Agrégateur de flux

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Le nouveau servage

Framablog - il y a 5 heures 12 min

Depuis les années 1950 et l’apparition des premiers hackers, l’informatique est porteuse d’un message d’émancipation. Sans ces pionniers, notre dépendance aux grandes firmes technologiques aurait déjà été scellée.

Aujourd’hui, l’avènement de l’Internet des objets remet en question l’autonomisation des utilisateurs en les empêchant de « bidouiller » à leur gré. Pire encore, les modèles économiques apparus ces dernières années remettent même en question la notion de propriété. Les GAFAM et compagnie sont-ils devenus nos nouveaux seigneurs féodaux ?

Une traduction de Framalang : Relec’, Redmood, FranBAG, Ostrogoths, simon, Moutmout, Edgar Lori, Luc, jums, goofy, Piup et trois anonymes

L’Internet des objets nous ramène au Moyen Âge

Par Joshua A. T. Fairfield

Source : The ‘internet of things’ is sending us back to the Middle Ages

Est-ce vraiment ainsi que se définissent maintenant nos rapports avec les entreprises de technologie numérique ? Queen Mary Master

 

Les appareils connectés à Internet sont si courants et si vulnérables que des pirates informatiques ont récemment pénétré dans un casino via… son aquarium ! Le réservoir était équipé de capteurs connectés à Internet qui mesuraient sa température et sa propreté. Les pirates sont entrés dans les capteurs de l’aquarium puis dans l’ordinateur utilisé pour les contrôler, et de là vers d’autres parties du réseau du casino. Les intrus ont ainsi pu envoyer 10 gigaoctets de données quelque part en Finlande.

En observant plus attentivement cet aquarium, on découvre le problème des appareils de « l’Internet des objets » : on ne les contrôle pas vraiment. Et il n’est pas toujours évident de savoir qui tire les ficelles, bien que les concepteurs de logiciels et les annonceurs soient souvent impliqués.

Dans mon livre récent intitulé Owned : Property, Privacy, and the New Digital Serfdom (Se faire avoir : propriété, protection de la vie privée et la nouvelle servitude numérique), je définis les enjeux liés au fait que notre environnement n’a jamais été truffé d’autant de capteurs. Nos aquariums, téléviseurs intelligents, thermostats d’intérieur reliés à Internet, Fitbits (coachs électroniques) et autres téléphones intelligents recueillent constamment des informations sur nous et notre environnement. Ces informations sont précieuses non seulement pour nous, mais aussi pour les gens qui veulent nous vendre des choses. Ils veillent à ce que les appareils connectés soient programmés de manière à ce qu’ils partagent volontiers de l’information…

Prenez, par exemple, Roomba, l’adorable robot aspirateur. Depuis 2015, les modèles haut de gamme ont créé des cartes des habitations de ses utilisateurs, pour mieux les parcourir tout en les nettoyant. Mais comme Reuters et Gizmodo l’ont rapporté récemment, le fabricant de Roomba, iRobot, pourrait envisager de partager ces plans de surface d’habitations privées avec ses partenaires commerciaux.

Les atteintes à la sécurité et à la vie privée sont intégrées

Comme le Roomba, d’autres appareils intelligents peuvent être programmés pour partager nos informations privées avec les annonceurs publicitaires par le biais de canaux dissimulés. Dans un cas bien plus intime que le Roomba, un appareil de massage érotique contrôlable par smartphone, appelé WeVibe, recueillait des informations sur la fréquence, les paramètres et les heures d’utilisation. L’application WeVibe renvoyait ces données à son fabricant, qui a accepté de payer plusieurs millions de dollars dans le cadre d’un litige juridique lorsque des clients s’en sont aperçus et ont contesté cette atteinte à la vie privée.

Ces canaux dissimulés constituent également une grave faille de sécurité. Il fut un temps, le fabricant d’ordinateurs Lenovo, par exemple, vendait ses ordinateurs avec un programme préinstallé appelé Superfish. Le programme avait pour but de permettre à Lenovo — ou aux entreprises ayant payé — d’insérer secrètement des publicités ciblées dans les résultats de recherches web des utilisateurs. La façon dont Lenovo a procédé était carrément dangereuse : l’entreprise a modifié le trafic des navigateurs à l’insu de l’utilisateur, y compris les communications que les utilisateurs croyaient chiffrées, telles que des transactions financières via des connexions sécurisées à des banques ou des boutiques en ligne.

Le problème sous-jacent est celui de la propriété

L’une des principales raisons pour lesquelles nous ne contrôlons pas nos appareils est que les entreprises qui les fabriquent semblent penser que ces appareils leur appartiennent toujours et agissent clairement comme si c’était le cas, même après que nous les avons achetés. Une personne peut acheter une jolie boîte pleine d’électronique qui peut fonctionner comme un smartphone, selon les dires de l’entreprise, mais elle achète une licence limitée à l’utilisation du logiciel installé. Les entreprises déclarent qu’elles sont toujours propriétaires du logiciel et que, comme elles en sont propriétaires, elles peuvent le contrôler. C’est comme si un concessionnaire automobile vendait une voiture, mais revendiquait la propriété du moteur.

Ce genre de disposition anéantit le fondement du concept de propriété matérielle. John Deere a déjà annoncé aux agriculteurs qu’ils ne possèdent pas vraiment leurs tracteurs, mais qu’ils ont, en fait, uniquement le droit d’en utiliser le logiciel — ils ne peuvent donc pas réparer leur propre matériel agricole ni même le confier à un atelier de réparation indépendant. Les agriculteurs s’y opposent, mais il y a peut-être des personnes prêtes à l’accepter, lorsqu’il s’agit de smartphones, souvent achetés avec un plan de paiement échelonné et échangés à la première occasion.

Combien de temps faudra-t-il avant que nous nous rendions compte que ces entreprises essaient d’appliquer les mêmes règles à nos maisons intelligentes, aux téléviseurs intelligents dans nos salons et nos chambres à coucher, à nos toilettes intelligentes et à nos voitures connectées à Internet ?

Un retour à la féodalité ?

La question de savoir qui contrôle la propriété a une longue histoire. Dans le système féodal de l’Europe médiévale, le roi possédait presque tout, et l’accès à la propriété des autres dépendait de leurs relations avec le roi. Les paysans vivaient sur des terres concédées par le roi à un seigneur local, et les ouvriers ne possédaient même pas toujours les outils qu’ils utilisaient pour l’agriculture ou d’autres métiers comme la menuiserie et la forge.

Au fil des siècles, les économies occidentales et les systèmes juridiques ont évolué jusqu’à notre système commercial moderne : les individus et les entreprises privées achètent et vendent souvent eux-mêmes des biens de plein droit, possèdent des terres, des outils et autres objets. Mis à part quelques règles gouvernementales fondamentales comme la protection de l’environnement et la santé publique, la propriété n’est soumise à aucune condition.

Ce système signifie qu’une société automobile ne peut pas m’empêcher de peindre ma voiture d’une teinte rose pétard ou de faire changer l’huile dans le garage automobile de mon choix. Je peux même essayer de modifier ou réparer ma voiture moi-même. Il en va de même pour ma télévision, mon matériel agricole et mon réfrigérateur.

Pourtant, l’expansion de l’Internet des objets semble nous ramener à cet ancien modèle féodal où les gens ne possédaient pas les objets qu’ils utilisaient tous les jours. Dans cette version du XXIe siècle, les entreprises utilisent le droit de la propriété intellectuelle — destiné à protéger les idées — pour contrôler les objets physiques dont les utilisateurs croient être propriétaires.

Mainmise sur la propriété intellectuelle

Mon téléphone est un Samsung Galaxy. Google contrôle le système d’exploitation ainsi que les applications Google Apps qui permettent à un smartphone Android de fonctionner correctement. Google en octroie une licence à Samsung, qui fait sa propre modification de l’interface Android et me concède le droit d’utiliser mon propre téléphone — ou du moins c’est l’argument que Google et Samsung font valoir. Samsung conclut des accords avec de nombreux fournisseurs de logiciels qui veulent prendre mes données pour leur propre usage.

Mais ce modèle est déficient, à mon avis. C’est notre droit de pouvoir réparer nos propres biens. C’est notre droit de pouvoir chasser les annonceurs qui envahissent nos appareils. Nous devons pouvoir fermer les canaux d’information détournés pour les profits des annonceurs, pas simplement parce que nous n’aimons pas être espionnés, mais aussi parce que ces portes dérobées constituent des failles de sécurité, comme le montrent les histoires de Superfish et de l’aquarium piraté. Si nous n’avons pas le droit de contrôler nos propres biens, nous ne les possédons pas vraiment. Nous ne sommes que des paysans numériques, utilisant les objets que nous avons achetés et payés au gré des caprices de notre seigneur numérique.

Même si les choses ont l’air sombres en ce moment, il y a de l’espoir. Ces problèmes deviennent rapidement des cauchemars en matière de relations publiques pour les entreprises concernées. Et il y a un appui bipartite important en faveur de projets de loi sur le droit à la réparation qui restaurent certains droits de propriété pour les consommateurs.

Ces dernières années, des progrès ont été réalisés dans la reconquête de la propriété des mains de magnats en puissance du numérique. Ce qui importe, c’est que nous identifiions et refusions ce que ces entreprises essaient de faire, que nous achetions en conséquence, que nous exercions vigoureusement notre droit d’utiliser, de réparer et de modifier nos objets intelligents et que nous appuyions les efforts visant à renforcer ces droits. L’idée de propriété est encore puissante dans notre imaginaire culturel, et elle ne mourra pas facilement. Cela nous fournit une opportunité. J’espère que nous saurons la saisir.

Framatube : aidez-nous à briser l’hégémonie de YouTube

Framablog - mer, 22/11/2017 - 03:55

Ceci est une révolution. OK : l’expression nous a été confisquée par un célèbre vendeur de pommes, mais dans ce cas, elle est franchement juste. Et si, ensemble, nous pouvions nous libérer de l’hégémonie de YouTube en innovant dans la manière dont on visionne et diffuse des vidéos ? Chez Framasoft, nous croyons que c’est possible… mais ça ne se fera pas sans vous.

YouTube est un ogre qui coûte cher

YouTube est avant tout un symbole. Celui de ces plateformes (Dailymotion, Vimeo, Facebook vidéos…) qui centralisent nos créations vidéos pour offrir nos données et notre temps de cerveau disponible aux multinationales qui se sont payé ces sites d’hébergement.

Il faut dire que capter nos vidéos et nos attentions coûte affreusement cher à ces ogres du web. Les fichiers vidéo pèsent lourd, il leur faut donc constamment financer l’ajout de disques durs dans leurs fermes de serveurs. Sans compter que, lorsque toutes ces vidéos sont centralisées et donc envoyées depuis les mêmes machines, il leur faut agrandir la taille et le débit du tuyau qui transporte ces flux de données, ce qui, encore une fois, se traduit en terme de pépètes, ou plutôt de méga-thunes.

Techniquement et financièrement, centraliser de la vidéo est probablement la méthode la moins pertinente, digne de l’époque des Minitels. Si, en revanche, votre but est de devenir l’unique chaîne de télé du Minitel 2.0 (donc d’un Internet gouverné par les plateformes)… Si votre but est d’avoir le pouvoir d’influencer les contenus et les habitudes du monde entier… Et si votre but de collecter de précieuses informations sur nos intérêts, nos créations et nos échanges… Alors là, cela devient carrément rentable !

Dans nos vies, YouTube s’est hissé au rang de Facebook : un mal nécessaire, un site que l’on adore détester, un service « dont j’aimerais bien me passer, mais… ». À tel point que, si seules des « Licornes » (des entreprises milliardaires) peuvent s’offrir le succès de telles plateformes, beaucoup d’autres tentent d’imiter leur fonctionnement, jusque dans le logiciel libre. Comme si nous ne ne pouvions même plus imaginer comment faire autrement…

Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez [le tyran], mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre.
Étienne de LA BOÉTIE, Discours de la servitude volontaire, 1574

Réapproprions-nous les moyens de diffusion

Nous aurions pu proposer un Framatube centralisant des vidéos libres et libristes sur nos serveurs, basé sur les logiciels libres Mediadrop, Mediagoblin ou Mediaspip, qui sont très efficaces lorsqu’il s’agit d’héberger sa vidéothèque perso. Mais, en cas de succès et donc face à un très grand nombre de vidéos et de vues, nous aurions dû en payer le prix fort : or (on a fait les calculs) nous sommes 350 000 fois plus pauvres que Google-Alphabet, à qui appartient YouTube. Nous ne voulons pas utiliser leurs méthodes, et ça tombe bien : nous n’en avons pas les moyens.

Le logiciel libre a, en revanche, la capacité de penser hors de ce Google-way-of-life. L’intérêt principal de Google, son capital, ce sont nos données. C’est précisément ce qui l’empêche de mettre en place des solutions différentes, innovantes. Une vraie innovation serait d’utiliser, par exemple, des techniques de diffusion presque aussi vieilles qu’Internet et qui ont fait leurs preuves : la fédération d’hébergements et le pair-à-pair, par exemple.

Avec les fédérations, l’union fait la force, et la force est avec nous !

La fédération, on connaît ça grâce aux emails (et nous en avons parlé en présentant l’alternative libre à Twitter qu’est Mastodon). Le fait que l’email de Camille soit hébergé par son entreprise et que la boite mail de Dominique lui soit fournie par son université ne les empêche pas de communiquer, bien au contraire !

Le visionnage en pair à pair, pour mieux répartir les flux dans le réseau
(promis : ce n’est pas sale.)

Le pair-à-pair, nous le connaissons avec eMule, les Torrents ou plus récemment Pop-corn Time : c’est quand l’ordinateur de chaque personne qui reçoit un fichier (par exemple la vidéo qui s’affiche dans un lecteur sur votre écran) l’envoie en même temps aux autres personnes. Cela permet, tout simplement, de répartir les flux d’information et de soulager le réseau.

Avec PeerTube, libérons-nous des chaînes de YouTube

PeerTube est un logiciel libre qui démocratise l’hébergement de vidéos en créant un réseau d’hébergeurs, dont les vidéos vues sont partagées en direct entre internautes, de pairs à pairs. Son développeur, Chocobozzz, y travaille bénévolement depuis deux ans, sur son temps libre.

Chez Framasoft, lors de la campagne Dégooglisons Internet, nous nous sommes souvent creusé la tête sur la meilleure façon de créer une alternative à YouTube qui libère à la fois les internautes, les vidéastes et les hébergeurs, sans pénaliser le confort de chacun. Lorsque nous avons eu vent de PeerTube, nous étions émerveillé·e·s : sa conception, bien qu’encore en cours de développement, laisse entrevoir un logiciel qui peut tout changer.

Nous aurons, à un moment donné, besoin de contributions sur le design de PeerTube.

Pour le spectateur, aller sur un des hébergements PeerTube lui permettra de voir et d’interagir avec les vidéos de cet hébergeur mais aussi de tous ses « hébergeurs amis » (principe de fédération). Un·e vidéaste aura la liberté de choisir entre plusieurs hébergements, chacun ayant ses centres d’intérêts, ses conditions générales, ses règles de modération voire de monétisation. Une hébergeuse (un jour prochain nous dirons peut-être une PeerTubeuse ?) quant à elle, n’aura pas besoin d’héberger les vidéos du monde entier afin d’attirer un large public, et ne craindra plus qu’une vidéo vue massivement ne fasse tomber son serveur.

Depuis octobre 2017, nous avons accueilli Chocobozzz au sein de notre équipe de salarié·e·s afin de financer son temps de travail sur le logiciel PeerTube, et donc d’accélérer son développement en l’accompagnant du mieux que nous pouvons. L’objectif ? Sortir une version bêta de PeerTube (utilisable publiquement) dès mars 2018, dans le cadre de notre campagne Contributopia.

Les premiers moyens de contribuer à PeerTube

Clairement, PeerTube ne sera pas (pas tout de suite) aussi beau, fonctionnel et fourni qu’un YouTube de 2017 (qui bénéficie depuis 10 ans des moyens de Google, une des entreprises les plus riches au monde). Mais les fonctionnalités, présentes ou prévues, mettent déjà l’eau à la bouche… et si vous voulez en savoir plus, vous pouvez déjà poser toutes vos questions sur PeerTube sur notre forum. Ces questions nous permettront de mieux cerner vos attentes sur un tel projet, et de publier prochainement une foire aux questions sur ce blog.

Une autre manière de contribuer dès maintenant sur ce projet, c’est avec votre argent, par un don à Framasoft, qui en plus est toujours défiscalisable à 66 % pour les contribuables français (ce qui fait qu’un don de 100 € revient, après impôts, à 34 €). Mine de rien, c’est un moyen pour vous de consacrer une petite partie de vos contributions publiques à ces biens communs que sont les logiciels libres, dont PeerTube est un exemple.

Ce n’est pas le logiciel qui est libre, c’est vous, c’est nous !

Car si le logiciel libre est diffusé gratuitement, il n’est pas gratuit : il est, en général, financé à la source. Là, nous vous proposons une expérience de financement participatif assez intéressante. Il ne s’agit pas de faire un crowdfunding en mode « Si vous payez suffisamment, alors on le fait. » Nous avons d’ores et déjà embauché Chocobozzz, et nous mènerons PeerTube au moins jusqu’à sa version bêta.

Sachant cela, et si vous croyez en ce projet aussi fort que nous y croyons : est-ce que vous allez participer à cet effort, qui est aussi un effort financier ?

L’état des dons au moment où nous publions cet article.

Soyons transparents : Framasoft ne vit que par vos dons, et il nous manque actuellement 90 000 € pour boucler notre budget pour 2018. Nous l’affichons sur le site présentant le projet PeerTube : sur cette somme, environ 30 000 € vont servir à couvrir les frais liés à l’avancement de PeerTube, 30 000 € à maintenir et améliorer les 32 services de Dégooglisons Internet et 30 000 € à réaliser les engagements de la première année de Contributopia.

Bien entendu, cela n’est pas aussi tranché : si nous n’atteignons pas cet objectif-là, nous devrons simplement revoir l’ensemble de nos activités à la baisse (et nous inquiéter sérieusement en 2018). Néanmoins, nous n’avons aucune envie d’être alarmistes car nous vous faisons confiance. Nous savons qu’il est possible de contribuer, ensemble, à réaliser les mondes et les projets de Contributopia.

 

Pour aller plus loin :

Revue de presse de l'April pour la semaine 46 de l'année 2017

APRIL - lun, 20/11/2017 - 14:50

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 46

[Factor Today] Richard Stallman and the Vanishing State of Privacy

Par la rédaction, le vendredi 17 novembre 2017. Extrait:
> (Nous sommes à présent sujets à un plus grand niveau de surveillance qu'à n'importe quel autre point dans l'histoire, et la plus grande part vient de la révolution numérique des dernières décennies) We are now subject to a greater level of surveillance than any point in history, and most of it is thanks to the digital revolution of the last few decades. Lucy Ingham hears from the legend Richard Stallman about how the digital transformation has dramatically eroded our privacy, and what it means for our lives
Lien vers l'article original: http://magazine.factor-tech.com/factor_winter_2017/richard_stallman_and_the_vanishing_state_of_privacy

Et aussi:
[Boursorama] Savez-vous préserver votre vie privée sur internet?

[Rue89Lyon] Eau, logiciels libres et monnaies locales: 5 choses à savoir sur les communs

Par Philippine Orefice, le vendredi 17 novembre 2017. Extrait:
> L’eau, les logiciels libres, les jardins partagés, les monnaies locales… autant de réalités qui sont aujourd’hui englobées dans l’appellation «communs». Pourtant, alors même qu’on les croise tous les jours, il est parfois difficile de comprendre leurs spécificités.
Lien vers l'article original: http://www.rue89lyon.fr/2017/11/17/logiciels-libres-monnaies-locales-5-choses-a-savoir-sur-les-communs

[estrepublicain.fr] Ville numérique: quelles économies?

Par Ghislain Utard, le mercredi 15 novembre 2017. Extrait:
> La Ville de Nancy a amorcé le virage du logiciel libre et multiplie les services en ligne. Pour quelles économies? Avec quels bénéfices pour le citoyen? Éléments de réponse avant la semaine de l’innovation publique.
Lien vers l'article original: http://www.estrepublicain.fr/edition-de-nancy-ville/2017/11/15/ville-numerique-quelles-economies

[ZDNet France] Linux domine totalement les supercalculateurs

Par la rédaction, le mercredi 15 novembre 2017. Extrait:
> C'est finalement arrivé. Aujourd'hui, les 500 supercalculateurs les plus importants du monde utilisent Linux.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/actualites/linux-domine-totalement-les-supercalculateurs-39859992.htm

[Libération] Surveillance: la première boîte noire est née

Par Pierre Alonso et Amaelle Guiton, le mardi 14 novembre 2017. Extrait:
> Le président de la Commission de contrôle des techniques de renseignement a révélé que cet algorithme utilisé par les services de renseignement est mis en œuvre depuis plus d'un mois.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/france/2017/11/14/surveillance-la-premiere-boite-noire-est-nee_1609993

Et aussi:
[Numerama] Loi Renseignement: les boîtes noires sont désormais actives
[Le Monde.fr] Justice: les enquêteurs pourront bientôt utiliser des logiciels espions

[La gazette.fr] Mounir Mahjoubi: «Le numérique doit libérer les agents de tâches inutiles»

Par Delphine Gerbeau et Romain Mazon, le lundi 13 novembre 2017. Extrait:
> L’administration innove-t-elle assez ? Comment peut-on parvenir à 100 % de procédures dématérialisées à court terme? A quelles conditions resteront-elles accessibles au plus grand nombre? Quels seront les impacts de cette transformation sur les services publics, et la fonction publique, de l’Etat comme territoriale? A quelques jours du lancement de la semaine de l’innovation publique, interview de Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au numérique
Lien vers l'article original: http://www.lagazettedescommunes.com/533016/mounir-mahjoubi-le-numerique-doit-liberer-les-agents-de-taches-inutiles

[Developpez.com] Qu'advient-il du code open source après le décès du développeur?

Par Olivier Famien, le lundi 13 novembre 2017. Extrait:
> Alors que l’on a assisté pendant longtemps à un combat entre les logiciels open source et les logiciels propriétaires, il faut reconnaître que depuis plusieurs années, ces deux mondes ne sont plus perçus comme opposés, mais plutôt complémentaires.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/172888/Qu-advient-il-du-code-open-source-apres-le-deces-du-developpeur-Quelles-solutions-adopter-pour-eviter-les-problemes-lies-a-l-abandon-du-code

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

FSFE Newsletter - November 2017

FSF Europe - dim, 19/11/2017 - 18:00
FSFE Newsletter - November 2017The FSFE presents modernised Fiduciary Licensing Agreement 2.0

The FSFE's Fiduciary License Agreement (FLA) was initially introduced in 2002, to address the challenge of managing rights and content within a Free Software project over long periods of time. The FLA is a well-balanced contributor agreement, which gives the trustee, responsible for managing the rights within a Free Software project, power and responsibility to make sure the contributed software always remains free and open. This way the project, together with all the respective contributors, is protected against any possible misuse of power by a new copyright holder.

However, the last review of the initial FLA was back in 2007 and we are happy to present an improved and modernised version - FLA-2.0. The biggest improvements are that the FLA-2.0 now also covers patents and enables more practical licensing options directed towards third parties – including referencing an external licensing policy. In addition, the new wording is much improved both in its compatibility with more jurisdictions as well as being easier for everybody to understand and apply.

For FLA-2.0, the FSFE joined forces with ContributorAgreements.org and integrated the FLA-2.0 into its Copyright Licensing Agreement (CLA) chooser/generator, in order to make the use of the FLA easier both for projects and for developers. As a side-effect, all CLA on ContributorAgreements.org have been updated as well, following some of the improvements from the FLA.

General Assembly 2017: new members, new roles and new directions

The members of the Free Software Foundation Europe held their General Assembly on October 15 in Edinburgh, Scotland. The annual meeting is held to discuss strategies for the upcoming year and to set the overall direction of the organisation. Amongst other things, the General Assembly prepared a route to some reforms of the organisational structure and adopted an overall Code of Conduct for the FSFE. Patrick Ohnewein was elected as the new Financial Officer, and six new members joined the association. You can read more details in the official minutes and a summary about the accepted proposals in the corresponding news-item.

Participants of the General Assembly 2017.

Help us grow and make a difference in 2017

What else have we done? Inside and Outside the FSFE The Free Software Foundation Europe released its next version of REUSE practices to make computers understand software copyrights and licenses. The REUSE page now also comes with an explanatory video as well as a set of developer tools and examples which show the REUSE practices in action. The FSFE's Vice President Heiki Lõhmus explains the background about decisions for future changes to FSFE membership and the removal of the Fellowship Representatives during the General Assembly 2017. As in previous editions of the Chaos Communication Camp, the FSFE will set up an assembly during 34C3 for all friends of Free Software and is running a call for participation until November 19. At the beginning of October, 32 European Ministers signed the Tallinn Declaration on eGovernment. The FSFE's policy analyst Polina Malaja writes about FSFE's input and the good process involved in this declaration. The FSFE's Executive Director Jonas Öberg blogs about the steps he took to make cURL REUSE compliant. André Ockers analyses the Dutch coalition agreement on the matter of software and misses any support of Free Software within. Tarin Gamberini evaluates that in the last semester, eight Italian Regions have reduced advertisement of proprietary PDF readers on their website, and that one region has increased its support for Free Software PDF readers. Hannes Hauswedell explains how to use FSFE's Gitea and/or Github to host comments in statically generated blogs and in a privacy-friendly way. The FSFE was present at the Open Source Summit 2017 in Prague, Czech Republic. The FSFE's president Matthias Kirschner gave a talk about "Limux: The Loss of a Lighthouse", and Polina Malaja about "DSM, EIF, RED: Acronyms on the EU Level and Why They Matter for Software Freedom". Jonas Öberg was at the Open Source Strategy Forum in New York to present updates to FSFEs' REUSE practices. The FSFE's country coordinator Germany Björn Schiessle gave a talk about how to avoid digital dependencies at the Fellbacher Weltwochen. The FSFE's country coordinator Italy, Natale Vinto, gave a talk about Public Money? Public Code! at Linux Day Milano to celebrate Linux Day, a national manifestation to discuss about Linux and free software. Do not miss it! Upcoming events with the FSFE

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Le chemin vers une informatique éthique

Framablog - ven, 17/11/2017 - 01:17

Le logiciel « open source » a gagné, tant mieux, c’est un préalable pour une informatique éthique, explique Daniel Pascot, qui a tout au long d’une carrière bien remplie associé enseignement et pratique de l’informatique, y compris en créant une entreprise.

Du côté de nos cousins d’Outre-Atlantique, on lui doit notamment d’avoir présidé aux destinées de l’association libriste FACIL (c’est un peu l’April du Québec) et milité activement pour la promotion de solutions libres jusqu’aux instances gouvernementales.

On peut se réjouir de l’ubiquité du logiciel libre mais les fameuses quatre libertés du logiciel libre (merci Mr Stallman) ne semblent en réalité concerner que les créateurs de logiciels. Les utilisateurs, peu réceptifs au potentiel ouvert par les licences libres, sont intéressés essentiellement par l’usage libre des logiciels et les services proposés par des entreprises intermédiaires. Hic jacet lupus… Quand ces services échappent à la portée des licences libres, comment garantir qu’ils sont éthiques ? La réflexion qu’entame Daniel Pascot à la lumière d’exemples concrets porte de façon très intéressante sur les conditions d’un contrat équilibré entre utilisateurs et fournisseurs de services. Les propositions de charte qu’il élabore ressemblent d’ailleurs plutôt à une liste des droits des utilisateurs et utilisatrices ;-)

Chez Framasoft, nous trouvons que ce sont là des réflexions et propositions fort bien venues pour le mouvement de CHATONS qui justement vous proposent des services divers en s’engageant par une charte.

Comme toujours sur le Framablog, les commentaires sont ouverts…


Le logiciel « open source » a gagné, oui mais…

Photo Yann Doublet

Les « libristes »1 se rendent progressivement compte que bien des combats qu’ils ont livrés étaient une cause perdue d’avance car ils sous-estimaient les conséquences de la complexité des logiciels. Quels que soient les bienfaits des logiciels libres, les utiliser exige une compétence et un entretien continu qui ne sont pas envisageables pour la grande majorité des individus ou organisations2.

Richard Stallman a fait prendre conscience de la nécessité de contrôler les programmes pour garantir notre liberté. La dimension éthique était importante : il parlait du bon et du mauvais logiciel. L’importance de ce contrôle a été mise en évidence par Lawrence Lessig avec son « Code is law »3. La nature immatérielle et non rivale du logiciel faisait que les libristes le considéraient naturellement comme un bien commun. Il leur semblait évident qu’il devait être partagé. Comme on vivait alors dans un monde où les ordinateurs étaient autonomes, la licence GPL avec ses libertés offrait un socle satisfaisant sur lequel les libristes s’appuyaient.

J’ai depuis plus de 20 ans enseigné et milité pour le logiciel libre que j’utilise quotidiennement. Comme tout bon libriste convaincu, j’ai présenté les quatre libertés de la GPL, et je reconnais que je n’ai pas convaincu grand monde avec ce discours. Qu’il faille garder contrôle sur le logiciel, parfait ! Les gens comprennent, mais la solution GPL ne les concerne pas parce que ce n’est absolument pas dans leur intention d’installer, étudier, modifier ou distribuer du logiciel. Relisez les licences et vous conviendrez qu’elles sont rédigées du point de vue des producteurs de logiciels plus que des utilisateurs qui n’envisagent pas d’en produire eux-mêmes.

Mais un objet technique et complexe, c’est naturellement l’affaire des professionnels et de l’industrie. Pour eux, la morale ou l’éthique n’est pas une préoccupation première, ce sont des techniciens et des marchands qui font marcher l’économie dans leur intérêt. Par contre, la liberté du partage du code pour des raisons d’efficacité (qualité et coût) les concerne. Ils se sont alors débarrassés de la dimension éthique en créant le modèle open source4. Et ça a marché rondement au point que ce modèle a gagné la bataille du logiciel. Les cinq plus grandes entreprises au monde selon leurs capitalisations boursières, les GAFAM, reposent sur ce modèle. Microsoft n’est plus le démon privatif à abattre, mais est devenu un acteur du libre. Enlevez le code libre et plus de Web, plus de courrier électronique, plus de réseaux sociaux comme Facebook, plus de service Google ou Amazon, ou de téléphone Apple ou Android. Conclusion : le logiciel libre a gagné face au logiciel propriétaire, c’est une question de temps pour que la question ne se pose plus.

Oui, mais voilà, c’est du logiciel libre débarrassé de toute évidence de sa dimension éthique, ce qui fait que du point de vue de l’utilisateur qui dépend d’un prestataire, le logiciel libre n’apporte rien. En effet, les prestataires de services, comme les réseaux sociaux ou les plates-formes de diffusion, ne distribuent pas de logiciel, ils en utilisent et donc échappent tout à fait légalement aux contraintes éthiques associées aux licences libres. Ce qui importe aux utilisateurs ce ne sont pas les logiciels en tant qu’objets, mais le service qu’ils rendent qui, lui, n’est pas couvert par les licences de logiciel libre. Circonstance aggravante, la gratuité apparente de bien des services de logiciel anesthésie leurs utilisateurs face aux conséquences de leur perte de liberté et de l’appropriation de leurs données et comportements (méta données) souvent à leur insu5.

Pourtant, aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous passer de logiciel, tout comme nous ne pouvons pas nous passer de manger. Le logiciel libre c’est un peu comme le « bio » : de plus en plus de personnes veulent manger bio, tout simplement parce que c’est bon pour soi (ne pas s’empoisonner), bon pour la planète (la préserver de certaines pollutions) ou aussi parce que cela permet d’évoluer vers une économie plus humaine à laquelle on aspire (économie de proximité). Le « bio » est récent, mais en pleine expansion, il y a de plus en plus de producteurs, de marchands, et nos gouvernements s’en préoccupent par des lois, des règlements, des certifications ou la fiscalité. Ainsi le « bio » ce n’est pas seulement un produit, mais un écosystème complexe qui repose sur des valeurs : si le bio s’était limité à des « écolos » pour auto-consommation, on n’en parlerait pas. Eh bien le logiciel c’est comme le bio, ce n’est pas seulement un produit mais aussi un écosystème complexe qui concerne chacun de nous et la société avec tous ses acteurs.

Dans l’écosystème logiciel, les éditeurs et les prestataires de service qui produisent et opèrent le logiciel, ont compris que le logiciel libre (au sens open source) est bon pour eux et s’en servent, car ils le contrôlent. Par contre il n’en va pas de même pour ceux qui ne contrôlent pas directement le logiciel. La licence du logiciel ne suffit pas à leur donner contrôle. Mais alors que faire pour s’assurer que le service rendu par le logiciel via un prestataire soit bon pour nous, les divers utilisateurs dans cet écosystème numérique complexe ?

Je vais ici commenter la dimension éthique de deux projets de nature informatique qui s’appuient sur du logiciel libre sur lesquels je travaille actuellement en tentant d’intégrer ma réflexion de militant, d’universitaire et de praticien. PIAFS concerne les individus et donc le respect de nos vies privées pour des données sensibles, celles de notre santé dans un contexte de partage limité, la famille. REA vise à garantir à une organisation le contrôle de son informatisation dans le cadre d’une relation contractuelle de nature coopérative.

Deux cas qui ont alimenté ma réflexion PIAFS : Partage des Informations Avec la Famille en Santé

PIAFS est projet qui répond à un besoin non satisfait : un serveur privé pour partager des données de santé au sein d’une unité familiale à des fins d’entr’aide (http://piafs.org/). Cette idée, dans un premier temps, a débouché sur un projet de recherche universitaire pour en valider et préciser la nature. Pour cela il nous fallait un prototype.

Au-delà de la satisfaction d’un besoin réel, je cherchais en tant que libriste comment promouvoir le logiciel libre. Je constatais que mes proches n’étaient pas prêts à renoncer à leurs réseaux sociaux même si je leur en montrais les conséquences. Il fallait éviter une première grande difficulté : changer leurs habitudes. J’avais là une opportunité : mes proches, comme beaucoup de monde, n’avaient pas encore osé organiser leurs données de santé dans leur réseau social.

Si ce projet avait dès le départ une dimension éthique, il n’était pas question de confier ces données sensibles à un réseau social. J’étais dès le départ confronté à une dimension pratique au-delà de la disponibilité du logiciel. De plus, pour les utilisateurs de PIAFS, l’auto-hébergement n’est pas une solution envisageable. Il fallait recourir à un fournisseur car un tel service doit être assuré d’une manière responsable et pérenne. Même si l’on s’appuyait sur des coopératives de santé pour explorer le concept, il est rapidement apparu qu’il fallait recourir à un service professionnel classique dont il faut alors assumer les coûts6. Il fallait transposer les garanties apportées par le logiciel libre au fournisseur de service : l’idée de charte que l’on voyait émerger depuis quelques années semblait la bonne approche pour garantir une informatique éthique, et en même temps leur faire comprendre qu’ils devaient eux-mêmes assurer les coûts du service.

REA : Pour donner au client le contrôle de son informatisation

J’ai enseigné la conception des systèmes d’information dans l’université pendant près de 40 ans (à Aix-en-Provence puis à Québec), et eu l’occasion de travailler dans des dizaines de projets. J’ai eu connaissance de nombreux dérapages de coût ou de calendrier et j’ai étudié la plupart des méthodologies qui tentent d’y remédier. J’ai aussi appris qu’une des stratégies commerciales de l’industrie informatique (ils ne sont pas les seuls !) est la création de situations de rente pas toujours à l’avantage du client. Dans tout cela je n’ai pas rencontré grande préoccupation éthique.

J’ai eu, dès le début de ma carrière de professeur en systèmes d’information (1971), la chance d’assister, sinon participer, à la formalisation de la vision de Jean-Louis Le Moigne7 : un système d’information consiste à capturer, organiser et conserver puis distribuer et parfois traiter les informations créées par l’organisation. Cette vision s’opposait aux méthodologies naissantes de l’analyse structurée issues de la programmation structurée. Elle établissait que l’activité de programmation devait être précédée par une compréhension du fonctionnement de l’organisation à partir de ses processus. L’approche qui consiste à choisir une « solution informatique » sans vraiment repenser le problème est encore largement dominante. J’ai ainsi été conduit à développer, enseigner et pratiquer une approche dite à partir des données qui s’appuie sur la réalisation précoce de prototypes fonctionnels afin de limiter les dérapages coûteux (je l’appelle maintenant REA pour Référentiel d’Entreprise Actif, le code de REA est bien sûr libre).

Mon but est, dans ma perspective libriste, de redonner le contrôle au client dans la relation client-fournisseur de services d’intégration. Si ce contrôle leur échappe trop souvent du fait de leur incompétence technique, il n’en reste pas moins que ce sont eux qui subissent les conséquences des systèmes informatiques « mal foutus ». Là encore le logiciel libre ne suffit pas à garantir le respect du client et le besoin d’une charte pour une informatique éthique s’impose8 .

Photo EOI (CC-BY-SA 2.0)

Vers une charte de l’informatique libre, c’est-à-dire bonne pour l’écosystème numérique

Dans les deux cas, si l’on a les ressources et la compétence pour se débrouiller seul, les licences libres comme la GPL ou une licence Creative Commons pour la méthodologie garantissent une informatique éthique (respect de l’utilisateur, contribution à un bien commun). S’il faut recourir à un hébergeur ou un intégrateur, les garanties dépendent de l’entente contractuelle entre le client-utilisateur et le fournisseur.

Il y a une différence fondamentale entre le logiciel et le service. Le logiciel est non rival, il ne s’épuise pas à l’usage, car il peut être reproduit sans perte pour l’original, alors que le service rendu est à consommation unique. Le logiciel relève de l’abondance alors que le service relève de la rareté qui est le fondement de l’économie qui nous domine, c’est la rareté qui fait le prix. Le logiciel peut être mis en commun et partagé alors que le service ne le peut pas. L’économie d’échelle n’enlève pas le caractère rival du service. Et c’est là que la réalité nous rattrape : la mise en commun du logiciel est bonne pour nous tous, mais cela n’a pas de sens pour le service car aucun fournisseur ne rendra ce service gratuitement hormis le pur bénévolat.

Des propositions balisant un comportement éthique existent, en voici quelques exemples :

  • dans Le Manifeste pour le développement Agile de logiciels, des informaticiens ont proposé une démarche dite agile qui repose sur 4 valeurs et 12 principes. Sans être explicitement une charte éthique, la démarche est clairement définie dans l’optique du respect du client. Ce manifeste est utile dans le cas REA ;
  • la charte du collectif du mouvement CHATONS concerne les individus, elle est pensée dans un contexte d’économie sociale et solidaire, elle est inspirante pour le cas PIAFS ;
  • la charte de Framasoft définit un internet éthique, elle est inspirante pour le cas PIAFS mais aussi pour la définition d’un cadre global ;
  • dernièrement sous forme de lettre ouverte, un collectif issu du Techfestival de Copenhague propose une pratique éthique, utile pour les deux cas et qui permet de réfléchir au cadre global.

Les libristes, mais dieu merci ils ne sont pas les seuls, ont une bonne idée des valeurs qui président à une informatique éthique, bonne pour eux, à laquelle ils aspirent lorsqu’ils utilisent les services d’un fournisseur. Les exigences éthiques ne sont cependant pas les mêmes dans les deux cas car l’un concerne un service qui n’inclut pas de développement informatique spécifique et l’autre implique une activité de développement significative (dans le tableau ci-dessous seuls des critères concernant l’éthique sont proposés) :

Critères pour le client Dans le cas de PIAFS Dans le cas d’un projet REA Respect de leur propriété Les données qu’ils produisent leur appartiennent, ce n’est pas négociable Tout document produit (analyse, …) est propriété du client Respect de leur identité Essentiel Le client doit contrôler la feuille de route, ce sont ses besoins que l’on doit satisfaire par ceux du fournisseur Respect de leur indépendance vis à vis du fournisseur Important, préside au choix des logiciels et des formats Critique : mais difficile à satisfaire. Proximité du service : favoriser l’économie locale et protection contre les monopoles Important Important Pérennité du service Important, mais peut être tempéré par la facilité du changement Essentiel : le changement est difficile et coûteux, mais la « prise en otage » est pire Payer le juste prix Important Important Partage équitable des risques Risque faible Essentiel car le risque est élevé Mise en réseau Essentiel : la connexion « sociale » est impérative mais dans le respect des autres valeurs Plus aucune organisation vit en autarcie Contribution (concerne le fournisseur) Non discutable, obligatoire Important mais aménageable Entente sur le logiciel

Le client, individu ou organisation, doit avoir l’assurance que les logiciels utilisés par le fournisseur de services font bien et seulement ce qu’ils doivent faire. Comme il n’a pas la connaissance requise pour cette expertise, il doit faire confiance au fournisseur. Or, parce que celui-ci n’offre pas toute la garantie requise (volonté et capacité de sa part), il faut, dans cette situation, recourir à un tiers de confiance. Cette expertise externe par un tiers de confiance est très problématique. Il faut d’une part que le fournisseur donne accès aux logiciels et d’autre part trouver un expert externe qui accepte d’étudier les logiciels, autrement dit résoudre la quadrature du cercle !

Le logiciel libre permet de la résoudre. Il est accessible puisqu’il est public, il est produit par une communauté qui a les qualités requises pour jouer ce rôle de tiers de confiance. Ainsi, pour une informatique éthique :

  • tout logiciel utilisé par le fournisseur doit être public, couvert par une licence libre, ce qui le conduit à ne pas redévelopper un code existant ou le moins possible,
  • s’il est amené à produire du nouveau code,
    • le fournisseur doit le rendre libre. C’est à l’avantage de la société mais aussi du client dans un contexte de partage et de protection contre les situations de rente qui le tiennent en otage,
    • ou du moins le rendre accessible au client,
  • garantir que seul le code montré est utilisé,
  • utiliser des formats de données et documents libres.

L’éthique est complexe, il est difficile sinon impossible d’anticiper tous les cas. L’exigence de logiciel libre peut être adaptée à des situations particulières, par exemple si le prestataire est engagé pour un logiciel que le client ne désire pas partager il en prend alors la responsabilité, ou si la nécessité de poursuivre l’utilisation de logiciels non libres est non contournable temporairement.

Entente sur le bien ou service

Le critère du coût est propre au service. Dans une approche éthique le juste coût n’est pas la résultante du jeu de l’offre et de la demande, ni d’un jeu de négociation basé sur des secrets, et encore moins le résultat d’une rente de situation. Il s’agit pour le fournisseur de couvrir ses coûts et de rentabiliser son investissement (matériel, formation…). Une approche éthique impose  de la transparence, le client  :

  • doit savoir ce qu’il paye,
  • doit avoir la garantie que le contrat couvre tous les frais pour l’ensemble du service (pas de surprise à venir),
  • doit être capable d’estimer la valeur de ce qu’il paye,
  • doit connaître les coûts de retrait du service et en estimer les conséquences.

Le partage équitable du risque concerne essentiellement les projets d’informatisation avec un intégrateur. Il est rare que l’on puisse estimer correctement l’ampleur d’un projet avant de l’avoir au moins partiellement réalisé. Une part du risque provient de l’organisation et de son environnement, une autre part du risque provient des capacités du fournisseur et de ses outils. Ceci a un impact sur le découpage du projet, chaque étape permet d’estimer les suivantes :

  • tout travail réalisé par le fournisseur contributif au projet :
    • doit être payé,
    • appartient au client,
    • doit pouvoir être utilisé indépendamment du fournisseur.
  • le travail dont le volume est dépendant du client est facturé au temps,
  • le travail sous le contrôle du fournisseur doit si possible être facturé sur une base forfaitaire,
  • le client est maître de la feuille de route,
  • tout travail entamé par le fournisseur doit être compris et accepté par le client,
  • la relation entre le client et le fournisseur est de nature collaborative, le client participe au projet qui évolue au cours de la réalisation à la différence d’une relation contractuelle dans laquelle le client commande puis le fournisseur livre ce qui est commandé.
Conclusion : l’informatique éthique est possible

Pour tous les utilisateurs de l’informatique, c’est à dire pratiquement tout le monde et toutes les organisations de notre société numérique, il est aussi difficile de nier l’intérêt d’une informatique éthique que de rejeter le « bio », mais encore faut-il en être conscient. Le débat au sein des producteurs de logiciels reste difficile à comprendre. Ce qui est bon pour un libriste c’est un logiciel qui avant tout le respecte, alors que pour les autres informaticiens, c’est à dire la grande majorité, c’est un logiciel qui ne bogue pas. Fait aggravant : la vérité des coûts nous est cachée. Cependant au-delà de cette différence philosophique, l’intérêt du logiciel partagé est tel qu’un immense patrimoine de logiciel libre ou open source est disponible. Ce patrimoine est le socle sur lequel une informatique éthique est possible. Les deux cas présentés nous montent que les conditions existent dès maintenant.

Une informatique éthique est possible, mais elle ne sera que si nous l’exigeons. Les géants du Net sont de véritables états souverains devant lesquels même nos états baissent pavillon. La route est longue, chaotique et pleine de surprises, comme elle l’a été depuis la naissance de l’ordinateur, mais un fait est acquis, elle doit reposer sur le logiciel libre.

Le chemin se fait en marchant, comme l’écrivait le poète Antonio Machado, et c’est à nous libristes de nous donner la main et de la tendre aux autres. Ce ne sera pas facile car il faudra mettre la main à la poche et la bataille est politique. Il nous faut exiger, inspirés par le mouvement « bio », un label informatique éthique et pourquoi pas un forum mondial de l’écosystème numérique. La piste est tracée (à l’instar de la Quadrature du Net), à nous de l’emprunter.

Notes
  1. J’ai utilisé ce mot de libriste pour rendre compte de la dimension militante et à certains égards repliée sur elle-même, qu’on leur reproche souvent à raison.
  2. Voir sur ce point le blog NullPointerException, « Que faut-il pour XXX ? Du logiciel libre ! Non, une gouvernance éthique », 21/02/2017.
  3. Dans un article paru en 2000, Lawrence Lessig -auquel on doit les licences Creative Commons- a clairement mis en lumière que l’usage d’internet (et donc des logiciels) nous contraint, tout comme nous sommes contraint par les lois. Il nous y a alerté sur les conséquences relatives à notre vie privée. Voir la traduction française sur Framablog « Le code fait loi – De la liberté dans le cyberespace » (publié le 22/05/2010),
  4. Dans l’optique open source, un bon logiciel est un logiciel qui n’a pas de bogue. Dans l’optique logiciel libre, un bon logiciel est un logiciel éthique qui respecte son utilisateur et contribue au patrimoine commun. Dans les deux cas il est question d’accès au code source mais pour des raisons différentes, ce qui au plan des licences peut sembler des nuances : « Né en 1998 d’une scission de la communauté du logiciel libre (communauté d’utilisateurs et de développeurs) afin de conduire une politique jugée plus adaptée aux réalités économiques et techniques, le mouvement open source défend la liberté d’accéder aux sources des programmes qu’ils utilisent, afin d’aboutir à une économie du logiciel dépendant de la seule vente de prestations et non plus de celle de licences d’utilisation  ». Voir la page Wikipédia, « Open Source Initiative ».
  5. Voir par exemple Tristan Nitot, « Surveillance:// Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir », C&F éditions, 2016. L’interview de T. Nitot sur le Framablog. Le site « Social Cooling » (« Les données conduisent au refroidissement social »).
  6. La question de recourir à une organisation de l’économie sociale et solidaire s’est posée et ce n’est pas exclu.Cela n’a pas été retenu pour des raisons pratiques et aussi parce que la démarche visait à promouvoir une informatique éthique de la part des fournisseurs traditionnels locaux.
  7. Avant d’être connu comme un constructiviste Jean-Louis Le Moigne, alors professeur à l’IAE d’Aix-en-Provence, créait un enseignement de systèmes d’information organisationnels et lançait avec Huber Tardieu la recherche qui a conduit à la méthode Merise à laquelle j’ai participé car j’étais alors assistant dans sa petite équipe universitaire et il a été mon directeur de doctorat.
  8. Cela se dégage par exemple de la thèse de Balla Diop que j’ai dirigée. Il a comparé des implantations de ERP libres et propriétaires : du point de vue du client hormis les coûts il y a peu de différence. Voir Balla Diop, L’effet de la stratégie logicielle (ERP open source vs ERP commercial) sur le développement du capital humain des PME, Thèse de doctorat dirigée par D. Pascot, Université Laval, 2015.

Welcome supporters (and goodbye smartcard)

FSF Europe - mer, 15/11/2017 - 18:00
Welcome supporters (and goodbye smartcard)

Earlier this year, after a public consultation, we took the decision to change the name of our supporter program, the Fellowship of the FSFE, and talk about our supporters by their true name: Supporters. This is an exciting change for us, as it brings our Supporters much closer to the organisation, by making them an integral part of the FSFE. Today, with the change almost complete, we're also taking the opportunity to say goodbye to the Fellowship Smartcard, which has been a part of FSFE life for more than ten years.

These changes do not come easy for us. They have been a part of the FSFE for as long as many of us, and many of us have at times identified as being part of the Fellowship. But what's become apparent is in creating the Fellowship, we also introduced an artificial divide between the FSFE and its supporter program.

In order to have a closer connection to the FSFE, anyone who has felt part of the Fellowship should, and will, be encouraged to think of themselves as a part of the FSFE. Rather than talking about Fellowship Groups, meeting locally to discuss Free Software, we're now talking about FSFE groups. Instead of being a Fellow of the Fellowship program of the FSFE, you will be a Supporter of the FSFE.

A photo of the brand new FSFE supporter patch which all new (and old!) supporters will receive, as an exclusive gift for supporters.

This connection between our supporters, volunteers, and the FSFE is important to us: as a volunteer organisation, anyone who participates in our work, regardless of whether they support us financially or through volunteer contributions, should feel a part of the FSFE. You can choose to do either, or both.

By changing the name we also make clear that a Supporter is someone who contributes to the FSFE, not someone who gets funded by the FSFE (as some have thought it to mean to be a Fellow).

At the same time as we're completing this change, we're also decomissioning our old Fellowship SmartCard, an OpenPGP SmartCard which all our Fellows have traditionally received as a thank you for joining. As we say goodbye to the Fellowship, we also say goodbye to the SmartCard, but for different reasons.

We love the SmartCard, and many of us still use it. But the number of of supporters who actually use it is small. The fact it requires a SmartCard reader, which most people do not have in their computers, further limits its use, especially amongst the non-technical supporters who increasingly join us. Most of the questions we receive about the SmartCard are also about how to use it. Which we would love to help with, but the FSFE is not setup to handle support inquiries related to OpenPGP smartcards.

Since the FSFE is not the only provider of these SmartCards, we've decided to stop offering them to new Supporters. These days, you can get similar SmartCards and other crypto devices from other vendors for those of our Supporters who still want to get a hand on one. Without the SmartCard, the FSFE can focus its ressources better at what is at the core of our mission: Promoting Free Software. It's also a way for us to be more welcoming towards new Supporters: you don't need deep technical skills to become a Supporter.

So with this, it's time for us to say; Goodbye Fellows! Welcome Supporters!

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Reprendre sa vie numérique (et ses données) en main - Tristan Nitot

APRIL - mer, 15/11/2017 - 08:27


Titre : Reprendre sa vie numérique (et ses données) en main
Intervenant : Tristan Nitot
Lieu : Web2day 2016 - Nantes
Date : juin 2016
Durée : 22 min
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Bonjour, bonjour ! Tristan Nitot. Je vous donne dix secondes pour vous asseoir, parce que j’ai une mauvaise nouvelle : j’ai 20 minutes et 54 slides. Donc j’espère que le représentant du Guinness book of records est dans la salle parce que c’est maintenant que ça se passe ! Voilà.

Donc Tristan Nitot. Je suis Chief Product Officer d’une start-up qui s’appelle Cozy Cloud1. Je suis aussi membre du comité de prospective de la CNIL ; un ancien du Conseil national du numérique. J’étais même venu il y a deux ans dans cette même salle, sur cette même scène, avec mes collègues, et j’ai écrit un livre sur les données, la surveillance de masse et la vie privée à l’ère du numérique [Surveillance:// ].

Il faut vraiment que j’aille vite donc accrochez-vous !

Je vais vous parler de données numériques évidemment, de vie privée, et je tiens d’abord à dire qu’ici, sûrement, la plupart d’entre nous utilisons trois ordinateurs. Alors évidemment vous pensez à un PC ou à un Mac, c’est un peu pareil. Vous avez un smartphone qui est un ordinateur. Qui n’a pas de smartphone dans la salle ? Levez la main ! OK ! Donc c’est vite fait, personne. Si ? Non ? Même pas ! Donc tout le monde en a un.

Et on a un troisième ordinateur, alors lui on ne le voit pas, c’est le cloud, c’est cet ordinateur qui est dans les nuages. Et je suis ravi. Moi ça fait 36 ans que je fais de l’informatique. J’ai commencé quand j’étais tout gamin, en 1980, où j’ai écrit mon premier logiciel à 14 ans. Et depuis j’ai toujours trouvé ça absolument formidable, toutes ces évolutions, j’ai trouvé le Minitel formidable quand c’est arrivé — oui je sais, ça fait rire avec le recul ; je trouve le Web formidable et c’est pour ça que j’ai passé 17 ans sur le projet Mozilla qui a donné Firefox2 que certains d’entre vous utilisent peut-être. Et je suis vraiment un fan d’informatique, mais je pense qu’il y a un moment il va falloir qu’on décrypte un peu le bullshit ambiant. Et c’est pour ça que je voudrais, dans un premier temps sur cette présentation, juste revenir en arrière sur des sujets qu’on a peut-être oubliés, emballés par notre enthousiasme, emballés par cette envie d’aimer la technologie et de découvrir ses possibilités. Il y a un moment il faut quand même prendre un petit peu de recul et commencer à réaliser que dans un certain nombre de conférences, de prises de position marketing, certains se sont quand même bien foutus de notre gueule !

Déjà, première vérité : le nuage ça n’existe pas ; c’est l’ordinateur de quelqu’un d’autre. Je crois que c’est super important de le dire. On dit : « Ouais, c’est dans le cloud ! » Non ! c’est dans l’ordinateur de quelqu’un d’autre ! Et ce quelqu’un d’autre, justement, il possède cet ordinateur, ça fait qu’on laisse nos données dans le cloud, donc on met nos données sur l’ordinateur de quelqu’un d’autre et puis, évidemment, on ne peut pas contrôler le logiciel puisqu’on n’a pas accès à cet ordinateur de quelqu’un d’autre, on peut juste s’en servir et, du coup, on n’a pas le contrôle de ce qui est fait de nos données.

Donc le côté nuage sympathique, etc., c’est juste pour cacher le fait qu’on n’a plus le contrôle de l’informatique qu’on utilise.

Il y a quelque chose ensuite, deuxième vérité, qui est : les données sont le pétrole du XXIe siècle. Oui, ça c’est vrai, et surtout dans des conférences comme Web2day, on le sait quoi que les données c’est le pétrole du XXIe siècle. Ce qu’on dit peut-être un peu moins c’est que des sociétés viennent pomper ce pétrole jusque dans nos poches. Vous voyez, là sur la droite, c’est une copie d’écran de mon smartphone sous Android en train d’installer l’application Facebook. Et là, il me propose de pomper en gros tout ! Tout ! Mon identité, mon agenda, il va pomper tous mes rendez-vous, il va pomper tous mes contacts, il les envoie ensuite à Facebook ; ma position GPS ; mes textos il les lit ; il contrôle mes appels et il va aussi pomper toutes mes photos, mes contenus multimédias, mes fichiers. Voilà. Et en bas il y a un bouton vert « acceptez ». Eh bien non, non ! Je n’accepte pas ! D’ailleurs je ne l’ai pas installée cette application Facebook sur mon smartphone, parce qu’il y a un moment c’est juste… C’est juste scandaleux qu’on pompe toutes mes données comme ça. Je n’ai pas pu ; franchement je n’ai pas pu accepter ! Alors on va dire « ouais Nitot il n’aime pas Facebook et tout ». C’est vrai, mais il n’y a pas que Facebook, il y a Google aussi.

Vous voyez, ça c’est Google Location History. Vous vous connectez sur votre compte Google et si vous cherchez bien vous trouvez ça. Ça, ce sont mes itinéraires à Paris le 2 décembre 2014. Donc j’habite, attendez que j’arrive, moi j’habite par là, enfin j’habitais par là, j’ai déménagé depuis. Je me suis promené, j’avais un premier rendez-vous ici. Ensuite j’ai pris le métro là et donc ça fait une grande ligne droite ; ensuite j’ai un autre rendez-vous ici. Ensuite je suis allé à mon bureau qui était là à l’époque où je travaillais chez Mozilla. Et même si on zoome on voit le nombre de fois où je suis allé dans les toilettes dans la journée puisque je n’étais pas repéré par la même borne GSM. Et ensuite, j’ai repris le métro et je suis rentré chez moi le soir.

Google a toutes ces informations et si vous cherchez bien, il vous montre qu’il les a. Et ça, ça pose aussi un problème. C’est un problème parce qu’en fait on donne toutes nos données en échange d’un service qui vaut très peu cher. Si vous regardez la comptabilité, j’ai fait le calcul sur l'année 2014, rapportées au nombre d’utilisateurs, la Recherche et développement et l’exploitation du service Facebook coûte moins de six dollars par an et par utilisateur. Autrement dit, on donne toutes nos données personnelles en échange d’un service qui est le prix de trois ou quatre cafés dans un bar nantais. Il y a vraiment une arnaque là-dessus, parce qu’on n’a pas conscience de cet état de fait.

Si vous permettez, je vais faire une métaphore agricole. Donc ce sont des cochons et parmi ces cochons il y en a deux qui discutent ensemble. Il y en a un qui dit à l’autre :

« Tu sais je suis super content d’être ici.
— Ah bon ?
— Ah ouais ! Mais regarde, la bouf est gratuite. La bouf est gratuite, c’est génial, open bar ! »
Et l’autre lui répond : « Ouais ! Et en plus on est logés gratuitement et ça c’est cool ! »

C’est cool, sauf que les clients, ce sont ceux qui mangent le saucisson. Les cochons ne sont pas les clients du fermier ; je crois que c’est très important de le dire et donc nous, on est des cochons du numérique parce qu’on pense qu’on est des clients de Facebook et de Google et la réponse est non. Non, nous ne sommes pas les clients de Google et de Facebook. Les vrais clients ce sont ceux qui payent et ceux qui payent ce sont ceux qui vont utiliser nos données, c’est-à-dire des annonceurs publicitaires, des traders de données, etc.

Donc ne soyons pas des cochons qui pensons être les clients du fermier !

Il y a une autre chose qu’on a peut-être un petit peu oubliée c’est que déjà en 1999, une personne très intéressante qui s’appelle Lawrence Lessig — Lawrence était il y a encore quelque temps candidat aux présidentielles américaines, c’est un juriste de très haut vol — et il expliquait que si au 19e et au 20e siècles ceux qui régulaient la société c’étaient des juristes qui faisaient des lois, eh bien aujourd’hui, au 21e siècle, ceux qui font la loi ce sont ceux qui font le code. Et s’il y a des informaticiens dans la salle, comme moi, sachons qu’on a une responsabilité vis-à-vis de la société sur le type de code qui est écrit parce que c’est nous qui décidons de ce que l’ordinateur peut faire. Et l’ordinateur étant tellement présent dans nos vies, dans nos poches, partout, eh bien c’est nous qui décidons ce que les gens peuvent faire ou ne pas faire.

Il y a aussi un type très intéressant, Edward Snowden qui, il y a tout juste trois ans, révélait des informations extrêmement importantes sur la NSA. Edward Snowden, pour ceux qui habitent sous un caillou depuis ces trois dernières années, c’est donc un lanceur d’alerte, qui travaillait pour la NSA, qui est parti avec les poches bourrées de clefs USB sur lesquelles il y a avait à peu près tous les slides Powerpoint de la NSA, donc les services d’espionnage américains. Il y a des dizaines de milliers de documents qui ont été donnés à des journalistes, qui sont encore triés aujourd’hui, trois ans plus tard, et qui continuent de sortir. Mais il y a vraiment eu quelque chose de très important qui est sorti de ces documents, c’est que la NSA veut espionner les sept milliards de terriens qui habitent sur cette planète.

Et évidemment, c’est plus facile pour ceux qui sont connectés de façon électronique avec des téléphones, par exemple ils écoutent les communications téléphoniques, et évidemment, les trois milliards d’internautes c’est encore plus facile. Alors ce n’est pas forcément super facile d’écouter trois milliards d’internautes ! Mais dès lors que ces trois milliards d’internautes mettent leurs données chez Google, Facebook, Yahoo et Microsoft, eh bien c’est beaucoup plus facile de poser « quelques micros », entre guillemets, électroniques, qui vont venir capter les données sur les trois milliards d’internautes, parce que, justement, elles sont concentrées dans quelques endroits stratégiques que sont Google, Facebook, Yahoo, Microsoft et une dizaine d’autres.

Donc j’ai représenté ça visuellement comme étant des silos à données, d’immenses, en fait, espaces de stockage. Mais dans la vraie vie on y stocke du grain de céréales et dans le cyberespace on y stocke nos données et, évidemment, ils ne communiquent pas entre eux. Ça n’empêche pas la NSA de venir pomper nos données chez ces gens-là.

Et ça, évidemment, on ne l’explique pas trop parce que ce n’est pas super bon pour le business. Et il y a un moment où il faut quand même prendre un peu de recul et savoir que la collecte de données massives, la surveillance de masse, est rendue économiquement possible par cette concentration de données dans ces grands silos que sont Google, Facebook, Yahoo, Microsoft, qu’on appelle aussi parfois les GAFAM.

« Ouais, mais moi je n’ai rien à cacher ! » Évidemment, de toutes façons, quand on se sent impuissant, on essaie de toujours de se justifier, la politique de l’autruche, tout ça. Je vais faire très vite parce qu’on n’a pas beaucoup de temps. Mais on a tous, absolument tous, quelque chose à cacher en tant que personne. En tant que personne ! Ceux qui ne sont pas d’accord avec ça sont priés de venir me voir à la fin avec leur fiche d’impôts ; on va en parler. Et puis me donner leur mot de passe Facebook, je vais juste regarder, c’est promis, et puis une liste de leurs textos.

Évidemment, il y a des tas de choses qu’on voudrait cacher, l’intimité amoureuse, je ne sais pas, ou une intimité juste personnelle. Que tous ceux qui n’ont pas de loquet à leurs toilettes se sentent concernés. Enfin personnellement, quand je vais aux toilettes, je n’y fais rien d’illégal, mais je ferme quand même le loquet des toilettes. Et j’ai des enfants, je les ai faits moi-même avec ma femme, mais je vais m’arrêter là en termes de précision sur le geste technique, vous voyez ! Parce que ce n’est pas illégal de faire des enfants, c’est bon pour nos retraites, mais je ne préfère qu’on en parle pas plus. Déjà là, ma femme voit le truc elle va me dire « chéri, il faut qu’on parle ! »

Et il y a des choses beaucoup plus sensibles et peut-être moins tangibles qui sont le fait qu’on a des idées, des idées qui sont peut-être politiques, une vision du monde, ce qu’on a envie de faire, ce dont on rêve, etc., qu’on ne peut pas exprimer en public et, qu’en fait, on se refusera de penser si jamais on se sent observé. Il y a une étude parue récemment qui est absolument fascinante. C’est qu’exactement au moment où il y a eu les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, eh bien il y a un scientifique qui a regardé l’audience des pages sur un certain nombre de sujets liés à la surveillance de masse, sujets qui sont propres à la NSA. Eh bien dès lors qu’il y a eu ces révélations Snowden, on voit l’audience sur ces pages de Wikipédia qui baisse radicalement. Pourquoi ? C’est tout à fait légal de regarder des pages Wikipédia et de les lire, eh bien on se dit « ah oui, mais là, les trucs sur le Jihad ! Non, ça ne m’intéresse plus trop ! » C’est-à-dire qu’en fait c’était intéressant quand les gens ne se savaient pas surveillés, espionnés, mais dès lors qu’ils se disent « je suis peut-être surveillé », eh bien ils font de l’autocensure et ils s’interdisent de regarder des pages sur des sujets qui sont pourtant d’actualité et extrêmement importants pour nous en tant que citoyens à savoir. On n’ose plus, en fait, regarder les pages sur le jihad, de peur d’être pris pour un djihadiste et de finir en tôle. Alors que je pense, en tant que citoyen, c’est essentiel de se renseigner sur ces choses-là pour se faire une opinion.

En tant qu’entreprise aussi, toutes les entreprises ont des choses à cacher : des listes de clients, des références, des taux de remise, des états de stocks, des listes de fournisseurs, des ingrédients secrets, etc. ; c’est très important. Donc on a aussi, en tant qu’entreprise, besoin de vie privée d’entreprise, si vous voulez, parce qu’on fait des choses légales, mais on a besoin de le cacher parce, que si ça tombait dans les mains d’un concurrent, ça poserait des problèmes.

D’ailleurs la NSA et on voit ici un slide qui vient directement de la NSA, qui a été rapporté par Snowden, qui décrit comment toutes ces sociétés-là, dont on voit les logos ici, en fait sont espionnées et permettent, via un moteur de recherche interne, de regarder ce qui est communiqué via ces systèmes-là. Ça c’est le programme PRISM3, mais il y en a d’autres, un autre qui s’appelle Blarney et un autre qui s’appelle XKeyscore ; XKeyscore4 c’est un moteur de recherche sur les personnes au sein de la NSA pour savoir ce qu’elles disent, ce qu’elles pensent, avec qui elles communiquent, etc.

Et c’est intéressant, parce que la NSA ne fait pas juste ça pour lutter contre le terrorisme, c’est même plutôt un prétexte. En fait, les vrais clients de la NSA ce sont des agences comme le Department of Commerce, c’est-à-dire, en gros, tout ce qui est activité économique, le ministère de l’économie américain et d’autres qui vont communiquer ça à des sociétés qui sont concurrentes des sociétés par exemple européennes. Donc des informations sur Airbus vont finir chez Boeing grâce aux programmes de la NSA !

Alors qu’est-ce qu’on fait parce qu’on est un peu quand même dans le caca ? Qu’est-ce qu’on fait pour ça ? Eh bien moi je vous propose qu’on invente le futur qu’on veut plutôt que de rester stoïques. Après tout, on est dans une conférence où il y a beaucoup d’innovation, il y a beaucoup d’informaticiens et les informaticiens, je vous le disais, ont le pouvoir. Et moi, en tant qu’informaticien, j’encourage les autres à inventer un monde, un monde informatique qu’on veut et qui ne sera donc plus décentralisé pour éviter cette centralisation qui pose problème ; et quelque chose qui soit respectueux de la donnée personnelle, pour inventer un monde dans lequel on a envie de vivre pour nous et puis pour nos enfants.

Et le principe de ce monde, j’ai appelé ça un SIRCUS, un Système d’Information Redonnant le Contrôle aux UtilisateurS, désolé, je ne suis pas super fort en acronymes ! Donc le SIRCUS repose sur sept principes. L’idée, fondamentalement, c’est de faire un genre de cloud personnel. Alors le cloud oui, bien, mais personnel, à un endroit où on stocke mes données et où elles ne sont pas utilisées par des personnes qui n’ont pas mon intérêt en jeu.

Donc les sept principes du SIRCUS, je vais vous les détailler.

  • Le premier c’est qu’il faut se débarrasser de la publicité ciblée. Parce que, quand vous utilisez un service dit gratuit, vous devenez un cochon du numérique. Donc il vaut mieux payer et être un vrai client et non pas, finalement, une bestiole qui va être abattue ou au moins qu’on va traire pour récupérer les données. Le problème central, premier, c’est la publicité ciblée, parce qu’un service financé par la publicité ciblée, c’est un service qui a intérêt à accumuler les données pour profiler l’utilisateur et servir le client, c’est-à-dire celui qui a besoin de la donnée.
  • Deuxième principe, c’est utiliser du matériel qu’on contrôle. Là, ce que vous voyez à l’écran, c’est une machine qui s’appelle une Cubieboard5. Aujourd’hui, on fait des choses de ce genre-là qui sont très peu chères, par exemple un Raspberry 2 ou 3 ça vaut environ 35/40 euros. Ça utilise la technologie des téléphones mobiles et des tablettes. Ça fait des processeurs très bon marché qui sont capables de faire des tas de choses absolument extraordinaires. Ce qui est complètement paradoxal c’est qu’on doit ça à la technologie des téléphones qui nous espionnent ! Mais avec ces systèmes, on arrive à faire des serveurs personnels, qui valent quelques dizaines d’euros, sur lesquels on va pouvoir faire tourner du logiciel.
  • Justement troisième principe. On va mettre sur ces machines que l’on contrôle du logiciel libre. On pourra dire open source pour ceux qui veulent. C’est, en gros, du logiciel dont le code source est visible, donc il est auditable ; on sait ce qu’il fait ; ce n’est pas une boîte noire qu’on fait tourner, c’est du logiciel dont on comprend le fonctionnement ou au moins dont les experts peuvent comprendre le fonctionnement et attester que le logiciel fait bien ce qu’il dit qu’il fait. Il est transparent et, en plus, comme c’est du logiciel libre, il est adaptable à nos besoins. C’est-à-dire que s’il ne fait pas ce qu’on veut, comme il tourne sur une machine dont on a le contrôle, eh bien on va pouvoir demander à quelqu’un de le modifier ou on peut le modifier soi-même. Ça c’est le troisième principe du cloud personnel.
  • Quatrièmement, c’est utiliser du chiffrement. C’est-à-dire que mes données sont dans ce petit serveur qui fait tourner du logiciel libre, eh bien il va communiquer avec ma tablette, avec mon laptop, avec mon smartphone. Évidemment, c’est là que la NSA va laisser traîner ses grandes oreilles. Et donc c’est pour ça qu’il faut du chiffrement entre mon cloud personnel et les différents devices que j’utilise pour accéder à mes données. Sinon, c’est comme si je ne faisais rien, puisque mes données vont transiter en clair sur Internet et donc elles sont interceptées. Par exemple, on sait que la NSA a , en fait, mis des bretelles sur les principaux câbles de fibre optique sous-marins qui traversent tout le globe.
  • Cinquièmement, quelque chose qui est très important et qui est parfois pas toujours compatible avec l’approche du logiciel libre, c’est qu’il faut qu’on ait une User eXperience, une interface graphique, une simplicité d’utilisation, qui soit énorme. Il faut que le logiciel soit un délice à utiliser ! Et ça, évidemment, les informaticiens qui ont écrit le logiciel n’ont pas toujours la capacité à prendre le recul et à faire preuve d’empathie, finalement, pour l’utilisateur lambda et se dire « est-ce que mon oncle machin, ma petite sœur ou autres seront capables d’utiliser ce logiciel ? » Donc il faut faire quelque chose de très simple à utiliser et plaisant à utiliser.
  • Sixièmement, il faut que ce système puisse converser avec d’autres systèmes pour faire des échanges, publier des agendas, partager des événements ou des photos ou je ne sais quoi, et ça, ça ne se fait que s’il y a des standards qui permettent l’interopérabilité entre les différents systèmes.
  • Et septièmement enfin, il faut une killer feature. C’est-à-dire que si je veux utiliser un cloud personnel à la place des systèmes de Google, de Facebook, de Yahoo, de Microsoft, d’Amazon, etc., il faut que je sache faire quelque chose que les autres ne savent pas faire. Parce que ça ne suffit pas de proposer une alternative si cette alternative elle est juste aussi bien mais qu’elle va nécessiter un effort de migration depuis les systèmes existants, centralisés. Il faut offrir quelque chose qui donne vraiment envie aux utilisateurs de se dire « ah oui, mais je vais migrer sur mon cloud personnel parce que là je peux faire ça et ça, Google ne sait pas le faire ! »

Alors il existe, en fait, plusieurs systèmes aujourd’hui qui font du cloud personnel sur le marché. Aux États-Unis il y a une boîte qui s’appelle Solid, en Allemagne il y a une boîte qui s’appelle Nextcloud.

Organisateur : Tristan !

Tristan : C’est l’heure ?

Organisateur : Tu nous avais prévenu qu’il y a avait 54 slides et que tu avais 20 minutes. Je crois que, malheureusement, il en reste quelques-unes. Du coup ce que je propose c’est on va prendre une dernière question dans la salle, très rapidement, avant de passer à la prochaine intervention.

Tristan : D’accord. Je n’ai pas vu passer l’heure. C’est pire que ce que je pensais, même à fond. OK ! Eh bien c’est une catastrophe ! Officiellement ! Oui ! Vous aurez vu à quoi ressemble Cozy Cloud qui est ce qu’on fait. Voilà. Merci.

[Applaudissements]

Apéro April le 24 novembre 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April (Paris)

APRIL - mar, 14/11/2017 - 05:22
Début: 24 Novembre 2017 - 19:00Fin: 24 Novembre 2017 - 22:00 Un apéro April ?

Un apéro April consiste à se réunir physiquement afin de se rencontrer, de faire plus ample connaissance, d'échanger, de partager une verre et de quoi manger mais aussi de discuter sur l'actualité et les actions de l'April. Un apéro April est ouvert à toute personne qui souhaite venir, membre de l'April ou pas. N'hésitez pas à venir nous rencontrer.

L'apéro a lieu à Paris notamment parce que le local s'y trouve ainsi que les permanents et de nombreux actifs. Membre ou pas de l'April vous êtes les bienvenus. Contactez-nous pour organiser un Apéro April dans votre région.

Quand et quoi

Le prochain apéro francilien aura lieu le vendredi 24 novembre 2017 à partir de 19h00 dans les locaux de l'April au 44/46 rue de l'ouest, bâtiment 8, 75014 Paris (entrée possible par la place de la Catalogne, à gauche du biocop, au niveau des autolib), le téléphone du local est le 01 78 76 92 80 en cas de besoin.

En ouverture de l'apéro nous ferons un court point sur les dossiers/actions en cours.

Pour tous les détails et vous inscrire rendez-vous sur le pad.

2018 internship positions as student interns

FSF Europe - lun, 13/11/2017 - 18:00
2018 internship positions as student interns

FSFE is a charity dedicated to empowering users to control technology. We are working to build freedom in digital society. We operate in a lively environment with volunteers from many countries. We are looking for students who can join our team in Berlin for three months or more as a mandatory part of their studies or before graduation.

What we can offer is: A challenging and exciting time with a dynamic NGO working internationally A close-up view of organisational and community processes A chance to take the initiative and put your own ideas into practice The opportunity to meet and work with Free Software advocates across Europe

What you'll do: Contribute to FSFE's ongoing projects, working with one or more of our staff and volunteers. Communicate with contacts from the FSFE community, NGO, industry, and public administrations. Coordinate volunteers and others in the work on various projects. General office tasks. Find your own strengths, and do something you care about.

Be sure to read our pages about internships in general before applying!

Basic details

Location: Berlin, Germany. Please note the FSFE has no ability to help with accommodation or travel, you will need to cover this yourself and arrange this prior to your internship.

Duration: 3 months full time at 35 hours per week, starting as agreed. If the internship is a mandatory part of your education, the internship duration can be longer.

Compensation: This internship is salaried with a basic salary of €450 per month.

Qualifications

You should have some experience or a considerable interest in Free Software. Your field of study doesn't matter, but you should be able to relate it to our work. Traditionally, a lot of interns in the FSFE have a legal or political science background, but we've also had interns working with us with a more technical or other social science background.

Formal requirements

You must be fluent in English and will be required to show that you can legally work in Germany; either by being an EU citizen, or by having a residence and work permit for the duration. The FSFE can not help you in getting either of these documents, but we will accept them if you have them.

The internship must be a formal part of your education, or, if you do the internship on a voluntary basis, you must do the internship before you graduate and in direct connection with your studies.

You must also have a German tax number which you get by registering with the residents registration office (Einwohnermeldeamt) in Germany. This should ideally be done before starting the internship, or at latest on the first days of your internship.

If the internship is a formal part of your education, you also need health insurance which is valid in Germany, for example the European Health Insurance Card.

Application deadline

There is no fixed application deadline for these positions. We accept interns regularly throughout the year, but to facilitate with our planning and to increase the chances of us being able to accommodate you for an internship, you should ideally send your application at least six months before your intended starting date.

How to apply

Send your application containing a letter of motivation, a CV by e-mail to office@fsfe.org. Please make sure to write clearly you apply for the internship position with reference SI-2018. We prefer to receive your documents in PDF format.

Contact persons

If you have any questions about the position or any administrative details in connection with it, you're welcome to contact:

Jonas Öberg about the positions themselves, and the work involved Ulrike Sliwinski for any administrative questions

Both will be reading and responding if you send your question to the contact@fsfe.org address. We look forward to reading your application!

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Revue de presse de l'April pour la semaine 45 de l'année 2017

APRIL - lun, 13/11/2017 - 12:56

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 45

[L'OBS] Contre Google, Amazon & Co: les 6 familles de résistants aux Gafam

Par Dominique Nora, le dimanche 12 novembre 2017. Extrait:
> Hier héros positifs de l'innovation, les Gafam [Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft] sont-ils en train de devenir les nouveaux vilains du capitalisme mondialisé? Séduisants et gratuits, leurs services sont plébiscités par des milliards d'usagers. Pourtant, en Europe et aux Etats-Unis, les attaques pleuvent à présent sur Larry Page (Alphabet/Google), Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Facebook/Instagram/Whatsapp), Tim Cook (Apple) et Satya Nadella (Microsoft).
Lien vers l'article original: https://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20171110.OBS7195/contre-google-amazon-co-les-6-familles-de-resistants-aux-gafam.html

[Journal du Net] Comment les entreprises peuvent tirer parti du crowdsourcing

Par Jordan Elle, le vendredi 10 novembre 2017. Extrait:
> Alors, qu'est-ce que le crowdsourcing au juste? Le crowdsourcing est l’externalisation d’une tâche à l'ensemble de la communauté des logiciels libres.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/web-tech/expert/67926/comment-les-entreprises-peuvent-tirer-parti-du-crowdsourcing.shtml

[ZDNet France] Munich sur le point de repasser de Linux à Microsoft

Par Thierry Noisette, le jeudi 9 novembre 2017. Extrait:
> Plus d'une décennie après son très remarqué passage au logiciel libre, la capitale de la Bavière est tout près de revenir à Microsoft. Un dernier vote, en principe acquis, a lieu le 23 novembre.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/munich-sur-le-point-de-repasser-de-linux-a-microsoft-39859792.htm

[Journal du Net] Plaidoyer pour une stratégie open source ciblée au sein de l’industrie des transports

Par Claire Lepelletier, le mardi 7 novembre 2017. Extrait:
> Une stratégie open source ciblée crée les conditions d’un avantage concurrentiel décisif. Et ce, y compris pour les industriels des transports.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/solutions/expert/67911/plaidoyer-pour-une-strategie-open-source-ciblee-au-sein-de-l-industrie-des-transports.shtml

[Numerama] Comment surveille-t-on et censure-t-on Internet?

Par Victoria Castro, le lundi 6 novembre 2017. Extrait:
> Comment Internet est-il surveillé? Filtré? Censuré? Ou tout simplement, comment fonctionne-t-il, quand il fonctionne? Tentons de donner des réponses claires à ces questions complexes.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/tech/303113-comment-surveille-t-on-et-censure-t-on-internet.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Données personnelles - protection de nos libertés individuelles

APRIL - dim, 12/11/2017 - 11:33


Titre : Données personnelles : où en-est la protection de nos libertés individuelles ?
Intervenants : Isabelle Falque Pierrotin, présidente de la CNIL - Isabelle Attard, ex-députée écologiste - Arthur Messaud, juriste - Yves Decaens, présentateur
Lieu : Le téléphone sonne - France Inter
Date : juillet 2017
Durée : 42 min 15
Écouter le podcast
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Rouage essentiel de plus en plus d'industries, la collecte de données personnelles met partout en cause la relation entre progrès technologique et libertés individuelles.

Transcription

Yves Decaens : « Toute personne a le droit de décider et de contrôler les usages qui sont faits des données la concernant », la loi d’octobre 2016 pour une République numérique1 est très claire en complément de ce qu’indiquait déjà, d’ailleurs, la loi Informatique et libertés à la fin des années 70. Même à l’ère numérique qui est la nôtre, la protection des libertés individuelles reste l’axe central de notre législation et les règles européennes qui entreront en vigueur au mois de mai prochain viendront encore le confirmer ; les organismes publics et les entreprises doivent s’y préparer, mais comment s’assurer du respect de la loi ? Comment maîtriser les données qui nous concernent ? Comment garder notre autonomie dans un monde de plus en plus connecté ? C’est le sujet du téléphone sonne ce soir. Vos questions au 0145247000 ; sur Twitter #telsonne ou par mail franceinternet.fr.

Voix off : Yves Decaens - Le téléphone sonne

Yves Decaens : Et pour en débattre, bonjour à vous trois Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la CNIL2, Commission nationale informatique et libertés ; Isabelle Attard, ex-députée du Calvados, auteur de nombreux amendements sur la loi numérique ; Arthur Messaud de La Quadrature du Net3, association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. Et donc bonjour à vous. Isabelle Falque-Pierrotin, présidente de la CNIL, d’abord un mot, quel est le rôle de la CNIL dans cette affaire ? Vous avez un rôle de conseil, rappelons-le, mais aussi de rappel à l’ordre.

Isabelle Falque-Pierrotin : On a un rôle de conseil ; on a un rôle d’accompagnement ; on a un rôle de sanction pour, effectivement, ceux qui ne respectent pas les orientations de la loi. Mais je crois que votre introduction a bien dit les choses. On est dans une situation où l’individu, maintenant, veut avoir la maîtrise de ses données. Donc nous, nous essayons d’accompagner cette évolution.

Yves Decaens : Première question avec Thierry qui nous appelle, je crois, de Craponne. Bonjour Thierry.

Thierry : Bonsoir. Dès que nous sommes connectés à Internet, nous sommes suivis. Quelle est l’opinion de vos intervenants ?

Yves Decaens : Autrement dit, à quoi bon essayer de se protéger ? C’est ce que vous voulez dire Thierry ?

Thierry : Je donne un exemple. Dès que j’ai appelé France Inter, ils m’ont rappelé trente secondes plus tard en me disant : « Nous vous connaissons. »

Yves Decaens : Ça c’est votre numéro de téléphone !

Thierry : Nous vous connaissons, donc France Inter me suit !

Isabelle Falque-Pierrotin : Je crois que la remarque de votre auditeur est très juste. On entre dans un univers où, je dirai, le profilage, le ciblage, est invisible. Et il est quasiment systématique par rapport à tout ce que nous faisons en ligne, voire ce que nous faisons dans la vie physique. C’est-à-dire que notre navigation en ligne permet de nous profiler de façon fine, à laquelle s’ajoutent nos données de géolocalisation, les données qui sont collectées sur tous les petits outils que nous avons à notre main, nos montres connectées, nos compteurs communicants dans la maison etc., et donc, effectivement, chaque individu, a l’impression d’être passé à travers un tamis qui sert beaucoup aux entreprises et peu à lui-même. Et donc, je crois que l’enjeu de cet univers numérique c’est faire remettre l’individu au centre, lui donner la possibilité d’exercer ses droits et, le cas échéant, de dire « ça je ne veux pas ». Par exemple partager ma géolocalisation avec toute une série d’acteurs économiques.

Yves Decaens : Isabelle Attard, donc vous êtes ex-députée du Calvados, je le rappelle. Vous avez présenté de nombreux amendements à l’époque de la loi numérique. Vous aussi, toujours dans le même sens, la protection des libertés individuelles.

Isabelle Attard : Oui, et pas que, pas que la loi numérique. Justement, parce que dans toutes les lois sur l’état d’urgence, la loi terrorisme et renseignement, on touche également, de toutes façons, la notion des données personnelles, de leur utilisation. Ce que disait l’auditeur est très intéressant : c’est effectivement, dès que vous vous connectez, vos données peuvent être utilisées. Maintenant, il faut savoir quel est le consentement, quel est le degré de consentement des internautes pour telle ou telle finalité. C’est bien ça aussi qui est l‘enjeu du règlement européen qui va être en application l’année prochaine, mais également, ce dont il faut avoir connaissance en France, aujourd’hui. C’est-à-dire que si je me connecte, si je consens à donner mes données pour une utilisation, ce n’est pas pour qu’on utilise ensuite pour autre chose. Et donc voilà !

Yves Decaens : On voit dans les enquêtes que les automobilistes, par exemple, sont prêts à être plus suivis à condition que leur police d’assurance soit baissée, par exemple. Ils sont prêts à ça !

Isabelle Attard : Dès qu’on a la notion d’argent, de négociation ; finalement, si on est propriétaire — parce que certains voudraient qu’on le devienne — si on devient propriétaire de nos données ça veut dire qu’on peut les commercialiser et en retirer un bénéfice économique. Là c’est un terrain extrêmement glissant !

Yves Decaens : Très intéressant, en fait. Complètement actuel.

Isabelle Attard : Très intéressant, avec différentes théories qui s’affrontent, mais en tout cas c’est très intéressant et, personnellement, je n’ai pas envie d’aller dans ce niveau-là, dans cette direction-là.

Yves Decaens : Arthur Messaud, vous êtes juriste à La Quadrature du Net, l’association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet.

Arthur Messaud : Je vais repartir juste de la question posée par l’auditeur. Pour être pisté sur Internet il faut votre consentement. Ça c’est le droit actuel. Si vous ne dites pas « j’accepte » on n’a pas le droit de le faire.

Yves Decaens : Ça c’est le principe.

Arthur Messaud : C’est le principe.

Yves Decaens : C’est la théorie, mais en réalité c’est différent.

Arthur Messaud : Il y a deux choses. D’abord, dans la pratique, il y a une définition du consentement qui a été acceptée, qui était particulièrement large, notamment le consentement implicite. Du moment que, en bas d’une page, il y a marqué : « Si vous continuez à naviguer sur ce site vous acceptez telle et telle chose » — petite note que personne ne va lire — à ce moment-là, on va considérer que vous avez donné votre consentement. Heureusement, cette situation va changer dans le droit qui va entrer en vigueur en 2018 : on va vous demander un consentement explicite qui exige un acte de votre part. Donc là, déjà, les personnes vont retrouver du contrôle, au moins de la maîtrise sur ce qui se passe ; mais ce que soulignait Mme Attard est vraiment l’enjeu du débat actuel. C’est : est-ce que un consentement peut-être négocié contre un service ? Est-ce que pour accéder au monde.fr, à Gmail, à Facebook, vous êtes obligé d’abandonner votre vie privée ? D’accepter d’être fiché pour accéder à ce service ? Est-ce que la vie privée, une liberté fondamentale, est l’équivalent de l’argent ? A une valeur économique ?

Nous, très clairement, on dit que non, on dit que toutes les libertés fondamentales — le droit de vote, le droit de s’exprimer, le droit de se déplacer, de se marier — sont en dehors du commerce. Ça veut dire qu’on ne peut pas les vendre contre de l’argent. Sinon ce qui se passe, en fait c’est ce qu’on voit déjà, c’est que si vous voulez avoir accès à service qui est vraiment sécurisé, à un journal qui ne va pas vous pister, à des services respectueux, vous devez payer, systématiquement. Et ceux qui ne peuvent pas payer, ceux qui ont trop peu d’argent, eux doivent payer avec leur vie privée et des libertés fondamentales. Et là, c’est clairement contraire aux idéaux démocratiques : les libertés sont gratuites pour tous ; on ne peut pas les vendre.

Yves Decaens : Mais comment fait-on ? Comment contrôler tout cela ? Isabelle Falque-Pierrotin, par exemple.

Isabelle Falque-Pierrotin : Je crois qu’il y a toute une négociation qui se déroule avec ces grands acteurs de l’Internet qui, évidemment au départ, n’avaient aucune envie de limiter la combinaison extrêmement extensive qu’ils font des données de leurs clients. Et depuis quatre à cinq ans, avec l’ensemble des autorités européennes de protection des données, on essaye de faire en sorte que cette combinaison excessive de données que font ces acteurs soit encadrée et que, notamment, les individus puissent, selon les finalités qui sont poursuivies, pouvoir consentir ou éventuellement dire qu’ils ne sont pas d’accord. Donc si vous voulez, je crois que, à la fois la pratique et puis l’évolution du cadre juridique qui donne des droits nouveaux aux personnes, vont dans le sens, finalement, d’une maîtrise plus grande de l’individu.

Mais moi j’attire quand même l’attention des auditeurs sur la difficulté du consentement, parce que qui dit consentement dit nécessité de comprendre ce à quoi on consent. Nécessité d’avoir un consentement qui soit simple à exercer. Or, sur tous ces sujets, dans le fond, les choses sont quand même assez complexes et donc il ne faut pas non plus que l’ensemble de la charge de régulation pèse sur l’individu lui-même et qu’on lui demande en permanence de consentir à un certain nombre de choses. Donc il faut qu’il y ait effectivement du consentement, mais il faut aussi que les acteurs, dans leurs pratiques, intègrent aussi, par défaut, un certain nombre de garanties qui protègent les libertés individuelles et les données personnelles.

Yves Decaens : Alors justement, problème souvent d’information, parce qu’on ne sait pas vraiment ce qui se passe au-delà de notre écran d’ordinateur. C’est le sens, entre autres, de la question de Sylvie qui nous appelle de Toulouse. Bonsoir Sylvie.

Sylvie : Oui bonsoir.

Yves Decaens : Nous vous écoutons.

Sylvie : J’avais une question concernant le calendrier partagé. Nous avons un calendrier Google partagé, que nous remplissons avec toutes les activités de la famille, les enfants… Et on s’est posé la question des garanties, en fait, de confidentialité, concernant ces données très personnelles et qui sont versées dans le calendrier familial de Google. Y a-t-il un risque d’exploitation de ces données personnelles ? Et aujourd’hui, existe-t-il un autre calendrier partagé qui aurait une charte respectueuse de nos données personnelles ?

Yves Decaens : Qui peut répondre à cela ? Isabelle Attard.

Isabelle Attard : Oui. C’est intéressant parce que je remarquais dernièrement que lorsque vous réservez un billet d’avion par Internet, l’horaire et le nom de la compagnie, etc., apparaissent directement, justement dans votre agenda Google, donc c’est très intéressant, sans que vous ayez rien fait, en tout cas en apparence. Et de toutes façons, les données sont épluchées. Auparavant les mails étaient scannés, le contenu des mails sur Gmail.

Arthur Messaud : Toujours apparemment.

Isabelle Attard : Il faut voir si la réglementation interne à Google aurait changé, mais toutes les données seront utilisées après, à des fins commerciales, évidemment. Évidemment ! Puisqu’on vous fera ensuite, et ça c’est important d’en parler dès à présent, de la publicité ciblée. C’est exactement le principe de l’utilisation des données, des métadonnées. Les données c’est, on va dire, le contenu de vos messages, de vos échanges que vous faites avec des échanges mails, mais aussi avec vos SMS, avec toutes les applications de messagerie, quel que soit le nom de l’application. Et il y a les métadonnées, c’est-à-dire les informations telles que l’heure où vous faites un message, où vous écrivez un message, à qui, par quelle antenne relais passe votre message. On peut vous localiser sans que vous ayez cherché à l’être spécialement, mais votre téléphone correspond, de façon régulière et permanente, avec une antenne à proximité. De toutes façons, il y a déjà ces informations-là. Donc à nous de savoir comment réagir ; il y a la notion de responsabilité des utilisateurs, des internautes.

Yves Decaens : C’est-à-dire ? Comment ?

Isabelle Attard : Du réalisme. Peut-être ne pas forcément mettre toutes les informations sur ces machins-là partagés !

Arthur Messaud : Je ne suis pas d'accord.

Yves Decaens : Ne plus utiliser un calendrier déjà.

Arthur Messaud : C’est ça le problème. On n’utilise plus le calendrier.

Isabelle Attard : Ce que je veux dire par là, c'est les utiliser, mais s’assurer — et c’est ce que disait Isabelle Falque-Pierrotin tout à l’heure — c’est-à-dire que les GAFA doivent assurer cette confidentialité et c’est ce qu’on leur demande. On doit pouvoir utiliser la technologie.

Yves Decaens : Les GAFA, donc Google, Amazon, Facebook, etc.

Isabelle Attard : C'est-à-dire qu'il y a ce qui se passe aujourd’hui et il y a ce qu’on aimerait voir arriver pour la suite, pour la protection de nos données.

Yves Decaens : Arthur Messaud.

Arthur Messaud : Je vais répondre directement à votre question en trois points

Premier point est-ce que Google analyse le contenu de votre calendrier ? Alors là je n’ai pas les CGU [Conditions générales d’utilisation] sous les yeux, mais je peux vous dire que Google, son métier en tout cas c’est de faire de l’analyse des données privées pour faire de la publicité. Et quand on voit ce qu’il a fait sur le mail pendant des années, c’est-à-dire qu’il lisait le contenu des mails, chaque mail envoyé, sans le consentement de la personne qui écrivait à la personne Gmail, systématiquement, et qu'il faisait des fiches sur tous les correspondants. Quand on voit que son activité principale sur Gmail c’était de faire ça, le calendrier c’est assez évident qu’il doit y avoir une exploitation.

Vous nous dites comment on peut faire autrement ? Pour un calendrier partagé, ça va être un problème ; pour chaque problème il existe des solutions. Moi je vous invite à vous rendre sur le site de Framasoft4 qui est un site français qui propose des alternatives aux services Google, donc vous aurez votre solution, je pense.

Mais prenons un peu de hauteur et est-ce que vraiment, à chaque fois qu’il y a un service qu’on a l’habitude d’utiliser, qui est pratique, que tout le monde utilise, que tout le monde connaît, est-ce qu’à chaque fois qu’il y a un service comme ça qui porte atteinte à nos droits fondamentaux, il faut que nous on réfléchisse comment faire ? Qu’on demande à un ami geek est-ce que tu connais une alternative, etc. ? Est-ce que c’est à nous de faire l’effort individuellement, avec nos connaissances techniques limitées ? Ou est-ce que ce n’est pas à ceux qui ont la puissance, la puissance intellectuelle, la capacité technique, eux de faire cet effort-là, ne serait-ce que nous demander le consentement avant d’exploiter notre vie privée ?

Yves Decaens : Et on peut ne pas utiliser Google ! Il existe d’autres services. Qwant5, citons-le ! Par exemple.

Arthur Messaud : Mais ce n’est pas à nous de faire des efforts. En fait c’est au législateur d’imposer à ces personnes qui ont la maîtrise de la technique la plus poussée de les faire. Si on demande à chaque individu d’être un expert en technique pour protéger ses libertés fondamentales, c’est un doux rêve. Ça n’arrivera pas. On n’aura pas les capacités. Eux ont les capacités.

Yves Decaens : Isabelle Falque-Pierrotin.

Isabelle Falque- Pierrotin : Oui. Je cois que, comment dire, il y a un rapport de force qui doit s’équilibrer, se rééquilibrer entre les individus, les citoyens européens, et ces grands acteurs mondiaux. Ces grands acteurs mondiaux, jusqu’à présent, considéraient le gisement de données personnelles comme un gisement, je dirais, exploitable à l’infini et permettant tous types de combinaisons selon tous types de finalités. En gros, quelle que soit la manière avec laquelle vous interagissiez avec Google, les données qui étaient collectées à cet effet étaient mutualisées et servaient au profilage.

Depuis quelques années, entre les autorités européennes de protection des données, il y une coopération qui conduit à dire à Google cette combinaison tout azimut n’est plus possible. Cela va prendre un peu de temps que le modèle économique et les pratiques de l’entreprise s’ajustent totalement. Mais il est évident que grâce au cadre juridique européen, grâce aussi aux pratiques nouvelles des personnes, on a la possibilité de rééquilibrer le rapport de force. Mais moi je crois que même si ça n’est pas aux individus, effectivement, de se protéger en permanence, on a quand même aussi à intégrer un certain nombre de réflexes de base dans cet univers numérique. Et c’est particulièrement vrai pour les jeunes. Quand on dit aux jeunes : « Faites attention sur les photos que vous postez, sur les comptes que vous avez. Quand vous avez dix comptes n’ayez pas dix fois le même mot de passe pour éviter que tout ceci soit mutualisé », si vous voulez ça fait partie d’un hygiène, aussi, et une prophylaxie de base qu’il faut avoir dans ce nouvel univers connecté.

Donc je crois que c’est tout un ensemble de leviers qui permettent in fine de garder une forme de régulation de cet univers.

Yves Decaens : Autre question. Celle de Bertrand qui nous appelle d’où ça ? Du Gosier. C’est ça Bertrand ? Le Gosier. Où est-ce que c’est Le Gosier ?

Bertrand : Oui. C’est à la Guadeloupe.

Yves Decaens : Très bien. Nous vous écoutons.

Bertrand : D’abord merci pour vos émissions qui illuminent nos débuts d’après-midi, avec le décalage horaire pour nous, à la Guadeloupe. La question que moi je me posais c’est que ces données qui sont, en tout cas pour mon compte, captées à mon insu parce que je ne souscris jamais à la distribution de celles-ci, ces données ont une valeur marchande que les opérateurs se revendent entre eux. Cette marchandisation de nos données, elle nous échappe en termes de bénéfice. Est-ce que ça, ça pourrait être pris en compte, corrigé ? Et est-ce que des propositions dans ce sens pourraient être mises en œuvre de telle sorte que notre consentement, à ce moment-là, aurait en contre-partie un bénéfice ?

Yves Decaens : C’est ça. On pourrait être rémunéré sur le commerce de nos données personnelles. Arthur Messaud.

Arthur Messaud : C’est déjà le cas en fait. Vous avez accès à des services pour lesquels vous ne payez pas contre votre vie privée. Dans les faits, on est déjà rémunéré en échange de notre vie privée, nos données personnelles. Et en fait, ça ne va pas du tout. D’abord on ne sait même pas si le prix qu’on paie est justifié. Un euro par mois pour un service mail, est-ce que ce n’est pas beaucoup plus intéressant que de livrer toute sa vie privée, de se laisser ficher, etc. ? Donc c’est déjà le cas, en fait, la proposition dont monsieur parle et c’est une situation qui ne va pas du tout. On voit des écarts entre les plus riches et les plus pauvres se créer en termes de qui peut se protéger, avec quels moyens, en fonction des services auxquels on a accès. Et comme je vous le disais au début, l’idéal démocratique s’oppose à cette marchandisation de la vie privée.

Yves Decaens : Isabelle Attard.

Isabelle Attard : Il ne faut pas oublier que dans nos données personnelles il y aussi les données des autres et que nos données contiennent, effectivement, des tas d’informations qui concernent un cercle extrêmement large de personnes autour de nous. Donc quand on réfléchit à cette commercialisation, finalement, des données, à partir du moment où on admettrait que nous sommes propriétaires, à titre individuel, de nos données, c’est déjà relativement faux, de manière intrinsèque.

Et ensuite, je préfère réfléchir comme le fait le collectif SavoirsCom16 avec Lionel Maurel, c’est de voir les données comme un ensemble de données collectives, comme les biens communs. Et à ce moment-là on réfléchit différemment. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de commercialiser des données et de dire bon, puisque Google ou puisque d’autres GAFA ou d’autres services sur Internet utilisent les données que je produis — ça c’est important de le rappeler — je dois en tirer quelque chose, une compensation financière, puisqu’ils utilisent mes données. Moi, je préférerais qu’on réfléchisse en termes de collectif : nous créons des données collectivement parlant. Comment faire pour que, ensuite, on puisse se protéger ? Comment retirer ce consentement ? Ce qui est important à rappeler dans le règlement européen qui va être bientôt en application, dans les mots c’est très clair ; Isabelle Falque-Pierrotin parlait tout à l’heure de clarté, c’est écrit : « Le consentement donné par un acte positif clair ». Parce qu’aujourd’hui si on doit se farcir — pardon du terme — deux cents ou trois cents pages de conditions générales d’utilisation pour savoir exactement comment nos données vont être utilisées, je n’appelle pas ça clair, je n’appelle pas ça facile, et c’est mettre encore plus de complexité dans le monde du numérique alors qu’on a besoin de davantage de clarté.

Yves Decaens : Oui. Un mot.

Isabelle Falque-Pierrotin : Juste une réaction sur cette idée de, finalement, marchandiser ses propres données. Je crois que c’est très dangereux comme évolution parce que ça risque de mettre en place une sorte de système numérique à plusieurs vitesses, vous voyez, avec des marchés de la donnée en fonction de l’arbitrage que les uns et les autres feront. Donc je crois qu’il y a une tendance qui est une tendance qui est potentiellement assez dangereuse, finalement, pour les droits des personnes. Mais ce que je veux dire néanmoins c’est que, en fait, on a déjà des bribes de moyens pour l'individu, finalement, de piloter lui-même ses données dans le nouveau règlement européen à travers, par exemple, le droit à la portabilité des données.

Parce que le droit à la portabilité des données, qu’est-ce que c’est ? C’est le fait de pouvoir récupérer toutes les données que vous avez fournies, y compris celles qui ont été déduites de ce que vous faites sur Internet, pour soit les garder pour vous et en faire ce que bon vous voulez, soit, éventuellement, les porter auprès d’un autre fournisseur de service. Et donc là on voit bien que c’est un moyen non pas de créer un marché secondaire de la donnée, mais de créer la possibilité pour l’individu, finalement, de ne pas être prisonnier d’un écosystème industriel ou commercial par rapport à un autre.

Yves Decaens : Mais rien ne garantira quelles seront supprimées, en revanche.

Isabelle Falque-Pierrotin : Elles ne seront pas supprimées ! Non, non ! Il n’y a pas de suppression de la donnée. En revanche, c’est une ouverture à la concurrence et c’est le moyen de ne pas être prisonnier d’un acteur, qui me paraît très intéressant.

Yves Decaens : Autre point de vue, celui de Ludovic qui nous appelle de Thiers. Bonsoir Ludovic, nous vous écoutons.

Ludovic : Bonsoir. C’est plutôt, en fait, effectivement en résonance à l’intervenant précédent. La question c’est peut-être aussi de la poser en termes d’hypocrisie : aujourd’hui tout le monde utilise, ou presque tout le monde, des réseaux sociaux, des applications qui sont sur le téléphone ou les smartphones et qui sont d’accès gratuit. Aujourd’hui, on n’a pas trouvé de moyen économique de faire en sorte que des entreprises qui fabriquent ce type d’applicatifs ou de réseaux puissent survivre, tout simplement, économiquement sans monétiser la donnée, vu que les services sont gratuits. En fait, ma question derrière, est : tout le monde utilise tout cela, voudrait protéger la totalité de ce qu’il fournit, mais en même temps n’est pas prêt du tout à payer le moindre centime pour l’utilisation de tous les applicatifs. Je passe sur la musique etc., et sur les réseaux sociaux en particulier. Ça prolonge un peu ce que vous avez dit tout à l’heure. Moi je ne suis pas trop pour la monétisation, non plus, des données à titre personnel. Mais comment faire pour que ces entreprises aient envie de développer, mettre des milliers de programmeurs derrière qui soient rémunérés, tout simplement.

Yves Decaens : Donc pour vous, l’attitude de ces entreprises, en quelque sorte, elle se défend ?

Ludovic : Ce n’est pas qu’elle se défend, je n’ai pas dit que c’était la bonne solution. Après on peut tout imaginer, un Internet mondial, étatisé, qui protège le tout, peut-être. Mais aujourd’hui, vous ne ferez pas travailler les gens de Facebook ou de ce que vous voulez ou de Google gratuitement s’ils n’ont pas de moyens de récupérer une monétisation de l’information qu’ils ont.

Yves Decaens : Arthur Messaud.

Arthur Messaud : Deux choses. Une première chose, ce discours : les gens ne sont plus prêts à payer. En fait, toutes les entreprises un peu sérieuses qui ont besoin de sécuriser leurs informations ou qui font un vrai travail vont payer et vont payer même Gmail. Il y a des versions payantes de Gmail et des versions payantes de Facebook. En fait, des ressources monétaires directes, il y en a ; il y en a plein.

Ensuite l’idée de où est-ce qu’on va trouver des développeurs ou des contributeurs prêts à s’investir gratuitement ? Est-ce que vous avez entendu parler de Wikipédia qui est l’encyclopédie la plus importante au monde, qui est gratuite, faite par des bénévoles, sans modèle de surveillance de la population ? Est-ce que vous avez entendu parler de VLC, un lecteur vidéo qui est gratuit et qui est fait par des bénévoles, encore ? De Linux ? De Firefox ? Toutes ces choses qui, en fait, sont des produits du logiciel libre, extrêmement poussées en termes de sécurité, extrêmement intéressantes, systématiquement gratuites, faites par du bénévolat ou des systèmes économiques alternatifs. Et même quand on parle de communication, sur votre téléphone vous dites que vous avez plein d’applications, vous avez peut-être Signal qui est aussi gratuite et qui ne fait pas d’exploitation de vos données personnelles.

Vous allez avoir, comme ça, toute une panoplie, en fait, de logiciels qui sont déjà ou libres ou décentralisés, qui sont déjà sur le marché, qu’on utilise au quotidien — Firefox typiquement beaucoup de gens l’utilisent. Cette idée qu’on a absolument besoin de surveiller la population pour pouvoir financer les avancées techniques est fausse ! Les avancées les plus intéressantes dans la technique se sont financées autrement.

Yves Decaens : Donc il faudrait, de votre point de vue, débarrasser Internet de toute considération commerciale, si je vous suis bien.

Arthur Messaud : Non, non !

Yves Decaens : Il y a des entreprises qui en vivent de tout cela ; en fait, c’est ce que nous disait Ludovic.

Arthur Messaud : Bien sûr ! Il y a différentes formes d’entreprises commerciales. Firefox, je continue sur cet exemple-là, ils ont plein de salariés, ils ont beaucoup d’argent. Wikipédia, ils ont derrière aussi des structures où il y a des salariés et ça marche soit par le don, soit car ils vont fournir des services payants de conseil à des entreprises, etc. Moi ce que je dis c’est qu’une économie qui repose sur la surveillance de sa population contre son consentement ou un consentement forcé, est une mauvaise économie, ce n’est pas très compliqué à dire et il y a des solutions alternatives qui marchent depuis le début. Internet, l’informatique, s’est développée sans ce modèle économique-là.

Yves Decaens : Isabelle Falque-Pierrotin.

Isabelle Falque-Pierrotin. : Moi je rebondis sur ce vient de dire Arthur. Je crois que l’ère, en tout cas du chèque en blanc au bénéfice des GAFA, est terminée. Ça, ça me paraît clair. C’est-à-dire que les individus ne sont peut-être pas prêts à payer pour les services qu’ils ont aujourd’hui gratuitement. Ça, je crois que la majorité, quand même, ne sont pas prêts à payer. En revanche, ils veulent avoir leur mot à dire. Donc je crois que toutes les solutions alternatives, soit qui offrent d’autres modèles économiques, soit qui donnent la possibilité à l’individu de consentir ou d’avoir un retour et une capacité, je dirais, d’arbitrage, sont des modèles qui sont extrêmement intéressants et qui se développent. Maintenant est-ce qu’on peut totalement abandonner le payant [le gratuit, NdT] ? En tout cas pour le moment je ne crois pas.

Vois off : 19 h 42 France Inter - Le téléphone sonne. Vos questions au 01 45 24 7000 et sur les réseaux sociaux avec le mot clef telsonne.

Yves Decaens : Et nous parlons ce soir, au téléphone sonne, de la protection des données personnelles sur Internet avec cette question qui nous arrive par mail à propos de la nouvelle réglementation européenne. Elle impose aux entreprises, donc à partir de mai 2018, un délégué à la protection des données. Quel sera son rôle précis et son positionnement au sein de l’entreprise dans laquelle il travaillera ?

Isabelle Falque-Pierrotin : Je crois que le délégué c’est un personnage central dans le règlement puisque, en fait, ça va être la personne qui va être chargée de la gouvernance des données au sein de l’organisation ou entreprise à laquelle il appartient. En fait, c’est la personne qui va faire en sorte que dans les usages quotidiens de l’entreprise, de la collectivité locale où il se situe, eh bien dans ces usages quotidiens on a intégré les principes et les garanties de protection des données personnelles.

Yves Decaens : Toute entreprise devra avoir son délégué ?

Isabelle Falque-Pierrotin : La plupart des grandes entreprises qui font du traitement à grande échelle, les collectivités locales, les acteurs publics devront l’avoir. Donc en réalité, aujourd’hui, par exemple pour vous donner un chiffre, nous avons environ 16 000 organismes qui ont désigné un correspondant informatique et libertés qui, celui-ci, n’est pas obligatoire aujourd’hui. Nous, nous considérons à la CNIL que nous auront à peu près entre 80 000 à 100 000 organisations qui auront un délégué à la protection des données demain.

Yves Decaens : Ça va créer de l’emploi.

Isabelle Falque-Pierrotin : Donc ça va créer de l’emploi.

Yves Decaens : Mais ça va coûter cher aux entreprises !

Isabelle Falque-Pierrotin : Ça va coûter cher ou ça va obliger en tout cas les entreprises à identifier une fonction interne, suffisamment proche des métiers, pour distiller dans ses différents métiers, la R&D, le marketing, les préoccupations informatique et libertés, mais aussi suffisamment proche de l’échelon de direction de l’entreprise pour avoir une vision stratégique de ces questions. Donc c’est un personnage absolument central pour la conformité future en matière informatique et libertés

Yves Decaens : Isabelle Attard.

Isabelle Attard : J’espère que les entreprises françaises sauront réagir parce que, pour le moment, c’est vrai qu’au sein de l’Union européenne on voit une grande différence avec les pays anglo-saxons où c’est quelque chose d’habituel, la prise en compte des données personnelles, des requêtes des clients des entreprises. Je pense que ce sera plus facile pour certains pays que pour d’autres. Et la France a l’air d’avoir un petit peu de retard. Bon, j’espère que ça ira mieux dans quelques mois !

Isabelle Falque-Pierrotin : La France n’a pas plus de retard que les autres.

Isabelle Attard : Enfin c’est l’analyse au niveau entreprise. Tant mieux si ça va mieux !

Yves Decaens : C’est ce que disent les enquêtes : plus de 90 % des entreprises, pour l’instant, n’y ont pas réfléchi à ces histoires-là.

Isabelle Attard : Je pense que ça va venir. Il y a des pays où c’est plus un réflexe que d’autres, il faut quand même le reconnaître ! Après, je pense que dans ce règlement, ce serait bien de parler du droit à l’oubli.

Yves Decaens : Qui a été reconnu par la Cour de justice européenne.

Isabelle Attard : Oui, parce que, finalement, les clients d’une entreprise pourront le demander. L’entreprise doit être capable d’identifier l’ensemble des données qu’elle possède sur ses clients, de savoir où ces données sont localisées, et d’être capable de les supprimer rapidement. Ça c’est le texte tel qu’il est aujourd’hui. C’est très intéressant parce que là, pour moi, c’est une avancée. Est-ce que d’un point de vue technologique on arrivera à le faire ? Je ne sais pas. On verra !

Yves Decaens : À le contrôler surtout.

Isabelle Falque-Pierrotin : Le droit à l’oubli, ça existe déjà. En réalité ça existe déjà. Ce qui est nouveau c’est ce droit à la portabilité, qui lui est vraiment nouveau puisque, effectivement, la personne peut récupérer toutes les données que l’entreprise a sur elle et les récupérer dans un format qui est lisible, éventuellement, par d’autres. Ça c’est une vraie nouveauté ! Mais le droit à l’oubli stricto sensu et le droit à la suppression des données, le droit à l’accès, ça existait déjà dans la directive de 1995.

Isabelle Attard : Oui. Ce que je veux dire c’est que, on parlait de clarté tout à l’heure, c’est loin d’être clair. Ce qui est simple, c’est de donner l’accès à ses données personnelles, en retirer l’accès ou les contrôler. On est bien aujourd’hui dans ce dilemme-là. C’est-à-dire que le droit à l’information, la transparence dans l’utilisation des données, dans la finalité, on n’y est pas du tout. Le droit d’opposition, le droit de rectification, c’est là, je pense, où on doit mettre tous non efforts, en tout cas. On ne parle pas par rapport aux données personnelles. Beaucoup d’auditeurs parlent de propriété des données. Moi je pense qu’on doit surtout se concentrer sur le contrôle de nos données. Et ça, c’est là-dessus, à mon avis, que les réglementations doivent travailler.

Yves Decaens : Arthur Messaud.

Arthur Messaud : Là on vient de parler de deux avancées du droit européen intéressantes, positives : le délégué à la protection des données, la portabilité, le droit à l’oubli, mais parlons aussi des avancées négatives qui se profilent. Là, à la rentrée, en octobre, tout ce qu’on vient de dire va être remis en cause complètement au niveau de l’Union européenne par un règlement e-Privacy. Dès octobre, les votes les plus importants vont arriver et là-dedans, on voit quoi ? On voit, en fait, plus besoin de consentement pour analyser vos mails, vos communications sur Internet : votre FAI Orange pourra ouvrir, pourra voir passer tout ce qui passe sur son réseau et le lire pour faire de la pub ou autre chose ; disparition du consentement ; disparition du consentement pour être géolocalisé. Donc si vous entrez dans un magasin, on va pouvoir savoir quel chemin vous faites, combien de temps vous restez, avec qui, sans votre consentement ; juste, il suffira d’un petit panneau caché quelque part ou devant qui vous informera.

Donc il y a énormément de questions. Toutes les avancées qui sont apparues sont en train d'être remises en cause radicalement devant l’Union européenne, donc ce règlement e-Privacy. Je vous invite à suivre l’actualité de ce règlement dès la rentrée, dès septembre ; il y aura de nombreux débats, sur le site de La Quadrature ou de la CNIL qui reviendra dessus aussi, je pense. Ça va vraiment tout être remis en jeu et en bien, c’est possible, mais en très mal ; pour l’instant ça se dessine plutôt vers la direction très négative.

Yves Decaens : Autre question de Thierry qui nous appelle je ne sais d’où. Bonsoir Thierry.

Thierry : Bonsoir. En fait, je vous appelle du Danemark où je suis suis en congés actuellement.

Yves Decaens : C’est très international ce soir !

Thierry : Je vous écoutais. Je voulais réagir, plutôt que de poser une question, sur une des choses qui a été dite tout à l’heure, le droit à l’effacement des données aussi inclus dans la nouvelle réglementation sur les données privées, la GDPR [General Data Protection Regulation] qui sera active en 2018, c’est l’article 17. Donc pour revenir à ce que vous disiez tout à l’heure, en fait il sera possible demain de demander à la fois de porter les données, de les transférer — par exemple je demande à ce que mes données détenues par Amazon soient transférées à la Fnac — mais aussi de demander à effacer ces données ; donc en même temps, je demande à Amazon d’effacer mes données. Et ça, ça peut ouvrir un champ complet de capacités à déterminer qui peut, finalement, utiliser mes données et qui peut ne pas les utiliser. Et même si on pousse un petit peu plus loin le bouchon, on peut se dire que, à terme, il y aura des détenteurs de coffres-forts de nos données. Donc ces entreprises seront celles dans lesquelles je transférerai mes données pendant qu’en même temps je demanderai aux autres de les effacer.

Yves Decaens : C’est la portabilité dont vous parliez tout à l’heure Isabelle Falque-Pierrotin ?

Isabelle Falque-Pierrotin : Je crois que ce que dit notre auditeur est tout à fait juste. C’est vrai qu’on a une double possibilité avec le règlement. Mais moi je voudrais quand même juste insister sur le fait que, bien sûr, ce texte n’est pas parfait. Il est complexe, il est touffu, mais il représente quand même l’effort qu’a fait l’Union européenne d’unifier son marché et surtout de lancer un signal très important qui est : les données personnelles et leur protection c’est un enjeu majeur parce qu’il y a une échelle de sanctions qui a été considérablement revue, avec des sanctions à 4 % du chiffre d’affaires mondial, potentiel, de ces entreprises-là. Donc si vous voulez, on change, entre guillemets, « de nature de réponse ». Et même si la rédaction n’est pas parfaite, même s’il y a besoin de plus de clarification, on a maintenant un outil, à travers le règlement, de dissuasion vis-à-vis d’un certain nombre d’acteurs mondiaux qui est quand même extrêmement puissant, me semble-t-il. Si vous ajoutez le fait que dans le règlement européen nous avons la capacité, entre 28 autorités européennes de régulation, de codécider à 28 ! Ça va être le seul domaine de droit européen où 28 régulateurs ont la possibilité de prendre ensemble une même décision. Donc si vous voulez, là, l’Europe, quand même, arrive avec un certain nombre d’arguments.

Yves Decaens : Juste une précision avant de prendre Cécile au téléphone, on aurait peut-être dû commencer par là. Quelles sont les informations concernant les salariés qu’une entreprise a le droit de collecter ?

Arthur Messaud : Le contrôle de la vie privée en entreprise est dramatique, il est très faible. Au début, il y avait une jurisprudence intéressante qui, petit à petit, s’est complètement détériorée. Maintenant, du moment que le salarié est prévenu qu’on va regarder ses mails, en fait, le patron peut ouvrir la boîte mail professionnelle pour regarder tous les mails. C’est assez dramatique ! Je vous parlais du débat de la rentrée, là aussi il sera question de venir renforcer la vie privée au travail qui, en France, est laissée à l’abandon de façon assez importante.

Yves Decaens : Isabelle Attard.

Isabelle Attard : Oui, pour vous donner une idée, il faut lire aussi le livre[ En Amazonie], le reportage7 qui avait été fait par Jean-Baptiste Malet sur l’entreprise Amazon et sur l’utilisation, la collecte des données personnelles des salariés, qui ensuite partaient à Seattle dans ces énormes coffres-forts, dont parlait l’auditeur tout à l’heure, de données. Et c’est dramatique. Et rien qu’avec un exemple, celui de cette entreprise qui emploie bien des salariés français et européens dans d’autres entrepôts, pas seulement en France, l’utilisation qui est faite de ces données et de la collecte est terrifiante.

Yves Decaens : Autre question c’est Cécile qui nous appelle de Villefranche.

Cécile : Sur-Saône.

Yves Decaens : Sur-Saône. Nous vous écoutons. Bienvenue.

Cécile : Bonsoir et merci pour votre émission. C’était plutôt une remarque avec une question en plus, après. Les GAFA d’accord, on est méfiants, OK ! Mais il y a plein d’entreprises qui nous demandent, sur Internet, des informations personnelles et rien ne nous prouve que ces informations ne seront pas utilisées à mauvais escient. Voilà. Par exemple Blablacar me demandait, cet après-midi, de vérifier ma pièce d’identité ; bon je comprends très bien pourquoi, mais qu’est-ce qui me prouve qu’après, cette pièce d’identité ne sera pas utilisée à mauvais escient par un employé ou je ne sais. La SNCF, la banque, toutes nous demandent des informations personnelles. Alors moi je suis hyper-méfiante : tout à l’heure je me suis sauvée de Blablacar, franchement ; j’ai tout arrêté, j’ai fermé mon compte. Ça m’a fait peur !

Yves Decaens : C’est dommage ! Ça marche très bien Blablacar, pour les jeunes qui font du covoiturage. Mais c’est tout le hiatus des services en ligne. On est bien obligé d’en profiter, c’est un progrès et, en même temps, il y a effectivement un risque pour les libertés.

Isabelle Falque-Pierrotin : Je crois que ce que dit Cécile est parfaitement juste. C’est-à-dire qu’à chaque fois qu’on collecte une donnée personnelle sur vous, vous êtes en droit de demander pour quelle finalité elle est collectée. Et tout le travail de la CNIL, lorsque nous sommes saisis de plaintes comme la vôtre, c’est de vérifier que pour la finalité précise qui est annoncée par l’entreprise, la donnée qu’on vous demande est justifiée. Là c’est votre carte d’identité, d’autres demandent, par exemple, le casier judiciaire. Vous voyez ! On n’a pas besoin du casier judiciaire, dans la plupart des cas, pour accéder à un service. Dans l’instruction des plaintes, dans un certain nombre de cas, nous condamnons justement et nous menons des sanctions, enfin nous prononçons des sanctions à hauteur, aujourd’hui, simplement de trois millions d’euros face à des entreprises qui font ça.

Yves Decaens : Les deux tiers des plaintes concernent des pratiques commerciales, essentiellement ?

Isabelle Falque-Pierrotin : La plupart. Oui, oui. Des pratiques commerciales ou des pratiques au sein de l’entreprise, parce qu’effectivement la surveillance des salariés au sein des entreprises suscite énormément de plaintes. Je voudrais juste à cette occasion, quand même, nuancer le fait que la vie privée au sein de l’entreprise elle existe. Elle existe ! L’employeur peut collecter des données, là encore pour des finalités de gestion des carrières, de sécurité informatique. Il faut que ça soit justifié.

Arthur Messaud : Et pour licencier, pour chercher une faute.

Isabelle Falque-Pierrotin : Attendez ! Non !

Arthur Messaud : Le problème c’est pourquoi à ce moment-là, en fait. Quand on ouvre les mails, c’est pour licencier la personne ; trouver des fautes.

Isabelle Falque-Pierrotin : Bien sûr ! Mais il faut que l’employeur justifie la raison pour laquelle… Justement il doit apporter une preuve du contexte dans lequel il a collecté une donnée. En revanche, il n’est pas autorisé à surveiller de façon permanente ses salariés.

Arthur Messaud : Bien entendu !

Isabelle Falque-Pierrotin : Et nous, nous avons énormément de plaintes, par exemple pour des caméras de vidéosurveillance, d’individus qui disent : « Mais finalement, on a mis, au nom de la sécurité, des caméras partout ; en réalité c’est pour nous surveiller. » Donc là, on rejoint un petit peu ce que vous disiez et là, pour le coup, la CNIL sanctionne.

Yves Decaens : Isabelle Attard.

Isabelle Attard : Oui. Au nom du progrès technologique, pour améliorer nos vies quotidiennes, nous faire économiser de l’argent, nous faire économiser de l’énergie, on a également l’installation, en ce moment, des compteurs Linky et autres, Gazpar etc.

Yves Decaens : Très contestés !

Isabelle Attard : Très contestés et pour moi, en tout cas, dans l’utilisation, dans la récupération des données par rapport à ce qui se passe à l’intérieur d’une habitation : on saura exactement combien de personnes sont à un instant t dans telle habitation, dans tel appartement. Il y a le risque de piratage : la personne, l’auditrice parlait effectivement de qui utilise les données ; elle ne le sait pas. Je crois qu’on n’est pas capables, autour de la table, de dire exactement qui va analyser quoi aujourd’hui dans le type de données qui sera récupéré. Il y a une vraie intrusion dans la vie privée et c’est le cas. Si Enedis se comporte comme vendeur, ensuite, de données personnelles pour son chiffre d’affaires, pour augmenter son chiffre d’affaires, ce n’est pas spécialement la finalité qui est cochée au départ. Et je précise, cette finalité, pourquoi vous autorisez telle entreprise à collecter vos données personnelles, ça doit être clair ; ça ne l’est pas aujourd’hui ! Et quand il y a plusieurs finalités, il doit y avoir plusieurs cases à cocher. Et ça fait partie des nombreux combats.

Yves Decaens : Un tout dernier auditeur, peut-être Alain qui nous appelle de Dax.

Alain : Oui. Bonsoir monsieur et bonsoir à vos invités. Votre émission ayant suscité beaucoup de paranoïa chez moi, vous avez fait allusion tout à l’heure à Qwant. C’est un moteur que j’utilise depuis pas mal de temps et je me suis aperçu depuis quelque temps que, très régulièrement, je n’arrivais pas à accéder à certains sujets que je pouvais trouver sur la concurrence qui commence par un G. Donc je me disais, de manière paranoïaque, est-ce que c’est un hasard ou est-ce que Google peut avoir, lui aussi maintenant, le moyen de contrer un petit peu un site européen et français que, d’ailleurs, je recommande à beaucoup de vos auditeurs ?

Yves Decaens : De pirater son concurrent ?

Alain : Voilà. Est-ce que je suis parano, est-ce que ça peut s’envisager ?

Isabelle Falque-Pierrotin : Écoutez, je n’ai pas d’informations précises sur l’affaire, mais si c’était le cas, évidemment, ce serait, je dirais, une action anticoncurrentielle extrêmement préoccupante et j’imagine que la Commission européenne aurait matière à dire quelque chose. Voilà !

Yves Decaens : Pas d’informations sur ce point Isabelle Attard ?

Isabelle Attard : Une petite recherche hier. Chez nous on utilise un autre logiciel de recherche Startpage8 et pas Qwant pour, effectivement, protéger nos données. On n’a pas les mêmes résultats, dans la première page qui s’affiche, lorsqu’on utilise un autre moteur de recherche commençant par un G, comme dirait notre auditeur.

Yves Decaens : Google.

Isabelle Attard : C’est ça. Il ne faut pas oublier qu’il y aussi les opérations Dégooglisons Internet9 qui circulent parce qu’il y a d’autres solutions.

Yves Decaens : Vous n’avez pas les mêmes résultats, mais ils sont aussi efficaces ? Aussi bien ? Moins bien ?

Isabelle Attard : On n’a pas les mêmes résultats qui s’affichent. C’est efficace.

Arthur Messaud : Pour les gens qui veulent rester sur l’efficacité de Google mais sans être fichés, la solution de madame Attard est très bien, c’est Startpage, comme la page du début. En fait, c’est juste un site qui va sur Google à votre place et vous donne les résultats. C’est une solution alternative.

Isabelle Attard : En protégeant les gens.

Yves Decaens : Précisons quand même, Isabelle Falque-Pierrotin, que la nouvelle législation européenne, donc à partir de mai 2018, concernera les entreprises américaines situées sur le sol européen.

Isabelle Falque-Pierrotin : Vous avez tout à fait raison. C’est une nouveauté très importante de ce règlement qui s’appliquera, effectivement, à toutes les entreprises européennes, bien sûr, mais aussi étrangères, même non établies en Europe, dès lors qu’elles ciblent un citoyen ou un consommateur européen. Et ça, c’est une avancée considérable parce que ça remet à égalité de concurrence les entreprises européennes avec les entreprises internationales qui, aujourd’hui, arguent du fait qu’elles ne sont pas établies en Europe pour ne pas respecter le droit européen. Demain c’est fini : tout le monde au même niveau !

Yves Decaens : Juste une remarque très rapide le ministère de l’Éducation impose Microsoft à tous les élèves. Ils ont tous un compte. Est-ce que c’est un problème ? C’est Adrien qui nous demande ça par mail.

Arthur Messaud : Ah oui, c’est dramatique ! En fait, les alternatives à Microsoft, qui sont gratuites, elles sont géniales. Ce sont des bénévoles, comme je disais, qui développent ça ; ça va être Linux, Debian. Elles sont gratuites, géniales, sécurisées et c’est vraiment un scandale d’imposer juste pour faire de l’argent pour Windows.

Yves Decaens : Merci à vous, Arthur Messaud, Isabelle Falque-Pierrotin, Isabelle Attard. Merci à vous d’avoir participé à ce téléphone sonne/em>.

Isabelle Attard : Merci.

DRM l'overdose - conf de Marie Duponchelle et Magali Garnero le 21 novembre à Compiègne

APRIL - jeu, 09/11/2017 - 15:51
Début: 22 Novembre 2017 - 19:00Fin: 22 Novembre 2017 - 21:00

Les technologies DRM sont des verrous numériques qui essayent de contrôler ce qu'on peut faire ou pas avec les contenus multimédias et le matériel informatique qu'on a acheté.

  • Vous ne pouvez pas lire un ebook Amazon sur la liseuse de votre choix? C'est du DRM
  • Vous ne pouvez pas jouer au jeu que vous avez acheté parce que les « serveurs d'authentification » de l'éditeur sont hors ligne ? C'est du DRM
  • Vous ne pouvez pas copier le contenu d'un DVD ou Blu-Ray pour le voir sur votre smartphone ? C'est du DRM

(exemples extraits de eff.org)

La conférence sera présentée par Marie Duponchelle (Avocate au Barreau de Compiègne) et Magali Garnero alias Bookynette (membre de l'April et de Framasoft). À travers des exemples et des cas pratiques, elles répondront à la question "Les technologies DRM, elles protègent qui et de quoi ?".

Note pour les extérieurs: Si vous êtes intéressés pour assister à la conférence, faites-le nous savoir en envoyant un mail à picasoft@assos.utc.fr ! On fera notre possible pour que vous puissiez venir :)

RDV dès 19h à l'université de technologie de Compiègne, BF A106.

Que manque-t-il pour avoir des licences Open Hardware qui fonctionnent - Calimaq

APRIL - jeu, 09/11/2017 - 09:23


Titre : Que manque-t-il pour avoir des licences Open Hardware qui fonctionnent ?
Intervenant : Calimaq
Lieu : PSESHSF - Pas Sage En Seine - Hacker Space Festival
Date : juin 2016
Durée : 57 min 29
Visualiser la vidéo ou télécharger la vidéo
Diaporama support de la conférence : format PDF
Licence : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

La logique du Libre est née dans le secteur du logiciel, où elle a pu se déployer en s'appuyant sur des licences ancrées dans les principes du droit d'auteur. La GNU-GPL et toutes ses descendantes garantissent les 4 libertés fondamentales des utilisateurs et les protègent par le biais du mécanisme du Copyleft (Partage à l'identique). Plus tard, cette dynamique du Libre a pu être prolongée dans le domaine de la création culturelle par le biais de nouvelles licences comme les Creative Commons, adaptées à la diffusion de tous les types d’œuvres protégées par le droit d'auteur (textes, vidéos, musiques). En ce qui concerne les données, après une phase de tâtonnement, des licences spécifiques comme l'ODbL ont permis d'appliquer la logique du Libre à des bases de données en donnant naissance à l'Open Data.

Transcription

[Il manque quelques mots] Juriste aussi, c’est pour ça que je suis assez content de faire ce Pas sage En Seine dans une bibliothèque. Je suis au CA de La Quadrature du Net1 et je suis aussi dans un collectif qui s’appelle SavoirsCom12 et je m’intéresse, en général, à tous les aspects juridiques du Libre et à tous les aspects de la culture libre. Et ça m’a amené, après m’être beaucoup intéressé, on va dire, à la création artistique sous licence libre, la musique, les films, les livres, à m’intéresser à un autre domaine, que vous connaissez sans doute, qui est l’open hardware c’est-à-dire le matériel libre ou le matériel open source — on va voir que ce n’est pas tout à fait la même chose — et à m’intéresser à savoir comment ça allait marcher du point de vue juridique. Parce que, dans le monde du logiciel, on a eu la chance d’avoir des licences qui ont bien balisé le terrain, qui ont permis tout ce qu’a permis le logiciel libre, en commençant par la GNU GPL [GNU General Public License] — on a parlé de Richard Stallman cet après-midi — ça a été quand même un outil fondamental. Et, dans le domaine des licences open hardware, vous allez voir que le terrain est beaucoup moins solide et qu’on est en train de construire quelque chose qui est hyper-intéressant, c’est-à-dire la possibilité d’avoir du matériel libre, ce qui est absolument déterminant, j’essaierai de vous montrer des exemples, avec le développement de l’Internet des objets, avec toutes ces choses qui peuvent avoir des facettes assez inquiétantes. Le fait d’avoir du matériel vraiment libre c’est un enjeu fort, mais ça va être beaucoup plus difficile que dans le logiciel. Donc je vais essayer de vous montrer un petit peu où est-ce qu’il y a un bug, parce qu’en fait, il y a un bug dans le système qui va rendre les choses beaucoup plus difficiles à libérer pour du matériel que pour d’autres éléments. Je vais essayer de vous montrer un peu pourquoi il y a un bug et comment on pourrait, éventuellement, essayer d’y remédier. Pardon ?

Public : Ce n’est pas par les usines ? Parce que…

Calimaq : Oui, l’open hardware c’est souvent assez do it yourself, parce que ce sont des trucs qui sont assez liés au mouvement des fab labs, des hackerspacesoù on ne fait pas les choses dans des usines, mais on les fait soi-même en relocalisant la production. Là je vais surtout me concentrer sur les aspects juridiques.

Je précise que tout ce travail-là en fait, on l’a fait en collaboration. Vous avez peut-être entendu cet après-midi quelqu’un qui s’appelle Antoine Chevrier, qui a présenté un projet d’éolienne, et il a pas mal réfléchi aussi à ces questions. Moi je vais reprendre sûrement certains des sujets qu’il a abordés. Il y a des gens qui travaillent dans une association qui s’appelle PiNG, qui est à Nantes, qui ont un fab lab qui s’appelle Plateforme C, qui ont beaucoup réfléchi à ces questions. Ils ont un juriste qui s’appelle Vladimir Ritz, notamment, et on va sûrement bientôt publier une synthèse là-dessus pour essayer de montrer ces problématiques.

Comment est-ce que j’en suis venu, moi, à m’intéresser à ces questions ? En fait, ça a commencé il n’y a pas si longtemps que ça. Je ne sais pas si vous avez entendu parler de ce projet qui s’appelait POC21. C’était un projet qui était porté par WeShare, le collectif WeShare sur l’économie collaborative qui, en marge de la COP21, a voulu faire une sorte de contre-événement où ils ont invité des designers, pendant six semaines, à rester dans un château et à designer douze projets qui devaient avoir un impact environnemental fort et qui devaient être dans la philosophie de l’open source, c’est-à-dire des projets de matériel libre. Il y avait des éoliennes, il y avait des matériels de construction modulaire. Il y avait un tracteur à pédales ; il y avait un four solaire. Voilà, une sorte de laboratoire qui était dans un château et l’engagement de ces gens c’était de faire un prototype, de faire un prototype qui soit réalisable et, au bout du compte, de le libérer en utilisant des licences.

Donc moi, ils m’avaient invité pour essayer d’accompagner ces porteurs de projets à choisir une licence et à voir comment on allait faire pour aller jusqu’au bout de la démarche. Alors au final, comme il fallait que ce soit relativement cadré, les gens qui ont participé à ce projet ont signé un contrat. Parce qu’on voulait être sûrs, quand même, qu’au bout du compte les gens aillent jusqu’au bout. Donc ils ont signé un contrat sur les aspects juridiques et ce qu’on leur conseillait c’était, vous voyez, parce que quand vous faites du matériel, il y a plusieurs couches différentes. Donc quand il y avait des logiciels à associer au matériel il fallait qu’ils utilisent une GNU GPL, une FreeBSD, une MIT License, des choses assez connues. Pour tous les contenus médias, s’ils produisaient du texte, des photos, de la vidéo, etc., on leur conseillait d’utiliser des licences Creative Commons. Et on leur conseillait d’utiliser des licences spécifiques pour l’open hardware qui sont la TAPR OHL, Open Hardware License, et CERN Open Hardware Licence. Voilà un peu l’engagement qu’ils devaient avoir.

Il se trouve qu’en discutant avec ces personnes, on s’est rendu compte que c’était beaucoup plus compliqué que ça, parce qu’il y avait beaucoup de couches de droit différentes à ouvrir. Il y a des gens qui se posaient beaucoup de questions sur est-ce qu’il faut que je dépose un brevet, ou pas, sur ce que j’ai fait. Des gens qui voulaient savoir s’ils devaient déposer une marque sur le nom de leur objet. Il y a eu beaucoup de discussions et ça s’est fini beaucoup plus simplement. Ils ont mis la documentation de leurs projets sur un site qui s’appelle Instructables3, où on a des vidéos, des images, des descriptions, des fichiers de conception, etc., toute la documentation, et ils ont tout mis, en fait, sous une licence Creative Commons classique CC-BY-SA ; c’est la licence de Wikipédia, c’est celle qui est un peu l’équivalent de la GNU GPL pour le logiciel, avec cette clause-là, que vous connaissez peut-être, qui est la clause de copyleft, celle qui fait un effet viral. Voilà ! Donc ça s’est terminé comme ça et j’avoue que ça m’a laissé un petit peu sur ma faim parce que vous allez voir que ça n’est pas très satisfaisant sur les effets que ça produit.

Après l’open source, si vous voulez, c’est un mouvement qui se structure, qui se développe, et qui finit par avoir des définitions. L’open source hardware, il y a une fondation qui s’est montée, qui donne des instructions sur comment est-ce qu’on doit faire pour être dans une démarche d’open source hardware et qui nous conseille dans la définition : il faut des « conceptions réalisées publiquement et disponibles de manière à ce que n’importe qui puisse étudier, modifier, distribuer, créer et vendre un design, ou un produit basé sur ce design. » Ça, ça ressemble beaucoup, en fait, à la définition du logiciel libre, en général. C’est une espèce de transposition de ce que peut être le libre ou l’open source au domaine de la fabrication.

Ça, ça rentre dans un processus qui nous a conduits à passer des premières licences, on va dire, de logiciel libre, donc la GNU GPL et ses déclinaisons qui ont été portées à la base par la Free Software Foundation avec Richard Stallman et tout ce qui s’est fait. On a eu une sorte de bifurcation à un moment donné avec les licences open source. Vous savez il y a un grand débat entre le libre et l’open source, avec des gens qui ont fait des licences qui, en fait, étaient plus permissives que les premières licences libres, qui là, on restait dans le champ du logiciel.

Ensuite il y a eu la branche Creative Commons où là, en fait, on a étendu la logique du logiciel libre aux œuvres, donc aux textes, à la musique aux vidéos, aux jeux vidéos, tout ce qui était de l’ordre de ce qu’on appelle les œuvres de l’esprit qui sont protégées par le droit d’auteur. Et on a vu aussi une bifurcation qui s’est faite pour les données avec l’open data. Il y a eu aussi des déclinaisons spéciales, qui s’appliquent aux bases de données. Il y a en une qui s’appelle ODbL, par exemple, Open Database License, et il a fallu, à chaque fois si vous voulez, créer, décliner, de nouvelles licences et, dans ces domaines-là, on a une certaine certitude juridique. C’est-à-dire que ces licences sont valides, elles s’appuient sur des droits qui existent. Les licences de logiciels s’appuient, vous le savez, sur le copyright et le droit d’auteur, en fait. Un logiciel c’est une œuvre de l’esprit protégeable par le droit d’auteur et c’est ce fondement-là qui leur donne une vraie force. Notamment, si quelqu’un viole une licence de logiciel, eh bien vous pouvez l’attaquer au tribunal. C’est un aspect important. Les Creative Commons, c’est pareil, c’est fondé sur le droit d’auteur. Et dans l’open data il y a un droit des bases de données qui sert de fondement aussi aux licences.

Mais pour l’open hardware, il y a un problème, si vous voulez. Parce que quand vous faites un objet qui est fabricable, vous allez vous trouver sur un autre terrain que le droit d’auteur. Il peut y avoir du droit d’auteur parce que la forme de votre objet peut être une œuvre. Si elle est originale, s’il y a un design qui se rapproche de ce qu’on appelle une œuvre de l’esprit originale, dans sa forme, la forme de l’objet en elle-même peut être protégée par le droit d’auteur, un peu comme une sculpture si vous voulez, et là le droit d’auteur va marcher. Mais il y a plein d’objets qui ne sont pas des œuvres de l’esprit. Vous voyez cette table-là, par exemple, je ne suis pas du tout sûr qu’on puisse la qualifier d’œuvre originale. Sa forme est trop banale pour pouvoir être protégée par le droit d’auteur. Il n’empêche qu’elle peut quand même être protégée par des droits de propriété intellectuelle, mais là on rentre dans un champ qui s’appelle la propriété industrielle, qui comporte d’autres droits, par exemple des droits qui s’appellent les dessins et modèles, qui concernent la forme d’objets fonctionnels, et qui peuvent avoir une protection, mais au titre des dessins et modèles. Et évidemment, il y a un autre droit qui s’appelle le brevet qui lui va porter sur l’invention, c’est-à-dire un procédé technique qui répond à un problème technique et là il y a toute une branche du droit qui est structurée autour.

Le gros problème qui se pose dans le domaine de l’open hardware, c’est que le droit d’auteur et la propriété industrielle ne fonctionnent pas du tout de la même manière. Il y a des règles complètement différentes, notamment pour obtenir le droit.

Notamment, la règle fondamentale pour avoir un droit de propriété industrielle, c’est qu’il faut que vous fassiez un dépôt. Vous ne l’avez pas automatiquement. Quand vous faites un logiciel, vous écrivez un logiciel, s’il est original, ce qui est relativement fréquent, vous allez avoir automatiquement le droit d’auteur qui s’applique sur le logiciel et vous l’avez sans avoir aucune démarche à faire. Vous n’avez même pas à le publier, votre logiciel, pour avoir un droit d’auteur valide. Vous l’avez automatiquement, ce qui fait que vous pouvez directement utiliser une licence pour le libérer.

Pour la propriété industrielle, vous ne pouvez pas faire ça, en fait. Si chez vous ou dans un fablab, par exemple, vous proto-typez quelque chose qui est une invention — et ça arrive j’imagine très souvent dans les fab labs qu’il y ait des gens qui découvrent de nouvelles choses — eh bien vous n’allez pas avoir un titre juridique immédiatement. Pour l’avoir, il faudrait que vous alliez faire une démarche à l’INPI, l’Institut national de la propriété industrielle, pour qu’ils vous donnent, ils vous délivrent un brevet. C’est compliqué ça, c’est long, c’est cher, mais sans ça vous n’avez pas le fondement juridique qui vous permettra de libérer ce que vous avez fait. Et c’est pareil pour les marques aussi, dans le domaine.

Grosse différence de fonctionnement qui, vous allez voir, entraîne pas mal de bugs.

À cela s’ajoute qu’il y a un gros flou juridique dans tout ce domaine de la fabrication. Quand vous avez un fab lab, par exemple, si vous êtes vraiment un fab lab au sens propre du terme, vous appliquez une charte, mais la charte est extrêmement floue. Elle ne dit pas, par exemple, qu’il faut vraiment mettre les choses qu’on crée dans un faf lab sous licence libre. Il y a une sorte de flou artistique dans ce qu’ils disent. Ils disent que ça peut être protégé et vendu comme le souhaite leur inventeur, mais que ça doit rester disponible, de manière à ce que les individus puissent les utiliser et en apprendre. Ce qui est, à vrai dire, extrêmement flou et ne nous dit pas, en fait, quel type de licence doit être utilisé. Ça, ça crée aussi pas mal d’incertitude sur ce que les gens doivent faire dans les fab labs, ou pas, et quelles obligations ils ont quand ils utilisent les moyens que leur donne un fab lab.

Là je vous ai mis le schéma, un petit peu, de toutes les composantes. Richard Stallman n’aimerait pas du tout que je dise ça, mais ce sont toutes les composantes de ce qu’on appelle propriété intellectuelle. Lui n’aime pas du tout ce terme, il n’a pas tort d’ailleurs. Mais ça se sépare en propriété littéraire et artistique et c’est là tout le domaine des droits d’auteur ; et dans la propriété industrielle vous avez des tas de branches. Celles qui sont les plus impliquées dans l’open hardware ce sont les brevets, mais aussi les dessins et modèles. Pour les circuits imprimés vous avez les topographies de semi-conducteurs. Tout ça peut faire l’objet de droits différents et qui partagent tous, en commun, que pour les obtenir il faut avoir fait un dépôt pour obtenir le droit.

Et obtenir un brevet, par exemple, c’est un processus qui est vraiment complexe. Il faut faire un dossier, qui est à l’INPI. Il faut que l’INPI vérifie si ce que vous avez fait est bien une invention brevetable. Il y a des recherches qui sont faites, parce qu’un des grands principes du droit des brevets, c’est que ne vous pouvez avoir le titre de propriété que si vous avez fait un procédé technique nouveau. Il y a une vérification de ce qu’on appelle les antériorités. C’est-à-dire on vérifie si, dans l’état de l’art dans le domaine où vous avez fait votre invention, il n’y a pas déjà eu des procédés qui sont similaires. Et s’il y a un procédé similaire qui est trouvé, vous ne pouvez pas déposer de brevet ; ça bloque le dépôt de brevet ultérieur. Et vous voyez que pour avoir un brevet il faut, en fait, plusieurs années. Entre le moment où vous déposez le brevet et vous l’obtenez, il faut plusieurs années. Et ça coûte relativement cher, ça coûte plusieurs milliers d’euros, sachant qu’en plus les brevets ont une portée nationale. Vous pouvez faire aussi des demandes qui auront une portée européenne. Et si vous voulez avoir un brevet valable au niveau mondial, il faut, là aussi, payer encore plus cher et faire des démarches encore plus complexes.

Malgré tout ça, Richard Stallman nous avait gratifiés d’un article qui disait « Nous voulons aussi du matériel libre. »4 Parce qu’en fait, il expliquait qu’il y a vraiment un intérêt fondamental à ce qu’on ait du logiciel libre, mais que le matériel soit libre, lui aussi. Et il a fait un assez long article où il détaille et il explique que si on veut être dans une démarche de libération du matériel, la stratégie ça va être de prendre la documentation qui décrit le matériel qu’on va produire et de mettre cette documentation sous une licence libre. Et il propose dans son article tout un tas de licences, en fait, la GNU GPL, qui est la licence de logiciel, par exemple, d’autres licences de logiciel, la licence Apache, des licences Creative Commons et il explique que, globalement, si vous mettez votre documentation sous licence libre, vous allez arriver à obtenir à peu près le même effet que ce qu’on a dans le logiciel. Vous allez notamment respecter, vous savez, les quatre libertés fondamentales du logiciel libre et ça, ça garantirait qu’on ait du matériel libre.

La chose la plus importante c’est qu’en général vous allez publier et votre matériel va être open source au sens où on va pouvoir voir comment on le fait ; il y aura une description de toutes ses composantes donc les gens auront accès à l’équivalent du code source pour un logiciel, c’est à-dire la méthode de fabrication et c’est ça qui ferait la qualité de matériel libre.

Dans le processus, pour Richard Stallman, il y a une chose qui est fondamentale, c’est ce qu’on appelle le copyleft, qui est une clause qui se trouve dans la licence GNU GPL, qui existe pour le logiciel et en fait, cette clause, vous le savez peut-être, c’est la garantie qu’il n’y ait pas de réappropriation possible d’un logiciel qui a été mis sous GNU GPL. Comment ça fonctionne ? Si vous faites une version dérivée d’un logiciel qui est sous GNU GPL, vous en faites une modification, une amélioration, vous le combinez avec d’autres éléments, cette clause va se déclencher et elle va se transmettre à la version que vous aurez produite. Et vous serez obligé, vous-même, de repartager la version améliorée que vous aurez faite sous la même licence. C’est ce qu’on appelle une clause virale ou une clause héréditaire, qui garantit que tout ce qui fait à partir d’un premier logiciel passé sous licence libre sera remis au pot commun. C’est notamment très important dans les rapports avec les entreprises, parce qu’une entreprise qui veut utiliser un logiciel libre, elle peut le faire. Si un logiciel est vraiment libre, il permet l’usage commercial, donc l’entreprise pourra l’utiliser. Quand elle veut l’utiliser, en général, elle est obligée de le modifier pour l’adapter à ses besoins. Mais si elle fait ça, elle sera obligée de reverser toutes ses modifications et tous ses apports dans le pot commun et de libérer à son tour ce qu’elle a fait. Oui ?

Public : Donc ce n’est pas vraiment légal de modifier sans reverser. C’est plus si on veut redistribuer ce qu’on a modifié, qu’on doit…

Calimaq : Oui, oui, c’est en cas de redistribution, c’est vrai. Mais c’est quand même une clause de protection qui est très importante pour garantir que quand la liberté a été donnée une fois, elle ne soit pas refermée ensuite. En fait, le gros enjeu de l’open hardware c’est de savoir si on va pouvoir reproduire cet effet. Et c’est ça qui n’est pas du tout garanti dans les systèmes de licences qui existent actuellement.

[Alors je ne sais pas pourquoi j’ai mon support qui se décale. Désolé !]

Cette clause a des effets importants de protection des objets libres. Par exemple dans Wikipédia vous avez cette clause qui existe parce que Wikipédia est sous licence Creative Commons CC-BY-SA, qui a donc la clause copyleft, le partage à l’identique et ça, ça protège énormément Wikipédia. C’est-à-dire que vous pouvez faire un usage commercial de Wikipédia, par exemple vous pouvez imprimer des articles de Wikipédia et les vendre sous forme de livre, mais vous allez être obligé de laisser le contenu sous cette licence-là. Vous pouvez faire des traductions des articles de Wikipédia, mais si vous faites une traduction, vous sera obligé de libérer ce que vous aurez traduit. Donc tout ça a un effet de protection.

[Alors je suis désolé, ça devient un petit peu gênant.]

En termes de protection, ça a un effet très puissant sur Wikipédia. C’est ce qui fait, par exemple, que le contenu de Wikipédia compris comme un tout n’appartient à personne. Il n’y a pas de propriété sur l’ensemble de Wikipédia. Ce qui fait qu’un Google ne pourra jamais venir voir la Wikimedia Foundation et lui dire « je vais racheter Wikipédia ». La Wikimedia Foundation ne peut pas vendre son propre contenu, si vous voulez. Et ça, c’est un mécanisme très important de protection des projets libres, surtout quand ils atteignent une valeur comme peut l’avoir Wikipédia. Donc c’est quand même très important d’avoir ces clauses de partage à l’identique, parce que c’est une garantie que la culture libre ne bascule pas à nouveau dans le côté propriétaire.

Or c’est déjà arrivé dans l’open hardware. Il a déjà eu des gros incidents de parcours. Vous connaissez peut-être cette imprimante 3D qui s’appelle la MakerBot qui est, en fait, une variation, à la base, d’une autre imprimante 3D qui s’appelait la RepRap, qui était considérée comme un des projets pionniers de l’open hardware, qui était sous licence libre, qui était sous GNU GPL. À moment donné, en 2012, MakerBot a produit une nouvelle version d’imprimante 3D et a commencé à ne plus publier les sources. Donc ils ont commencé à refermer. Sachant que, en plus, entre la RepRap et la MakerBot, il y a eu des tas d’apports de la communauté qui ont été faits et l’entreprise qui était derrière MakerBot se les ait appropriés, en fait, et a refermé les sources d’un seul coup et on n’a plus eu accès aux sources. Et pire que ça, en 2014, on s’est rendu compte que l’entreprise derrière MakerBot commençait à déposer des brevets sur les éléments fonctionnels de l’imprimante 3D. Et c’est un des pros problèmes, si vous voulez, parce qu’il y a toute une communauté qui a contribué à ce projet, tout ça pour finir par une réappropriation et MakerBot a fini par être rachetée pour très cher aussi. Donc ça c’est un sacré problème, quand même, dans le monde de l’open hardware. Si ça se reproduit souvent il y aura un malaise dans le développement. Oui ?

Public : En fait, quand MakerBot a déposé le brevet, comment se fait-il que la communauté l’a su ?

Calimaq : La question c’était comment le public a pu avoir connaissance que Makerbot avait fait des dépôts de brevets. Dans le moment de la procédure du brevet, en fait, quand quelqu’un qui a une invention va demander un brevet à un organisme qui délivre des brevets, il y a une phase où ça doit être public. C’est rendu public à tout le monde pour, justement, il puisse y avoir d’autres gens qui se manifestent pour dire : « Ah ben non, moi j’ai déjà un brevet ». Dans la phase de vérification initiale c’est rendu public à tout le monde que untel a fait un brevet pour telle invention, etc. Donc c’est comme ça qu’on peut savoir, en général, qu’il y a un brevet problématique qui est déposé, ce qui arrive très souvent, en fait. Il y a beaucoup de dépôts de brevets qui sont un peu particuliers.

Vous voyez, ça c’est la RepRap. C’est une imprimante 3D qui a la particularité de s’auto-répliquer, c’est-à-dire qu’elle est entièrement re-constructible à partir d’elle-même. Quand vous avez une RepRap, vous pouvez reconstruire tous les éléments de la RepRap pour en faire une autre à partir d’elle-même, donc elle est auto-réplicante.

Public : Sauf…

Calimaq : Ouais. Quelques éléments qu’il faudra rajouter, mais l’essentiel des éléments… C’est un projet quasi poétique, qui est assez intéressant, et qui était sous une RepRap GPL License, licence très bizarre qui dit qu’elle est sous GNU GPL. J’avoue que j’ai du mal à comprendre l’intérêt de faire une licence qui dit qu’on est sous GNU GPL. Pourquoi ne l’avoir pas mis directement sous GNU GPL ? Mais ça c’est une des bizarreries. Vous allez voir qu’il y a beaucoup de bizarreries dans le domaine de l’open hardware. Ça ne l’a visiblement pas tellement protégée quoi, parce que s’il y a pu avoir toutes ces dérives avec MakerBot, c’est qu’il y a eu un souci.

Vous avez un autre projet emblématique de l’open hardware qui est le projet Open Source Ecology qui est un projet de production de machines agricoles, qui existe depuis plusieurs années, et qui a fait, notamment, un set de construction d’un village global. C’est un kit de redémarrage de la civilisation, en gros, où vous pouvez reconstruire tous les éléments de base pour repartir une civilisation à zéro. Vous avez la petite moissonneuse-batteuse, un tracteur, un four solaire, une machine pour faire des briques. Et tout ça a été mis, tous les plans ont été mis sous licence Créative Commons CC-BY-SA.

Vous avez tout ce qui concerne Arduino. Les puces Arduino, circuits imprimés Arduino qui, eux aussi, en fait, ont mis tous les fichiers de conception des circuits imprimés sous licence Creative Commons. Toute la partie logicielle a été mise soit sous GPL, soit sous LGPL [Licence publique générale limitée GNU] qui est une version de la GPL. Et on verra tout à l’heure aussi que Arduino a déposé une marque sur son nom qui est aussi une chose importante dans leur mode de fonctionnement. Oui ?

Public : Ils sont en procès ?

Calimaq : Oui. La communauté, enfin les gens qui étaient derrière Arduino se sont disputés. Maintenant il y a Genuino qui est une sorte de fork, on va dire, d’Arduino. Il y a eu des petits soucis sur le nom.

Vous avez un projet aussi assez emblématique qui s’appelle Wikispeed qui est un projet collaboratif qui a conduit à faire une voiture de course en open source, qui a la particularité de très peu consommer. Et ça a été une des plus belles réussites du truc open hardware parce que ça a montré que, par rapport aux procédés industriels, il y avait des possibilités énormes de faire des projets éco-responsables, beaucoup moins gourmands en termes d’énergie. Par contre, j’ai eu beau chercher, j’avoue que je n’ai pas trouvé toutes les licences. Il y a les sources en ligne, c’est-à-dire qu’on voit tous les éléments de conception ; il y a toute la description, mais la licence n’est pas très claire.

Et peut-être vous avez vu en bas, il y a ce projet-là qui est exposé ici, qui est un projet de design libre d’objets à fabriquer soi-même. Vous avez la description pour faire tous ces types d’objets. C’est un livre qui a été fait par crowdfunding et qui est sous Licence Art Libre, qui est une licence qui ressemble à la Creative Commons CC-BY-SA. Voilà.

Donc vous voyez, il y a des pratiques quand même, il y a des beaux projet dans le domaine de l’open hardware qui utilisent pas mal de stratégies différentes. Il y a celui-là aussi, que vous connaissez peut-être, le Bionicohand, un projet de prothèse de main qui a été fait par quelqu’un dans un fab lab qui est à Brest, qui a gagné un prix Google pour avoir fait ça et qui a diffusé les sources de son projet sous CC-BY-SA. Bizarrement, j’ai trouvé aussi des éléments de son projet sous CC-BY-NC, ce qui n’est pas tout à fait compatible. C’est un peu petit bizarre comme diffusion, mais c’est aussi un projet qui est relativement intéressant. Ça permet de baisser les coûts de production de ce type d’outil par plus que dix.

Donc vous avez vu qu’on peut faire de l’open hardware. C’est quand même relativement compliqué. Moi je vais essayer de vous montrer qu’il y a trois stratégies possibles pour le faire, pour essayer de libérer du matériel. Il y a trois stratégies possibles. Chacune a ses failles, mais chacune a son intérêt et on va essayer de voir rapidement comment on peut faire.

La première stratégie possible c’est de se dire qu’on va publier la documentation de ce qu’on a produit pour directement verser l’invention dans le domaine public.

Ça, c’est une chose qu’on connaît, alors ce n’est pas vraiment dans le domaine de l’open hardware, mais, par exemple, c’est ce qu’a fait Tim Berners-Lee en 1993, quand il a inventé le Web. Tim Berners-Lee, il est au CERN, en Suisse ; il invente le Web et là il y a un choix vraiment crucial à faire c’est : est-ce qu’il dépose un brevet dessus ? Si Tim Berners-Lee avait déposé un brevet sur tous les protocoles du Web, tout ce qui me permet d’afficher les pages web, etc., le système des hypertextes ; tout ça c’était brevetable, en fait. Et là, ils font le choix de ne pas le breveter et ça a été un des choix historiques les plus importants. Parce que s’ils avaient déposé un brevet, ça aurait complètement changé le développement du Web et ça aurait sûrement conduit à ce qu’il y ait des webs et pas un web. Donc ce choix-là est vraiment crucial. Et qu’est-ce qu’ils font en fait, simplement ? Eh bien Tim Berners-Lee fait un article où il explique ce qu’est la technologie qu’il a produite, il montre tous les procédés, tous les protocoles, et en le révélant, si vous voulez, il s’empêche lui-même de déposer un brevet, parce que du coup il a fait une révélation d’antériorité, et il empêche tout le monde de déposer un brevet. En faisant ça, si vous voulez, vous faites quelque chose qui n’est pas vraiment sous licence libre, vous le mettez dans le domaine public, c’est-à-dire que ça devient libre, mais vous ne revendiquez pas de droits dessus. Vous abandonnez vos droits sur la chose en la révélant à la face du monde.

Il y a pas mal de gens qui ont fait ça, d’autres. Là c’est un autre projet que je trouve assez intéressant. Vous savez, le gel hydroalcoolique que vous utilisez pour vous laver les mains, en fait ça a été inventé par un médecin qui s’appelle Didier Pittet, qui était dans un hôpital, en Suisse aussi, et qui se posait la question des maladies nosocomiales. Et il s’est rendu compte que c’était transmis en général, dans les hôpitaux, par les mains ; il a trouvé cette formule de solution hydroalcoolique, qu’on utilise tous maintenant, qui est beaucoup plus simple pour les médecins que de se laver les mains avec de l’eau. C’est beaucoup plus rapide. Il s’est rendu compte que ça, il fallait que ce soit disponible au coût le plus le bas, notamment pour que ce soit diffusable dans les pays du Sud, dans les pays en voie de développement. Il a renoncé à déposer un brevet dessus, ce qui fait que ce gel a été disponible avec des coûts très bas. Il y a un très beau livre qui a été écrit par Thierry Crouzet, là-dessus, qui s’appelle Le geste qui sauve. C’est un cas d’invention qui a été libérée par révélation du procédé, publiquement.

Ça, ça marche. Si vous faites ça avec un de vos projets, vous allez faire une forme d’open hardware, mais ça pose un problème. Le problème, en fait, c’est qu’on ne vit pas dans un monde Bisounours, si vous voulez, et qu’il y a des gens qui cherchent à déposer le maximum de brevets. On appelle ça aux États-Unis des patent trollsl. Ce sont des sociétés qui ont des stratégies : elles déposent le plus de brevets possibles. En général elles ne fabriquent rien et elles vivent sur la menace des procès qu’elles peuvent faire à d’autres firmes, à tel point qu’aux États-Unis ça représente une part énorme des procès qui sont faits dans le domaine des brevets. Ça fragilise beaucoup leur secteur industriel, c’est vraiment devenu un gros problème.

Le risque que vous prenez en révélant votre invention à la face du monde c’est que vous allez le faire, vous, par exemple, sur un site internet peut-être pas très connu, pas très visible. Si eux font un dépôt de brevet devant un office de propriété intellectuelle, il n’est pas du tout sûr que l’office de propriété intellectuelle repère que vous vous avez fait une publication à la face du monde de votre invention. Il faudrait que ça se voit. Le Web est grand, ils ne peuvent pas faire des recherches à l’échelle du monde entier, et donc vous avez un risque que quelqu’un vous prenne votre technologie et la brevette. Il peut ensuite après se retourner contre vous en disant que c’est lui qui a le brevet et vous attaquer si vous continuez à le fabriquer, etc., ou attaquer d’autres personnes qui, de bonne foi, se seraient fiées… Oui ?

Public : Inaudible.

Calimaq : Alors si on peut prouver l’antériorité, on peut faire tomber ce brevet, le brevet frauduleux qui aura été déposé. Sauf qu’il faut aller faire un procès pour le faire. Donc il va falloir prendre sur soi d’aller attaquer une firme. En général ce sont des firmes où il n’y a que des juristes dedans, qui sont très bien préparés à ce genre de choses. Et donc, si vous êtes un petit inventeur dans un fab lab, par exemple, il y a peu de chances que vous ayez les reins assez solides pour aller contester un brevet de patent troll. Donc théoriquement oui, la publication ça fait une antériorité qui bloque les dépôts de brevets ultérieurs, mais en pratique, quand même, ce truc est vraiment difficile. Et aux États-Unis c’est un tel problème qu’il y a plein de gens qui déposent des brevets alors qu’ils ne voudraient pas vraiment le déposer, mais uniquement pour se défendre, parce qu’ils se disent « au moins j’ai un brevet. Si jamais quelqu’un essaie de m’embêter, un patent troll vient m’embêter, eh bien en justice je pourrai lui opposer mon brevet, ce sera beaucoup plus simple que d’essayer de faire tomber son brevet à lui. »

Public : Il n’essaient pas de réguler la prolifération de ce genre d’entreprises ?

Calimaq : Il y a eu des tentatives de changer la loi aux États-Unis pour limiter ce problème, sauf que le problème c’est que les patent trolls sont aussi très forts en lobbying et que, pour l’instant, le Congrès américain n’a jamais pu régler le problème à la racine. Oui ?

Public : Ça coûte combien de déposer un brevet ?

Calimaq : Le coût d’un brevet ? En fait il y a un coût initial. J’avais regardé un petit peu pour la France, ça coûte entre trois et quatre mille euros, parce qu’il y a des frais qui sont demandés par l’INPI et après il faut aussi payer des avocats pour qu’ils rédigent le brevet. C’est très dur de rédiger un brevet pour qu’il soit valide et c’est très dur aussi parce qu’il faut faire une recherche d’antériorité. Ça, ce sont des avocats qui le font. Et après, il y a des redevances annuelles. Et un brevet ça dure vingt ans. Pour couvrir les vingt ans, il faut rajouter huit mille euros environ. Donc au final quand même, c’est cher ! Ça fait plus de dix mille euros de frais engagés juste pour avoir le brevet. Et ça, c’est pour un brevet qui n’est valide qu’en France, parce que si vous voulez avoir un brevet qui est valide dans le monde entier, c’est encore plus cher : il faudra dépenser plus. Donc ce n’est pas anodin, quand même. Alors que pour un logiciel, vous voyez, le copyright vous l’avez directement, c’est gratuit.

Public : En général, ce sont de très grosses boîtes avec de très gros moyens.

Calimaq : Ah oui, oui.

Public : C’est Samsung : hier chacun volait les brevets des autres ; la pression est montée, au bout d’un moment ils ont dit : « On efface l’ardoise ».

Public : En fait, c’est ce que je voulais dire. Le problème ce n’est pas tellement que les patent trolls sont très forts en lobbying, à ma connaissance, c’est surtout que les patent trolls ce sont des parasites qui agissent à la marge d’un système global, avec cette fois-ci des acteurs nettement plus puissants comme Google, Motorola, etc. Un système global où la loi des brevets n’a plus une fonction de loi : c’est un outil dans la guerre industrielle entre méga-corporations.

Calimaq : Tout à fait. La guerre des brevets dans le domaine des smartphones, des tablettes, c’est devenu quelque chose d’assez incroyable.

Donc le domaine public ça marche, mais il y a quand un petit souci. Vous avez un risque, quand même, que quelqu’un se réapproprie ce que vous avez voulu libérer, si vous n’êtes pas suffisamment gros pour vous faire connaître.

Deuxième pratique. Vous appliquez ce que préconise Richard Stallman et ce qu’ont fait, à peu près, tous les projets que je vous ai montrés ; c’est ce qu’on demande souvent aux gens dans les fab labs : c'est-à-dire qu'on vous demande de documenter votre projet, ça veut dire d'expliquer votre démarche au maximum, d'expliquer le processus de fabrication de l'objet, de publier les plans, de publier les fichiers de conception, de documenter au maximum votre projet et de mettre la documentation sous licence libre. Et là, vous publiez tout ça. Donc là, si vous le publiez, vous ne pouvez plus, vous, déposer de brevet parce que vous avez révélé, mais l’avantage par rapport à ce qui s’est passé tout à l’heure, c’est que votre doc sera sous licence libre.

Pourquoi ça ne marche pas ça, en fait ? Parce qu’il y a un problème, ça ne marche pas. Moi j’appelle ça le paradoxe de la recette de cuisine. Je ne sais pas si vous le savez, mais les recettes de cuisine ça ne peut jamais être protégé par le droit d’auteur. C’est une règle. Il y a des gens qui ont essayé, par exemple, là cette personne-là a essayé. Il y a des gens qui aimeraient, ils créent un nouveau plat, ils aimeraient protéger leur nouveau plat et se dire « moi je veux un monopole, je veux être le seul à pouvoir faire ma recette et je veux empêcher les autres cuisiniers de faire la même chose. » Donc c’est pareil, on est dans un processus de fabrication, et ils aimeraient déposer un copyright dessus.

Sauf que les juges refusent qu’on protège par le droit d’auteur les recettes, parce qu’ils disent : « Une recette c’est de l’ordre de l’idée. » C’est-à-dire que vous avez des ingrédients, vous les combinez, vous avez la liste de description. Ce n’est pas une œuvre originale au sens où c’est créatif comme un poème, si vous voulez. Ce sont juste des faits, des idées et des méthodes que vous exposez, que vous enchaînez. Et quand quelqu’un copie votre recette et fait le plat, il extraie les idées qui sont dans la recette, il les prend et il fabrique le plat à partir des idées qui vous avez exprimées. Et il y a un grand principe en propriété intellectuelle qui est que les idées ne sont jamais protégeables en tant que telles, donc les recettes ne sont pas protégeables. Oui ?

Public : Inaudible.

Calimaq : Ah, oui, oui, il est foutu. C’est pour ça que le mode de protection dans la cuisine, c’est le secret. Un chef qui veut ou une firme qui veut ne pas être copiée, elle doit se protéger par le secret. Elle fait signer des clauses de confidentialité à ses employés pour ne pas qu’ils révèlent la recette. Et là je vous ai mis un exemple : c’est une chef qui était chef au restaurant du musée d’art moderne de San Francisco et qui a créé un gâteau Mondrian, vous voyez, inspiré des tableaux de Mondrian. Elle a fait ce gâteau-là. Mondrian est dans le domaine public donc elle peut le copier, il n’y a pas de problème et elle, elle fait un gâteau Mondrian. Problème, elle se fait limoger. Le musée la renvoie parce qu’il y a eu problème, etc., et le chef suivant continue à mettre le gâteau Mondrian à la carte. Donc il refait le même gâteau et elle, elle dit : « Attendez, là c’est du plagiat ». Elle, elle avait fait un livre où elle avait expliqué la recette, etc., et elle voudrait empêcher le musée de continuer à faire son gâteau et elle dit : « C’est du plagiat culinaire ». Sauf qu’en fait, elle ne peut pas gagner, ce n’est pas possible, parce que la cuisine est open source par définition.

Et alors ça, c’est un problème, en fait, qui existe dans l’open hardware. C’est-à-dire que si vous faites ça, vous mettez votre documentation sous licence libre, la licence Creative Commons s’appuie sur le droit d’auteur. Donc la seule chose qui peut être protégée par le droit d’auteur c’est le texte de votre documentation, ce sont par exemple les photos. Ça, ça veut dire que les gens vont être soumis à la licence quand ils vont copier votre documentation. Par exemple, si quelqu’un copie votre documentation et la met sur un autre site, il sera obligé de la mettre sous la même licence. Par contre, s’il fabrique l’objet à partir de votre documentation, il fait exactement la même chose qu’une recette de cuisine, qu’un chef avec une recette de cuisine. Il extrait les idées qui sont dans la documentation et là, la licence Creative Commons ne peut pas contrôler ça, en fait.

Public : Ça veut dire qu’en réalité, quand il fait les choses, ça passe dans le domaine public ? Ce que ça veut dire c’est que quand tu mets une licence CC BY-SA, en réalité tout passe dans le domaine public ? Ou est-ce que ça veut dire que ça va être appropriable par quelqu’un ? Parce que la recette de cuisine tu as dit que personne ne peut se l’approprier. La chef l’a perdue, mais le musée ne peut pas se l’approprier non plus ?

Calimaq : Exactement !

Public : Or c’est quand même le but, le but essentiel de l’open, s’il y a cette idée de viralité importante de BY-SA, etc., l’idée c’est quand même que personne ne se l’approprie. Donc est-ce qu’il y a ce risque-là, ou pas ?

Calimaq : Là, en fait, il y aurait le risque, comme dans l’autre truc, que quelqu’un dépose un brevet ; que quelqu’un vienne, un patent troll, vienne déposer un brevet. Il ne serait pas valable son brevet, mais il y a quand même ce risque-là.

Donc vous voyez, là il y a déjà un point assez bancal et le gros problème de la démarche c’est que la clause importante du Libre que Richard Stallman considère comme vraiment importante, elle ne va pas fonctionner. Elle ne va fonctionner que sur la documentation. Elle ne fonctionnera pas sur l’objet qui a été documenté. Donc il y a une sorte de mur de la fabrication.

Là je vous ai mis un des exemples du projet Open Source Ecology. C’est une machine qui sert à fabriquer des briques, qui compacte de l’argile pour faire des briques. J’ai la doc. La doc est sous licence Creative Commons, donc si je modifie la doc par exemple, imaginons que je reprenne le dessin, je rajoute des éléments, etc. Mon dessin, je vais être obligé de le mettre sous licence libre aussi, parce que j’aurai modifié la doc donc ce que je fais de dérivé à partir de la doc je vais le mettre sous licence libre. Mais si je me contente de fabriquer l’objet et que je modifie l’objet, eh bien en fait, la licence libre ne va pas se communiquer et mon objet va rester, il n’y aura pas de contrôle. Donc il y a une sorte de mur de la fabrication et la licence ne permet pas de… Le seul moyen de contrôler la fabrication, c’est d’avoir un titre de propriété industrielle comme un brevet, parce que le brevet c’est ça, en fait, qu’il contrôle. Il contrôle le fait de fabriquer quelque chose à partir d’une documentation. Mais si vous n’avez pas de brevet, vous ne pouvez pas passer le mur de la fabrication.

C’est pour ça aussi que vous avez, Arduino, eux ils ont trouvé une combine, on va dire, qui consiste à se protéger avec la marque. C’est-à-dire qu’ils ont une marque de commerce sur leur nom. Vous avez tout à fait le droit de refaire des puces Arduino chez vous, vous avez le droit d’en vendre, même, mais vous n’avez pas le droit de les appeler Arduino. Et donc ils se défendent sur leur réputation. Ils se protègent en se garantissant que personne ne pourra usurper leur nom. Et ça, ça marche parce qu’ils ont déposé une marque sur leur nom et ils peuvent la faire valoir. Mais c’est une sorte de biais.

[Désolé, je vais être obligé de… Je galère un peu.]

Et il y a des gens qui ont écrit des licences open hardware, spécialement. Il y en trois principalement : il y a la TAPR License, qui est la première qui est apparue, la CERN License qui est née au CERN, l’institut de recherche en Suisse et la Fablib License, qui a été faite par Antoine Chevrier, qui est dans la salle, et qui est une version dérivée de la Licence Art Libre, faite pour la fabrication.

Là vous voyez, par exemple, vous avez cette pièce-là qui est sous licence CERN. On le voit ici : « licencié sous la licence CERN ». Donc ce sont des licences qui, en fait, prennent en compte, c’est comme des licences libres, mais elles en prennent en compte et elles imposent des obligations en cas de fabrication.

Par exemple la CERN, quand on regarde ce qu’elle demande :

  • si vous mettez des plans d’un objet sous licence CERN, donc vous l’appliquez à la documentation, ça va vous obliger à donner accès à la documentation quand vous distribuez le produit. Donc quand vous-même vous distribuez votre produit, vous devez garantir aux personnes qui ont accès à votre produit physique qu’elles ont aussi accès à une documentation ;
  • si quelqu’un modifie votre documentation, il sera obligé de la repartager sous la même licence, donc ça c’est l’effet copyleft de la GNU GPL ;
  • sur l’objet physique vous devez inscrire que l’objet est sous cette licence ;
  • si jamais quelqu’un modifie votre objet, donc si quelqu’un fait une modification de votre objet, la licence va l’obliger à documenter sa modification et à partager la nouvelle documentation qu’il aura faite sous la même licence ;
  • c’est une licence qui n’interdit pas l’usage commercial, donc c’est une licence libre au sens propre du terme ;
  • ça ne vous empêche pas d’avoir un brevet, mais vous ne pourrez en faire qu’un usage défensif ;
  • vous pouvez faire un dépôt de marque.

En fait c’est une licence qui est hyper-intéressante sur le papier, si vous voulez, parce que, en fait, si cette licence pouvait s’appliquer, on aurait du matériel libre au sens propre du terme, parce qu’au aurait exactement le même effet que le logiciel, transposé au matériel.

Problème, c’est que c’est trop beau pour être vrai, en fait ! Parce que le seul moyen que cette licence marche c’est soit que l’objet soit un objet qui ait une composante artistique, on va dire, et donc là il s’appuierait sur le droit d’auteur comme les licences de logiciel libre, mais ce ne sont pas tous les objets à fabriquer qui ont cette qualité artistique et c’est d’ailleurs assez difficile à déterminer : qu’est-ce qui est original au sens du droit d’auteur ? Soit vous avez un brevet et vous pouvez utiliser cette licence pour exprimer le brevet et toutes ces obligations vont marcher. Mais si vous n’avez pas de brevet, hélas, eh bien l’effet, notamment tous les effets qui s’appliquent à la fabrication, ne sera pas valide. Donc ce sont des licences qui sont intéressantes sur le papier, mais qui en pratique, en justice, seraient difficiles à faire valoir.

Et donc le seul moyen c’est de déposer un brevet. Mais pour déposer un brevet on l’a dit, eh bien il faut beaucoup d’argent, il faut faire des démarches. Si vous êtes dans un fab lab, vous n’avez ni les moyens ni l’envie, certainement, d’aller déposer un brevet.

Alors la dernière stratégie et je termine. Oui ? Je crois qu’il y a une question. Non ?

Public : Je la poserai après.

Calimaq : Ça marche.

La dernière stratégie rapidement, c’est de se dire, puisqu’il faut un brevet, eh bien déposons des brevets et ouvrons-les après. Ça c’est déjà arrivé dans l’histoire. Là vous avez le daguerréotype, c’est un ancêtre de l’appareil photo. L’État français avait trouvé que cette machine était très intéressante et en 1839 l’État a racheté le brevet et il l’a offert au monde entier. Donc l’État français a offert l’invention au monde entier.

Public : Inaudible.

Calimaq : Tout à fait. C’est un astronome qui a été député aussi après sous la Seconde République. Mais là, voilà, il a fait ce geste qui était assez généreux : on a un brevet et on l’offre. Vous avez des gens qui ont fait ça aussi. Je ne sais pas si vous déjà entendu parler de ça, mais ça a fait pas mal parler. Ça c’est le mur des brevets de l’entreprise Tesla. Donc Tesla, vous savez, le constructeur de voitures électriques, avait dans son entreprise un mur des brevets où ils affichaient fièrement qu’ils avaient fait tant d’inventions et c’était une sorte de fierté. Et puis un jour, le patron de l’entreprise, Elon Musk, a fait un billet de blog en disant : « Nous renonçons à tous nos brevets. Nous les offrons à qui les veut. Nous renonçons à nos brevets. » En fait, il a fait exactement l’inverse d’Apple, Google, Samsung, il a dit : « Il faut sortir de ces guerres de brevets. » Oui ?

Public : Quelle est la valeur légale ? D'après ce que je vois, c’est une déclaration de bonne volonté. Ça m’apparaît n’avoir aucune valeur légale.

Calimaq : Très bonne question, c’est exactement ça. Donc quand il a fait ça, pas mal de gens ont dit : « Ça a l’air très généreux, mais qu’est-ce qui nous garantit, en fait vraiment, que c’est vrai ? » Parce que si on voulait qu’il y ait une garantie il faudrait qu’il y ait une licence. Par exemple s’il avait dit : « Je mets tous mes brevets sous telle licence », là on aurait été sûrs qu’il y avait quelque chose de dur. En fait, quand on lit bien son billet, il dit : « Nous ne nous lancerons pas dans des poursuites pour violation de brevets contre toute personne qui utilisera notre technologie de bonne foi ». Qu’est-ce que ça veut dire « utiliser de bonne foi » ? Après il a refait des déclarations disant : « Si, si, nos brevets sont vraiment ouverts, allez-y ! ». Intéressant, mais on reste un peu dans le…

Le problème c’est que même si vous voulez vraiment le faire, comme je l’ai dit, eh bien voilà. Imaginons que vous vouliez faire ça dans un fab lab, il va falloir vous taper toute la procédure de dépôt et payer les coûts. Donc c’est à la portée de Tesla qui peut avoir cette sorte de magnanimité, mais pour un petit constructeur, pour un petit inventeur, ce n’est certainement pas possible.

Et après il y a la question de savoir comment je fais au niveau des licences. Quelle licence je choisis pour ouvrir mon produit, pour ouvrir mon invention ? Là je vous ai mis un exemple que j’ai trouvé, que je trouve assez intéressant, c’est un yaourt végétal à base de riz brassé. Donc c’est une société qui s’appelle Nomad’Yo, qui est en Bretagne. La personne qui a fait ça a déposé un brevet sur la méthode de fabrication de ses yaourts. Et puis, en cours de chemin, ils ont décidé de se rapprocher du Libre. Ils veulent faire de ce produit un bien commun et donc ils ont mis la recette sous licence CC-BY-NC-SA. Donc là, vous avez le droit de refaire ce yaourt chez vous, si vous voulez ; il y a toute la recette, vous pouvez faire des ferments, tout ça, mais vous n’avez pas le droit de le commercialiser, parce que ce n’est pas une licence libre qu'ils ont choisie, ça c’est une licence qui interdit l’usage commercial. Ils ont un brevet, donc ça pourrait marcher à la rigueur, sauf qu’eux, ils ont choisi la mauvaise licence, parce la licence Creative Commons ne prend pas en compte la propriété industrielle, donc en fait tout ça, ça ne vaut rien juridiquement. Ils se sont trompés. Il aurait fallu qu’ils choisissent une licence qui prenne en compte la propriété industrielle. Donc même avec un brevet, ce n’est pas si facile. Il faudrait qu’ils changent, ouais. Je ne leur ai pas encore écrit.

[Bon, je vais passer là-dessus]

Donc vous avez compris, quand même, que c’est une sacrée pagaille tout ça. Pardon ?

Public : Par contre est-ce que ça existe ?

Calimaq : Ça là ?

Public : C’est un marché important ?

Calimaq : Ah oui, oui, je vous en dis alors. Ça c’est une autre approche qui a été faite aux États-Unis, qui s’appelle la Defensive Patent License, qui a été faite par des juristes. Ce n’est pas une licence libre, mais c’est plutôt une logique. On a appelé ça des pools de brevets. En gros ça s’adresse à des gens qui ont des brevets et on leur dit : « Regroupez-vous et rentrons dans une alliance où on dira si quelqu’un rentre dans l’alliance il s’engage à ne pas utiliser ces brevets contre tous les autres membres de l’alliance. Il les garde juste pour se défendre si on l’agresse, notamment si un troll vient l’agresser. » Donc c’est une sorte de bouclier et ils disent : « Quand vous rentrez dans l’alliance non seulement vous devez mettre tous les brevets que vous avez déjà, mais tous les brevets que vous aurez dans le futur. » Donc en gros, ça neutralise l’effet des brevets mais dans un cercle. Et leur idée c’est de dire « on va faire en sorte que le cercle grandisse, grandisse, et plus il y aura de gens qui seront dans le cercle, plus on créera une zone, comme ça, démilitarisée, où l’effet des brevets négatif sera neutralisé, on aura juste l’effet protection des brevets contre les trolls. » Donc c’est assez intéressant. Ce n’est pas du tout la même chose qu’une licence libre, parce qu’une licence libre ça vaut pour tout le monde. Là, cette licence-là ne vaut que pour les gens qui sont dans l’alliance. Mais ça pourrait être une voie quoi. Alors là, du coup juridiquement, ça, ça marche par contre. Oui ?

Public : Comment est-ce qu’on peut garantir que les gens qui sont dans l’alliance ne vont pas ? Comment ils peuvent garantir que les gens qui sont dans l’alliance ne vont pas finir par rompre le pacte ?

Calimaq : C’est prévu en fait. Celui qui sort de l’alliance, eh bien il peut se faire attaquer par tous les autres. C’est-à-dire qu’il perd déjà le droit d’utiliser les brevets des autres. Donc tout ce qu’il a construit sur les brevets des autres, il ne peut plus le faire et, en plus de ça, eh bien les autres, vu qu’il est en dehors de l’alliance, il est considéré comme un troll potentiel et il pourra se faire attaquer par les autres. Donc c’est un peu dissuasif, quand vous êtes rentré dedans. Voilà.

Je termine rapidement en vous disant, oui ? Il y a une autre question vas-y. Si, si, vas-y.

Public : Inaudible.

Calimaq : Ça tombe bien parce que c’est exactement sur ça que je voulais terminer. Qu’est-ce qu’on pourrait imaginer pour que ces licences open hardware fonctionnent aussi facilement que pour les licences de logiciel libre ? Vous allez voir qu’en fait il n’y a pas tellement de solutions, mais bon !

La première solution c’est de ne rien faire, parce qu’après tout, quand on regarde par exemple les Creative Commons, il n’y a quasiment jamais, il n’y a jamais eu de procès en France sur les licences Creative Commons. Les gens les utilisent. Il n’y a jamais eu de procès depuis douze ans qu’existent les licences Creative Commons. Donc on peut se dire, en fait, est-ce que les problèmes en justice sont vraiment tellement un problème ? Finalement, quand vous utilisez une licence, si c’est une Creative Commons, une CERN License, vous l’annoncez à la communauté, il y a une régulation intracommunautaire. Ce n’est pas toujours l’application juridique qui fait la valeur d’une licence, c’est peut-être aussi son symbole. Voilà ! Donc pourrait se dire ne faisons rien, finalement. Ces licences n’ont pas de valeur juridique en elles-mêmes, mais elles ont une valeur symbolique et on construit l’open hardware sur du symbole et pas de l’application en dur du droit. Bon, pourquoi pas ?

Deuxième solution possible, on va voir l’INPI, en France, l’Institut national de la propriété industrielle, et on lui demande de faire une filière d’obtention spéciale de titres de propriété industrielle, qui ne seraient pas des brevets peut-être, mais des brevets light, qui seraient moins chers à obtenir, plus rapides, à condition que la personne qui fait cette demande s’engage à les ouvrir. Parce qu’après tout, si vous ne voulez pas garder les droits pour vous, si vous voulez les donnez, eh bien vous faites un bienfait pour la société, vous faites une contribution à l’innovation et à la possibilité pour les autres de construire sur ce que vous avez fait, donc ce serait logique que l’INPI ne vous fasse pas payer tous les frais qu’il fait payer à tous les autres. Et du coup, vous aurez un titre de propriété industrielle qui marche, et là vous pouvez appliquer vos licences.

Public : Inaudible.

Calimaq : Non, pour l’instant personne n’a jamais essayé. On en parle, un petit peu, dans certains cercles. On n’a jamais soumis ça à l’INPI. D’ailleurs, je crois que c’est une des premières fois — Antoine, tout à l’heure aussi l’a fait un petit peu dans sa conf —, mais c’est une des premières fois où on expose en public ce genre de problématique. Il y a déjà des billets, vous allez trouver un petit peu des choses, mais il n’y a pas énormément de gens qui ont déroulé tout le raisonnement comme ça. C’est vraiment au début.

Donc ça ce serait possible. Ce n’est pas du tout sûr que l’INPI accepte, parce que ça faciliterait beaucoup plus le dépôt d’inventions sous licence libre que les dépôts en dur. L’INPI vit aussi des frais qu’ils font payer, donc eux ils ont intérêt à ce qu’on paye. Donc ce n’est pas du tout sûr que l’INPI accepte ça. Et puis ça favoriserait beaucoup la sphère du Libre par rapport à la sphère industrielle propriétaire, donc il y aurait peut-être un lobbying de ces gens-là pour empêcher ce développement ; voilà, on ne sait pas.

Public : Sachant que leur boulot, c’est aussi de vérifier que ça n’existe pas déjà. Si on a quelque chose dans le Libre, qui est déjà sorti avant, eh bien ça n’a pas de sens quoi !

Calimaq : Oui, tout à fait. Avec Antoine on en parlait tout à l’heure. On pourrait se dire aussi peut-être que ça pourrait être fait de manière communautaire. On créerait, par exemple nous, une plateforme où les gens publieraient leur documentation et on pousserait les informations vers l’INPI pour qu’ils soient au courant de ces libérations-là pour faciliter aussi les recherches d’antériorité et pour que l’INPI prenne mieux en compte toute la créativité qu’il y a dans les fab labs et tout, mais à condition de faire une plateforme qui serait beaucoup plus visible, qui ne serait pas perdue sur Internet, et qui faciliterait les échanges avec ces instituts. Pourquoi pas ?

Et l’autre chose, alors là ce serait un petit peu l’arme atomique, ce serait de changer carrément le mode de fonctionnement de la propriété industrielle et de faire en sorte que ça fonctionne comme le droit d’auteur. C’est-à-dire qu’il n’y ait plus besoin de faire de dépôt de brevet pour avoir un titre de propriété industrielle. Comme quand vous écrivez un texte ou comme quand vous prenez une photo, vous avez automatiquement le droit donc, à ce moment-là, vous pouvez utiliser une licence. Alors là, ça réglerait tout en fait. Sauf que cette solution-là est hyper dangereuse. Parce que, ce que ça va faire c’est que les grandes firmes aussi auront cette possibilité-là, donc elles n’auront même plus à faire des dépôts de brevets type Apple pour avoir des titres de propriété industrielle. Vu les moyens qu’elles ont de faire de la recherche, elles obtiendraient très facilement leurs titres de propriété industrielle et en fait, ça réduirait énormément la sphère du domaine public. Donc ça c’est dangereux et c’est pour ça qu’il faut faire attention aussi à ce qu’on fait et à ce qu’on dit. D’ailleurs moi ça me fait un petit peu peur même de vous le dire ici, parce que je me dis que si ce genre d’idées sort, on ne sait pas trop ce que ça peut donner un jour, devant le législateur. Il faut faire attention à ne pas trop jouer avec le feu, parce que le fait que ce soit dur d’avoir un brevet, c’est une protection aussi. C’est fait pour éviter la prolifération des brevets et voilà. Donc il faut faire attention à tout ça. Et hélas, il n’y a pas tellement d’autres solutions.

Donc conclusion, j’ai bien peur, en fait, qu’on soit en train de construire quelque chose qui s’appelle l’open hardware, mais qui est une sorte de métaphore, qui n’a pas du tout la même réalité que l’open source ou le logiciel libre ou l’open data, et qui risque de beaucoup nous affaiblir parce qu’on a quand même besoin qu’il y ait du matériel libre. Donc là il y a vraiment un champ. Il faudrait qu’il y ait de la recherche là-dessus. Il faudrait qu’on réfléchisse plus nombreux à ces questions et on va essayer de le faire avec les gens qui s’intéressent à tout ça. Mais il y a un vrai enjeu qui est un peu sous-estimé par le monde du Libre et qui, à mon avis, devrait être beaucoup plus présent. Oui ?

Public : La question va peut-être être un petit peu « trollesque », mais si on applique ta solution numéro deux, c’est-à-dire faciliter les recherches d’antériorité, ça bloque de facto les trolls. Alors certes ça ne permet pas d’appliquer un copyleft, mais il y a bien des licences libres qui n’ont pas de copyleft.

Calimaq : C’est vrai !

Public : Et elle n’empêchent pas la réappropriation par les entreprises, mais elles marchent quand même et elles permettent quand même la libération. Ça me paraît être une solution du moindre mal.

Calimaq : Peut-être. Ouais. Disons que c’est celle qui ne nécessiterait pas de changer la loi. On aurait un open source hardware au sens où on a un open source dans le logiciel, mais on n’aurait pas du Libre. Ça c’est un gros débat qu’il y a dans la communauté, parce qu’il y a l’open source et le Libre. Donc on n’aurait pas de Libre, mais on aurait de l’open source. Ce n’est peut-être déjà pas si mal et si on empêche les dépôts de brevets, ça pourrait être une solution. Ouais. C’est peut-être la plus simple à mettre en œuvre.

Stéphane Bortzmeyer : Je suis désolé d’arrêter la discussion ici, mais on doit rendre les locaux et libérer les bénévoles.

La nouvelle dystopie, c’est maintenant

Framablog - jeu, 09/11/2017 - 01:07

L’article qui suit n’est pas une traduction intégrale mais un survol aussi fidèle que possible de la conférence TED effectuée par la sociologue des technologies Zynep Tufecki. Cette conférence intitulée : « Nous créons une dystopie simplement pour obliger les gens à cliquer sur des publicités »
(We’re building a dystopia just to make people click on ads) est en cours de traduction sur la plateforme Amara préconisée par TED, mais la révision n’étant pas effectuée, il faudra patienter pour en découvrir l’intégralité sous-titrée en français.

En attendant, voici 4 minutes de lecture qui s’achèvent hélas sur des perspectives assez vagues ou plutôt un peu vastes : il faut tout changer. Du côté de Framasoft, nous proposons de commencer par outiller la société de contribution avec la campagne Contributopia… car dégoogliser ne suffira pas !

 

Mettez un peu à jour vos contre-modèles, demande Zynep : oubliez les références aux menaces de Terminator et du 1984 d’Orwell, ces dystopies ne sont pas adaptées à notre débutant XXIe siècle.

Ce qui est à craindre aujourd’hui, car c’est déjà là, c’est plutôt comment ceux qui détiennent le pouvoir utilisent et vont utiliser l’intelligence artificielle pour exercer sur nous des formes de contrôle nouvelles et malheureusement peu détectables. Les technologies qui menacent notre liberté et notre jardin secret (celui de notre bulle d’intimité absolue) sont développées par des entreprises-léviathans qui le font d’abord pour vendre nos données et notre attention aux GAFAM (Tristan Nitot, dans sa veille attentive, signale qu’on les appelle les frightful five, les 5 qui font peur, aux États-Unis). Zynep ajoute d’ailleurs Alibaba et Tencent. D’autres à venir sont sur les rangs, peut-on facilement concevoir.

Ne pas se figurer que c’est seulement l’étape suivante qui prolonge la publicité en ligne, c’est au contraire un véritable saut vers une autre catégorie « un monde différent » à la fois exaltant par son potentiel extraordinaire mais aussi terriblement dangereux.

Voyons un peu la mécanique de la publicité. Dans le monde physique, les friandises à portée des enfants au passage en caisse de supermarché sont un procédé d’incitation efficace, mais dont la portée est limitée. Dans le monde numérique, ce que Zynep appelle l’architecture de la persuasion est à l’échelle de plusieurs milliards de consommateurs potentiels. Qui plus est, l’intelligence artificielle peut cibler chacun distinctement et envoyer sur l’écran de son smartphone (on devrait dire spyphone, non ?) un message incitatif qui ne sera vu que par chacun et le ciblera selon ses points faibles identifiés par algorithmes.

Prenons un exemple : quand hier l’on voulait vendre des billets d’avion pour Las Vegas, on cherchait la tranche d’âge idéale et la carte de crédit bien garnie. Aujourd’hui, les mégadonnées et l’apprentissage machine (machine learning) s’appuient sur tout ce que Facebook peut avoir collecté sur vous à travers messages, photos, « likes », même sur les textes qu’on a commencés à saisir au clavier et qu’on a ensuite effacés, etc. Tout est analysé en permanence, complété avec ce que fournissent des courtiers en données.

Les algos d’apprentissage, comme leur nom l’indique, apprennent ainsi non seulement votre profil personnel mais également, face à un nouveau compte, à quel type déjà existant on peut le rapprocher. Pour reprendre l’exemple, ils peuvent deviner très vite si telle ou telle personne est susceptible d’acheter un billet pour un séjour à Las Vegas.

Vous pensez que ce n’est pas très grave si on nous propose un billet pour Vegas.

Le problème n’est pas là.
Le problème c’est que les algorithmes complexes à l’œuvre deviennent opaques pour tout le monde, y compris les programmeurs, même s’ils ont accès aux données qui sont généralement propriétaires donc inaccessibles.

« Comme si nous cessions de programmer pour laisser se développer une forme d’intelligence que nous ne comprenons pas véritablement. Et tout cela marche seulement s’il existe une énorme quantité de données, donc ils encouragent une surveillance étendue : pour que les algos de machine learning puissent opérer. Voilà pourquoi Facebook veut absolument collecter le plus de données possible sur vous. Les algos fonctionneront bien mieux »

Que se passerait-il, continue Zynep avec l’exemple de Las Vegas, si les algos pouvaient repérer les gens bipolaires, soumis à des phases de dépenses compulsives et donc bons clients pour Vegas, capitale du jeu d’argent ? Eh bien un chercheur qui a contacté Zynep a démontré que les algos pouvaient détecter les profils à risques psychologiques avec les médias sociaux avant que des symptômes cliniques ne se manifestent…
Les outils de détection existent et sont accessibles, les entreprises s’en servent et les développent.

L’exemple de YouTube est également très intéressant : nous savons bien, continue Zynep, que nous sommes incités par un algo à écouter/regarder d’autres vidéos sur la page où se trouve celle que nous avons choisie.

Eh bien en 2016, témoigne Zynep, j’ai reçu de suggestions par YouTube : comme j’étudiais la campagne électorale en sociologue, je regardais des vidéos des meetings de Trump et YouTube m’a suggéré des vidéos de suprématistes (extrême-droite fascisante aux USA) !
Ce n’est pas seulement un problème de politique. L’algorithme construit une idée du comportement humain, en supposant que nous allons pousser toujours notre curiosité vers davantage d’extrêmes, de manière à nous faire demeurer plus longtemps sur un site pendant que Google vous sert davantage de publicités.
Pire encore, comme l’ont prouvé des expériences faites par ProPublica et BuzzFeed, que ce soit sur Facebook ou avec Google, avec un investissement minime, on peut présenter des messages et profils violemment antisémites à des personnes qui ne sont pas mais pourraient (toujours suivant les algorithmes) devenir antisémites.

L’année dernière, le responsable médias de l’équipe de Trump a révélé qu’ils avaient utilisé de messages « non-publics » de Facebook pour démobiliser les électeurs, les inciter à ne pas voter, en particulier dans des villes à forte population d’Afro-américains. Qu’y avait-il dans ces messages « non-publics » ? On ne le saura pas, Twitter ne le dira pas.

Les algorithmes peuvent donc aussi influencer le comportement des électeurs.

Facebook a fait une expérience en 2010 qui a été divulguée après coup.
Certains ont vu ce message les incitant à voter. Voici la version basique :

et d’autres ont vu cette version (avec les imagettes des contacts qui ont cliqué sur « j’ai voté »)

Ce message n’a été présenté qu’une fois mais 340 000 électeurs de plus ont voté lors de cette élection, selon cette recherche, confirmée par les listes électorales.
En 2012, même expérience, résultats comparables : 270 000 électeurs de plus.
De quoi laisser songeur quand on se souvient que l’élection présidentielle américaine de 2016 s’est décidée à environ 100 000 voix près…

« Si une plate-forme dotée d’un tel pouvoir décide de faire passer les partisans d’un candidat avant les autres, comment le saurions-nous ? »

Les algorithmes peuvent facilement déduire notre appartenance à une communauté ethnique, nos opinions religieuses et politiques, nos traits de personnalité, l’intelligence, la consommation de substances addictives, la séparation parentale, l’âge et le sexe, en se fondant sur les « j’aime » de Facebook. Ces algorithmes peuvent identifier les manifestants même si leurs visages sont partiellement dissimulés, et même l’orientation sexuelle des gens à partir de leurs photos de leur profil de rencontres.
Faut-il rappeler que la Chine utilise déjà la technologie de détection des visages pour identifier et arrêter les personnes ?

Le pire, souligne Zynep est que

« Nous construisons cette infrastructure de surveillance autoritaire uniquement pour inciter les gens à cliquer sur les publicités. »

Si nous étions dans l’univers terrifiant de 1984 nous aurions peur mais nous saurions de quoi, nous détesterions et pourrions résister. Mais dans ce nouveau monde, si un état nous observe et nous juge, empêche par anticipation les potentiels fauteurs de trouble de s’opposer, manipule individus et masses avec la même facilité, nous n’en saurons rien ou très peu…

« Les mêmes algorithmes que ceux qui nous ont été lancés pour nous rendre plus flexibles en matière de publicité organisent également nos flux d’informations politiques, personnelles et sociales… »

Les dirigeants de Facebook ou Google multiplient les déclarations bien intentionnées pour nous convaincre qu’ils ne nous veulent aucun mal. Mais le problème c’est le business model qu’ils élaborent. Ils se défendent en prétendant que leur pouvoir d’influence est limité, mais de deux choses l’une : ou bien Facebook est un énorme escroquerie et les publicités ne fonctionnent pas sur leur site (et dans ce cas pourquoi des entreprises paieraient-elles pour leur publicité sur Facebook ?), ou bien leur pouvoir d’influence est terriblement préoccupant. C’est soit l’un, soit l’autre. Même chose pour Google évidemment.

Que faire ?
C’est toute la structure et le fonctionnement de notre technologie numérique qu’il faudrait modifier…

« Nous devons faire face au manque de transparence créé par les algorithmes propriétaires, au défi structurel de l’opacité de l’apprentissage machine, à toutes ces données qui sont recueillies à notre sujet. Nous avons une lourde tâche devant nous. Nous devons mobiliser notre technologie, notre créativité et aussi notre pouvoir politique pour construire une intelligence artificielle qui nous soutienne dans nos objectifs humains, mais qui soit aussi limitée par nos valeurs humaines. »

 

« Nous avons besoin d’une économie numérique où nos données et notre attention ne sont pas destinées à la vente aux plus offrants autoritaires ou démagogues. »

 

32 European ministers call for more Free Software in governmental infrastructure

FSF Europe - mer, 08/11/2017 - 18:00
32 European ministers call for more Free Software in governmental infrastructure

On 6 October, 32 European Ministers in charge of eGovernment policy signed the Tallinn Declaration on eGovernment that calls for more collaboration, interoperable solutions, and sharing of good practices throughout public administrations and across borders. Amongst other things, the EU ministers recognised the need to make more use of Free Software solutions and Open Standards when (re)building governmental digital systems with EU funds.

The Tallinn Declaration, lead by the Estonian EU presidency, has been adopted on 6 October 2017. It is a ministerial declaration that marks a new political commitment at European Union (EU) and European Free Trade Area (EFTA) level on priorities to ensure user-centric digital public services for both citizens and businesses cross-border. While having no legislative power, the ministerial declaration marks a political commitment to ensure the digital transformation of public administrations through a set of commonly agreed principles and actions.

The FSFE has previously submitted its input for the aforementioned declaration during the public consultation round, asking for greater inclusion of Free Software in delivering truly inclusive, trustworthy and interoperable digital services to all citizens and businesses across the EU.

The adopted Tallinn Declaration proves to be a forward-looking document that acknowledges the importance of Free Software in order to ensure the principle of 'interoperability by default', and expresses the will of all signed EU countries to:

"make more use of open source solutions and/or open standards when (re)building ICT systems and solutions (among else, to avoid vendor lock-ins)[...]"

Additionally, the signatories call upon the European Commission to:

"consider strengthening the requirements for use of open source solutions and standards when (re)building of ICT systems and solutions takes place with EU funding, including by an appropriate open licence policy – by 2020."

The last point is especially noteworthy, as it explicitly calls for the European Commission to make use of Free Software and Open Standards in building their ICT infrastructure with EU funds, which is in line with our "Public Money, Public Code" campaign that is targeted at the demand for all publicly financed software developed for the public sector to be publicly made available under Free Software licences.

What's next?

The Tallinn Declaration sets several deadlines for its implementation in the next few years: with the annual presentation on the progress of implementation of the declaration in the respective countries across the EU and EFTA through the eGovernment Action Plan Steering Board. The signatories also called upon the Austrian Presidency of the Council of the EU to evaluate the implementation of the Tallinn Declaration in autumn 2018.

"The Declaration expresses the political will of the EU and EFTA countries to digitise their governments in the most user-friendly and efficient way. The fact that it explicitly recognises the role of Free Software and Open Standards for a trustworthy, transparent and open eGovernment on a high level, along with a demand for strengthened reuse of ICT solutions based on Free Software in the EU public sector, is a valuable step forward to establishing a "Public Money, Public Code" reality across Europe", says Polina Malaja, the FSFE's policy analyst.

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L'April présente aux JRES (Nantes, 14 au 17 décembre 2017)

APRIL - mer, 08/11/2017 - 16:33
Début: 14 Novembre 2017 - 00:00Fin: 17 Novembre 2017 - 00:00

Les JRES (Les Journées Réseaux de l'Enseignement et de la Recherche) auront lieu du 14 au 17 novembre 2017 à Nantes. L'April tiendra un stand avec d'autres organisations.

FSFE makes copyrights computer readable

FSF Europe - mar, 07/11/2017 - 18:00
FSFE makes copyrights computer readable

The Free Software Foundation Europe (FSFE) is proud to release its next version of our REUSE practices designed to make computers understand software copyrights and licenses.

The REUSE practices help software developers make simple additions to license headers which make it easier for a computer to determine what license applies to the various parts of a programs source code. By following the REUSE practices, software developers can ensure their intent to license software under a particular license is understood and more readily adhered to.

Together with the updated practices, which mostly clarify and make explicit some points, the FSFE is also releasing a set of developer tools and examples which show the REUSE practices in action. Three example repositories, together with an example walkthrough of the process used to make the cURL project REUSE compliant, are complemented with a simple tool to validate whether a program is REUSE compliant.

With our REUSE initiative, we hope to inspire software developers to think about writing copyright and license information -- the metadata of software -- in ways which make them easier to parse programmatically.

says Jonas Öberg, Executive Director of the FSFE.

The new REUSE practices and related documentation and examples can be found on: https://reuse.software.

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Libday 2017 (9/11) : l'April participe à une table ronde sur les logiciels libres de caisse

APRIL - mar, 07/11/2017 - 09:04
Début: 9 Novembre 2017 - 09:00Fin: 9 Novembre 2017 - 18:00

Le LibDay est une journée de conférences autour du Libre pour les professionnels. L'édition 2017 rejoint le DevOps D-DAY le jeudi 9 Novembre 2017 à l'Orange Vélodrome (3 Boulevard Michelet, 13008 Marseille).

Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l'April participera à la première table ronde de la journée (9h40-10h20) : point filière du libre et focus sur les logiciels libres de caisse. Après une présentation de l'association et de ses actions institutionnelles, il abordera la question des logiciels libres de caisse et l'action spécifique de l'association sur ce dossier.

Plus d'informations disponibles sur le site de l'évènement.

Au cœur de l’April - Magali et Christian - RMLL2017

APRIL - mar, 07/11/2017 - 06:47


Titre : Au cœur de l’April
Intervenants : Magali Garnero - Christian Momon - Isabella Vanni - Étienne Gonnu - François Poulain
Lieu : Rencontres Mondiales du Logiciel Libre
Date : juillet 2017
Durée : 1 h 08 min 26
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

L’April, association francophone de promotion et de défense du logiciel libre, a fêté ses 20 ans fin 2016. Le plus bel âge ?
L’intervenant présentera les actions de l’association, son fonctionnement, son évolution, ses perspectives, mais également ses difficultés.
Il explicitera la notion de priorité au logiciel libre et sa déclinaison à titre individuel et collectif, ainsi que les manières de contribuer aux niveaux local et national pour développer l’informatique libre.

Transcription

Magali : Bonjour ! Salut Christian.

Christian : Bonjour Magali. On va y arriver.

Magali : On est là pour une conférence sur « Au cœur de l’April ».

Christian : Bienvenue. Cette conférence va être présentée par Bookynette, secrétaire de l’April1.

Magali : Et par Christian Momon qui fait partie de conseil d’administration.

Christian : Merci d’être présents. L’April, donc, c’est une association nationale de 5000 adhérents, qui existe depuis 20 ans.

Magali : Novembre 1996.

Christian : Voilà. Crée par un groupe d’étudiants à l’université de Paris 8 et qui, depuis vingt ans, a beaucoup évolué.

Magali : Quand on voit qu’ils ont commencé, ils étaient dans ce qu’ils appellent le bocal, à Paris 8, qui est un endroit style un peu l’atelier qu’on a à côté du village, où ils étaient là en train de geeker sur leurs ordinateurs et quand on les voit maintenant, 20 ans plus tard, il y a une grosse différence.

Public : Inaudible.

Magali : Si, on va mettre quelques photos. Vous allez pouvoir découvrir ça.

Christian : Les photos sont disponibles, parce que nous on est pour le Libre, la transparence, le partage, comme dirait Richard [Stallman], « le partager est bon », et donc vous trouverez les photos, les vieilles photos, sur photos.april.org2, mais on va en reparler.

L’objet de l’association. Au fait, qui connaît l’April ? Bon.

Magali : OK. Qui est adhérent de l’April ? OK ? Qui est à jour de cotisation ?

Christian : Chut ! Oh, ça ne se dit pas ça !

Magali : Les autres vous aller tous venir me voir sur le stand April pour mettre ça à jour !

Christian : Donc à priori tout le monde sait que l’objet de l’association April est la promotion et la défense du logiciel libre. Donc la promotion c’est pour sensibiliser, informer, qu’il existe des alternatives à des informatiques beaucoup plus restrictives, beaucoup plus embêtantes.

Magali : Totalement propriétaires, voire privatrices.

Christian : Privatrices, avec de la collecte de données, avec de l’enfermement, etc. Donc un petit peu, grâce à Richard [Stallman], il y a eu ce mouvement du logiciel libre qui a été lancé dans les années 80. Ces idées-là ont été reprises et diffusées aussi par l’April. Donc c’est l’un des gros points de développement et d’actions de l’association à travers des affichettes, à travers des stands, des conférences, etc. Voilà. On a un groupe Sensibilisation qui fait des choses formidables. Et l’autre pendant de l’association c’est la défense parce que justement, pour que ces alternatives existent encore, eh bien il faut se battre et, typiquement, l’April a une grosse action au niveau institutionnel, auprès du Parlement européen, du Parlement français, auprès du Sénat, des collectivités locales, des présidents de régions, etc. et des candidats. Donc voilà l’objet de l’association principalement.

Magali : D’ailleurs, pour savoir tout ce que l’association fait, c’est très simple, il suffit d’aller lire le rapport moral ; il ne fait que 64 pages. Mais comme on est sympas, on va vous résumer ça en une heure.

Christian : La dernière fois qu’on l’a présenté complètement, ça a pris quatre heures, c’était à l’assemblée générale de l’association qui a lieu tous les ans, vers février/mars, mais là on va faire plus court, effectivement.

Notre petit plan, on a un plan, quand même, pour vous dire où on vous emmène.

On vous a fait la présentation de l’association. On va vous parler des moyens de l’association, parce que l’association April c’est une association qui a 20 ans, donc qui a mis en place beaucoup de moyens,on va vous les décrire, et après on va parler des initiatives qui utilisent ces moyens et puis on répondra à vos questions, si vous en avez.

Magali : Le premier genre de moyens qu’on a ce sont des moyens humains. Les moyens humains ça commence par trois salariés. [Photo de Coralie Couchet déguisée] [Rires] Pourquoi ? On ne sait pas.

Christian : Les premiers moyens humains ce sont les compagnes des permanents qui vraiment nous aident beaucoup.

Magali : Coralie si tu nous vois ! [Rires]

Christian : Pourquoi on n’est pas au bon endroit ?

Magali : Bref, je vais parler déjà des trois permanents. À gauche Frédéric Couchet qui est aussi un des fondateurs de l’association qui fait tout ce qui est dossiers, délégation. Il s’occupe un peu de tout. Il est là depuis 20 ans. Il a été président de l’association très longtemps jusqu’à ce qu’on ait les moyens de le salarier.

Christian : Ensuite nous avons Isabella Vanni, qui est présente, là, et qui est coordinatrice vie associative et assistante projets.

Magali : Isabella, tu es avec nous depuis septembre 2014, donc bientôt trois ans. Tu veux dire un petit mot puisque tu es là ?

Isabella : Quand je suis arrivée, quand j’ai débarqué à l’April j’avoue, je ne connaissais pas trop le logiciel libre. J’ai adhéré à la cause. Je suis très fière de travailler à l’April. Je trouve qu’on fait un boulot magnifique. J’ai connu plein de gens engagés, militants, qui ont envie de continuer la bataille. Donc c’est énorme. Je suis très heureuse, très fière. Et en l’occurrence, je m’occupe de l’administration, de la gestion de l’association et de l’animation du groupe de travail Sensibilisation. On a besoin toujours [je rougis, je sens], mais on a besoin toujours de bénévoles, de personnes qui nous aident parce qu’on est une équipe de trois permanents donc on ne peut pas faire beaucoup de choses à nous trois seuls ; on a besoin aussi de l’aide de tous les libristes. Je vous invite à faire un pas, de passer de libristes à activistes-libristes et de faire des actions à nos côtés. N’hésitez pas à passer sur notre stand, on a plein d’idées à vous donner pour nous aider et aider notre cause.

Magali : C’est aussi elle qui s’occupe des 4000 bénévoles adhérents de l’April, donc il y a du boulot !

Christian : La plupart du temps, quand vous contactez l’April, c’est Isabella qui va traiter votre demande, la transmettre, etc.

Magali : Le dernier salarié c’est Étienne Gonnu, le chargé institutionnel. Je ne sais pas si je lui donne la parole parce qu’il est censé nous faire une conf mercredi. Allez ! On te donne la parole Étienne !

Étienne : Comme Isa, pas mieux ! Je suis arrivé en janvier 2016. Je connaissais un peu le Libre avant, mais je me suis vraiment retrouvé dans toutes les valeurs que ça porte, donc très fier aussi de participer à l’action de l’April.

Magali : Donc à l’April on a des salariés heureux, ce qui n’est pas donné dans toutes les associations !

Christian : Comme autre moyen humain dont nous disposons, nous avons le conseil d’administration.

Magali : On va vous faire une chronologie de chaque adhérent comme ça on sera là encore dans deux heures !

Christian : Non, non ! On a dit qu’on faisait court !

Magali : Non ? Mais ce sont des gens bien quand même !

Christian : Ils sont beaux en photo, on les aime.

Magali : Les plus importants c’est Christian, totalement à droite, qui fait une drôle de tête sur la photo et puis moi, des vacances magnifiques. En fait, il y a vraiment une équipe très soudée dans le conseil d’administration, de gens très motivés. Et comme on a le trésorier parmi nous, je propose qu’on lui laisse aussi la parole. Vas-y ! Parle-nous sous.

François Poulain : On parlait de l’April juste avant. Il y a un truc qui pour moi est important à l’April et qui mérite peut-être qu’on le dise parce qu’on fait du Libre, etc. Vous savez ce que c’est ? Peu importe. Moi, ce que j’aime, et une des raisons pour lesquelles je suis relativement fier de l’April, c’est que c’est une asso — Booky disait qu’on a des salariés heureux — eh bien ça fait partie du truc. C’est une asso où les fins ne supplantent pas les moyens. Donc on est intéressés à faire progresser des idées progressistes sous logiciel libre et sur tout un tas de pratiques informatiques, mais on est aussi extrêmement vigilants sur les moyens qu’on met en œuvre. Ça c’est facile en interne, on n’utilise que du logiciel libre, mais il y a plein d’assos qui peuvent se poser des questions, y compris dans le monde du Libre, sur leurs pratiques. On met en œuvre tout un tas de procédures pour être vigilants, pour que, dans tous les domaines qui sont directement liés à notre cause, ou indirectement liés à notre cause, on soit toujours le plus progressistes possible. Ça ne veut pas qu’on n’a pas des loupés, enfin qu’on ne loupe pas des trucs. Mais quand on fait des événements, on fait attention que ce soit accessible PMR [personnes à mobilité réduite], on fait attention à tout un tas de choses. Quand on fait des sites web on fait attention à cette problématique aussi. Quand on a des salariés, on fait attention à ce qu’ils se sentent bien chez nous ; on ne fait pas des CDD renouvelables tous les trois mois payés au lance-pierres, etc. Donc il y a globalement une exigence de qualité sur le fonctionnement qu’on essaye d’avoir dans toutes les dimensions et dans toutes les façons qu’on a de fonctionner.

Et ça, je ne veux pas dire que c’est rare, parce que moi j’ai la chance d’être dans plusieurs assos qui ont aussi ce genre d’exigences, mais malheureusement ce n’est pas systématique. Et si il y a une des raisons pour lesquelles moi je suis fier de l’April, comparée à plein d’autres associations que je croise de près ou de loin, j’aurais tendance à mettre ça en avant. Voilà !

Christian : Bravo. Les autres moyens humains dont nous disposons ce sont les bénévoles et vous êtes formidables ! Vous êtes formidables !

[Applaudissements]

Et la dernière catégorie de moyens humains dont nous disposons ce sont les adhérents et eux aussi sont formidables.

[Applaudissements]

Magali : Et on les aime, même s’ils ne cotisent pas on les aime, parce que le plus important à l’April c’est qu’on soit nombreux, ce n’est pas qu’on soit riches ; si on voulait être riches on ferait du propriétaire.

Christian : Oui. Ce ne sont pas toutes les associations ou même organismes qui ont plus de 4000 ou 5000 adhérents ; c’est assez extraordinaire. Évidemment beaucoup de petites cotisations permettent, effectivement, de financer les permanents et les actions, mais aussi permettent d’ouvrir des portes auprès des ministères, des élus, pour faire entendre un message. Et ça, c’est grâce à vous tous. Voilà !

Donc maintenant que nous avons les moyens humains, on va passer aux moyens organisationnels. Je tiens à expliquer qu’on avait tout bien calé et que le changement d’écran n’aide pas. Je ne sais même plus ce qu’il y avait à cet endroit-là !

Magali : Qu’est-ce que tu appelles un moyen organisationnel, Christian ?

Christian : Oui. C’est une très bonne idée.

Magali : Parce que là tu es sur l’onglet bénévoles. Pour ceux qui sont à Saint-Étienne, vous avez pu reconnaître ceux qui tiennent le stand parce que c’est souvent une équipe qui revient chaque année ; donc un moyen organisationnel.

Christian : Oui. Ça, ça illustrait nos bénévoles.

Magali : Ils sont tous là. D’ailleurs il y a en un dans la salle.

Christian : Du point de vue organisationnel, l’April a mis en place plein de systèmes, plein de choses, notamment des groupes de travail. Nous avons de nombreux groupes de travail. Il y a le groupe de travail Sensibilisation dont vous connaissez le résultat sur les affichettes, les stickers, l’Expolibre3 par exemple.

Magali : Expolibre que vous pouvez voir au village associatif, qui est affichée ; les sept panneaux y sont. Ça aborde plein de sujets comme le logiciel, l’éducation, les biens communs, les enjeux et ainsi de suite. N’hésitez pas à aller la lire. Elle est en format A0 donc très visible. Vous pouvez aussi la louer.

Christian : Vous pouvez aussi la louer. On est dans la démarche de sensibiliser, de partager. Donc on construit un support et le but du jeu, après, c’est de partager ce support, qu’il soit utilisé, pas uniquement par nous, mais par des relais locaux, dans une école, dans une mairie, dans une entreprise. Partout ! Partager le moyen, parce que sur le terrain il y a des gens qui ont l’envie, qui ont la nécessité, parfois par rapport à un interlocuteur, mais qui, effectivement, n’ont pas forcément pratiqué énormément ou ne se sentent pas en confiance et donc ces éléments-là vont leur permettre d’aller plus loin, de partager simplement. Quand votre interlocuteur repart avec son affichette, avec son imprimé, il y a de grandes chances que le message soit passé.

Magali : Il y a d’autres groupes que le groupe Sensibilisation, il y a le groupe Éducation qui est groupe qui est extrêmement actif, qui communique par la mailing liste éducation et qui est essentiellement composé par des professeurs. Ne cherche pas, ils n’ont pas de logo !

Christian : D’accord !

Magali : Par énormément de professeurs. Autant vous dire que le partenariat4 qu’a signé le ministère de l’Éducation avec Microsoft il y a quelque temps nous a ramené énormément de contributeurs sur ce sujet-là.

Les autres groupes de travail, tu as mis mes deux préférés! Il y a le groupe Transcriptions. Le groupe Transcriptions a pour mission de récupérer un média, que ce soit une vidéo ou un fichier audio, et de le transcrire. Transcrire ça veut dire transformer le son en texte. C’est un travail qui prend énormément de temps mais où nous avons des bénévoles extrêmement actifs, qui tapent le texte, qui relisent, qui communiquent au conférencier pour lui dire « coucou, tu as été transcrit » et qui ensuite le publient sur le site April.

Le groupe tout en haut c’est le groupe pique-nique. Je ne vais pas vous expliquer ce que c’est, tout le monde a déjà pique-niqué dans sa vie ! Eh bien à l’April aussi, on essaye d’organiser des pique-niques.

Christian : Il y a des combats qui sont rudes, qui sont très éprouvants et c’est important, parfois, d’avoir des réunions beaucoup plus calmes ou festives pour échanger en toute convivialité et les pique-niques en sont une, et ça fonctionne très bien.

Magali : Il y a un groupe Libre Association aussi, mais on vous en reparlera tout à l’heure, parce que c’est aussi une initiative.

Christian : Quand je vous parlais des affichettes, on a beaucoup de documents de communication, partager des affiches. C’est l’occasion de citer Antoine Bardelli qui fait beaucoup de travail magnifique.

Magali : Antoine Bardelli.

Christian : Merci. Autre cadre organisationnel mis en place par l’April : des apéros mensuels, où on retrouve le côté convivial, mais aussi rencontre présentielle. C’est fondamental pour échanger. Donc ça peut être des adhérents, ça peut être des élus qui viennent poser des questions, ou des entreprises.

Magali : Des journalistes.

Christian : Des journalistes.

Magali : Ou des gens incognito.

Christian : Des ?

Magali : Des gens venus incognito.

Christian : Exactement, dont on ne connaît toujours pas les noms, d’ailleurs, et qui posent des questions et qui partagent et qui permettent d’avancer. On n’avait pas choisi cette photo-là, ce n’est pas vrai !

Magali : Elle est très bien.

Christian : Mais il y a beaucoup de pieds. Normalement on prend des photos où on voit les gens dessus.

[Rires]

Magali : Parce qu’à l’April on prend son pied !

Christian : C’est terrible ! C’est impressionnant ! On va avoir une petite surprise. OK ! D’accord !

Magali : Je vous parlais des fameuses transcript’parties du groupe Transcriptions. Voici une transcript’partie où, vous voyez, les gens sont vraiment très concentrés. Ils sont soit en train de transcrire — ça se voit parce qu’ils ont des casques — soit en train de relire parce que c’est important la relecture, il faut enlever les fautes d’orthographe, il faut enlever les non-sens même si on est toujours très respectueux de qui a été dit.

Christian : Les transcript’parties c’est vraiment organisationnel : on trouve un lieu, ce n’est pas toujours le même, on donne rendez-vous à des gens qu’on invite à venir, on ne sait même pas à l’avance forcément qui c'est, et une fois sur place, on explique le mode de fonctionnement d’une transcript’partie. Les gens se greffent sur ce qui les intéresse, sur la façon de fonctionner, sur la vidéo qui les intéresse et du coup, là, on a vraiment un cadre organisationnel. Et les bénévoles qui veulent participer s’inscrivent dans cette organisation et participent à une action. Et donc c’est totalement de l’organisationnel !

Magali : On en parle beaucoup parce qu’on n’est pas du tout objectifs : c’est le groupe où on est tous les deux très actifs, mais on va parler d’autre chose maintenant.

Christian : Du point de vue organisationnel, il y a les April Camps aussi.

Magali : C’est quoi un April Camp ?

Christian : C’est un camping April qui se fait dans un lieu, sur plusieurs jours, et typiquement l’idée, pareil, on décide d’un lieu, on prévient les gens, on les invite à venir et on va essayer pendant un jour, deux jours, trois jours et deux nuits, de faire avancer un sujet, une initiative : l’installation d’un serveur, d’un CHATON5, des choses comme ça. Donc on fixe un cadre et les bénévoles présents feront avancer selon ce dont ils ont envie.

Comme autre cadre, on a aussi les villages libres, les stands, les dizaines de manifestations auxquelles on participe tous les ans, sur le terrain. N’hésitez pas : si vous voulez participer aux stands April, vous êtes les bienvenus. Et je rajoute que pour les apéros on les fait aussi décentralisés et on recherche des gens qui aiment faire l’apéro, qui aiment faire des choses pour l’April, décentralisées, en convivialité.

Magali : En gros, si vous voulez organiser un apéro April, vous nous le dites. On essaiera de se déplacer pour venir soit vous faire une conférence, soit juste un speech, soit juste se montrer. Mais on serait ravis de faire des apéros ailleurs qu’à Paris, Marseille, où est-ce qu’on est encore allés ? Brest, Lyon. Bref partout quoi ! Ou Toulouse où il y avait un super gâteau pour les 20 ans de l’April, effectivement.

Christian : Et il n’y a pas que pour les apéros qu’on viendra vous soutenir. Voilà les moyens organisationnels. Une question. Oui.

Public : Les petits villages vous venez nous voir ?

Christian : Les petits villages, nous sommes prêts à venir les voir. Mais le problème c’est aussi que je dise « Oh oui, bien sûr ! » Mais si ce n’est pas moi qui y vais, que j’oblige les autres à y aller, ce n’est pas sympa !

Public : Mais vous ! L’April ! Bédouin au pied du Ventoux, là où il y a le Tour de France.

Christian : Ce qu’il faut savoir c’est que nous avons l’avantage d’être une association nationale ; le fait que nous soyons nationale, ça veut dire qu’on a des contacts, on a des bénévoles, des adhérents partout en France.

Magali : Notre président est à Digne-les-bains. Ouais, ce n’est pas très loin.

Christian : Voilà, à Digne-les-bains. Nous avons un vice-président à Toulouse. Nous avons une membre qui est au Québec. Donc du coup, oui, on peut se déplacer suivant les disponibilités, suivant les contraintes, on peut se déplacer sans forcément, effectivement, venir de très loin.

Magali : Christian et moi nous nous déplaçons assez facilement. Si on est prévenus suffisamment à l’avance, logiquement, on se déplace.

Christian : Et avec grand plaisir !

Magali : Surtout pour un apéro !

Christian : Donc du point de vue organisationnel, nous avons mis en place des moyens, des méthodes, qui cadrent l’énergie des bénévoles pour avancer mieux. Troisième type de moyens, les moyens techniques.

Magali : Là ça devient geek !

Christian : Il y en a un petit peu, techniques. Typiquement c’est le local de l’April où on fait très souvent nos apéros, des réunions, on reçoit. C’est le SI de l’April, le système d’information de l’April. Ce n’est pas rien. Il y a des bénévoles qui consacrent beaucoup de temps à faire en sorte qu’il fonctionne. Il va y avoir du courriel, il va y avoir des listes de diffusion, il y a du wiki, il y a des pads. Il y a un site où on dépose les photos qui s’appelle photos.april.org. Il y a l’Agenda du Libre qui est un outil de sensibilisation mais aussi un outil pour partager des événements. Il y a un téléphone, il y a un fax. Oui les fax existent encore, et oui on en a encore besoin, parfois. Il y a l’IRC. Il y a Mumble. Sur IRC, donc sur Freenode, un canal[#april sur irc.freenode.net] où nous sommes présents. Donc il y a un certain nombre de moyens techniques qui sont pour des geeks peut-être intéressants mais, dans le cadre d’une association, qui sont des moyens importants sur lesquels vont reposer des initiatives. Je t’en prie. Agenda du Libre.

Magali : Comme tu as mis l’Agenda du Libre dans les outils je vais y revenir un tout petit peu. L’Agenda du Libre6 c’est un projet qui existe depuis des années, qui permet de mettre tous les événements en ligne pour que les libristes puissent être au courant des événements de leur région. Ça a été recodé et récupéré par l’April en 2013 par le monsieur [Emmanuel Charpentier] qui est caché tout au fond, au coin là-bas, et depuis que l’April a repris cette plateforme d’événements, les événements ont explosés. C’est-à-dire qu’avant il y en avait plein, mais on ne le savait pas. Maintenant il y en a de plus en plus et ils sont de plus en plus sur l’Agenda du Libre. Ça c’est le wiki de l’April, ce n’est pas grave, mais en tout cas, si vous-même vous organisez des événements, n’hésitez pas à les mettre là-dessus. Si vous avez une association n’hésitez pas à le faire connaître également, puisque du coup vous aurez un tag qui sera associé à votre association. Vous pouvez même afficher l’Agenda du Libre qui concerne uniquement votre association sur le site internet. [Affichage : page 404 – Adresse introuvable] [Rires]. Vous pouvez aussi avoir des pages 404 introuvables comme ça, mais pas sur l’Agenda du Libre, uniquement pendant les conf !

Donc l’Agenda, au départ, c’était juste un agenda. On l’a couplé avec un annuaire d’associations parce que nous, sur les stands, les gens nous disent : « Oui, c’est bien les événements, mais est-ce qu’il n’y a pas une association qui peut m’aider ? » Comme le site « trouve ton GULL [Groupe d'utilisateurs de Logiciels libres] » a disparu, on a fait un annuaire sur « trouve ton orga ».

Autre outil que Christian nous montre maintenant, c’est la liste de diffusion. Là vous allez voir apparaître tous les groupes de travail7 de l’April. Vous voyez, on vous en a dit trois/quatre tout à l’heure, mais, en fait, il y a tout ça. Oui, tout ça. bref, il y a en a une trentaine, à peu près. Tu veux nous montrer autre chose Christian ?

Christian : Oui, le pad, pour ceux qui connaissent. Tout le monde connaît le pad ? C’est, disons, un éditeur de texte partagé. On peut éditer à plusieurs. Typiquement, pour organiser un apéro. Il va falloir qu’on révise ce point-là, quand même. Et ça c’est le wiki de l’April où les bénévoles peuvent créer des pages sur des sujets, partager, les faire évoluer, etc. En Vente Libre.

Magali : En Vente Libre8 c’est une plateforme qui existe, pareil, depuis quelques années et qui permet de vendre les goodies des associations. Là on vous a mis la page April, mais il y a d’autres associations comme Framasoft, Debian, Ubuntu, LibreOffice, qui vendent leurs goodies, également sur cette plateforme.

Christian : Maintenant qu’on a vu que l’April avait des moyens conséquents, humains, organisationnels et techniques, nous allons aborder la partie initiatives. Qu’est-ce qu’on fait avec ces moyens et notamment on fait des choses comme ?

Magali : L’Expolibre. L’Expolibre ce sont sept panneaux qui présentent le logiciel libre au grand public. On a en parlé un petit peu tout à l’heure. Il y a un site internet où vous pouvez retrouver l’intégralité de l’Expolibre. Vous pouvez la louer en envoyant un mail à Isabella, mais vous pouvez aussi l’imprimer puisque toutes les sources sont dans des formats ouverts, sous des licences libres. Si vous voulez l’imprimer dans, je ne sais pas moi, qu’est-ce qui est plus grand que le A0 ? Quelque chose avec des murs entiers d’Expolibre, vous pouvez, c’est fait pour. Petit appel à ceux qui parlent des langues étrangères, par rapport au français, si vous voulez traduire l’Expolibre faites-le ! Puisque plus on pourra l’exposer à l’étranger, plus le message passera !

Christian : Autre initiative. Typiquement, quand un ministère signe un contrat avec une entreprise qui fait du privateur et donc qui met en danger les données personnelles des élèves, eh bien on met en place une initiative pour essayer de mobiliser et de créer une pétition.

Magali : J’ai une anecdote. Allez je vous fais l’anecdote ! Au départ, quand il y a eu ce contrat-là, à l’April, on a fait juste un communiqué de presse ; on a travaillé dessus, on a fait un texte et on l’a balancé un peu partout. Il y a des associations copines qui ont dit : « Moi je veux le signer ! Je veux signer ! » Et ces associations ont été tellement nombreuses qu’on s’est dit il va falloir faire une pétition. Donc on a mis une pétition en ligne, en disant on espère qu’on aura des signataires. Sauf que ça a fait boule de neige et je crois qu’on doit avoir dépassé les 6000 signatures — je ne suis pas sûre que ce soit sur cette page-là. Bref ! Vous pouviez aller signer cette pétition. Vous pouviez le faire de manière anonyme, si vous vouliez. Vous pouviez faire signer votre syndicat de profs, puisqu’on a pas mal de syndicats de profs qui l’ont signée ; il y a des entreprises qui l’ont signée ; il y a des collectivités qui l’ont signée. Bref ! Il y a plein de gens qui l’ont signée et quand vous regardez les dates…

Christian : Ça continue.

Magali : Ça continue encore, maintenant, alors que c’est une initiative qu’on a lancée il y a, peut-être que vous savez là-devant, décembre 2015. Bref ! Ça fait quasiment un an et demi qu’il y a encore des gens qui signent cette pétition, comme quoi c’est toujours d’actualité, et qu’il y a toujours plein de gens qui sont contre ce partenariat Microsoft/Éducation nationale.

Christian : Autre initiative : Libre Association9.

Magali : Là c’est Laurent Costy, un des administrateurs que vous avez vu tout à l’heure, vous n’avez peut-être pas pu le repérer parce qu’il avait une casquette, qui a lancé ça parce qu’il travaille beaucoup avec les associations et il s’est rendu compte qu’on avait quasiment tous le même combat et que c’était dommage que les associations n’utilisent pas de logiciel libre alors que souvent elles n’ont pas beaucoup de moyens ; souvent elles ont des problèmes, elles font du téléchargement illégal de logiciels privateurs, ce qui est dommage ! Donc il a carrément créé un groupe pour amener le logiciel libre dans les associations. [D’accord je continue à meubler donc !]

Christian : Et notamment aussi, une initiative a été de créer un livret de présentation de logiciels libres qui peut servir de support et d’information auprès des associations, mais pas que.

Magali : Et dans ce livret, il conseille plein de logiciels libres adaptés aux besoins des associations. C’est-à-dire que les associations n’ont pas forcément les mêmes besoins que des gens grand public ou que des entreprises. Donc là, on a fait une sélection de logiciels libres, on les a mis dans ce livret et on leur explique comment ça se passe ; on met un degré de difficulté, de maintien, afin qu’elles puissent piocher dedans librement.

Christian : Autre initiative : Libre en Fête10.

Magali : D’accord. Libre en Fête, c’est toujours aux alentours du 21 mars ; c’est souvent trois semaines avant/trois semaines après. On encourage toutes les associations, qu’elles soient locales ou nationales, à organiser des événements et à les inscrire sur le site. Pour les inscrire sur le site, c’est très simple : il suffit d’aller mettre son événement sur l’Agenda du libre, de mettre le tag « Libre en Fête 2017 » et l’événement apparaîtra directement sur ce site-là. Et donc ces événements, pour Libre en Fête, ce sont surtout des événements qui sont, comment dire, pour le grand public, pour lui faire découvrir les logiciels libres.

Christian : Ce ne sont là que quelques exemples des nombreuses initiatives menées par l’April, grâce aux moyens mis en place et grâce aux bénévoles. On voulait parler d’une initiative très récente, qui s’appelle Candidats.fr11. Cette initiative-là et les précédentes utilisent tous les moyens dont on a parlé tout à l’heure. Tout le monde connaît Candidats-fr ? Le Pacte du logiciel libre ?

Magali : Les gens qui sont dans la salle connaissent peut-être, mais les gens qui regarderont la vidéo ne la connaîtront pas, sûrement. Est-ce que tu peux nous parler de la campagne Candidats.fr, puisque c’est toi qui l’as animée ?

Christian : Je l’ai co animée, parce que l’action collective c’est un point fort de l’April.

Le Pacte du logiciel libre, l’idée c’est de recréer du lien entre les gens et les élus et c’est aussi un moyen de faire passer un message de sensibilisation auprès des futurs élus qui font la loi. La visée institutionnelle de l’April est très forte et ça c’est un moyen. Sauf que contacter à trois permanents des milliers de candidats — par exemple pour les législatives il y en avait plus de 7800 —, déjà c’est impossible humainement. Et en plus, recréer du lien avec des centaines de bénévoles qui vont contacter leurs candidats, leurs élus, qui vont établir une communication, qui vont faire remonter des informations ou qui vont transmettre des informations à leurs élus, c’est un moyen formidable pour faire avancer le mouvement du logiciel libre, les idées et, bien sûr, la liberté des utilisateurs.

Magali : Ce qui est génial dans cette campagne c’est que même s’ils ne sont pas élus, ils ont été sensibilisés. Le fait de dire « je suis candidat » dans une circonscription, fait qu’on leur a parlé du logiciel libre, on leur a dit qu’il fallait faire attention, qu’il ne fallait pas voter de lois… Même s’ils ne sont pas élus — d’ailleurs il y a beaucoup de non élus qui ont signé le Pacte — je te laisserai faire le bilan après, mais au moins c’est déjà donner l’occasion de les sensibiliser, parce qu’on ne les aurait jamais contactés s’ils n’avaient pas été candidats.

Christian : Même un élu qui dit : « Je ne veux pas signer » ou un candidat « Je ne veux pas signer », n’empêche que ça veut dire qu’il sait ce que c’est et qu’on va pouvoir rebondir sur son argumentation ; on va pouvoir avancer avec lui.

Ça [en indiquant l'écran], c’est le Pacte du logiciel libre qu’on propose de signer aux candidats. C’est une démarche symbolique. C’est dire que oui, je sais ce que c’est qu’un logiciel libre et puis d’accord, je m’engage à l’utiliser si je suis élu, à le faire utiliser si je suis élu. Donc c’est vraiment symbolique, mais c’est important parce que le système démocratique dans lequel on est, c’est aussi du symbole, et voilà ! C’est ce qu’on propose de leur faire signer.

Magali : Un bilan ? Un petit bilan ?

Christian : Juste pour dire, par rapport aux moyens : on a utilisé des pads pour pouvoir rédiger des documents ; on a utilisé le wiki pour faire le suivi des activités ; on a utilisé les listes de diffusion, parce qu’on a des listes de diffusion qui sont dédiées ; on a hébergé un site qui a été développé avec un logiciel libre, merci Benj. Un site web dans le SI vu ci-avant.

Magali : On a discuté sur IRC.

Christian : On a énormément fait de « contacthons » sur IRC, donc tous les moyens, et on a utilisé les permanents qui nous ont aidés à tenir le coup, à saisir les pactes. On a utilisé les bénévoles qui nous ont aidés ; il y en a plus de 80 qui ont participé. J’ai parlé de moyens techniques, de moyens organisationnels ; typiquement Candidats.fr, c’est aussi organisationnel. Donc tous les moyens que nous avons décrits tout à l’heure ont servi à porter cette initiative majeure de l’April.

Vous avez vu l’intro. Mais regardez, ça en fait du monde. Cette plateforme, ce qui était intéressant, c’était de collecter les coordonnées de contact des candidats, parce qu’il y a beaucoup de candidats qui sont difficiles à contacter et de pouvoir partager cette information de contact pour être plusieurs à contacter. Sachant que plus ils sont sollicités, plus ils vont se dire qu’il y a quelque chose à regarder.

Magali : Tu ne pourrais pas nous montrer la fiche d’un candidat au hasard ?

Christian : Je le peux.

Magali : Au hasard, un candidat qui s’est vanté ce matin d’avoir signé Le Pacte, un candidat qui est de la région, monsieur Régis Juanico. Là vous avez à peu près sa fiche personnelle. On a essayé de trouver son adresse web, le téléphone ça peut servir également ; les réseaux sociaux : il y a beaucoup de candidats qui nous ont répondu sur les réseaux sociaux ; on avait son parti, on avait sa suppléante ; on a regardé, on s’est rendu compte qu’il était finaliste puis, finalement, qu’il a été élu. Voilà ! Signé et lettre fax de confirmation. C’est beau quand on voit ça sur un candidat parce que sinon il y aurait marqué non contacté. Contacté/signé, ça veut dire qu’on a réussi à remplir notre mission.

Le plus dur c’est de trouver leur adresse mail, personnellement. C’est bizarre, à notre époque, que tous les candidats ne veuillent pas être joints, comme ça ils ne donnent pas leur adresse mail. Souvent on est obligé d’aller chercher sur Internet. À savoir que pour les sortants, qui sont déjà à l’Assemblée nationale, quand ils ont une adresse mail @assemblée nationale, ça ne marche pas ! ils ne répondent pas ! Ils ne la lisent pas !

François R. : Inaudible.

[Rires]

Magali : Alors François qui est aussi un des bénévoles qui a contacté des candidats nous dit que les autres adresses mail non plus ça ne marche pas ! OK ! Moi je me suis occupée des réseaux sociaux sur mes candidats parisiens et alors moi j’ai eu des réponses. Hou là, j’ai eu des réponses.

Christian : Pour vous donner une idée du défi de cette initiative. Effectivement, pour les législatives de 2017, il y avait 7882 candidats.

Magali : C’est beaucoup !

Christian : L’idéal c'est de les contacter en présentiel, en leur parlant directement, mais ce n’est pas forcément faisable. Grâce à 92 bénévoles, on a réussi à faire 2332 actions de contact. C’est beaucoup ! C’est un sur quatre. On va vous montrer des camemberts, des tableaux après. Le résultat, c’est quand même 2332 actions de contact. Ce sont des gens qui ont été sensibilisés, parce qu’ils ont reçu un message, ils se sont posé des questions : qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce qu’ils me veulent ? Même s’il n’y a pas de réponse, ça veut dire que, quelque part, il y a des cases qui sont ouvertes : ils vont pouvoir se poser des questions et ça, c’est utile pour faire progresser le mouvement.

Le résultat, on a 497 signataires. Ce sont des gens qui non seulement ont reçu le message, ils ont dit OK, ils l’ont compris et aussi ils ont fait la démarche de signer parce qu’ils sont d’accord.

Magali : 497 signataires sur 1798 contactés, ce n’est pas mal !

Christian : C’est quelque chose que je ne réalise pas encore, mais c’est une transformation, c’est un taux de transformation du contact en signature qui est énorme. Qui est même trop énorme !

Magali : Par rapport aux campagnes précédentes, c’est énorme comme taux. Malheureusement on n’en a que 26 qui ont été élus. Mais si on regarde bien comment marche l’Assemblée, 26 candidats, ils ont le droit de former un groupe !

Christian : Comme un journaliste l’a titré dans son article : « Aujourd’hui nous avons 26 défenseurs du logiciel libre à l’Assemblée nationale ».

Magali : Donc 26 personnes qui pourront faire des propositions dans l’emploi du temps des députés. Et ces 26 personnes ne sont pas toutes du même bord ; elles ne proviennent pas toutes du même du parti.

Christian : Je confirme que les logiciels libres sont un sujet complètement transpartisan, pas forcément pour les mêmes arguments, mais ça va des valeurs de partage aux valeurs d’innovation, aux valeurs de souveraineté nationale, donc c’est transpartisan. Il y a de quoi convaincre et ils sont convaincus, en général.

Magali : Les 551 qui n’ont pas signé, on va les contacter pour qu’ils signent, maintenant qu’ils sont élus.

Christian : Oui, parce que l'initiative Candidats.fr ne dure pas que la campagne, qui a été extrêmement courte cette année, trois semaines à peu près, c’est très intense. Mais du coup, maintenant on va pouvoir continuer avec ceux qui ont été élus, ceux qui ont répondu. Parce qu’il y en a qui répondent en disant « je ne sais pas de quoi vous parlez, je verrai ça en septembre ». Bon ! Pas de problème, on sera là en septembre. On les contactera. Il y en a qui ne répondent pas. Eh bien on va les solliciter davantage. On va leur dire « vos collègues ont signé, pourquoi pas vous ? », notamment En marche!, on a le porte-parole du gouvernement [Christophe Castaner] qui a signé, donc pourquoi pas les autres. Il y a le député Villani qui va peut-être nous faire l’honneur de sa présence aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre.

Magali : Il est à Versailles.

Christian : Il a encore trois jours !

Magali : D’accord. Député, si vous nous entendez !

Public : Inaudible.

Christian : Trois jours ! Député Villani.

Magali : Oui. S’il veut venir faire sa conférence plus tard, on veut bien de lui.

Christian : Député Villani. vous êtes le bienvenu. J’ai un Pacte imprimé que vous pourrez signer quand vous viendrez, il n’y a aucun souci.

Magali : Tu nous as fait des jolis graphiques !

Christian : Ouais ! J’ai essayé de valoriser le travail de ces 90 bénévoles et de ces milliers d’actions. Globalement, on a réussi à contacter un quart des candidats. On voudrait, bien sûr, toujours plus. Mais bon, il faut être raisonnable !

Magali : Il faut dire que quand il y a 24 candidats par circonscription, dont certains de partis totalement inconnus, on se dit toujours qu’ils ne seront pas élus. Donc on essaye vraiment de contacter les plus statistiquement éligibles.

Christian : Oui ! Oui !

Public : Inaudible.

Magali : Ah Oui ! Il y a tous ceux qui ne laissent pas leurs coordonnées, ni téléphone, ni adresse mail, ni réseau social.

Christian : Ni profession de foi !

Magali : Ni quoi que ce soit. Ceux-là c’est difficile à avoir !

Christian : Et pour information, nous avons eu 90 merveilleux bénévoles. Et bien sûr, autant nous on s’astreint à contacter tout le monde, mais autant on n’impose pas à nos bénévoles de contacter les candidats qu’ils n’apprécient pas, ce n’est pas le but ! On est toujours en mode positif, constructif.

Ce qui est formidable avec ces beaux camemberts, c’est qu’on voit quand même qu’on a réussi, dans les finalistes — donc ils étaient nombreux les finalistes, ils étaient combien ? Nombreux, plus de 1000 — on a réussi à en contacter deux tiers, et parmi les élus on en contacté les trois quarts. Donc même si, à l’arrivée, il n’y en a que 26 signataires sur 577, déjà il y en a beaucoup qui ont eu l’opportunité d’être sensibilisés et l’idée c’est de continuer.

Magali : Si vous voulez donner un coup de main, n’hésitez pas à prendre contact avec nous. Il y a un groupe de travail à l’April qui s’appelle le groupe Atelier, mais je ne vous en dirai pas plus parce qu’Étienne se fera un plaisir de vous en parlez jeudi [mercredi], qui va suivre cette campagne Candidats.fr, après l’élection.

Christian : On vous a montré les différents types de moyens de l’association. On vous a montré des initiatives qui les utilisent. Je voudrais dire que ça, Le Pacte du logiciel libre, c’est quelque chose que l’on fait depuis dix ans, depuis 2007. On le fait à différents types d’élections, européennes, départementales, régionales et législatives. 26 signataires à l’arrivée, on pourrait penser que ce n’est pas grand-chose sur 577. Sachez que c’est aussi grâce à cette initiative qu’aujourd’hui il y a deux lois de la République française qui contiennent la mention « logiciel libre ». Il y a une loi sur la Recherche et l’Enseignement supérieur et il y a la récente loi…

Magali : La République numérique.

Christian : République numérique, qui a été votée récemment, et qui a donné lieu à un débat de trois quarts d’heure à l’Assemblée nationale, alors qu’en général les amendements c’est, allez, 30 secondes, pas plus !

Magali : Et plus d’une heure au Sénat.

Christian : Et une heure et quart au Sénat, avec une suspension de séance pour qu’ils arrivent à trouver un compromis dans les couloirs. C’est extraordinaire, et jamais ce résultat ne serait arrivé sans les initiatives de l’April, aussi du point de vue action des permanents auprès des candidats, des ministères, etc., et des bénévoles à travers cette initiative-là. Donc l’April a mis en place des moyens conséquents, pour des initiatives dont certaines conséquentes, avec des résultats qui sont conséquents.

Par rapport aux initiatives, il y en aurait plein qu’on pourrait vous décrire, mais on va éviter, on va faire court. On voudrait vous dire que si vous voulez en savoir plus sur certains dossiers d’actualité, brûlants, notre merveilleux permanent Étienne Gonnu fait une conférence mercredi à 16 h 20.

Magali : Qui durera 40 minutes sur l’enjeu politique et social des logiciels libres.

Christian : Voilà. Donc vous aurez un complément sérieux sur les actualités.

Magali : Et puis il y aussi Marie Duponchelle qui fera une conférence sur l’interopérabilité et l’obsolescence programmée12. Marie Duponchelle est une ancienne administratrice de l’April, elle est avocate de formation. Elle fait pas mal de conférences et elle, ce sera mercredi 5 juillet à 11 h 40, dans le lieu Room J 110, et ça durera 40 minutes.

Christian : Voilà. Donc nous avons fini la petite présentation du cœur de l’April et nous accueillons avec plaisir vos questions maintenant.

Magali : Je vais dire ce que dit un de mes copains framasoftiens, Pouhiou, qui dit que la première question personne ne veut la poser donc on va l’oublier ; on va passer directement à la deuxième question, et ça marche.

Christian : Bravo.

Public : C’est une question qui n'a pas forcément… C’est plus par curiosité, le fait qu’il y ait un pourcentage plus élevé sur les finalistes et, finalement, les élus, c’est parce que les bénévoles ont mis plus le paquet à la fin ? Ou parce que les élus étaient meilleurs et que donc ils ont été élus parce qu’ils… Enfin voilà !

Christian : En fait, j’ai fait des études. On a eu deux semaines de contacthons très intenses pour le premier tour et une semaine seulement pour le deuxième tour. Il y a eu autant de contacts dans le deuxième tour que dans le premier tour. Ce qu’il faut voir c’est qu’on a capitalisé tout le travail de collecte de coordonnées qui était au premier tour. Et puis le deuxième aspect qui fait beaucoup, c’est qu’ils sont beaucoup moins nombreux : on passe de 7882 à 1151. Ça soulage ! Et typiquement, en régional, on est passé de 22 000 candidats à moins de 5000. C’est à chaque fois, ouf, ça devient beaucoup plus gérable.

Magali : Et puis surtout, après le premier tour, quand il ne reste plus que deux candidats, il n’y a plus que deux adresses mail à chercher ou elles sont même déjà là. Donc pour contacter les gens c’est beaucoup plus rapide que quand on doit chercher par nous-mêmes les adresses mail. Il faut reconnaître qu’en plus, cette année, on a eu beaucoup moins de temps pour contacter les gens puisque les listes ont été faites vraiment au dernier moment. Avant on avait quasiment trois semaines/un mois pour contracter les gens ; là ça a été deux semaines. Imaginez si on avait eu un mois !

Christian : Oui. Ça c’est de l’action !

Magali : Là tu montres le camembert du moyen de contact. Donc vous pouvez voir que la plupart des contacts ont été faits par courriel, mais qu’il y a quand même une petite partie qui a été faite sur les réseaux sociaux ; et le formulaire web c’est quand les candidats ne veulent vraiment pas être joints, mais comme ils sont à la pointe de la technique ils ont un site internet et, sur ce site internet on peut laisser un message sur leur formulaire. Autant vous dire que c’est quelque chose que les contacteurs n’aiment pas du tout !

Christian : Parce qu’on ne sait pas du tout ce qui se passe derrière !

Magali : On ne sait même pas qui lit, derrière. Aux candidats qui font ça, on fait un petit message : on n’aime pas ça !

Christian : En complément, vraiment plus on a de bénévoles qui participent, plus on a de coordonnées de contact trouvées, plus il y a d’actions de contact qui peuvent être faites. Après, avec les différents tours, moins il y a de candidats et donc plus on arrive à vraiment avoir un effet boule-de-neige qui a un impact.

Magali : Il y avait une deuxième question.

Christian : Deuxième question. Ils se battent pour des questions ! Super !

Public : J’ai une question. En faisant de l’institutionnel, on va dire en imposant le logiciel libre dans des endroits où il ne serait pas autrement, est-ce qu’on ne s’expose à des migrations inverses comme les deux auxquelles je pense : celle de l’Assemblée nationale française et celle de la ville de Stuttgart, je crois ? Ou de Munich.

Christian : Je vais faire mon Richard Stallman. Vous pouvez parler plus fort, je n’entends pas ! [Christian imite la voix de RMS]

Public : Ou celle de Munich, qui, bon ! Eh bien ça a fait grand bruit et c’est quand même vrai que ce sont des échecs dans le sens où le politique a imposé le logiciel libre et, on va dire, après on est revenu sur cette décision-là et ça fait peut-être encore plus mal que de ne pas en avoir du tout. Ma question c’est un peu comment est-ce qu’on peut se prévaloir de ça ?

Christian : Le cas en Allemagne où la ville revient sur le déploiement de logiciels libres qui avait été décidé il y a une dizaine d’années, qui était achevé, qui continuait tranquillement sa route et qui avait montré des millions d’euros d’économie, n’est que le fait d’un choix d’un élu qui, arbitrairement, a décidé de revenir en arrière. On peut imaginer du copinage, des dessous de table, tout ce qu’on veut, mais ce n’est absolument pas basé sur une logique, étant donné que les directeurs des services informatiques de la ville en question ont rendu des avis défavorables à cette initiative et, au contraire, que ça n’avait plus de sens aujourd’hui.

En ce qui concerne l’Assemblée nationale, effectivement, nous avons vu un formidable élan de mise en place de moyens et c’est vrai que, malheureusement, on n’a pas constaté un engouement des parlementaires. Certains ont utilisé les logiciels libres et l’ont revendiqué. Ils nous ont même assuré, par rapport au Pacte du logiciel libre, qu’ils étaient utilisateurs, qu’ils continuaient et qu’ils espéraient pouvoir continuer.

Il faut savoir que, des fois, il y a des résistances. Il y a des lobbies qui travaillent derrière. Il y a des usages qui ont tellement été ancrés que la logique d’économie, de liberté, de sécurité, n’arrive pas à prendre tout de suite. Mais ça c’est une question de temps. Il faut leur laisser. Ce sont des fois simplement des gens qui disent : « Laissez-moi du temps pour changer. » Et nous sommes là pour les aider à changer et on va les convaincre de changer et je pense que Étienne a une info là-dessus par rapport à moi.

Étienne : C’est juste pour compléter. C’est vrai que, comme tu dis, à Munich c’est le fait d’une personne qui a clairement accepté le lobbying de Microsoft. Mais à l’inverse, le logiciel libre aussi, parfois, que ce soit dans différentes institutions, à différentes échelles, peut être porté par une personne. Et le but aussi de l’April, c’est de créer un terrain favorable, notamment quand on essaie de faire rentrer une priorité au logiciel libre dans la loi ; ça ne va pas tout faire, mais ça va donner des billes, ça va armer aussi des personnes, des initiatives, parce que, souvent, ça part aussi de ça. C’est-à-dire qu’au sein d’une collectivité, au sein d’une institution, d’une école, il y a un DSI [directeur des systèmes d'information], il y a quelqu’un qui croit dans ces valeurs-là et qui va aussi permettre, à l’inverse, d’aller du bon côté ; quelqu’un qui va porter le Libre à ce niveau-là. Je pense que notre action sert aussi et notamment par ce genre de biais comme Candidats.fr, à donner de la visibilité pour donner un terrain favorable à tout ça.

Magali : Avant de passer la parole à madame pour la question, est-ce que vous connaissez le label des territoires numériques13 ? C’est un label qui a été mis en place par plusieurs associations dont l’April, l’ADULLACT, l’AFUL, et qui a demandé aux collectivités de répondre à plusieurs questionnaires du genre : est-ce que vous utilisez du logiciel libre ? Est-ce que vous développez du logiciel libre ? Est-ce que vous avez un budget logiciels libres ? Et il y a eu énormément de réponses de grandes villes, telle que Rennes, telle que Nantes, telle que je ne sais plus parce qu’il y en avait vraiment pas mal, et qui développent du logiciel libre. C’est-à-dire qu’elles ne sont pas juste simples utilisateurs ; elles sont contributeurs du logiciel libre et ça on ne le voit pas dans les journaux ! Mais on a, je crois que c’est la ville de Rennes, qui contribue à plus de 40 logiciels libres. C’est vraiment un choix local, régional si tu veux, surtout local.

Ce qu’ils font en haut, à l’État, c’est leur choix, mais au niveau local il y a plein de collectivités qui font du logiciel libre. Il y a plein d’écoles qui ont refusé le partenariat avec Microsoft et qui utilisent du logiciel libre, pour les raisons qu’elles veulent mais en tout cas, c’est ça qu’elles ont elles décidé d’utiliser. Tant pis si Munich, ils sont repassés à Microsoft. Peut-être qu’ils auront plus tard un DSI qui leur dira : « Allez, ne déconnez pas, on revient au Libre ! »

Public : Bonjour je suis Florence, je suis membre d’April depuis 98.

Christian : Bravo !

[Applaudissements]

Florence : Je suis assez admirative de la manière dont April anime les contributeurs et les bénévoles. Je voulais savoir un petit peu où ça en était maintenant et comment ça se passe au niveau de l’animation des bénévoles, parce que ça peut être un exemple pour d’autres associations locales.

Magali : Le secret est dans la tomate cerise ! C’est-à-dire que plutôt que de proposer des chips, tu proposes de tomates cerises aux apéros, ça fait venir plein de gens. Non ! Je pense que l’animation est faite parce que dans les groupes de travail on a des animateurs qui sont motivés, qui sont militants et qui ont envie de faire des choses. Et leur enthousiasme est totalement communiqué aux bénévoles qui ont envie de les suivre.

Public : Inaudible.

Magali : Je vais demander à ma mère et à mon père et ils vont te dire !

Christian : Il y a une chose qui est importante aussi, l’April ça fait 20 ans que ça existe. Il y a des gens, on les voit agir pendant des années, on est admiratif de ce qu’ils font et on apprend beaucoup en les regardant faire, après en essayant de les soutenir, de les aider ; après on les rejoint et après on finit aussi à l’April par exemple, des fois. Et donc voilà ! L’action collective, être avec les autres. Petit à petit, c’est juste des façons de travailler, des façons d’être ensemble. Petit à petit ça vient ; on prend de l’assurance et puis on crée le cadre organisationnel qui va bien.

Souvent c’est juste une méthodologie assez simple : c’est un lieu, c’est une unité de temps, avec des choses très simples sur les objectifs, et de l’accompagnement. Les bénévoles, la plupart du temps, quand ils viennent, c’est vrai qu’ils ont une quantité d’énergie, de temps disponible courts et il suffit de leur dire : « Aujourd’hui on fait ça. Ça t’intéresse ? Oui ? Alors il faudrait faire comme ça, comme ça, comme ça. Vois ! Adapte-le à toi ! », et souvent ça suffit. Donc des tâches, les penser simplement et penser en unité de temps, d’énergie et aussi la récurrence. Si on fait un événement une fois par an, c’est difficile de capitaliser l’expérience. Si on le fait deux/trois fois par semaine, on épuise les gens et c’est difficile de tenir le rythme. Si on le fait une fois toutes les semaines, comme les soirées de contribution du Libre, ça marche assez bien. L’apéro mensuel qu’on fait, une fois par mois, ça marche assez bien. On arrive à capitaliser l’expérience.

Magali : Et puis le combat qu’on mène, le combat éthique du logiciel libre c’est un combat qui parle à énormément de gens, donc pour eux c’est plus facile de venir nous voir si ce combat-là leur est important ; de nous consacrer du temps, que ce soit cinq minutes, que ce soit un an, puisqu’on a chopé des bénévoles à long terme, mais c’est parce que, surtout, notre cause est juste et qu’ils veulent la rejoindre.

Christian : Et le parcours du bénévole c’est un concept ! Oui !

Magali : Du coup, en parlant de parcours du bénévole, je voudrais parler de ce petit flyer de sensibilisation14 qui a été fait par le groupe dont Isabella est cheffe, qui vous dit typiquement : « Vous avez une minute ; cinq minutes ; quatre heures ; deux mois ; une année » et on vous donne des tâches que vous pourrez réaliser. Ou alors « Je suis enseignant ; je suis dirigeant ; je suis intéressé par les sujets juridiques ; je sais promouvoir une cause qui me tient à cœur », et pareil, vous avez des tâches qui peuvent être déclarées. On est vraiment là pour encourager nos bénévoles, [bien sûr avec plaisir], les encourager, les aider et puis surtout leur trouver des tâches qui leur tiennent à cœur.

Christian : Et c’est pour ça qu’on a parlé des moyens organisationnels. Définir un cadre simple, facilement compréhensible. Souvent les bénévoles savent se mettre dedans, apporter leur énergie, et je viens d’oublier ce que je voulais dire, mais ce n’est pas grave !

Isabella : L’April a fêté 20 ans, en fait. On continue de célébrer parce que c’est toute l’année et on a fait une grande fête sur Paris, mais on avait fait plein de fêtes aussi en régions ; il y avait plein d’événements dans toute la France. Et quand on a fait la fête sur Paris, on a pensé de proposer un buffet issu de la récupération alimentaire. Donc j’ai fait appel, j’ai dit « venez participer à ce buffet participatif » parce que c’étaient les bénévoles, eux-mêmes, qui faisaient à manger, en gros. Il y avait des gens qui avaient l’habitude de faire la cuisine et il y avait des gens qui ne s’y connaissaient pas du tout, mais qui étaient contents de participer. C’était une initiative qui leur a parlé et, du coup, ils se sont mis à préparer à manger aussi.

Magali : Et on a super bien mangé ! Est-ce qu’il y a d’autres questions ?

Public : J’avais une question sur les personnes que vous avez contactées, qui n’ont pas signé Le Pacte. Comment elles se répartissent ? Quelle est la part de celles qui ne vous ont pas du tout répondu ? Quelles sont celles qui vous ont dit : « Non ça ne m’intéresse pas le logiciel libre » ?

Christian : Je vous invite à aller voir le bilan qui est sur Candidats.fr.

Magali : Il fait 125 pages !

Christian : Non, non ! Il fait beaucoup moins de pages.

Magali : Il n’y a pas de portraits de gens !

Christian : Il est là, mais je commence à être en panne de batterie.

Magali : Je ne pourrais pas te dire tous les candidats de tel parti nous ont dit non. Je pourrais te dire qu'il y a des candidats qui nous ont dit oui et que, du coup, ils ont fait adhérer tous les mêmes candidats de leur parti : le Parti pirate, Europe Écologie les Verts, Nouvelle Donne, par exemple… Alors pour ceux qui ne nous ont pas répondu, est-ce qu’il y a un profil qui se dégage ?

Christian : De ceux qui n’ont pas répondu ? C’est difficile de savoir puisqu’ils n’ont pas répondu.

Magali : Moi, il n’y en a jamais aucun qui m’a dit non. L’indifférence c’est beaucoup plus important que le non, pour eux. Il y en a, ils m’ont répondu en disant « je ne sais pas, je ne connais pas, j’aimerais bien vous rencontrer ». Du coup j’ai rencontré des candidats, mais personne n’a osé me dire non, que ce soit sur les réseaux sociaux ou par courriel. Limite ils ne répondent pas, ils ne répondent juste pas ! On n’existe pas !

François : Juste une précision. Moi ça m’arrive souvent de ne pas avoir de réponse. La seule fois où j’ai eu un candidat qui m’a dit non c’est quand je l’avais appelé. Parce qu’au téléphone, pour pouvoir raccrocher, il faut qu’il trouve une excuse pour ne pas être malpoli. Et donc là il dit non, ça ne nous intéresse pas, désolé !

Christian : Oui. On a cette méthodologie d’accompagnement des bénévoles. Souvent beaucoup nous disent : « Moi je ne sais pas quoi lui dire ». Moi le premier, au début, j’étais là, qu’est-ce que je vais lui dire ? Je ne suis pas un orateur, lui c’est un professionnel, etc. Et on disait : « Envoyez un courriel avec un texte, très simple, sur pourquoi vous trouvez que c’est bien les logiciels libres et puis, le lendemain, vous appelez et vous posez juste la question de savoir s’il a reçu le courriel. » Et là, effectivement, tout le monde arrive à poser cette question-là tranquillement et ça a un impact énorme, parce que ça paraît rien comme contact, mais du coup, ils sont obligés de bouger parce qu’il y a un contact direct. Et pareil si vous vous déplacez, c’est encore plus fort comme impact.

Public : Il y a des partis politiques qui ont plus bloqué ou qui, finalement, n’ont pas forcément répondu ?

Christian : C’est plutôt le contraire. C’était une progression. On a maintenant des partis qui donnent des consignes à leurs candidats de signer. Voilà. Il y a deux partis, trois, qui nous ont dit : « C’est bon, vous pouvez considérer que tous nos candidats ont signé », carrément. « Nous, parti, au nom de candidats, on vous dit : "Ils signent !" »

Magali : Chose qu’on ne pouvait pas faire. On a vraiment besoin de la signature de chaque candidat. C’était gentil, mais…

Christian : On les a remerciés, mais notre démarche c’est vraiment le candidat, la démarche symbolique du candidat, parce que c’est le candidat qui vote les lois s’il est élu, c’est lui qui parle à la tribune ; ce n’est pas le parti. Même s’il y a des logiques de parti, on n’est pas candides là-dessus, mais nous, on essaie de, justement, valoriser le candidat, l’élu. Mais du coup, effectivement, il y a des partis qui ont… Si on avait écouté ça, on aurait eu des centaines et des centaines de signatures supplémentaires. Ça c’est nouveau, parce qu’il y a dix ans, ce n’était pas ça. Mais du coup, ça veut dire qu’ils intègrent… Pardon ?

Public : Inaudible.

Christian : Dans notre sens ? Alors moi je ne l’ai pas ressenti très fort.

Magali : Dans le public il y a quelqu’un qui vient de dire qu’il y avait des consignes de partis pour ne pas voter le…

Christian : Si, pour signer. Sincèrement il n’avait pas beaucoup d’effet.

Public : Inaudible.

Christian : Oui, mais enfin dans les faits ! Vas-y !

François : On a déjà eu des consignes de partis dans le passé. Une année on a eu le FN, je ne suis pas sûr de l’année, mais c’est en 2007, je crois. Et il me semble aussi en 2007 il y avait, je ne sais pas si c’était une consigne de parti, mais il y avait un fort soutien de Bayrou sur le MoDem et tous les gens du MoDem ont suivi. Ce n’était peut-être pas une consigne de parti, mais c’était un très fort signal de chef de parti qui s’était ressenti sur les signatures.

Christian : Oui, c’est vrai, maintenant ça me revient, mais j’étais très déçu à l’époque parce que je ne l’avais pas ressenti au niveau de la saisie des Pactes. Je ne l’avais pas ressenti. Alors que cette année, j’ai l’impression qu’on la ressent beaucoup plus fort.

Magali : Cette année, on a eu quasiment tous les candidats de Nouvelle Donne, en deux jours, qui ont signé Le Pacte. En deux jours ! Alors il n’y a avait pas 577 candidats chez Nouvelle Donne, mais ils sont tous arrivés les uns après les autres, c’était visible. Tout comme le Parti pirate : ils s’amusaient à faire des selfies d’eux avec Le Pacte sur les réseaux sociaux. Ça aussi ça a été pareil, sur trois jours peut-être, le Parti pirate. Par contre, Europe Écologie, ça a été plus diffus, mais à chaque fois qu’on faisait la mise à jour sur les partis, il y avait plein de signataires qui se rajoutaient. Donc là aussi, c’était assez visible pour ces partis-là.

Christian : Il y a d’autres partis, comme l’UPR, où ça a été assez massif continuellement. Mais du coup, j’ai l’impression… Voilà ! Les partis. Il faut savoir qu’il y a un parti, La France insoumise, qui, dans son programme présidentiel, a marqué « priorité au logiciel libre » ; c’était marqué dedans. Donc on voit que le message, les idées du logiciel libre et la liberté des utilisateurs, eh bien ça marche, ça imprègne de plus en plus. Et effectivement, les candidats se prennent en photo avec Le Pacte et après ils tweetent et c’est super ! Ça marche.

Magali : C’est la première année qu’on avait autant de selfies avec des Pactes, quand même, il faut le signaler.

Christian : Allez voir le bilan ; sur Candidats.fr il y a le bilan. Je ne peux plus vous le montrer parce que l’ordinateur n’a plus de batterie, mais il y a le bilan, il y a les photos des tweets, effectivement, et il y a un peu plus de détails. On n’a pas orienté l’analyse par parti. On vous laisse le faire. Il y a un endroit où il y a, par parti, le nombre de signataires donc vous verrez ceux qui sont en haut, ceux qui sont en bas, parce que, effectivement, on essaye de focaliser sur la logique d’élu et non pas de parti.

Magali : On n’a pas fait l’analyse, mais les données sont trouvables sur le site.

Christian : C’est un logiciel libre, les données sont libres aussi, sur demande.

Magali : Est-ce que vous avez d’autres questions ?

Christian : Oui, alors nous prévoyons, les prochaines élections c’est 2019, les Européennes, c’est passionnant, nous comptons sur vous et nous espérons une nouvelle version de la plateforme qui sera encore mieux. N’hésitez pas à participer aussi à ça.

Public : Inaudible.

Christian : Je ne me suis pas encore projeté. C’est vrai, il y a des gros leviers ?

François : Ce sont souvent des élections un peu délaissées, les Européennes, mais ce sont des élections extrêmement importantes, avec des gens qui ont pas mal de pouvoir, qui sont à l’écoute. Très souvent on a eu beaucoup plus d’écoute auprès des députés européens qu’auprès des députés français, par exemple, donc il y a des enjeux. Il faut y aller !

Christian : Et nous avons remporté de grandes victoires, notamment vis-à-vis du logiciel libre, en 2005. Comme quoi les députés européens travaillent et ne votent pas forcément n’importe quoi. Enfin pas forcément ! Pas forcément ! Et grâce à nous, en ce qui concerne le logiciel libre, voilà ! Bien ! Notamment, j’ai discuté avec un représentant d’Hispalinux, une association du logiciel libre espagnole, et donc il y aura certainement peut-être quelque chose à faire aussi avec eux pour Le Pacte du logiciel libre européen de 2019. Autre question ? Bon ! Alors si par la suite vous en avez, n’hésitez pas à venir nous voir sur le stand et à voir la conférence d’Étienne que je ne peux plus vous montrer, mais qui est marquée à jamais dans vos yeux, mercredi 16 h 20.

Magali : Merci beaucoup.

Christian : Les actions institutionnelles de l’April et les dossiers chauds en cours, je suppose ; donc ça peut être le contrat Open Bar.

Magali : Merci et à bientôt.

Public : Merci.

[Applaudissements]

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