pour la Commission des marchés publics de l'État en 2008 lors de la passation du contrat initial. Voir notre actualité.

Vous pouvez vous rendre sur l'annonce de Nexedi pour plus de détails sur la manière dont l'entreprise envisage son action.

Un responsable de l'Open Bar Microsoft/Défense se voit confier la DSI des Armées

jeu, 31/08/2017 - 03:53

À compter du 1er septembre 2017, le vice-amiral Arnaud Coustillière — élevé au rang de vice-amiral d'escadre — prendra la direction générale des systèmes d'information et de communication du ministère des Armées. Il était, en 2008, membre du comité de pilotage chargé d'étudier la proposition « Open Bar » de Microsoft. Cette promotion et cette nomination, loin d'être anodines, confirment l'absence totale de prise en compte de l'intérêt général dans les décisions relatives au système d'information de la Défense française, et récompensent une personne qui avait marqué par son « je‑m'en-foutisme » grave et coupable face à la caméra de l'équipe de Cash Investigation.

Pour celles et ceux qui suivent le dossier Open Bar Microsoft/Défense le nom Arnaud Coustillière n'est pas inconnu, et rime généralement avec incompétence et « je-m’en-foutisme ». Alors officier général de la cyberdéfense française, Arnaud Coustillière était interrogé en octobre 2016 par Loïc Tanant, journaliste pour Cash Investigation, à propos de l'Open Bar et des risques en termes de sécurité et de souveraineté informatiques. Sa réponse témoigne d'une totale désinvolture face à ces enjeux, voire d'une incompétence coupable à un tel poste ; il se fout (sic) de ce « débat d’informaticiens ».

L'April avait transcrit leur échange, en voici un extrait :

Loïc Tanant : Il y a un groupe de travail qui a déconseillé de recourir à ce type de contrat global avec Microsoft. Ce n’est pas inquiétant ?

Arnaud Coustillière : Je vous le dis, en termes de sécurité, moi, personnellement, ça ne m’inquiète pas plus que ça. Après effectivement, Microsoft étant propriétaire des sources de ce logiciel, il est très difficile d’avoir la garantie qu’il n’y a pas de black doors (NdT, back doors), qu’il n’y ait pas de vulnérabilité cachée dans les produits Microsoft. Si vous voulez, c’est une balance des risques par rapport à un coût. Donc aujourd’hui il est considéré que ce n’est pas là que résident nos principales failles de vulnérabilité de sécurité.

Voix off : Mais oui, vous avez bien entendu. La Défense française aurait préféré faire des économies au risque de mettre en péril la sûreté de l’État.

Arnaud Coustillière : Aujourd’hui, je vous le dis, dans le domaine militaire, qui va m’espionner ?

Loïc Tanant : Pourtant l’affaire Snowden a révélé ces accords entre les services de renseignement américains et Microsoft.

Arnaud Coustillière : Oui, mais les accords entre le gouvernement américain et Microsoft, je ne les connais pas.

Loïc Tanant : Ce choix de Microsoft serait à refaire aujourd’hui ? En tant qu’expert de cybersécurité, est-ce que vous le referiez de la même façon ?

Arnaud Coustillière : Moi très franchement ? Vous voulez ma conviction ? Oui, je le referais. Oui. Dans le fond je m’en fous de ce débat-là. C’est un débat qui a plus de quatre ou cinq ans, ce truc. Pour moi c’est un débat d’informaticiens. C’est un débat qui est dépassé.

Divers articles de presse, une dizaine de questions écrites de parlementaires et, dès 2008, un groupe d'experts militaires saisi pour analyser les risques, tous unanimement critiques au sujet de ce contrat. Quel déplorable signal envoyé par le ministère des Armées qui confie les clefs de son système informatique à un homme qui balaie d'une pichenette la sécurité, la protection des citoyens et la souveraineté du pays ; il s'en fout !

Rappelons les propos d'un des acteurs de l'Open Bar recueillis par Mediapart en 2013 : « Dans ce dossier, nous avons bradé notre liberté, nous avons trahi notre pays. ».

Plus que jamais le temps est venu de la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire que l'April appelle de ses voeux.

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